Le Langage de l'intuition

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Cette étude se propose de réfléchir à la relation que l'intuition du singulier entretient avec le langage. Contrairement à une idée fort répandue, l'intuition ne s'oppose pas au langage. Le défi du concept de langage de l'intuition consiste à tenter un dépassement de l'opposition classique entre intuition et langage en considérant deux domaines de la culture -le mythe et la philosophie du langage- où cette dichotomie se voit sérieusement battue en brèche. Le singulier peut être l'objet de discours sans être forcément assimilé au concept, telle est ici la thèse défendue.
Publié le : dimanche 1 février 1998
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EAN13 : 9782296355026
Nombre de pages : 288
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LE LANGAGE DE L'INTUITION
Pour une épistémologie du singulier

Collection L'Ouverture Philosophique dirigée par Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

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<9L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-6163-8

Gérald HESS

LE LANGAGE DE L'INTUITION
Pourune épistémologie
du singulier

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A la mémoire de Sieglinde

Avant-propos
Les études qu'on va lire se proposent de réfléchir à la relation que l'intuition du singulier entretient avec le langage. Contrairement à une idée fort répandue, l'intuition ne s'oppose pas au langage. Ce préjugé, nous le devons en partie à la tradition philosophique qui, voulant désigner une manière de penser plus affective, en est venue à instaurer un clivage entre l'intuition ainsi comprise et la pensée discursive. Or cette dernière se caractérise par des relations logiques que le langage ordinaire manifeste clairement par des mots comme et, ou, si. alors, etc. En outre, le discours use de concepts que ces mots logiques mettent en rapport afin d'en élaborer de nouveaux. L'intuition, si elle est bien celle du singulier, se démarque à première vue de ces deux traits relatifs au discours en général et on saisit alors mieux comment on en est arrivé à concevoir une pensée totalement indépendante du langage. Mais il ne saurait y avoir de conscience sans recourir au langage. La sphère linguistique fonde la conscience autant que celle-ci la fonde. Et mieux vaut s'interroger d'emblée sur les ressources au moyen desquelles le langage se conforme à l'expérience intuitive plutôt que de persister à le croire inapproprié pour se lier d'une façon ou d'une autre à une telle expérience. Ce n'est pas parce qu'on qualifie l'intuition de non conceptuelle et qu'elle fonctionne de surcroît sans la médiation du raisonnement qu'elle

s'avère nécessairement rebelle à l'ordre linguistique.C'est sur la base de ces
considérations que j'ai donc tenté d'élucider la signification du concept de langage de l'intuition, forgé pour l'occasion. il m'a servi à discerner des régions du langage où l'intuition paraît être en contact avec lui et le singulier en partie incorporé à lui. Mes recherches ont exploré deux domaines de la culture, différents à bien des égards, mais non sans dévoiler des similitudes parfois frappantes: la pensée mythique et la philosophie du langage. Chacune de ces formes culturelles a fait l'objet d'une méditation particulière, relativement autonome à l'autre, même si toutes les deux sont en résonance mutuelle

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Ce livre est le résultat d'une thèse soutenue à l'université de Lausanne et je tiens à remercier toutes les personnes et institutions sans l'aide desquelles il n'aurait jamais été mené à bien. Je rends d'abord hommage à Monsieur J.-el. Piguet, dont l'ouvrage La connaissance de l'individuel et la logique du réalisme' m'a éveillé au problème du singulier, et à Madame M -J Borel qui m'a témoigné sa confiance à une époque où cette recherche était encore bien tâtonnante. Le soutien financier du FNRS et de la Société Académique Vaudoise a permis de son côté un séjour très enrichissant à Paris. J'exprime également toute ma gratitude envers Messieurs E Gil et J.-el. Pariente dont les réflexions ont été pour moi une source d'inspiration profonde. Ma reconnaissance va encore à l'endroit de P. Ducommun qui s'est chargé de relire l'ensemble du texte en suggérant chaque fois que ce fut possible des améliorations d'ordre stylistique. Finalement, je voudrais remercier ma famille pour son soutien dans les moments difficiles - et il y en eu passablement - ainsi que tous mes amis qui à titre divers, par leur humour, leur disponibilité ou leur patience, ont su exprimer du respect pour mon travail.

