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Le Choix des mots

De
160 pages
Du plaisir d’écrire à la joie de vivre, et inversement. Du plaisir des mots au plaisir tout court, et vice versa.
Le choix des mots est affaire sérieuse. Il signale toujours une certaine forme d’adoption – ou de refus – des choses, d’intelligence ou de mésintelligence de la réalité.
Le Choix des mots, paru en 1995, est suivi de La Joie et son paradoxe.
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LE CHOIX DES MOTS
DUMEAUTEUR
o LEEL,TRAITÉDEL’IDIOTIE,«Critique»,1977(«Reprise»,n8). L’OBJETSINGULIER,«Critique»,1979. LAFORCEMAJEURE,«Critique»,1983. LEPHILOSOPHEETLESSORTILÈGES,«Critique»,1985. LEPRINCIPEDECRUAUTÉ,«Critique»,1988. o PRINCIPESDESAGESSEETDEFOLIE,«Critique»,1991 («Reprise»,n9). ENCETEMPS-LÀ,NotessurAlthusser,1992. LECHOIXDESMOTS,1995. LEDÉMONDELATAUTOLOGIE,suivideCinqpetitespiècesmorales,«Paradoxe», 1997. LOINDEMOI,Étudesurl’identité,1999. LEGIMEDESPASSIONSetautrestextes,«Paradoxe»,2001. IMPRESSIONSFUGITIVES,L’ombre,lereflet,lécho,«Paradoxe»,2004. FANTASMAGORIES,suivideLeel,l’imaginaireetl’illusoire,«Paradoxe», 2006. L’ÉCOLEDURÉEL,«Paradoxe»,2008. LANUITDEMAI,«Paradoxe»,2008. TROPIQUES,Cinqconférencesmexicaines,«Paradoxe»,2010. L’INVISIBLE,«Paradoxe»,2012. RÉCITD’UNNOYÉ,2012.
CLÉMENT ROSSET
LE CHOIX DES MOTS
suivi de
LA JOIE ET SON PARADOXE
LES ÉDITIONS DE MINUIT
© 1995 by LESÉDITIONS DEMINUIT www.leseditionsdeminuit.fr
LE CHOIX DES MOTS
La Fontaine parle, au tout début de ses Amours de Psyché, de quatre amis dont l’un « tombait parfois dans la maladie du siècle et faisait un livre ». Une lettre que j’ai reçue il y a quelques années, prove-nant du ministère des affaires sociales et de l’intégration et signée de M. Nicolas Dufourcq, m’adresse le reproche d’avoir été moi-même atteint par cette maladie du siècle et me demande pourquoi j’écris, insistant sur l’idée (qui peut sembler paradoxale) que les qualités mêmes de mes livres et de ma réflexion (selon M. Dufourcq) sont de celles qui auraient dû me mettre le premier à l’abri de cette folie qui consiste selon lui à écrire. C’est là à peu près ce qu’exprimait Montaigne, remarquant dès la première ligne du long essai qu’il a intituléDe la vanitéqu’« il n’est à l’aventure aucune [vanité] plus expresse que d’en écrire ». Je remarque-
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rai en passant que cette lucidité de Montaigne, exceptionnelle ici comme partout, ne l’a pas empêché d’écrire son essai sur la vanité, ni l’ensemble des Essais.Et j’ajouterai cette considération aggravante, en ce qui regarde l’écriture en général, que celle-ci présente l’incon-vénient supplémentaire de constituer un travail à la fois totalement inutile et tota-lement épuisant, et d’autant plus épuisant qu’il est ressenti comme plus inutile par l’écrivain qui s’y emploie, ou quelque auteur que ce soit, dès lors que celui-ci est bien conscient de ce qu’il fait, tel Zola qui fait dire à Claude Lantier, dans L’œuvre: « Quand la terre claquera dans l’espace comme une noix sèche, nos œuvres n’ajouteront pas un atome à sa poussière. » C’est pourquoi l’écriture, comme toute création, n’est pas seule-ment le plus vain des travaux, mais aussi, et c’est un comble, le plus laborieux et le plus pénible. Car un coefficient d’absur-dité l’affecte davantage que toute autre forme de travail ; lequel, tel celui qui pré-
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