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Le Banquet

De
288 pages
Ils sont allongés sur des lits et parlent de l’Amour et de la Beauté. Leurs discours se succèdent, parfois se répondent : car il y a plusieurs Amours et plusieurs manières de désirer le Beau. À ces hommes vivant en un temps et un lieu où l’éducation des garçons est indissociable de la sexualité qui règle les rapports du maître et du disciple, une étrangère, Diotime, oppose un modèle féminin de la procréation du savoir. À travers elle, Socrate dessine les étapes de l’apprentissage du philosophe capable de se détacher du monde sensible pour devenir l’« amant » par excellence qui guide l’« aimé » dans sa quête du Vrai et du Beau.
Par-delà les interprétations prudentes du Banquet que nous a léguées la tradition philosophique, cette traduction invite à une lecture renouvelée du dialogue : un Banquet parfois extravagant, à l’image de son objet, d’une richesse stylistique exubérante, souvent cru dans son langage, foisonnant enfin dans sa recherche du bonheur véritable.
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Platon
Le Banquet
GF Flammarion
6e édition, corrigée et mise à jour, 2016. © Flammarion, Paris, 1998. ISBN Epub : 9782081390386
ISBN PDF Web : 9782081390393
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081382640
Ouvrage numérisé et converti par Meta-systems (5910 0 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Ils sont allongés sur des lits et parlent de l’Amou r et de la Beauté. Leurs discours se succèdent, parfois se répondent : car il y a plusie urs Amours et plusieurs manières de désirer le Beau. À ces hommes vivant en un temps et un lieu où l’éducation des garçons est indissociable de la sexualité qui règle les rapports du maître et du disciple, une étrangère, Diotime, oppose un modèle féminin de la procréation du savoir. À travers elle, Socrate dessine les étapes de l’apprentissage du philosophe capable de se détacher du monde sensible pour deven ir l’« amant » par excellence qui guide l’« aimé » dans sa quête du Vrai et du Be au. Par-delà les interprétations prudentes du Banquet q ue nous a léguées la tradition philosophique, cette traduction invite à une lectur e renouvelée du dialogue : un Banquet parfois extravagant, à l’image de son objet , d’une richesse stylistique exubérante, souvent cru dans son langage, foisonnan t enfin dans sa recherche du bonheur véritable.
TouslesDialoguesdePlatondanslamêmecollection
ALCIBIADE, traductiondeChantalMarbœufet Jean-FrançoisPradeau. APOLOGIE DE SOCRATE, CRITON, traductiondeLucBrisson. LE BANQUET, traductiondeLucBrisson. CHARMIDE. LYSIS, traductiondeLouis-André Dorion. CRATYLE, traductiondeCatherineDalimier. EUTHYDÈME, traductiondeMoniqueCanto-Sperber. GORGIAS, traductiondeMoniqueCanto-Sperber. HIPPIASMAJEUR, HIPPIASMINEUR, traductionsde Francesco Fronterottaet Jean-François Pradeau. ION, traductiondeMoniqueCanto-Sperber. LACHÈS. EUTHYPHRON, traductiondeLouis-André Dorion. LES LOIS, LivresI à VI, traductiondeLucBrissonet Jean-FrançoisPradeau. LES LOIS, LivresVII à XII, traductiondeLucBrissonet Jean-FrançoisPradeau. LESMYTHES DE PLATON, traductiondeJean-FrançoisPradeau. LETTRES, traductiondeLucBrisson. MÉNEXÈNE, traductiondeDaniel Loayza. MÉNON, traductiondeMoniqueCanto-Sperber. PARMÉNIDE, traductiondeLucBrisson. PHÉDON, traductiondeMoniqueDixsaut. PHÈDREsuivide« LaPharmaciedePlaton» parJacquesDerrida, traductiondeLucBrisson. PHILÈBE, traductiondeJean-FrançoisPradeau. LE POLITIQUE, traductiondeLucBrissonet Jean-FrançoisPradeau. PROTAGORAS, traductiondeFrédériqueIldefonse. LA RÉPUBLIQUE, traductiondeGeorgesLeroux. LE SOPHISTE, traductiondeNestorL. Cordero. THÉÉTÈTE, traductiondeMichel Narcy. TIMÉE. CRITIAS, traductiondeLucBrisson.
Le Banquet
REMERCIEMENTS
Cette nouvelle traduction duBanquet a été réalisée en parallèle avec celle de l'Alcibiade par cture croisée de nosJean-François Pradeau ; nous avons fait une le traductions et nous avons discuté de plusieurs poin ts litigieux. Je tiens à remercier Louis-André Dorion et Jean-Mar ie Flamand qui ont relu tout ce travail en me faisant d'importantes remarques. Alai n Ph. Segonds m'a aidé à comprendre certaines obscurités de l'apparat critiq ue attaché au texte traduit. Ma fille, Anne Brisson, a dessiné la figure 3. Je veux exprimer ma gratitude à Richard Goulet qui a pu grâce au programme Lexis 2, qu'il a lui-même mis au point, me fournir un lexique grec complet du texte du Banquet. Je remercie très chaleureusement Michel Patillon qu i m'a fait l'amitié de relire attentivement la traduction. La responsabilité des ultimes choix m'incombe. Je remercie Louis-André Dorion et Jean-François Pra deau.