Piguet, J -CI, la connaissance

de l'individuel

et la logique du réalisme,

Neuchâtel, A la Baconnière,

1975

Prologue

INTUITION,

LANGAGE

" ET EVIDENCE

Le singulier est une notion difficile à penser. Difficile parce qu'elle semble à tout instant se dérober au langage. Difficile aussi du fait qu'elle n'est pas un concept stable qui désignerait une réalité bien définie. Et pourtant, ces deux raisons sont le résultat d'un même préjugé qu'a fort bien analysé J -CI. ParienteI, celui de croire que l'individuel pourrait être circonscrit à l'une ou l'autre région du réel. A vrai dire, il n'est pas une propriété qui appartiendrait essentiellement à certains objets, mais une propriété qui leur est attribuée par le langage Ce principe implique qu'il faille désormais considérer autant de types

d'individualité qu'il y a de types de langage': le langage ordinaire ou celui de la connaissance, par exemple Sur le plan de l'expérience empirique, vécue au quotidien, qui est celui du langage dont on use dans la vie courante, l'individualité désigne d'abord et surtout ce qui n'est pas conceptuel. Elle signifie donc non seulement ce qui est quantitativement unique, non reproductible, mais encore ce qui est qualitativement unique, c'est-à-dire indivisible sous peine d'altérer son être. L'expression de singulier s'oppose, il est vrai, à la multiplicité des éléments d'une classe logique et évoque par conséquent ce qui ne relève pas de cet ensemble. L'individuel ou l'individualité se distingue de son côté de l'universel, mettant l'accent sur la singularité qualitative Or une telle individualité n'est pas forcément incompatible avec son appartenance à une ou plusieurs classes logiques Ce que traduit parfois le terme d'individu employé pour désigner l'élément d'une classe. Il s'en suit que ce qui est qualitativement unique ne l'est pas nécessairement sur le plan quantitatif: un poème peut être reproduit par l'imprimerie à une infinité d'exemplaires. En revanche, ce qui est quantitativement unique l'est aussi qualitativement: un tableau de Van Gogh ne saurait être divisé sans perdre en même temps son identité singulière. C'est pourquoi je préfère faire usage du mot de singulier pour nommer ce dont il sera question dans la pages suivantes, à savoir le caractère qualitativement et quantitativement unique de certains objets Contrairement à l'individuel qui évoque plus directement l'individu, élément quelconque d'une classe logique, le singulier connote mieux, à mon sens, le double caractère d'unicité qui qualifie l'individualité présentée dans l'expérience vécue. Toutefois, dans la suite de ce travail je prendrai tout de même quelque liberté et emploierai parfois indifféremment l'un ou l'autre termes. Pour des raisons stylistiques, mais aussi en fonction des contextes plus spécifiques dans lesquels

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évoluera ma réflexion, il m'arrivera de parler du singulier en termes d'individualité vivanteet concrète ou encore d'individualité personnelle.

Une épistémologie du singulier: la solution de H. Bergson
Le problème soulevé par le singulier ainsi défini est celui de la relation
cognitive qui nous lie à lui 3 C'est dire que l'enjeu est avant tout épistémologique au sens, il est vrai, plus large que son usage habituel. Dans la perspective inaugurée par J.-Cl. Pariente, la question n'est plus seulement celle de savoir à quelle(s) condition(s) un savoir objectif, scientifique, de l'individuel est possible, mais celle de s'enquérir des divers types de langage qui appréhende le singulier sous une forme ou une autre. En réalité, le singulier semble bien avoir été traditionnellement rebelle non seulement au concept, mais au langage tout court H. Bergson représente à bien des égards une figure emblématique de ce courant philosophique. Pour lui, cette relation cognitive est celle de l'intuition.' «Nous appelons ici intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable.»' Le contexte de cette définition oppose en fait l'intuition à l'opération d'analyse qui vise à saisir les propriétés d'un objet, communes à d'autres En d'autres termes, il oppose l'intuition au concept Il s'ensuit, et c'est là un deuxième trait

de la relation intuitive,le caractère non inférentiel de l'intuition du fait que le
raisonnement, quel qu'en soit le mode (inductif, déductif ou abductif), met toujours en relation des concepts, c'est-à-dire des classes d'individus ou d'éléments Avec ces deux traits, la définition bergsonienne rejoint à peu près celle, classique, que l'on trouve dans les études consacrées à cette notion. Ainsi N. Mouloud écrit-il que «le terme d'intuition désigne la manière d'être d'une connaissance qui comprend directement son objet, par un contact sans médiats avec lui, et sans le secours des signes ou des procédés expérimentaux.»6 Le «contact sans médiat» doit être compris ici comme l'absence d'une médiation inférentielle. Cela dit, l'immédiateté ne suppose pas nécessairement l'absence de signes mais celle d'une preuve, qu'elle soit démonstrative ou de l'ordre de la vérification/falsification expérimentale C'est bien là aussi la position de R. Rorty qui ne voit a priori aucune incompatibilité entre la non-inférence et le discours.' En d'autres termes, si l'extra-conceptualité implique la non-inférence, un discours non inférentiel n'est pas obligatoirement non conceptuel. Néanmoins, l'intuition bergsonienne ne s'en tient pas à l'absence de concept, elle porte sur un singulier qu'Ho Bergson identifie au soi: «Nous pouvons ne sympathiser intellectuellement, ou plutôt spirituellement, avec aucune autre chose. Mais nous sympathisons sûrement avec nous-mêmes.»8 Ce rapport à soi, s'il définit cette sympathie ou cette sorte de coïncidence à soi-même dans laquelle le singulier est aussi bien le sujet que l'objet de la relation, s'effectue toutefois par soi-même La conscience par laquelle

