Le constructivisme

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Les épistémologies constructivistes nous invitent aujourd'hui à reprendre la question trop souvent oubliée de la légitimation des connaissances scientifiques. Les conventions épistémologiques traditionnelles (naturalistes, positivistes ou réalistes) qui la garantissaient sont-elles éternellement invariantes ? Depuis un siècle, nombreux sont les scientifiques et épistémologues attentifs à la pragmatique intelligible des actions humaines. Ils nous proposent d'autres conventions, aussi bien enracinées dans nos cultures. Il importe d'expliciter loyalement les renouvellements des conventions épistémologiques légitimant la formation et l'enseignement des connaissances, ici et maintenant.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296290358
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LE CONSTRUCTIVISME Tome 1 Les enracinements

Collection INGENIUM
dirigée par Georges Lerbet et Jean-Louis Le Moigne

". . .Car l'ingenium a été donné aux humains pour comprendre, c'est à dire pour faire"

Ainsi G.Vico caractérisait-il dés 1708 «la Méthode des études de notre temps»,
méthode ou plutôt cheminement

- ces

chemins

que nous construisons

en marchant

- que restaure le vaste projet contemporain d'une l'Entendement.

Nouvelle Réforme de

Déployant toutes les facultés de la raison humaine, l'ingenium - cette «étrange faculté de l'esprit humain qui lui permet de conjoindre», c'est à dire de donner sens à ses expériences du «monde de la vie» - nous rend intelligible ces multiples interactions entre connaissance et action, entre comprendre et faire, que nous reconnaissons dans nos comportements au sein des sociétés humaines. A la résignation collective à laquelle nous invitent encore trop souvent encore des savoirs scientifiques sacralisant réductionnisme et déductivisme, «les sciences de l'ingenium» opposent la fascinante capacité de l'esprit humain à conjoindre, à comprendre et à inventer en formant projets, avec cette «obstinée rigueur» dont témoignait déjà Léonard de Vinci.

La Collection INGENIUM veut contribuer à ce redéploiement contemporain des «nouvelles sciences de l'ingénierie» que l'on appelait naguère sciences du génie, dans nos cultures, nos enseignements et nos pratiques, en l'enrichissant des multiples expériences de modélisation de situations complexes que praticiens et chercheurs développent dans tous les domaines, et en s'imposant pragmatiquement l'ascèse épistémique que requiert la tragique et passionnante Aventure humaine

Jean-Louis Le Moigne

Le constructivisme
Tome 1: Les enracinements

L'Harmattan 5-7, me de I'École- Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Déj à parus

Marie-José AVENIER, Ingénierie des pratiques collectives. La cordée et le qtlatuor. 2000 Jacques MIERMONT, Les ruses de l'esprit ou les arcanes de la complexité. 2000 Bruno TRICOIRE, Dialogue avec le tiers. Ecologie et Ethique de la Médiation dans l'Action Sociale. 2001

(Ç) L'Harmattan, ISBN:

2001

2-7475-2575-9

Du même auteur:
1973 Les Systèmes d'Information Organisations, PUF dans les

1974

Les Systèmes de Décision dans les Organisations, PUF. Traduit en Espagnol, Techniban, Madrid, 76
La Théorie du Système Général, Théorie de la Modélisation, PUF (Rééditions complétées en 1983, 1990, 1994).Traduit en Portugais, Inst.Piaget Lisboa, 1996. Sciences de l'intelligence, SCIences de l'artificiel, avec H.A. Simon. Actes du Colloque de La Grande Motte, février 1984. Coordonné avec A. Demailly. Presses Universitaires de Lyon.

1977

1986

1986

Intelligence des Mécanismes et Mécanismes de l'Intelligence. Direction du volume collectif de la Nouvelle Encyclopédie Diderot. Ed. Fayard-Diderot.
La Modélisation des systèmes complexes. Ed. Dunod (réédition 1991, 1995, 1999). Systémique et Complexité. Coordonné avec M. Orillard. Numéro spécial de la Revue Internationale de Systémique. 1990, vol. 4, n° 2.

1990

1990

1991

Traduction de "Sciences des Systèmes, Sciences de l'Artificiel" de H.A. Simon (2° édition complétée de 1981). Ed. Dunod. Le Constructivisme, T. I :Des Fondements". T.II : Des Epistémologies Ed. ESF, 1994-1995. Epuisés. Les épistémologies constructivistes, PUF Que Sais-je?, (2°édition corrigée 1999)
Intelligence Stratégique de la Complexité, codirection avec M. Orillard. Numéro spécial de la Revue Internationale de Systémique 1995, vol. 9, n° 2. Organisation intelligente et système d'information stratégique, codirection avec J .A.Bartoli. Editions Economica. l'Intelligence de la Complexité avec Edgar Morin Edition l'Harmattan traduit en portugais, editora fundaçao PEIROPOLIS, Sao Paulo Brésil Mélanges en l'Honneur du Professeur JeanLouis Le Moigne. Entre Systémique et Complexité (Direction GRASCE) Ed. PUF Le Constructivisme, T.1 : Les enracinements, T. 2. Des épistémologies interdisciplinantes, T. 3 : Un nouveau commencement. Edition L' Harmattan, Collection Ingenium. 6

1994

1995

1995

1996

1999

1999

2002 (à paraître)

«En marchant se construit le chemin»
Caminante, son tus huellas el camino, y nada mas; caminante, no hay camino, se hace camino al andar. Al andar se hace camino, y al volver la vista atras se ve la senda que nunca se ha de volver a pisar. Caminante, no hay camino, sino estelas en la mar.