ABRÉVIATIONS
DKDie Fragmente der Vorsokratiker, éd. par H. Diels ; 6e éd. par W. Kranz, Berlin, Weidmann, 1951-1952 = reprint de la 5 e éd. [1934-1937] avec lesNachträge. DPhA Dictionnaire des Philosophes antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Paris, Éd. du CNRS, I, 1989 ; II, 1994-. FGrH Die Fragmente der Griechischen Historiker, éd. par F. Jacoby, Berlin, Weidmann, puis Leiden, Brill, 1923-1958. IG Inscriptiones Graecae, ed. minor, Berlin, De Gruyter, 1913-. PA Prosopographia Attica, hrsg. J. Kirchner, 2 vol., Berlin, 1901-1903. N.B. : Les transcriptions sont faites d'après le sy stème Benveniste, à une exception près : «élegkhos» ici transcrit par «élenkhos».
INTRODUCTION
Dans l'Athènesarchaïqueetclassique, lasexualitéavait, par l'interdiairede lapaiderasa, partieliéeavecl'éducation. L'idéeestexprimée,dèsledébutduBanquet, qui portesurÉrosetdonc sur l'amouretsursonobjet, le beau. SocraterépondAg à athon qui, unsoirdudébutdu moisde février 416av. J.-C. probablement, l'invite às'étendre prèsde luiaucoursdu banquet qu'ildonne pourfêtersavictoireauconcoursdetradies: « Ceserait uneaubaine, Agathon,si lesavoirétaitde natureàcoulerdu pluspleinversleplusvidepourpeu quenousnoustouchionslesunslesautres, commec'est lecasdel'eau qui, parl'interdiaired'unbrindelaine,couledelacoupelapluspleine vers la plus vide » (Banquet 175d). Agathon,assezreprésentatifdesconvictionsdeson époque, considèrel'éducationcommelatransmissiondusavoiroudelavertu qui passed'unrécipient plein, le maître, vers unrécipient videou moinsrempli, ledisciple, par l'interdiaired'uncontact physique,simple toucherou pénétration phalliqueet éjaculationdans l'unionsexuelle. Àcette représentationmasculinedel'éducationassoceà l'éjaculation, Diotime, uneétranredont Socrate prétendrapporter les paroles,oppose, vers la findudialogue, uneautrereprésentation, féminine celle-là, qui fait intervenirlaprocréation. Danscecontexte, l'éducationn'est plusconsidéréecomme l'acquisitiond'unecompétencerelativeauxchosessensibles, maiscomme uneconversion, que le maître metenœuvreenentraînant ledisciple àdétourner les yeuxde l'âmede la visiondeschoses sensiblespourparvenirà lacontemplationdesformesintelligibles, quiconstituent laréalité véritable en tant que modèlesdont leschosessensiblesnesont que les images. Cettecontemplationde l'intelligibleen généraletde la Beautéen particulier,assimiléeauxdivinités qui président à l'accouchement,conduit l'âmedudiscipleàenfanterdebeauxdiscourssurlesavoiretsurlavertu, à l'instardes poètes quicomposentde beaux vers,etdes législateursp qui romulguentde belles lois, cetenfantementspirituel transposantauniveaude l'âme uneactivité que l'ensembledes êtres humains, lesfemmesenparticulier, mettentenœuvreauniveaudescorps.
I. Ledialogue
1. Lesdateset leslieux 1 LeBanquetdePlatondécrit unévénement bienprécisqu'ilconvientdesituerdansletempset dansl'espace.
a) Ladatedramatique LeBanquet évoqueceluidonné par Agathon pour fêtersa première victoirecomme poète 2 tragique(173a). Agathongagnaleconcoursdetradiesaux Lénéennesen416. Cettedatenousest 3 transmiseparAthénée,etelledoit provenirdeslistesofficiellesconseresà Athènes. Socrateétait 4 alorsâgédecinquante-deuxoudecinquante-troisans. Aristophanequiavaitdéjà publié lesNuées pour les grandes Dionysiesen 423avait une trentained'années ;sa première piècedatede 427. Alcibiadeavait luiaussi latrentaine;cen'est quel'annéesuivantequ'ilallait êtreélustratège, l'unde ceux quidevaientdiriger l'expéditionde Sicile,et qu'ilallait être impliquédans l'affairede la 5 « mutilationdesHers».