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a lieu le rapport à soi, H Bergson la conçoit, en effet, comme celle de sa durée propre. "Prenez le sentiment le plus simple, suggère-t-il, supposez-le constant, absorbez en lui la personnalité entière: la conscience qui accompagnera ce sentiment ne pourra rester identique à elle-même pendant deux moments consécutifs, puisque le moment suivant contient toujours, en sus du précédent, le souvenir que celui-ci lui a laissé.»9 L'intuition est dès lors cette relation intérieure à la conscience: elle est saisie immédiate de soi comme durée car elle n'est réalisée par aucun détour hors de la conscience elle-même et de sa propre temporalité Chez H. Bergson, l'individuel est par conséquent un soi sans l'autre et l'intuition le rapport à soi de la conscience par elle-même, au sein de cette dimension exclusive qui est son propre déroulement temporel singulier. En cantonnant l'individuel à la pure durée, le philosophe s'empêchait du même coup de concevoir une compatibilité entre l'intuition et le langage Or en passant à une définition formelle de l'individualité, telle que la propose J -CI Pariente, on peut fort bien envisager de dépasser cette incompatibilité. C'est ce que je vais m'efforcer d'établir.

Le repérage du singulier
clairement En suivant le fil de l'évolution de la pensée bergsonienne, J -CL Pariente a montré comment H Bergson s'est orienté peu à peu vers une définition

formelle de l'individualité, le singulier n'est plus opposé au langage comme la durée s'oppose à l'espace, il devient seulement l'envers du concept. Ce changement, expliquet-il, s'est produit par deux déplacements: le premier a été subi par l'individuel qui n'est plus circonscrit à la pure durée, le second a été effectué par le langage que Bergson n'a

plus assimilé, comme il l'a fait dans l'Essai sur les données immédiates de la
conscience, à la stricte spatialité l'individualité est une propriété attribuée à un objet en vertu d'une procédure d'individualisation du langage. A partir de ce constat, le langage ordinaire délimite, selon l'auteur, une première sphère, non conceptuelle ou vécue, du singulier qualifié par l'indivisibilité et la non reproductibilité. L'individuel du langage ordinaire, c'est bel et bien l'autre pôle du concept. Mais si le concept n'est pas incompatible avec le singulier, il n'en demeure pas moins que «nous ne pourrons jamais caractériser l'individu qu'à l'aide de termes et d'énoncés négatifs puisque, par définition, de chaque concept il faudra reconnaître qu'il ne convient pas exactement à cet objet singulier. C'est son extra-conceptualité qui fait que l'individuel peut être le mieux cerné, mais non pas exprimé dans son essence propre par des concepts, du moins au niveau du langage ordinaire."1O S'il en est ainsi, comment donc le concept peut-il avoir quelque rapport avec un objet singulier? En fait, celui-ci n'est pensable qu'en appartenant par l'une au moins de ses propriétés à une classe Ce qui caractérise l'individualisation toutefois, c'est que l'objet singulier ne se situe pas, par rapport aux autres, sur le même plan: il subit ce que