Marcheur, ce sont tes traces ce chemin, et rien de plus; marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant. En marchant se construit le chemin, et en regardant en arrière on voit la sente que jamais on ne foulera à nouveau. Marcheur, il n'y a pas de chemin, seulement des sillages sur la mer

Antonio Machado, Chant XXIX des Proverbes et Chansons des Champs de Castille, 1917

Traduction de José Parets-Llorca

Sommaire
Introduction générale 13 1 Sur les enracinements épistémologiques de l'autonomie des sciences 29
2 Sur les fondements épistémologiques
sc i en ces"

des" nouvelles

.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 5 3

3 Sur la re-construction des sciences fondamentales de
I' in g éni eri e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 8 1

4 Sur un des fondements du constructivisme: l'hypothèse
té I éo I 0 gi que. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 05

5 Sur les fondements épistémologiques systèmes

de la science des 129

6 Un exercice de diagnostic épistémologique: d'une systémique molle à une systémique douce - douce mais
ferme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 153

7 Sciences des systèmes, sciences de la complexité: considérations épistémologiques et pragmatiques

171

8 Sur les fondements épistémologiques des sciences de la complexité: concevoir la complexité 185 9 Sur les fondements épistémologiques des sciences de la conception 215
10 Des fondements à la méthode... et de l'expérimentation à la modélisation 247
Bib Ii 0 gra phi e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 267

Index...

. . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. ... . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . ... . . . ... ... ... ... ... 285

Propos Liminaire pour cette nouvelle édition
Sur un subreptice changement de titre: Des Fondements aux Enracinements

Le titre de la première édition de cet ouvrage (publiée en 1994, aujourd'hui épuisée), était «Le constructivisme, des fondements». Le choix du mot "Fondement" était légitimé par l'usage qu'en proposaient la plupart des traités d'épistémologie. Jean Piaget en 1967, dans l'article par lequel il nous invitait à régénérer dans nos cultures civiques et scientifiques la "critique épistémologique" nous le redisait. «La critique épistémologique cesse de constituer une simple réflexion sur la science: elle devient alors instrument du progrès scientifique en tant qu'organisation intérieure des
fondements» .

Sur quels fondements reposent ces exercices d'appréciation de la légitimité des connaissances que chacun produit, enseigne et met en œuvre dans l'action collective.? Exercice d'appréciation de la légitimité des connaissances que chacun produit, enseigne et met en œuvre dans l'action collective, ne nous faut-il pas nous exercer aussi à la critique épistémique de ces fondements? La question me reconduisait toujours au "rouet de Montaigne" : «Pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un instrument: nous voilà au rouet. Puisque les sens ne peuvent arrêter notre dispute, étant pleins eux-mêmes d'incertitude, il faut que ce soit la raison; Aucune raison ne s'établira sans une autre raison; Nous voilà à reculons jusques à l'infini.»
Il

Alors sur quels fondements assurer la critique épistémique des fondements? Je regrettais bientôt le choix de ce mot "Fondement" (de la légitimation des connaissances) pour exprimer cette volonté «d'obstinée rigueur» - «Ostinato Rigore» - qui depuis Léonard de Vinci est la marque de l'esprit scientifique. En même temps je me félicitais de la pertinence des questions que ce mot m'incitait à poser: l'important est plus dans la recherche, dans la quête et dans l'enquête - «Searching and Inquiring» - que dans l'éphémère possession d'une réponse. Une fois encore, c'est sous la plume d'Edgar Morin que je trouvais la métaphore qui exprime sans le trahir le projet de ce questionnement: «A vrai dire, nous avions écarté dés le départ l'idée de fondement au sens maçon et architectural du terme, et nous avons cherché autre chose que des fondements. Nous avons recherché corrélativement les enracinements et les dynamismes producteurs de la connaissance humaine... Nous avons substitué à l'idée de fondement le principe de l'auto éco organisation vivante... » (La Méthode T 3, p. 231). La métaphore de l'organisation vivante des enracinements de nos connaissances en permanentes régénérations au sein de multiples et changeants terreaux n'est-elle pas plus satisfaisante pour rendre compte de leur légitimation épistémique au sein de nos cultures que celle du socle maçonné et immuable qui image les fondements? L'argument m'a convaincu. Puisse-t-il retenir aussi l'attention des lecteurs pensifs?
JL.Le Moigne

12

Introduction générale

Le constructivisme, entendu comme un discours sur les fondements de la connaissance scientifique (ou comme une théorie générale de la connaissance), apparaît, il y a un siècle, sous la plume de mathématiciens éminents, tel L. Kronecker, qui s'interrogeaient sur l'origine des nombres (donnés par la nature ou construits par l'Homme, artefacts donc ?), puis L. J. Brouwer, pour caractériser une conception des" fondements des mathématiques". En général associé à l'intuitionnisme (logico-mathématique), le constructivisme va devenir, dans la controverse des fondements, la doctrine des tenants des thèses de L. J. Brouwer auxquels s'opposa longtemps victorieusement la doctrine positive du fonnalisme dont D. Hilbert fut le héraut et le représentant le plus éminent1 . La " victoire" des formalistes fut telle que le constructivisme disparut presque pendant plus d'un demi-siècle des encyclopédies et des dictionnaires philosophiques, ne subsistant guère que comme une pièce de musée dans les exposés sur les problèmes des fondements. S'il ne disparaît pas complètement des dictionnaires, ce fut longtemps au seul bénéfice de quelques écoles artistiques " substituant à une plastique des plans une plastique des masses" (Constructivisme russe, 1913); écoles qui ne prétendaient guère contribuer aux théories de la connaissance scientifique.

