La Subversion du christianisme

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« La question que je voudrais esquisser dans ce livre est une de celles qui me troublent le plus profondément. Elle me paraît dans l’état de mes connaissances insoluble et revêt un caractère grave d’étrangeté historique. Elle peut se dire d’une façon très simple : comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une civilisation, à une culture en tout inverse de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul […]. Si bien que d’une part on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine et d’autre part on a modelé progressivement, réinterprété la Révélation sur la pratique qu’en avaient la Chrétienté et l’Église. Les critiques n’ont voulu considérer que cette pratique, cette réalité concrète, se refusant absolument à se référer à la vérité de ce est dit. Or il n’y pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, dont véritable subversion. »J. E.
Publié le : mardi 25 mars 2014
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EAN13 : 9782021178319
Nombre de pages : 256
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L’Orient créé par l’Occident

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La Marionnette et le Nain

Le christianisme entre perversion et subversion

« Toute la chrétienté (c’est-à-dire le christianisme historique tel qu’il s’est imposé) n’est autre chose que l’effort du genre humain pour retomber sur ses quatre pattes, pour se débarrasser du christianisme, en prétendant que c’est son accomplissement. »

 

« Notre christianisme, celui de la chrétienté, supprime du christianisme le scandale, le paradoxe, la souffrance et y substitue le probable, le direct, le bonheur, autrement dit, il dénature le christianisme et en fait autre chose que ce qu’il est dans le Nouveau Testament ; il le transforme même exactement en son contraire : et tel est le christianisme de la chrétienté. Le nôtre. »

 

« Dans le christianisme de la chrétienté, la croix est devenue quelque chose comme le cheval mécanique ou la trompette d’un enfant. »

Kierkegaard, l’Instant.

CHAPITRE I

Les contradictions


I

La question que je voudrais esquisser dans ce livre est une de celles qui me troublent le plus profondément, elle me paraît dans l’état de mes connaissances insoluble, et revêt un caractère grave d’étrangeté historique. Elle peut se dire d’une façon très simple : comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul ? Je dis bien en tout. Ce n’est pas sur un point qu’il y a eu contradiction, mais sur tous les points. Si bien que d’une part, on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine, et d’autre part on a modelé progressivement, réinterprété la Révélation sur la pratique qu’en avaient la chrétienté et l’Église. Les critiques n’ont voulu considérer que cette pratique, cette réalité concrète, se refusant absolument à se référer à la vérité de ce qui est dit. Or, il n’y a pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, donc véritable subversion.

Ce n’est pas du tout le même phénomène qu’entre les écrits de Marx et la Russie des Goulags ni entre le Coran et les pratiques fanatiques de l’Islam. Ce n’est pas le même phénomène parce que dans ces deux derniers cas on peut certes trouver la racine de la déviation dans le texte même. Je laisse de côté le second cas qui nous entraînerait trop loin pour m’en tenir au premier. On a pu procéder à la remontée de Staline à Lénine et de Lénine à Marx, il y avait chaque fois un rapport indiscutable de l’un à l’autre, si bien que l’on pouvait très aisément comprendre qu’il y ait eu cette dérive, et que les conséquences soient tragiques, tout à fait contradictoires avec ce que Marx avait pensé, voulu, espéré. Cependant il y a un point de rapprochement évident entre ce qui s’est produit dans le marxisme et dans le christianisme. C’est que tous deux font de la pratique la pierre de touche de la vérité ou de l’authenticité. Autrement dit, c’est d’après cette pratique que nous avons à apprécier et non pas d’après les intentions ou la pureté de la doctrine, ou la vérité de la Source et de l’origine.

On connaît le rapport chez Marx entre Praxis et Théorie, mais c’est, il ne faut pas l’oublier, un rapport circulaire. Ce qui implique finalement qu’une praxis fausse engendre inévitablement une théorie fausse et on peut voir la fausseté de la pratique non seulement à ses effets (jugés d’ailleurs d’après quoi ? sans doute Marx aurait récusé l’émotion humaniste et morale en face des monstres staliniens, mais il aurait sûrement retenu l’aggravation du pouvoir de l’État, la dissolution de la lutte des classes, l’aggravation de l’aliénation, donc la praxis est jugée à partir de la théorie qui l’a inspirée) mais encore à la nouvelle théorie à laquelle elle donne naissance, et ceci fut tout à fait visible dans l’expression théorique de la fin du stalinisme et la disparition de la théorie chez les dirigeants de l’URSS qui sont rentrés ni plus ni moins dans le cadre des conflits entre États et de leur propre impérialisme. Or, le christianisme se juge aussi d’après la pratique. Nous sommes ainsi en présence de la mise en garde permanente à ce sujet.

Toute la Révélation du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob revient incessamment là-dessus : l’homme qui mettra en pratique les commandes de Dieu vivra (par exemple Lv 18,5 — Nh 9,29 — Éz 20,11). Tu mettras en pratique ces commandements… L’Éternel te commande de mettre en pratique… (Dt 25,16 ; 27, 10). Et réciproquement, le mal et la mort sont liés à l’absence de mise en pratique ou encore à la pratique des usages des autres peuples, aux coutumes abominables (Lv 18,30) et l’on met en opposition radicale l’Écoute et la Pratique : ils écoutent mais ne pratiquent pas (Ez 33,31). Or, cette importance décisive de la pratique est exactement reprise par Jésus, presque dans les mêmes termes. Les fidèles sont ceux qui écoutent et qui mettent en pratique (Lc 8,21). Et il y a une parabole à ce sujet que l’on entend habituellement fort mal : à la fin du Sermon sur la Montagne (Mt 7,24-27), il y a la parabole célèbre de l’homme qui construit sa maison sur le roc ou sur le sable, la première est solide et résiste à la tempête et aux torrents, la seconde s’effondre. En général on dit que le roc c’est Jésus lui-même. Mais ce n’est en rien la parabole !

Jésus dit : celui qui entend ces paroles et les met en pratique est semblable à un homme qui construit sur le roc. Autrement dit ce qui est le roc c’est l’Écoute et la Pratique ensemble. Mais la seconde partie est plus restrictive : celui qui écoute les paroles que je dis et ne les met pas en pratique est semblable à un homme qui a bâti sur le sable. Là sans doute seule la mise en pratique est en question, et nous pouvons dire que la pratique est le critère décisif de la vie et de la vérité.

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