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J CI Pari ente appelle une «dénivellation» définissant, si l'on veut, un processus inverse à
celui de l'abstraction «Quand je dis "cet homme est méprisable" en montrant quelqu'un du doigt, je ne vise pas un élément quelconque de la classe des hommes, mais, panni les éléments de cette classe, celui-là et celui-là seul qui se distingue de tous les autres par la situation qu'il occupe dans l'espace par rapport à moi: cette situation constitue une propriété de l'objet désigné qui ne dépend pas de la classe dont il est élément [...] .»11Ce qui constitue dans cet exemple l'homme comme être singulier, ce n'est pas sa qualité d'être un homme, ni celle d'être méprisable, car d'autres le sont aussi. La singularisation s'acquiert par la propriété qu'il possède par rapport à l'énonciateur d'occuper une position spatiale déterminée. Or cet aspect-là de l'objet désigné ne relève d'aucune classe. C'est pourquoi il permet de l'isoler par rapport aux autres éléments de la classe en l'indvidualisant Le langage comporte ainsi des outils non conceptuels qui permettent à des objets d'être singularisés J -CI. Pariente en recense deux: le nom propre et les indicateurs de la subjectivité (de temps, de lieu, etc.). Ces deux outils fonctionnent comme des «opérateurs» d'individualisation, parce qu'ils sont non conceptuels et visent des singularités dont on ne sait rien. Pour atteindre l'individuel, il doivent se référer par conséquent à une individualité préalable par rapport à laquelle l'objet à singulariser peut effectivement l'être. Ces deux procédures d'individualisation introduisent une sorte de «dénivellation»12 dans la mesure où elles isolent l'un des membres de la classe par rapport aux autres en le situant à un niveau différent. Elles le font soit en associant par un acte d'appellation tel objet à une suite de phonèmes dépourvus de signification' c'est le cas du nom propre. Soit en individualisant la signification d'une énonciation par rapport à l'événement que cette dernière constitue' c'est le cas des indicateurs. <<Jeviens» individualise son énonciateur par l'individualisation qu'effectue l'emploi de "je" relativement à l'acte de venir: c'est moi qui viens et non quelqu'un d'autre Les noms propres et les indicateurs singularisent toujours un objet donné dans l'expérience vécue, qu'il s'agisse du monde spatio-temporel ou socioculturel. Si l'objet appartient par l'un ou l'autre de ses aspects à une classe -l'acte de venir ou le fait d'être méprisable ou d'être un homme par exemple -, il n'est plus à proprement classé puisque c'est une propriété extra-conceptuelle qui l'individualise. C'est pourquoi, ces deux types d'opérateurs se contentent de repérer une singularité; ils ne peuvent espérer la connaître. En cela ils diffèrent d'une description comme «le mois des vendanges», par exemple, qui, elle, est déjà conceptuelle bien qu'elle ne réussisse pas à rejoindre le régime particulier du langage que met en oeuvre la connaissance objective de l'individuel. Or il me semble que cette forme de repérage par les indicateurs et les noms propres s'assimile à une relation intuitive similaire à celle évoquée par H Bergson. En effet, si l'on y regarde de

plus près, on s'aperçoit que le repérage présente les trois traits de l'intuition bergsonienne. Premièrement, il s'agit d'une relation non conceptuelle puisque la propriété qui individualise l'objet ne relève d'aucune classe. Deuxièmement, et c'est la conséquence de ce qui précède, le repérage n'est pas une relation inférentielle car il ne classe pas un objet et ce, contrairement à la description qui rapporte toujours l'objet à

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une classe composée d'un seul élément. Troisièmement, on repère des singularités dans le monde spatio-temporel ou socioculturel et non les individus quelconques d'une classe Mais, sur ce denùer point, il faut tout de suite préciser que les singularités en question ne sont jamais un soi sans l'autre, c'est-à-dire la durée propre à chaque conscience; elles déterminent toujours soi et l'autre ensemble. Dans la phrase «Je viens», "je" singularise l'énonciateur: il existe donc bien un rapport de l'énonciateur à lui-même comme individualité Toutefois, "je" sous-entend que la phrase est énoncée à quelqu'un, "tu", ou à propos de quelqu'un: «Je viens alors que lui traîne les pieds» Quoi qu'il en soit, une relation méprisable» par rapport dans l'individualisation de soi par un indicateur, on instaure simultanément allocutive ou délocutive à un autre Inversement, dire «cet homme est singularise l'homme méprisable comme un autre en le situant spatialement

à l'énonciateur. Il en va de même pour l'usage du nom propre qui

individualise l'objet pour celui qui le prononce, mais dans un monde socioculturel cette fois. Suivant que l'on emploie les indicateurs ou le nom propre, on individualise l'autre ou soi-même sans que le pôle inverse disparaisse pour autant de la relation Le repérage est donc un rapport immédiat à soi et à l'autre. C'est là une première différence avec la singularité de l'intuition bergsonienne. La seconde différence apparaît dans la conscience par laquelle s'effectue ce rapport à soi et à l'autre. Elle est une conscience qui parle et non plus la simple durée de la conscience Celle-ci se réfléchit dans le flux intérieur de sa propre temporalité, cellelà actualise un rapport à soi par le langage lorsqu'elle s'affirme comme «Je...», un "je" qui présuppose le rapport à l'autre, "tu "ou "il". Cette conscience est bel et bien singulière dans sa capacité à s'individualiser comme "je"; ce qui la constitue en fait comme une relation entre soi et l'autre et non comme une réalité ontologique.