1. On doit à J.Largeault la traduction française de quelques-uns des principaux textes de L.J.Brouwer, de D.Hilbert et de quelques autres, enfin accessibles quatre-vingts ans plus tard, sous le titre Intuitionnisme et théorie de la démonstration (Paris, Vrin, 1992); ainsi qu'un «Que sais-je?» sur l'Intuitionnisme (et donc sur les premiers constructivismes) également publié en 1992 13

La taupe:
Piaget

le constructivisme

dialectique

selon

J.

Cette brève évocation préliminaire des origines du constructivisme épistémologique contemporain éclairera peut-être de façon insolite le regain d'intérêt, certes encore hésitant, qu'il semble connaître depuis qu'à l'autre extrémité du spectre des sciences (les sciences de l'éducation et de psychosociologie clinique), un manifeste, dû principalement à E. von Glaserfeld et à P. Watzlawick (1981), propose de le réhabiliter 2. Dans l'histoire des sciences, un tel basculement (ou une telle métastase!) est suffisamment exceptionnel pour qu'on y prête attention, aussi irritant soit-il pour les institutions scientifiques qui pouvaient présumer qu'elles en avaient fini vers 1925 avec" les tentations du constructivisme", par la victoire des" formalistes" que supportaient presque sans réserve les positivismes enfin unanimes (des positivistes logiques aux positivistes behavioristes, analytistes ou structuralistes). Irritation peut-être renforcée parce que, dans le même temps, les mathématiques intuitionnistes et constructivistes relevaient timidement la tête (au début des années quatre-vingt), sous la bannière prudente des" mathématiques de l'analyse non standard" 3, sans se référer à cette résurgence, pour elle bien lointaine, d'un constructivisme issu apparemment d'expériences quasi cliniques plus que de méditations sur le problème des fondements de la Vérité! Ne s'agissait-il alors que d'un autre constructivisme, un homonyme comparable à celui qu'avaient établi les arts plastiques? Non, il s'agissait bien du même: le "principe de la taupe" identifié par E. Morin4 nous permet de repérer sans difficulté cette complexe filiation épistémologique qui relie aujourd'hui le constructivisme auquel se réfère l'analyse non
2. L'édition originale du recueil d'essais consacré au constructivisme épistémologique, édité par P. Watzlawick, sous le titre L'invention de la réalité. Contribution aux constructivismes, paraît en 1981. Il sera traduit en anglais en 1984 et en français (Paris, Le Seuil) en 1988. Le premier article de E. von Glasserfeld s'intitule fermement« Pour un constructivisme radical ». 3. Voir H.Barreau et J.Hartong (dir.), La mathématique non standard: histoire, philosophie, dossier scientifique, Editions du CNRS, Paris, 1989. 4. E. Morin, A.-B. Kern, Terre-Patrie, Paris, Le Seuil, 1993, p.216. 14

standard à celui auquel se réfère la psychothérapie systémique: la " taupe ", on le sait, s'appelle Jean Piaget! Taupe loyale au demeurant, qui veilla scrupuleusement à remonter souvent à la surface, en 19675 en particulier, pour décrire longuement les raisons et le plan des galeries encore souterraines qu'elle creusait, pour caractériser le constructivisme dialectique, qui s'exprimera notamment par l'épistémologie génétique6 par laquelle, depuis les penseurs de la Grèce antique (et sans doute aussi avant et ailleurs !), la science s'efforce de connaître ou de reconnaître les sens des relations des humains et du monde: merveilleuses ou horribles, peuvent-elles être intelligibles?

Le nouvel esprit scientifique: de l'objet au projet
Les quatre siècles précédents avaient privilégié les voies d'un naturalisme ou d'un réalisme présumé objectif. Mais l'examen des développements de la connaissance des sociétés humaines, comme pour Jean Piaget celui des développements psychiques de la cognition du nouveau-né devenant adulte, suggère l'importance d'une troisième voie que Gaston Bachelard avait déjà campée par une belle formule dans «Le nouvel esprit scientifique» (1934, p. 15) : " La méditation de l'objet par le sujet prend toujours la forme d'un projet ". Cette" interaction de l'objet et du sujet" par laquelle J. Piaget va se proposer de représenter la genèse structurante des connaissances humaines, l'intelligence des rapports de l'homme et du monde, n'est-elle pas appréhendable par une" troisième tresse", faite elle aussi de brins aux couleurs diverses: la voie d'un " constructivisme projectif". Si Jean Piaget favorisait le brin du "constructivisme dialectique ", il percevait dans sa complexité: "Le constructivisme, même dans ses formes" dialectiques" les mieux authentifiées, oscille lui aussi entre les tendances réalistes,
5. Dans l'Encyclopédie de la Pléiade qu'il éditera sous le titre «Logique et Connaissance scientifique », Paris, Gallimard, 1967. 6. Le dernier chapitre du «Que sais-je?» de 1. Piaget sur l' «épistémologie génétique» (publié peu après, PUF, 1970), contient un dernier chapitre «Le constructivisme et la création de nouveautés» qui se réfère très explicitement au « constructivisme au sens strict» de L. 1. Brouwer, (p.113). 15