b) Ladatedecomposition Ladatede l'événement évoquédans leBanquetnecorrespond pas àcellede lacompositiondu dialogue. Troispassages(178e-179a, 182bet 193a)constituentdesallusionsàdesfaitshistoriques quicorrespondentnon pas à l'époqueoù Agathonoffrait la fêteen l'honneurdesa victoire, mais à cellede lacompositionduBanquet. À lasuitedesguerresdiques, lescitésd'Ioniefurent toutes intégréesdansl'empireathénien.Mais,aprèsletraitédepaixde387/386, la« Paixdu Roi » – qui,en Grèce, favorisait Sparte –,ces mêmescitésretournèrentsous ladomination perse ;etelless'y trouvaientencorel'ép à oqueoù leBanquet futcomposé,comme le laisseclairemententendre leur
mentionen182b. Parailleurs,en385,suivant Xénophon(Helléniques, V, 2, 5-7), lesSpartiates, qui se méfiaientde l'orientation proathéniennedeMantinée,enArcadie,détruisirent les mursdecette citédont la populationp fut arailleursdispersée (diōikísthē), à l'instigationde Sparte,en quatre endroitsdifférents.Mantinéen'était paslaseulecitéarcadienne, maissonorientationproathénienne aucoursdes guerresdu Péloponnèseet l'intégrationde mercenaires mantinéensdans les forces athéniennes (cf. Thucydide, VI, 29, 3)avaientsuscité à Athènes l'habitudedeconsidérer les Mantinéenscomme les Arcadiens parexcellence. Enfin,en 178e-179b, Phèdre parled'uneare exclusivementcomposéed'erastaíetde leurpaidiká ;or ilsemble quec'estsurce modèle que fut constitué le« bataillonsacré »deThèbespeuaprès378. Pourtoutescesraisons,onpeutsupposer queleBanquetfutcomposé unpeuavant 375.
c) LesrapportsduBanquetaveclePhèdre Du pointdevuedeladatedramatique, lePhèdresemblebienêtreposrieurauBanquet. Ladate dramatique la plus vraisemblable pour lePhèdresesitue quelque partentre 418et 415av. J.-C., c'est-à-direavant que Phèdrenesoit impliquédans l'affairede la parodiedes mysresd'Éleusiset aprèslavictoired'Agathonauconcoursdetradiesen416av. J.-C.,comptetenudu fait quePlaton semble vouloir que lascènedécritedans leBanquet précèdecelle évoquéedans lePhèdre. Par ailleurs, ilestdifficilederemonter plus haut que 418av. J.-C. Eneffet, Lysiasdoit êtrerevenude 6 Thourioi , puisqu'ilesten pleineactivité à Athènes,rédigeantdes plaidoiriesetassurant même, semble-t-il, unenseignementrhétorique. Plusieurs indices portent àcroire que lePhèdrea étécomposéaprès leBanquet. Si leBanquet n'était pasanrieurauPhèdre,oncomprendrait mal quePhèdres'y plaignedecequelesmeilleurs auteursn'ont pas pris Éros pour thèmede leurœuvre (Banquet 177a-e). Dans leBanquet (177d), Phèdreest présencommele« pèredusujet »,alorsque,danslePhèdre(261a), ilest qualifiéde « pèredeces beauxenfantsqu » esont lesdiscoursrapporsdans ledialogue. Parailleurs, l'embarras que manifeste Phèdredans laréponse qu'il fait à la question que lui pose Socratesur l'originedros(Phèdre242d) pourrait biens'expliquerparcequedit Phèdredrosaudébutdeson élogedansleBanquet. Enoutre, uncertainnombredepassagesduPhèdreneprennent tout leursens 7 quelorsqu'ilssontconfronsàcertainspassagesduBanquet. Enfin,surleplanphilosophique, les deuxdialoguesdéveloppentdesthèmessimilaires.
d) Leslieux Nousnous trouvonsAthè à nesdans l'unedes piècesde la maisond'Agathon (174d). Cette demeureenjouxteuneautre(175a),où Socratevaseretirerpourditer. Parailleurs,cettemaison, qui possédait unecour (212c),s'ouvre pardes portes quidonnentdirectementsur larue (174e, 223b). Plusieursserviteurssontauserviced'Agathon. Lapiècedanslaquellesedéroulelebanquetest garniedelitsqui présentent unedispositiontout à fait particulièrequel'onpeutreconstituer(cf. figure2).
II. Lespersonnages
Parmi lespersonnagesnommésdansleBanquet, il fautdistinguerentreceux quisontdesagents detransmissiondurécitetceux qui prennent laparoledurant lesumpósionlui-même.
1. Agentsdetransmission
Le pointdedépartde lachaînede transmissionest Aristodèmei qui, nvité par Socrate, l'avait accompagnéau banquetoffert parAgathon(173b-175d). Il fit lerécitdel'événement à Phénix, lefils de Philippe, qui lerefit à un inconnu qui, àson tour, le transmit à Glaucon, lequelaudébutdu BanquetdemandeAp à ollodorelui qu'il refassecerécit quiavait été mal transmis par Phénix. Apollodore, quis'adresseu à n grouped'anonymes,devientainsi l'ultimeagentde transmissiondu récit ; il tient luiaussisesinformationsd'Aristodème. Aristodèmeestdonc,entant quetémoindirect, lasourcecommuneet ultimedetouteslesinformationsconcernant l'événementdécrit.