la connaissance

objective de ['individualité

La réflexion pourrait s'interrompre là. Pourtant, une brève incursion dans le mode scientifique du langage devrait nous aider à envisager un type de langage qui vise, quant à lui, une singularité à la fois conceptuelle et vécue. ].-Cl. Pariente voit dans le langage de la science la possibilité de délimiter une autre sphère, conceptuelle, de l'individualité. Celle-ci n'est plus déterminée par le langage ordinaire mais par le langage de la connaissance scientifique. rêtre qui fait ici l'objet d'une individualisation peut fort bien exister empiriquement, il n'en demeure pas moins que ce qui constitue sa singularité est élevé au rang du concept. Si cela n'était pas, l'individuel ne serait pas connu, mais seulement repéré. Il reste désormais à se demander comment un concept peut exprimer l'individualité de l'objet. Pour simplifier, disons que la tâche est de transformer un nom propre qui n'a qu'une extension et aucune compréhension en un nom commun qui possède à la fois l'une et l'autre. Ce sont des opérateurs d'individualisation cette transformation qui permettent Mais, à la différence du langage ordinaire, ils sont eux-mêmes des

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concepts et deviennent capables d'assurer par là l'explication de l'individualité par la théorie scientifique. Car le but de la connaissance de l'individuel n'est pas de forger un concept universel d'individualité valable pour tous les objets, mais de dire en quoi réside leur singularité. L'analyse épistémologique que J.-Cl Pariente proprose de la psychanalyse freudienne est à cet égard remarquable Elle dévoile comment Freud arrive à passer de la donnée historique de Léonard de Vinci à une donnée conceptuelle qui relève de l'explication Éléments historiques tout d'abord: Léonard, affirme Freud, possède quelques particularités' une vie sexuelle très réduite, le fait d'être un étonnant chercheur et défricheur de nouveaux domaines de la nature, entre autres A ce niveau, Freud ne fait que reprendre des éléments de la vie de Léonard qui lui paraissent pertinents: il est donc bien question ici de Léonard en tant qu'il est l'être individualisé par un nom propre. Un changement épistémologique s'opère quand Freud cherche à rendre intelligible ces particularités en recourant à l'enfance de Léonard Or la mise en relation causale de l'enfance, par exemple, avec l'investigation acharnée qui caractérise l'individu est réalisée par le concept théorique de sublimation c'est parce que Freud découvre chez Léonard, enfant, une forte tendance à se préoccuper de sa vie sexuelle, et que cette tendance n'a pas été refoulée mais sublimée, qu'il voit chez l'adulte la subsistance de ce souci de la recherche. Pour le cas de Léonard de Vinci, la sublimation fonctionne donc, nous apprendJ.-CI. Pariente, comme un opérateur d'individualisation, car c'est lui qui, selon le principe de la psychanalyse, permet d'associer la vie infantile de Léonard à son développement historique. En fait, la sublimation a individualisé le Léonard historique en l'élevant au niveau du concept: le Léonard connu, en effet, n'est plus celui qui a effectivement vécu, mais l'individualité qui serait celle «de tout homme qui aurait eu la même enfance que Léonard et qui aurait, comme lui, sublimé sa curiosité infantile.»!) Le singulier est donc bel et bien devenu un concept, ce qui permet à J.-CI Pariente de conclure que «connaître l'individu, c'est faire de sa singularité une classe et montrer que, du fait de son histoire, il appartient à cette classe.» 11 Ce passage au statut d'objet conceptualisé n'est possible, selonJ.-Cl Pariente, que lorsqu'une théorie intègre à ses concepts les conditions de leur application. Les opérateurs d'individualisation servent précisément à cela. En leur absence, l'individuel ne pourrait jamais prétendre à la connaissance puisqu'on ferait de lui l'élément d'une classe pré-donnée qui laisse alors échapper sa singularité. C'est, juge J. -CI. Pariente, ce qui est advenu de la théorie de C.G. Jung. Inclure les individus dans un concept théorique d'individualité, c'est en même temps se refuser à dire quelle est la singularité de chaque individu et la traiter comme écart par rapport à la théorie. La psychanalyse montre que la connaissance de l'individuel passe par l'élaboration d'un concept adapté à un individu, en l'occurrence la classe des léonards, et que cette élaboration requiert des concepts, des opérateurs d'individualisation assurant la jonction entre la théorie et l'individu concerné. C'est là, si je comprend bien, une différence considérable qui distingue les sciences de la nature des sciences de l'homme, l'application des premières prolongeant directement les structures abstraites de la théorie