idéalistes ou d'interaction stricte entre l'objet et le sujet" (1967, p. 1243.) Sans doute ne pouvait-il aisément, dans les cultures des années soixante imprégnées de structuralisme dialectique ou analytique et de positivisme logique, reconnaître les" projets" de ces permanentes interactions du sujet et de l'objet: il avait déjà l'audace" de situer sur les mêmes plans multiples le sujet et l'objet, leurs séparations n'étant que de méthode et pour ainsi dire provisoires" (1967, p. 1265). Audace fondatrice des constructivismes, que les positivismes régnant contesteront et contestent encore, la tenant même parfois pour" une philosophie répugnante" (R. Thom, 1990, p. 141). " La pierre angulaire de la méthode scientifique est le postulat de l'objectivité de nature, c'està-dire le refus systématique de considérer comme pouvant conduire à une connaissance" vraie" toute interprétation des phénomènes donnés en terme de causes finales c'est-à-dire de projets ", rappellera, en 1970, Jacques Monod dans un texte célèbre7. C'est pour cela, je crois, que J. Piaget, en 1967, ne se référera pas volontiers ni explicitement au caractère téléologique ou projectif de la connaissance produite par l'interaction du sujet et de l'objet, s'arrêtant (par la médiation de S. Papert8) à quelques allusions à une" téléonomie" exogène et simple, une sorte de cause finale unique, invariante et prédéterminée; une téléonomie mise en forme par une" première cybernétique" que J. Piaget s'efforçait alors d'intégrer au structuralisme pour lui apporter" les trois caractères de totalité, de transformation et d'autoréglage9 " qui lui manquaient pour assurer son autonomie épistémologique. Un structuralisme qui était presque, mais qui n'était pas encore, systémique (ainsi que le montrait R. BoudonlO dans un essai qui parut en même temps que « Le structuralisme» de J. Piaget).

7. 1. Monod, Le hasard et la nécessité, Paris, Le Seuil, 1970, p. 32. 8. Cf. les deux articles associés de S. Papert dans l'Encyclopédie de la Pléiade (1967) éditée par J. Piaget: « Epistémologie de la cybernétique» et «Remarques sur la finalité» (p. 822-861). 9. 1. Piaget, Le structuralisme, colI. « Que sais-je? », Paris, PUF, 1968, p.7. 10. R. Boudon, A quoi sert la notion de structure?, Paris, Gallimard, 1968.

16

La permanente construction des constructivismes
Il

reste que, même si les réflexions sur les fondements 11 " constructivistes" de la connaissance et de la cognition que nous

pouvons développer vingt ans après que J. Piaget les eut réhabilitées par ce manifeste épistémologique qu'est « Logique et connaissance scientifique », sont aujourd'hui plus denses et plus diverses, ces enrichissements ne se sont déployés que parce que le constructivisme épistémologique est devenu, à partir de 1970, de fait sinon de droit, un grand paradigme scientifique respectable. Au moins aussi respectable que le paradigme" positiviste et réductionniste ", alors et touj ours dominant, dont J. Piaget montrera incidemment les limites, les excès et les" discordances" entre les fondements sur lesquels il prétend reposer et les pratiques disciplinaires par lesquelles il s'exerce. Incidemment, parce que J. Piaget rédige alors une encyclopédie des épistémologies, et qu'il se doi t donc de présenter l' " état de l'art" de façon synthétique et aussi exhaustive et critique que possible. Comme il écrivait en 1965, il n'est pas surprenant qu'il ait" manqué" quelques-unes des grandes réflexions épistémologiques qui nous sont aujourd'hui plus familières, telles que celles de T.S. Kuhn, dont le premier grand livre parut en 1963 et fut traduit en français en 1973, de K. Popper, qui ne put publier sa « Logique de la découverte scientifique» en anglais qu'en 1959 et en français en 1973, d'E. Morin, dont l'œuvre épistémologique commence en 1973 avec «le Paradigme perdu », ou même de H. A. Simon, dont le manifeste épistémologique parut en 1969 et fut traduit en français en 197412. Ainsi le paradigme
Il. Peut-être faut-il rappeler que les dictionnaires définissent fort correctement la cognition par l'« acte de connaître », et, éventuellement, par le résultat de cet acte: la connaissance; connaissance que J. Piaget définira simultanément par « le processus et le résultat ». 12. Le cas de la « rencontre des paradigmes épistémologiques de H. Simon et de J. Piaget» est plus complexe: elle eut lieu en 1965 à Paris, et les actes du colloque du CNRS, Les modèles et la formalisation du comportement (CNRS, 1967) en ont gardé trace. Je crois que Jean Piaget, inhibé par l'épistémologie de la cybernétique que lui vantait S. Papert, ne sut pas percevoir alors la pertinence du paradigme systémique que H. A. Simon développait en pionnier, loin des modes cybernétiques. Je crois aussi que Jean Piaget en prit conscience peu avant sa mort, en 1979-1980.

