La ronde ou le peintre interroge

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296242142
Nombre de pages : 64
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LA RONDE ou le peintre interrogé

Collection

La philosophie en commun dirigée par S. Douailler, ]. Poulain,

P. Vermeren

Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat théorique. Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage ctitique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être forme de vie. Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège international de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement.

- Kleist
- L'âge

en prison,
pragmatique

Jean Ruffet,

1991.
totale,

- Le

ou J'expérimentation

J. Poulain,

1991.

partage de la vérité, Critiques du jugement philosophique; ouvrage collectif sous la direction de J. Poulain, 1991.

ISBN: 2-7384-1048-0

Armelle

AURIS

LA RONDE ou le peintre interrogé
Maurice MATIEU, Philippe SERGEANT' Entretiens

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Ce texte a été établi avec Alexis Galmot. Il est réalisé à partir de cinq entretiens d'une demi-heure diffusés sur France Culture les

Il, 12, 13, 14 et 15 décembre 1989, dans l'émission

«

A voix nue ».

Montage...

Philippe Sergeant: Maurice et si vous le voulez bien...

Matieu,

vous êtes peintre,

S. - L'émotion ne surgit jamais de l'esthétisme chez toi? M. -j'espère que non. Je m'en défends. L'esthétisme n'est souvent qu'une sournoise souterraine préoccupation; biologique peut-être. Une antériorité bestiale. Une référence qui s'enracine dans de lointaines résurgences, impacts biologiques en l'homme, et qui relève plutôt d'une sensibilité animale. S. - Une sensibilité qui t'embarrasse, dont tu te sers... M. - Qui m'embarrasse, que j'utilise, dont je ne me souCle pas. S. - Et qui relève d'un savoir-faire, dont il est bon de se défaire. M. - Oui. S. - Dans un intervalle allant du laid au beau, tu... M. -Je m'efforce de repousser la digue, d'étendre l'intervalle du côté du laid, parce que le beau j'ignore ce qu'il est... Ils laissent courir la bande et avancent, en attendant, à bâtons rompus ...avant de parler de peinture, je souhaite que nous procédions différemment... S. - Il est un point obscur qui a toujours éveillé ma curiosité: cette expérience-copie sur Guernica. 5

Si j'étais poète, il ne me viendrait pas à l'idée de reprendre un poème de Char, de le retravailler en sorte de le reproduire mentalement pour le restituer, identique, dans ses mots, son rythme, sa poétique.

M. - Efface le

«

si ». Tu es poète. Et tu n'as pas de main.

Bien qu'il existe un fort concubinage entre la peinture et la poésie, tu viens d'entailler une différence. La main est insignifiante lorsqu'elle recopie un poème de René Char; elle n'.apporte rien, n'intervient pas dans ce dialogue avec un texte. Lorsqu'on dessine, elle est présente au contraire, dans toute la force de son inertie. Peindre avec ce que l'on ne sait pas faire, c'est aller dans ce sens, audevant d'une pesanteur. En poésie, la main ne devance pas la réflexion. S. - Parce qu'elle devance la pensée en matière picturale? M. - Quelquefois. S. - Est-ce un plaisir, est-ce une souffrance? N'est-ce qu'accepté? Que dire de cette main qui décide de ce que voit le peintre? M. - C'est une donnée. Il y a une musculation, je le vois bien. Il y a une inertie. Ce n'est ni un plaisir, ni une souffrance, mais une donnée, non pas quotidienne, exceptionnelle. La peinture, pour moi (je ne donne de leçon à personne), correspond à ceci précisément, à ce drôle de dialogue entre moi et ma main, à cette surprise qui me surprend, à ce moment donné où le tableau, par l'intermédiaire de ma main, participe au dialogue. Un trait d'union, qui glisse et s'emporte ailleurs: quelquefois, la main travaille, intervient de façon autonome, indépendamment de la volonté du peintre. ...en considérant l'atelier... tout d'abord l'endroit où vous peignez,

M. - La peinture est, plus que l'écriture, proche du labour, du maniement d'une charrue, allant d'un point à un autre, revenant sur ses pas, mais dont la toile des sillons serait 6

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