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le langage de l'intuition: une brèche dans une épistémologie de J'individuel? J -CI. Pariente établit de façon très probante, il me semble, qu'une
connaissance positive de l'individualité est possible lorsque, comme Freud, il est question de construire des modèles qui expliquent les singularités d'un être. Les modèles scientifiques constituent donc des individualités conceptuelles. Toutefois, ils ne sont désormais qu'nn autre que la validité universelle et nécessaire définit comme l'objet pour un sujet de connaissance L'autre ne l'est plus pour soi, mais pour tous. En ce sens, la singularité du modèle est proprement discursive car elle est construite par inférence,

c'est-à-dire par des relations entre classes logiques et par des opérateurs
d'individualisation qui sont également des concepts L'autre d'un modèle n'est ainsi plus vécu par une conscience dont l'expérience individuelle dans le discours se limite apparemment à repérer un singulier en le nommant ou à se repérer par des indicateurs. J CI. Pariente a sauté pour ainsi dire par-dessus le fossé qui sépare l'individualité non conceptuelle, vécue dans le langage ordinaire, de l'individualité-objet dans le langage scientifique On le voit, l'exigence de la connaissance objective implique un renoncement au vécu individuel. Soit. Mais la question se pose: ne pourrait-on pas envisager une sphère conceptuelle de l'individualité qui veuille néanmoins maintenir de surcroît un rapport à soi? On serait alors encore en présence d'un singulier, c'est-à-dire une individualité vécue, bien que celle-ci, paradoxalement, serait toujours conceptuelle en quelque sorte: un autre pour soi déterminé au croisement des deux sphères précédentes, celle d'un autre conceptualisé et celle d'un soi qui ne l'est pas En d'autres termes, il faudrait pouvoir circonscrire dans le langage une région du singulier qui serait à la fois extraconceptuelle, puisque le rapport à soi est quantitativement et qualitativement unique, et conceptuelle par le rapport à l'autre. Cependant, cet autre ne saurait être ramené à un concept, puisqu'alors nous aurions rompu le rapport à la singularité du soi au profit d'un savoir objectif. Un langage qui puisse faire davantage que repérer sans devenir cependant une connaissance conceptuelle, c'est ce que je nommerai un langage de l'intuition. Seul un tel langage me paraît pouvoir répondre à des exigences à première vue contradictoires. Nous avons vu que l'intuition désignait une relation immédiate, c'est-à-dire non inférentielle à un objet singulier, que celui-ci se définisse comme le soi seul, chez H. Bergson, ou comme le soi et l'autre (la relation singulière entre soi et l'autre), chez J.-C!. Pariente. A ces deux traits, je l'ai dit, s'en ajoute un troisième, la non conceptualité, qui n'est, selon R. Rorty, nullement impliquée par la non-inférentialité. En conservant les deux premières caractéristiques de la relation intuitive, le langage de l'intuition préserverait ainsi la dimension vécue d'une conscience individuelle et en renonçant à la dernière, il s'ouvrirait à une (autre) dimension conceptuelle de l'individualité. Le langage de l'intuition présenterait donc une homologie avec l'intuition. il en serait pour ainsi dire l'équivalent

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sur le plan du langage, à condition justement qu'on puisse y déceler des procédures d'individualisation qui soient en même temps vécues (et donc vécues par une conscience singulière), non inférentielles et conceptuelles (sans être objectives). En réalité, plusieurs de ces dispositions dont je viens de parler trouvent partiellement satisfaction dans une philosophie de l'évidence.

la non-inférentialité

du discours

Qu'une relation non inférentielle, de l'ordre du vécu, soit bel et bien
compatible avec le langage, c'est ce que révèle l'imposant ouvrage de E Gill; Dans le cadre général d'une théorie de la vérité, l'auteur contribue à éclairer le statut d'un discours qui non seulement est conceptuel - on a vu que les descriptions finies l'étaient aussi - mais dont la relation cognitive se mesure à l'aune de la valeur de vérité de son contenu Et pourtant, ce même discours, quoique de l'ordre de la connaissance, n'est pas objectif, parce qu'il se soustrait aux stratégies ordinaires de la preuve, c'est-à-dire, plus généralement, à l'inférence pour lui substituer l'expérience vécue de la vérité, l'évidence. l'évoquerai pour commencer ces deux aspects et poursuivrai par la suite ma lecture en l'interrogeant sur le singulier. C'est par l'emploi du progressif que le langage imbrique l'un dans l'autre la conceptualité et la non objectivité de la validation. Le caractère conceptuel me paraît dépasser la simple description en raison du verbe qui exprime tout le champs de l'action. Une phrase comme: (1) «Jean est en train de chanter» exprime un «processus ou une action déjà commencés et non encore terminés, au présent», mais qui pourrait également se formuler «au passé (l'imparfait) ou même au futur.»16 L'énoncé, explique EGil, s'analyse suivant deux dédoublements. premier se dit par exemple comme suit. (2) <<] chante» ean Le