17

constructiviste restauré par Jean Piaget ne s'institutionnalise pas d'abord" contre" les paradigmes positivistes et leurs dérivés, mais "à côté" si l'on peut dire, presque naturellement, puisque l'encyclopédie se doit de décrire toutes les cases du cadre dans lequel elle expose les fondements de toute épistémologie. En revanche, à la différence du positivisme fondateur (celui d'Auguste Comte, 1828), le constructivisme piagétien ne naît pas tel Athéna, armé de pied en cap: il se construit pendant trente ans dans l'expérience scientifique exceptionnelle des développements de la psychologie génétique, par une réflexion critique et prospective interne et dérivée de la recherche: le titre d'un des premiers ouvrages publiés par J. Piaget en 1937, suggère déjà ce projet: «La construction du réel chez l'enfant ». Ce pragmatisme méthodologique se retrouvera dans pratiquement toutes les grandes contributions contemporaines aux épistémologies constructivistes, qu'il s'agisse de celles de L. J. Brouwer méditant sur son expérience de recherche en logique et en mathématique, de H. A. Simon sur ses recherches sur les processus de décisions complexes, d'E. Morin sur ses recherches en anthropologie et en sociologie, de H. von Foerster, sur ses recherches en bioinformatique, d'E. von Glaserfeld sur ses recherches en sciences de l'éducation ou de P. Watzlawick sur ses recherches cliniques en psychothérapie.

Le constructivisme,

épistémologie empirique

Ce pragmatisme méthodologique couplant délibérément la réflexion et l'action13 fera du constructivisme une épistémologie que l'on tiendra volontiers pour" empirique" (H. A. Simon dans W. Sieg, 1990, p. 127) ou pour" expérimental" (W. McCulloch, 1964-1965, p. 359), au risque de surprendre les institutions scientifiques qui s'efforcent d'organiser les recherches disciplinées" en différenciant classiquement un niveau théorique " et un niveau pratique, ou une recherche dite fondamentale et une recherche dite appliquée, ou un univers des concepts abstraits et un univers des expériences concrètes. Organisation de la science que
13. W. Sieg (éd.), Acting and Reflexing, Amsterdam, Kluwer, 1990.

18

rien ne contraint à des disjonctions disciplinaires (comme le voudraient la plupart des positivismes) et qui pourra tout aussi bien prendre la forme de conjonction et d'articulation. Conjonctions que l'on peut présenter ou au moins suggérer par le récit de quelquesunes au moins de leurs manifestations successives, de façon à faciliter l'intelligence du "contenu" autrement que par la description du " contenant" et par le récit de ses transformations récentes. On peut sans doute tenter d'écrire un Traité du constructivisme épistémologique comme Auguste Comte écrivit un "Catéchisme du positivisme": le "produit" aurait certes une durée de vie plus éphémère puisque, par construction... "le constructivisme se construit en s'exerçant" et que nul ne sait ce qu'il proposera demain. Mais on peut aussi proposer une intelligence active et interne du constructivisme en articulant sa présentation sur deux registres: celui des" fondements" et celui de son" exercice ", autrement dit celui du récit de ses manifestations au sein de quelques pratiques de la recherche scientifique familière, celle que l'on connaît aujourd'hui dans les " disciplines" (scientifiques et artistiques). Telle est la stratégie mise en oeuvre pour construire cette présentation du constructivisme. Organisé en trois tomes, les enracinements (tome 1) et les épistémologies interdisciplinantes (tome 2), Un nouveau commencement (tome 3, en préparation) il voudrait être plus qu'un essai et moins qu'un manuel; et il appréhende d'être tenu pour un " traité" qui figerait une entreprise qui ne s'entend que dans sa dynamique culturelle. Une " intelligence" peut-être, si l'on accepte cette catégorie encore un peu insolite dans les rubriques de l'édition scientifique, philosophique et technique!

L'archipel constructiviste
Une" intelligence qui organise ce livre en s'organisant ellemême ", si l'on m'autorise ce plagiat d'une formule de J. Piaget qu'E. von Glaserfeld a su relire pour nous avec assez

19

d'étonnement14.Ce qui nous incite à reprendre, en les enchevêtrant, des études apparemment diverses que réunit une commune et permanente intention: publiées au fil des quinze dernières années, à partir du moment où je me formais la conviction que je ne pouvais plus continuer à chercher et à enseigner sans m'assurer en permanence de la légitimité épistémologique des" énoncés" que je m'efforçais de produire pour les transmettre et les pratiquer (Science avec conscience, dira E. Morin, 1982), ces textes s'organisaient, au rythme des projets de recherches auxquels je m'associais, sur les deux registres que suggère le pragmatisme méthodologique que je privilégie volontiers. Une dizaine d'entre eux relevaient d'une réflexion sur les" fondements du constructivisme ", ce noyau stable, ce corps d'hypothèse ou de croyances, ces références paradigmatiques communes que je m'efforce d'expliciter pour moi-même et que je crois trouver ou retrouver dans les réflexions analogues de la plupart des auteurs (contemporains ou non) auxquels je me réfère volontiers: j'ai coutume d'évoquer" mon triangle d'or", constitué des oeuvres que j'enchevêtre de J. Piaget, de H. A. Simon et d'E. Morin, et les trois V du constructivisme: Léonard de Vinci, Gianbattista Vico et Paul Valéry! Mais on l'a perçu en lisant les pages qui précèdent, les fondements du constructivisme se décrivent par un vaste archipel: si toutes ses îles appartiennent à la même plaque tectonique, elles n'ont pas toutes la même dimension pour chacun des voyageurs qui les parcourt. Et, souvent encore, l'explorateur en découvre de " nouvelles" qu'avaient" oubliées" des cartes trop récentes (ainsi certains sophistes de la Grèce Antique, bien des nominalistes médiévaux ou, plus proche de nous, des pragmatistes américains tels que J. Dewey); et de nouvelles irruptions feront peut-être émerger demain de nouvelles îles, je veux dire de nouvelles oeuvres, qui transformeront les plans de nos futures navigations. Cette métaphore de l'archipel du constructivisme suggère peut-être " l'intelligence" de ce premier tome consacré aux fondements: il est fait d'une dizaine de récits de mes propres navigations dans
14. «L'intelligence organise le monde en s'organisant elle-même» . (Jean Piaget, 1937, p. 311). E. von Glaserfeld a souvent souligné la portée épistémologique de cette phrase. 20

