Le carnaval des mimes

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Partout et de tout temps, la mimétique est à l'œuvre. L'imitation inconsciente d'un désir secret nous balade entre fusion et conformisme, désignant des modèles à contrefaire. Le monde est un théâtre d'ombres où chacun consent à délaisser un original unique pour des doublures fictives. Un Carnaval des Mimes s'agite sur fond de caverne sociale. Pour le meilleur et pour le pire. Dans les pas de René Girard (La Violence et le Sacré, 1972), l'auteur témoigne du phénomène au fil de brefs récits aux tonalités philosophiques et poétiques.

Publié le : mardi 15 septembre 2015
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EAN13 : 9782336391182
Nombre de pages : 144
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JeanmariePARENT
Le carnaval des mimes Dans l’œil du désir mimétique
/ Récits
Rue des Écoles
LE CARNAVAL DES MIMES Dans l’œil du désir mimétique
Rue des Écoles Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus
Mottelay (Candice),La mer de mon père, récit, 2015. Chessex-Viguet (Christiane),Penser l’école, essai, 2015. Antoni (Petru),Le petit mousse d’Aboukir, roman, 2015. Thurmel (Thierry),La distance du corbeau, roman, 2015. Isabelle Guyon,Le Grain du Temps, récit, 2015. De Beaucoudrey (Olivier),Hippo Valley, récit, 2015. Bestard (Gérard),Les tribulations d’un petit prof d’allemand, récit, 2015. Sezionale Basilicato (Isabelle),L’égide du papillon, roman, 2015 Wasselin (Julie),Couleur sépia, récits, 2015. Bekaert (Jacques),Le Vieux Marx, roman, 2015. Favret (René),Les années d’études, récit, 2015. Valland (André),Le désir d’un bonheur inconnu, essai, 2015. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Jean-Marie PARENT LE CARNAVAL DES MIMES Dans l’œil du désir mimétique
Du même auteur Passions à l’œuvre, Editions Praelego, 2011 Une Kumpania, Editions Photo en Touraine, 2011 Esprits voyageurs, Editions L’Harmattan, 2011 Philojazz, Editions L’Harmattan, 2012 Emouvances, Editions L’Harmattan, 2014 * BLOG de l’auteur : « LegoBaladin »
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.frdiffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.frISBN : 978-2-343-07030-8 EAN : 9782343070308
A vous tous, chers doubles ! Votre original reconnaissant
 Juste un frisson. Celui qui vous parcourt l’échine lorsque la sensation vous saisit soudain : une présence derrière la porte. Comme le sursaut d’une conscience qui vous soufflerait à l’oreille l’apparition d’une doublure fraternelle. Une rassurante copie de soi-même.  L’imitation s’est longtemps voulue la reproduction fidèle du monde sensible et la finalité essentielle de l’art. Il ne s’agissait au fond que de copier d’aussi près que possible les apparences du monde visible. Intangible cliché ?  Deux légendes antiques incarnent ce concept d’imitation né au cœur de la mimesis grecque. Pline l’Ancien narre le récit du peintre Zeuxis, capable de figurer des raisins avec tant de ressemblance que des oiseaux se mirent à les becqueter. Quant à Ovide, il raconte dans sesMétamorphoses comment le sculpteur Pygmalion, voué au célibat, tomba amoureux de la statue d’ivoire née de ses mains, qu’il nomma Galatée, et qu’une déesse rendit vivante selon ses vœux.  Plus avant, au théâtre de saRecherche, le jeune Marcel Proust mime ses adieux aux aubépines de Combray comme il le ferait à des jeunes filles en fleurs. De tout temps, sur les planches, la mélopée exprimée par une voix d’acteur déclarant et soupirant nous fait mimer intérieurement la modulation musicale d’un violoncelle : tension des muscles du diaphragme et comme l’écho d’une voix intérieure apte à faire vibrer en nous la corde de l’émotion. N’en va-t-il pas de même pour toute musique qui nous est chère ?  De nos jours, saisie du réel et travail mimétique s’imbriquent avec un tel souci de réalisme que les images virtuelles qui en résultent se donnent à voir comme similaires à celles qui nous sont familières. Or leur réalité n’est bien souvent que le produit de notre désir. Au point que nous prenons pour vérité toute trace apparente du réel qui se donne. La réalité a rejoint la fiction. Ou l’inverse, comment savoir ?  Alors, objets et clones d’objets : du pareil au même ? La simulation est venue se loger au cœur du contemporain. L’imaginaire, filtre posé sur le réel, a laissé place à la réalité comme