Dans cette formulation, contenue dans (1), la proposition renvoie d'abord «à un processus plus étendu avec un début et une fin.»" Elle fixe donc le cadre dans lequel Jean agit, l'ensemble du procès que constitue son action. Le présent englobe en fait l'antériorité (Jean chante après avoir commencé à chanter) et l'avenir (Jean chant avant de s'arrêter de chanter). A l'établissement du cadre par l'énonciation elle-même s'ajoute la réfIexivité de celle-ci sur une portion du processus global: Jean chante à un instant précis du processus. Dès lors la référence de (2) est «un événement sonore sans avant ni après »]8 Mais le en train de dans (1) déploie en fait un second dédoublement dont la référence, cette fois, n'est plus un événement singulier du temps mais le chant lui-même, c'est-à-dire un concept. Dans la proposition (1) «l'activité se dissocie de l'agent pour se

refermer sur soi et se saisir dans son identité. »19 Ce deuxième dédoublement subordonne en réalité le processus temporel au sens, car ce que met en avant (1), c'est l'acte de

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chanter repérable dans tous les instants du processus global dont les limites intérieures sont «déjà P» et «encore P» 20. Pour finir, la vérité de (1) dont la signification, on l'a vu, est l'acte de chanter est confirmée par la phrase elle-même: le processus qui est contenu dans l'énoncé valide sa signification. C'est là aussi la particularité de l'évidence. E Gil peut ainsi résumer les différentes phases du progressif: «le processus en cours définit son propre cadre; cette définition est interne et elle entrillne la réflexivité de l'action; la temporalité s'ordonne à une signification hors du temps; la validation de la signification se noue avec le
déroulement du processus
»21

L'hallucination

intellectuelle:

opérateur de l'évidence

La proposition dont je parlais à l'instant a bel et bien un contenu cognitif qui dit quelque chose à propos de quelque chose et dont la vérité, néanmoins, est établie de façon immanente par la proposition elle-même: il n'est question ni de démonstration ni de vérification. Comment est-ce possible? Pour le savoir, F Gil recourt à l'analyse phénoménologique du temps de Husserl De cette difficile lecture, je retiendrai surtout la leçon que l'épistémologue en tire Le processus temporel déployé par l'énoncé (1) est un processus continu qui est précisément ce par quoi la vérité de la proposition est validée. Or dans cette continuité du processus, qui est celle de la conscience intentionnelle, E Gil Y voit une hallucination obtenue par un opérateur dont la propriété est de dilater le présent vers le passé. Husserl a décrit cette dilatation comme une rétention au cours de laquelle le maintenant Çjetzt) est lié au tout juste passé (soeben) pour se transformer sans cesse à chaque nouveau maintenant. «Le couple maintenant/tout juste passé ne constitue pas l'embryon de la seule durée, il est l'opérateur de la temporalité dans toutes ses dimensions.»22 C'est en tant que tel qu'il possède la vertu hallucinatoire d'établir la continuité temporelle vécue par la conscience. E Gil avance donc cette thèse audacieuse: l'hallucination est l'opérateur de l'évidence. Mais en quoi l'hallucination remplace-t-elle un opérateur logique, c'est ce qu'il faut encore déterminer. L'hallucination transforme «un donné sensoriel et linguistique en intelligibilité et l'intelligibilité en satisfaction de l'esprit.»23 Pour être tout à fait précis, E Gil distingue l'hallucination originaire de l'hallucination intellectuelle. Je reviendrai tout à l'heure sur la première, car elle me semble illustrer un mode de la pensée manifesté précisément dans le langage de l'intuition La seconde, en revanche, constitue à proprement parler le déploiement de l'évidence. L'une et l'autre ont toutefois en commun de modifier cette faculté primitive de sentir, de faire de la représentation une chose qui est en quelque sorte un acte de foi à la réalité de la chose. Sur le plan de la pathologie clinique, les hallucinations naissent de la frustration jugée intolérable et du désir. Elles se caractérisent par le fait qu'elles diffèrent des représentations tout en "étant"