l'archipel. Voyages exploratoires d'île en île, au retour desquels on rédige habituellement une sorte de journal de mission tout en recensant et en interprétant les" découvertes" et les" inventions" que l'on a accumulées, cela tout en s'efforçant d'honorer le contrat de la mission: but qui ne servait peut-être que de prétexte, mais sans lequel on n'eût rien entrepris! Sans doute repassant plusieurs fois par les mêmes îles (les mêmes oeuvres) au fil d'explorations différentes, je fais plusieurs fois les mêmes découvertes. Mais les voyais-je exactement de la même façon? Il m'a semblé qu'en rassemblant dix des articles (rédigés entre 1981 et 1991) qui " racontent" ces missions et décrivent les perceptions qu'ainsi je me forgeais des fondements du constructivisme, on proposait au lecteur pensif (Victor Hugo) une sorte de trame qui, organisant le livre, organisera peut-être aussi une intelligence de ces fondements. La même stratégie présidant à la construction des tomes 2 et 3, que l'on présentera de façon plus détaillée dans une introduction spécifique: le projet de ces autres" voyages ", vise plus la pratique des épistémologies constructivistes d'une dizaine de disciplines, que celui d'une exploration des fondements qui caractérise le tome 1.

L'organisation des fondements: méthodologique

un pragmatisme

La mise en forme linéaire de cette succession d'articles est bien sûr contraignante: il n'existe peut-être pas de "bon ordre ", et le désordre est souvent un ordre différent! Le pragmatisme méthodologique qui m'inspire m'a conduit à retenir une progression délibérément tâtonnante, que l'on peut présenter succinctement pour faciliter la tâche et les recherches du lecteur. 1. La science, et les sciences, peuvent-elles produire elles-mêmes leurs propres fondements épistémologiques?: non pas les démontrer, mais au moins les identifier et les argumenter? Ou faut-il se résigner à tenir la science pour une sorte de religion révélée définissant par ses textes sacrés les fondements auxquels elle doit immanquablement se référer? On ne peut aborder une réflexion sur les fondements de la connaissance scientifique sans 21

s'interroger sur la capacité de la science à produire (ou au contraire à subir ?) ses propres fondements: la question de l'autonomie de la science n'a peut-être pas de réponse unique et définitive, mais on ne peut pas l'ignorer. Notre réflexion rencontrait sur les fondements du constructivisme, presque dès l'origine, une réflexion conjointe sur l'autonomie de la science, avivée par les interrogations épistémologiques que posent les" nouvelles sciences de l'autonomie" (auto-organisation, auto-poïese, autoréférence,...). Le chapitre 1 reprend une réflexion (rédigée en 1981) sur ces interrogations que la construction des sciences de l'autonomie, à partir des années soixante-dix, suscitait pour notre entendement de l'autonomie de la science. 2. Au sein de la science contemporaine émergent, depuis un demisiècle, de nombreuses" nouvelles sciences" que les académies et les systèmes d'enseignement accueillent parfois volontiers; peutêtre précipitamment même, dans la mesure où la discussion des fondements de la scientificité de ces" nouvelles disciplines" est trop souvent oubliée tant par les scientifiques concernés que par les cultures sociales dans lesquelles elles se développent (que l'on pense à l'informatique). L'occasion est bonne pourtant de demander à ces attractives nouvelles sciences de susciter une discussion de leurs propres fondements épistémologiques; c'est en s'exerçant à cette discussion qu'elles vont être conduites à reconnaître les fondements du constructivisme. Reconnaissance qui susci te peut -être quelques interrogations en retour sur les fondements des" anciennes" disciplines: les positivismes auxquels elles assuraient se référer en sécurité reposant peut-être sur d'autres fondements qui mériteront, à leur tour, d'être revisités. Le chapitre 2 (rédigé en 1986) pose la question des fondements du constructivisme à partir de l'événement que constitue l'essor contemporain des nouvelles sciences: "les nouvelles sciences sont-elles bien des sciences? ".

