Le Cinquième Marteau. Pythagore et la dysharmonie du monde

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Selon une antique tradition, c'est Pythagore qui a inventé l'harmonie. On rapporte qu'un jour, alors qu'il se promenait près d'une forge, il entendit de merveilleuses sonorités et s'aventura à l'intérieur pour en savoir plus. Il y trouva cinq hommes qui frappaient avec cinq marteaux. À sa vive stupéfaction, il découvrit que quatre de ces marteaux avaient entre eux d'admirables rapports de proportion, qui, réunis, allaient lui permettre de reconstituer les lois de la musique. Mais il y en avait aussi un cinquième. Pythagore le vit et l'entendit, mais ne parvint pas à le mesurer ; il ne put davantage rendre raison de ce son discordant. C'est pourquoi il l'écarta. Qu'était-ce donc que ce marteau, pour que Pythagore décidât si résolument de le rejeter ?


Dans Le Cinquième Marteau, Daniel Heller-Roazen montre que ce geste mythique donne une clé pour comprendre ce que fut autrefois l'harmonie : théorie des sons musicaux, mais aussi paradigme pour l'étude scientifique du monde sensible. C'est en vertu de l'harmonie que l'on a réussi à transcrire la nature dans les éléments idéaux des mathématiques. Pourtant, à de multiples reprises, cette entreprise s'est heurtée à une limite fondamentale : quelque chose dans la nature lui résiste, refuse de se laisser transcrire dans une série d'unités idéales. Un cinquième marteau continue obstinément à résonner.


De la musique à la métaphysique, de l'esthétique à la cosmologie, de Platon et Boèce à Kepler, Leibniz et Kant, Le Cinquième Marteau révèle que les efforts pour ordonner le monde sensible n'ont cessé de suggérer l'existence d'une réalité que ni les notes ni les lettres ne sauraient pleinement transcrire.



Publié le : dimanche 25 mai 2014
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EAN13 : 9782021169942
Nombre de pages : 224
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e LA LIBRAIRIE DU XXI SIÈCLE
Collection dirigée par Maurice Olender
e La forge pythagoricienne (illustration anonyme duXIsiècle, inBarbara Münxelaus,Pythagoras Musicus, Bonn, 1976, fig. 11).
Daniel Heller-Roazen
Le Cinquième Marteau Pytagore et la dysarmonie du monde
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Éditions du Seuil
Titre original :he Fift Hammer. Pytagoras and te Disarmony of te World  original : 978--9358--
First publised in te United States by Zone Books (Urzone, Inc.) in  © Daniel Heller-Roazen, 
 : 978---993-5 © Éditions du Seuil, avril , pour la traduction française
p.  : © Dietmar Katz. bpk, Berlin/Art Resource, NY.
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« OCTAVE», s. f. La première des consonances dans l’ordre de leur génération. L’octave est la plus parfaite des consonances ; elle est, après l’unisson, celui de tous les accords dont le rapport est le plus simple : l’unisson est en raison d’égalité, c’est-à-dire comme  est à  ; l’octave est en raison double, c’est-à-dire comme  est à  ; les armoniques des deux sons dans l’un et dans l’autre s’accordent tous sans exception, ce qui n’a lieu dans aucun autre intervalle. Enfin ces deux accords ont tant de conformité qu’ils se confondent souvent dans la mélodie, et que dans l’armonie même on les prend presque indifféremment l’un pour l’autre. Cet intervalle s’appelle octave, parce que, pour marcer diatoniquement d’un de ces termes à l’autre, il faut passer par sept degrés et faire entendre uit sons différens.
Jean-Jacques Rousseau,Dictionnaire de musique(78).
Préface
À en croire une longue tradition, Pytagore fut l’inventeur de l’armonie, qu’il entendait en un double sens : étude d’un ensemble limité de sons musicaux et, plus largement, doctrine de l’intelligibilité du monde naturel. Ce livre explore les deux versants de l’invention attribuée à Pytagore. Il se propose de montrer que, de l’Antiquité au Moyen Âge et aux Temps modernes, l’analyse quantitative des sons sert de modèle à la recerce cosmologique. Cette entreprise, qui a peut-être été l’exemple inaugural de la science telle que nous la connaissons, repose sur une pratique simple : la transcription du monde dans les unités des matématiques. En ce sens, le projet pyta-goricien est un travail de lecture et de notation, qui vise à déciffrer et à transcrire les signes inscrits dans le grand livre, souvent opaque, de la nature. La notion qui fonde cette pra-tique de représentation, pourrait-on dire, est la « lettre », si l’on prend ce terme au sens ancien d’élément minimal d’intelli-gibilité, et si l’on ajoute que ces éléments minimaux sont de nature quantitative. Le monde est déciffrable s’il est réduc-tible à des lettres de ce genre : c’est l’une des formulations pos-sibles d’un pari pytagoricien à la longévité exceptionnelle. De la période présocratique au Moyen Âge et jusqu’à l’époque de la science moderne, la notation pytagoricienne se eurte néanmoins à une limite. Quelque cose résiste, refuse de se laisser enregistrer dans des unités quantitatives quelles qu’elles soient – notes, nombres, lignes ou figures. À la persistance 9
l e c i n q u i è m e m a r t e a u
de cette limite, on peut imaginer deux raisons fondamen-tales au moins. Il est possible, d’abord, que les lettres soient inadéquates au monde qu’elles se proposent de transcrire.Mais il est concevable aussi que le monde ne puisse, en der-nière analyse, être appréendé comme un tout. Ces deuxpossibilités sont envisageables séparément ou conjointement. De plus, selon les auteurs et les époques, le sens des mots « lettre » et « monde » peut aussi varier. La dysarmonie est de plusieurs types. Il reste que, dans deux paradigmes épistémologiques et métapysiques fondamentalement distincts, avant et après la rupture traditionnellement associée à la science galiléenne, les penseurs qui cercaient à ordonner le monde pysique au moyen d’éléments de quantité se sont eurtés à quelque cose qui, tout en étant audible, ne se laissait pas transcrire. Pour des raisons que le lecteur apprendra vite, le « cinquième marteau », dans ce livre, nomme ce facteur perturbant qui trouble la téorie musicale et la cosmologie pytagoriciennes. Ses récurrences diverses mais obstinées sont le sujet des capitresqui suivent.
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