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source de fiction souvent plus forte que le réel lui-même. Jamais notre faculté de nous prendre au jeu du même et de l’identique n’a été autant stimulée. Jusqu’aux conflits modernes, enracinés dans des fureurs mimétiques où battent leur plein surenchères idéologiques et religieuses. Les martyrs en tout genre étalent un zèle suspect quant à leur objectif : rejoindre au plus tôt les prairies d’un Eternel hypothétique. Que n’y vont-ils seuls et sans fracas ?  Plus mesuré, le poète propose un temps de réflexion préalable avant de passer à l’acte : mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente… Pourtant, modèles, séries, prototypes se pressent à l’appel, envahissent nos espaces communs – nos lieux communs ? – au point de coloniser les esprits. La fabrique mimétique tourne à plein régime, démultipliant l’ivresse des ego dans une obscénité irrépressible. Jusqu’aux clichés langagiers les plus éculés : ne lance-t-on pas à tout-va, dans l’espace social, des « bonne journée »… même en fin d’après-midi ? Langage avalé par une mécanique du vide, de l’insignifiant. Absurde collectivement consenti.  Nous voilà campés dans la position de touristes volages devant l’univers simple et ordinaire des choses humaines. Il faut que la réalité ne nous oppose aucune résistance ! Quitte à outrepasser le fictif. Drôle de temps que celui qui se laisse porter par l’illusion d’une humanité en voie de duplication à l’infini. Dans l’ombre portée de nos silhouettes s’agitent de curieux doubles dansant une sarabande qui nous échappe. Nous voici mimant des rôles muets dont le sens demeure étranger à nos raisons en exil. L’ombre obsédante, le double maléfique se sont emparés de nos familiers séjours. A force de vouloir apprivoiser notre part obscure, celle-ci a subverti nos forces vives, phagocytant à notre insu notre vision du monde et jusqu’à nos désirs les plus profonds.  Au carnaval des mimes, la réalité a détrôné la fiction.
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PAS PERDUS  L’homme investit de sa chorégraphie étrange le grand hall de la gare. Le corps s’agite, soubresaute, avec la puissance et la constance d’un ventilateur ronflant dans une immense pièce vide. Ses lèvres bougent, exécutent un discours muet, tout en intériorité. Don Quichotte moderne, il semble braver les éternels moulins d’une invisible utopie.  Drôle de scénario qui se joue là devant nous, sous le faîte lumineux du dôme de verre. Voici une géométrie dans l’espace au cœur de laquelle l’homme – faut-il dire l’acteur qui s’ignore ? – paraît entretenir un dialogue complice avec lui-même. Un monologue nourri par sa propre mémoire. On sent comme une voix du passé sourdre de l’intérieur de ce corps battant.  Quel invisible public l’homme prend-il à témoin au fil générique d’un récit qui s’ancre dans ses propres origines ? Son mime vibrant invoque on ne sait quelle divinité du théâtre des Anciens, nous entraîne sur les traces d’un Socrate arpentant les rues de la Cité au côté de ses disciples. Tel un daemon s’abandonnant à ses impulsions, il est ce génial passeur initiant un dialogue sans âge de professeur à élève. Avec la pointe d’ironie propre au maître à qui on ne la fait plus, le voici qui met au jour les vertus souterraines de l’accouchement de soi par soi. Sans écrire un seul mot. Surgissement de l’espace intérieur, comme une renaissance.  La charismatique silhouette bat l’air de ses bras faméliques. Ses lèvres palabrent au rythme de ses gestes, tout à leur effort de retenir les mots comme des bêtes indociles. Peut-être sait-il trop que tout vocable est appelé à mourir aussi, qu’il peut surgir un temps où celui-ci vient s’échouer sur les plages désertées de la langue. Comme une énorme baleine morte d’on ne sait quel manque de souffle.  Mais il a décidé de faire vivre la parole par le mouvement, d’articuler en gestes la curieuse mimétique de son discours
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