3. Parmi les" nouvelles sciences", les sciences de l'artificiel, sciences fondamentales de l'ingénierie, sciences des systèmes (qu'ils soient artificiels ou naturels, ou naturels et artificiels), représentent sans doute un groupe de disciplines particulièrement malaisées à identifier du point de vue des disciplines 22

traditionnelles: appliquées, voire ancillaires? ou véritablement et pleinement scientifiques? L'expérience modélisatrice ancestrale, dont elles peuvent enrichir une réflexion sur les fondements de la connaissance, mérite pourtant d'être interprétée: on n'est pas surpris de rencontrer ainsi, fort pragmatiquement, nombre de matériaux constitutifs des fondements du constructivisme. Le chapitre 3 (rédigé en 1988) argumente, étaye et illustre la discussion introduite au chapitre précédent. 4. L'" hypothèse téléologique" est un des fondements essentiels du constructivisme dégagé par les deux chapitres précédents. Hypothèse forte et souvent encore surprenante pour nombre de cultures scientifiques enfermées dans une" hypothèse déterministe" qui se voudrait seule légitime. Le chapitre 4 explore cet argument central en tirant prétexte d'une controverse suscitée dans les années quatre-vingt sous le titre de "la querelle du déterminisme" (l'article correspondant fut rédigé en 1990). 5. Si l'hypothèse téléologique sert de révélateur à l'originalité des fondements du constructivisme, elle n'est pas leur seule composante: la réflexion sur les fondements épistémologiques de la systémique (ou science des systèmes) qui constitue le chapitre 5, rédigé également en 1990, permet de repérer de façon succincte les quelques grandes hypothèses par lesquelles se définissent aujourd'hui de tels fondements. 6. Cet exercice de balisage permet de guider la recherche lorsqu'elle s'efforce de diagnostiquer sa propre scientificité: le chapitre 6 (rédigé en 1988) illustre cette démarche à partir d'un tel diagnostic appliqué précisément à la science des systèmes. Selon qu'on traduit" soft science" par" science douce" ou par" science molle ", on est conduit à deux interprétations épistémologiques qui, en pratique, peuvent diverger sensiblement. 7. Toute réflexion sur les fondements de la connaissance rencontre les" défis de la complexité" : si l'on ne prend pas le parti habituel de sa " réduction par simplification ", il importe de jalonner avec une exigence accrue les bases à partir desquelles on se propose de "construire du sens" en interprétant des phénomènes perçus inextricablement enchevêtrés: l'expérience épistémologique de la 23

jeune science des systèmes apporte peut-être ici aux sciences de la complexité les repères fondateurs dont elles ont besoin pour articuler l'invention créatrice du concepteur et l'obstinée rigueur du modélisateur dont la conjonction fonde la recherche. Le chapitre 7 (rédigé en 1990) propose d'identifier ces repères sous la forme de quelques axiomes articulant les composantes du constructivisme dialectique. 8. Cette pragmatique de la modélisation systémique permet d'organiser les deux démarches de " La méthode de complexité" (E. Morin): intelligence et conception de la complexité. Mais l'exercice est récursif par construction: concevoir la complexité, c'est aussi complexifier notre intelligence de la conception. On ne peut disjoindre épistémologiquement les sciences de la complexité et les sciences de la conception. La complexité ne s'analyse pas, elle se conçoit. Le chapitre 8 rédigé en 1984 rassemble les leçons de cette étonnante expérience modélisatrice conjointe de la complexité et de la conception, enrichissant ainsi notre intelligence des fondements du constructivisme. 9. La boucle spiralée qui conduit de la science des systèmes aux sciences de la conception passe par les sciences de la complexité... et nous ramène à la science des systèmes: la conception est un exercice complexe de modélisation systémique dont on peut construire les fondements épistémologiques en s'aidant de l'expérience développée par les sciences de la computation symbolique (1'intelligence artificielle). Le chapitre 9, rédigé en 1986 (sous la forme initiale d'une contribution au colloque de Cerisy, "Arguments pour une méthode, avec Edgar Morin") propose ici un tel exercice sous la forme d'une contribution aux fondements du constructivisme.
10. Le chapitre 10 (rédigé en 1982), "Des fondements à la méthode ", propose d'articuler les recherches sur les fondements du constructivisme qu'expose ce premier volume aux exercices plus méthodologiques de construction des épistémologies des disciplines scientifiques (des épistémologies" dérivées" des pratiques disciplinaires selon J. Piaget), exercices que développe le tome 2. Ces exercices furent conduits en parallèle, ou plutôt en

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interaction permanente, avec ces réflexions sur les fondements, également entre 1981 et 1992; puisqu'il fallait présenter cette "intelligence du constructivisme" en deux volets, l'un consacré aux fondements et l'autre aux épistémologies disciplinaires, on pouvait les relier par une" question de méthode" quelque peu provocante: la "question des fondements" n'est pas de pure et abstraite spéculation, et l'on ne sépare pas la question des fins de la question des moyens. C'est dans cette conjonction interactive des fondements et des méthodes que se forgent aujourd'hui nos cultures. Ainsi" le chemin se construit en marchant, tel un sillage sur l'océan ", qu'évoque pour chacun le poème retrouvé d'Antonio Machado, allégorie peut-être des constructivismes.
Je ne peux achever cette introduction sans exprimer publiquement ma gratitude aux nombreux amis, collègues, chercheurs, étudiants... avec lesquels j'ai eu la chance de pouvoir échanger et réfléchir depuis quelque vingt-cinq ans... en partageant 1'" aventure infinie de la science Je ne peux bien sûr tous les citer, mais on ne sera pas surpris que je redise à nouveau ma gratitude à Jean Piaget (qui m'encouragea peu avant sa mort, en 1980, à poursuivre ces exigeantes méditations épistémologiques sur" le paradigme de l'univers construit "), à Herbert A. Simon et à Edgar Morin, pionniers et fondateurs qui nous apprennent qu'" il n'y a pas de
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chemin et que le chemin se construit en marchant

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Ma gratitude personnelle va bien sûr aux membres du GRASCE, CNRS 935, petite équipe de chercheurs d'Aix-en-Provence qui me permet de bénéficier d'un environnement intellectuel et amical particulièrement stimulant au sein duquel se sont souvent développées les réflexions que reprend aujourd'hui cet ouvrage. Je remercie aussi Mademoiselle Sandrine Raynard, qui a contribué à la mise en forme de la première édition de cet ouvrage en 1994. Et je remercie plus particulièrement Madame Evelyne Biausser et l'équipe d'Axone, qui ont apporté beaucoup de soin et d'intelligence à la présentation de cette nouvelle édition complétée, en établissant en particulier l'index détaillé, et en suggérant nombre d'améliorations judicieuses. 25

Remerciements et références
Les chapitres de cet ouvrage reprennent des articles publiés dans des recueils et revues scientifiques dont les éditeurs ont bien voulu autoriser la reproduction. L'auteur et l'éditeur expriment ici leurs sincères remerciements: - aux Éditions du Seuil (Paris) qui autorisent la reproduction de " Science de l'autonomie et autonomie de la science ", publié dans Colloque de Cerisy. L'auto-organisation, de la physique au politique, sous la direction de P.Dumonchel et de J.-P. Dupuy (1983), p. 521-536 (cf. chap. 1). et de "On n'invente que ce qui n'existe pas ", publié dans Colloque de Cerisy, Arguments pour une méthode autour d'Edgar Morin, coordonné par D. Bougnoux, J.-L. Le Moigne et S. Proulx (1990), p. 214-228 (cf. chap. 9).
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- aux Éditions Dunod et à l'AFCET, co-éditeurs de la Revue internationale de systémique, qui autorisent la reproduction des articles suivants:
" Les nouvelles sont bien des sciences ", 1 (3), 1987, p. 295-318 (cf. chap. 2) ; " Quelle épistémologie pour une science des systèmes naturels qui sont avec cela artificiels? ", 3 (3), 1989, p. 251-271 (cf. chap. 3) ; "Du parce que... au afin de... ", 6 (3), 1992, p. 223-240 (cf. chap.4); " Systémique et complexité ", 4 (2), 1990, p. 107-117 (cf. chap. 7) ; " Conception de la complexité et complexité de la conception ", 4 (2), 1990, p. 290-318 (cf. chap. 8) ; "De la systémique molle à la systémique ferme", 3 (2), p. 191-207 (cf. chap. 6) ; douce, douce mais

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aux Éditions Lavoisier-Tecdoc (Paris) qui autorisent la

reproduction de "Epistémologie de la science des systèmes" publié dans Systémique, théorie et application, coordonné par F. le Gallou et B. Bouchon-Meunier, (1992), p. 323-341 (cf. chap. 5) ;
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aux Éditions de l'IDATE (Montpellier) qui autorisent la

reproduction de " Pourquoi expérimenter alors qu'il est si simple de réfléchir? ", Bulletin de l'/DATE, 9, Acte des IVe journées de l'IDATE, Montpellier, octobre 1992.

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1 Sur les enracinements épistémologiques de l'autonomie des sciences *
Cette étude fut rédigée en 1981 pour être insérée dans un ambitieux travail collectif publié sous le titre «L 'autoorganisation, de la physique au politique », sous la direction de P. Dumonchel et J-P. Dupuy (Le Seuil, 1983). Les théories de l'autonomie, de l'auto-organisation et de l'auto-poïese venaient d'apparaître presque simultanément dans la plupart des grandes disciplines scientifiques, et la science des systèmes, qui apparaissait avec elles, produisait déjà le langage qui permettait les communications interdisciplinaires. Mais ces développements suscitaient des questionnements épistémologiques et culturels alors perçus pour très nouveaux et parfois" dérangeants ". Pour que l'autonomie puisse être tenue pour un concept scientifique, que serait le "prix épistémologique" de cette reconnaissance? Le constructivisme s'est pour une part développé, à partir de cette époque, sur ce questionnement: si l'on peut parler d'une science de l'autonomie, et si les épistémologies positivistes alors régnantes ne peuvent la reconnaître comme telle, alors ne faut-il pas réfléchir auxfondements d'une épistémologie qui" assurent" cette scientificité, condition de l'enseignabilité de telles nouvelles sciences? La science peut-elle s'entendre assez autonome pour produire elle-même ses propres fondements? Réfléchir sur une science de l'autonomie, c'est réfléchir sur l'autonomie de la science (le titre initial de l'article repris ici). Peut-être faut-il souligner que l'année de sa rédaction (1981) paraissait en allemand le célèbre article d'E. von Glas erfe Id,
* A quelques complélnents et corrections de forme près, ce chapitre reprend un texte publié dans un ouvrage collectif sous la direction de P. Dumonchel et J.-P. Dupuy, L'auto-organisation, de la physique à la politique (Paris, Le Seuil, 1983, Colloques de Cerisy), sous le titre Sciences de l'autonomie et autonomie de la science, p. 521-536. L'auteur et l'éditeur renouvellent ici leurs remerciements aux Editions du Seuil, aux Colloques de Cerisy et aux directeurs de cet ouvrage collectif. 29

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