pas «saris pour autant "être", remarque F Gil, l'hallucination n'est pas une 19

représentation, son contenu est une chose-en-soi. Ces différents traits pris ensemble expriment que l'hallucination est le mode de présentation d'une existence indéterminée en tant que telle.»24 C'est, semble-Hl, cette structure qui définit le phénomène hallucinatoire comme sui generis, le pathologique ne provenant alors que d'une intolérance excessive à la frustration. Sur ce fonds commun, la spécificité de l'hallucination intellectuelle, en tant qu'elle définit l'opérateur de l'évidence, réside dans le faitqu'elle donne la vérité d'un contenu conceptuel "en chair et en os", c'est-à-dire que le contenu devient l'indice de sa propre vérité: le contenu incarne la vérité (index sui) tout en étant, au titre de contenu, ce qui s'énonce comme vrai (index veri). «L'opération productrice de l'évidence donne cela même sur le mode de la monstration et de la satisfaction de l'esprit, autrement dit, sur le mode d'une vérité posée comme "existante" (l'apodicticité) et d'une existence s'énonçant comme "vraie" (l'adéquation). Ces _ opérations se ramènent à une seule, elles se font du même coup - hors du temps [...] .»2; Le mode de l'évidence, disais-je, ne forme pas une stratégie objective, application inférentielle des principes et des règles de la logique. C'est ce que soutient E Gilen distinguant indirectement dans la production de l'évidence la dimension subjective des opérateurs qui la constitue. Il y a d'abord une opération qui se manifeste sous la forme d'une présence compulsive, «un mixte du réel de l'objet et du présent du sujet»26. A cette étape, le contenu est intelligibilitépour un sujet, «le sujet se voit à travers, il sepose, il voit au travers de l'objet, celui-ci s'ex-pose pour lui.»" Lors d'une seconde opération, l'intelligibilité se mue en évidence, d'une part par une intensification de l'intelligibilité où celle-ci se montre comme vérité existante, laquelle se confond, si je comprends bien, avec l'existence de l'objet individuel. D'autre part, cette existence n'est rien d'autre que la vérité dans le sentiment intellectuel de satisfaction qu'elle procure et relative, à nouveau, à une subjectivité.

Une «archéologie de l'évidence»
Mais de quelle subjectivité s'agit-il? Afin de bien comprendre ce qui se produit dans l'hallucination intellectuelle, remontons, comme le propose F Gil, à la racine de l'évidence, c'est-à-dire à la perception, et même au-delà en procédant à une «archéologie de l'évidence». Pour y arriver nous suivrons le chemin en sens inverse de celui qu'a effectué l'auteur. Par cette régression il sera plus aisé de reconnaître un stade archaïque de la pensée L'objet, la situation individuels, confirme EGil, est «l'attracteur» d'une opération primitive sur laquelle se fonde l'opérateur de l'évidence'8. Cette opération est précisément l'hallucination originaire que j'ai déjà évoquée Elle consiste, pour reprendre l'interprétation de Freud, à considérer la représentation du mot comme la représenation de la chose, «celle-ci n'est pas représentation mais tout simplement chose, esthésie pure.»29 En fait, l'hallucination fait croire à l'objet, en ce sens que le désir crée de manière figurée l'objet de son désir en lui octroyant le statut de l'existence «On s'y

20

trouve sur une scène qui tient uniquement du désir et de l'incarnation. [...] Le désir se fait connaître en tant qu'imagination, l'imagination se déploie comme vision sensible.» Enfin, «l'hallucination originaire donne le représenté comme existant, plus précisément la première des représentations s'exerce naturaliter comme la croyance en la réalité de l'objet qui comble le désir.»30 Les opérations hallucinatoires de l'évidence intellectuelle ne s'inscrivent que dans le prolongement de cette esthésie et de l'expérience primitive de satisfaction qu'elle constitue. L'hallucination originaire est un mode archaïque de penser que l'on ne rencontre pas seulement lorsqu'on s'efforce de thématiser, sur le plan philosophique, les conditions de possibilité de l'évidence. Elle correspond à une forme bien réelle de l'expérience humaine que E Gil découvre entre autres dans le rituel, la prophétie, le Droit ancien et le rêve. Et c'est dans cette archéologie de l'évidence que F. Gil dépasse, à mon sens, la réflexion d'E. Husserl. Dans sa reconstruction génétique de l'évidence, le phénoménologue s'est arrêté de fait à une croyance-mère, une proto-doxa qui se manifeste dans le jugement d'expérience sous-jacent au jugement prédicatif. Or le jugement d'expérience que permet la perception repose sur «une foi primordiale en l'existence» de la chose perçue, objet individuel s'il en est «Toute modalité de certitude mais aussi du doute, de la supputation, de la conjecture, renvoie au mode de la croyance

"certaine", à une foi ultime et matricielle»31 E. Husserl a échafaudé sa généalogie de
l'évidence sur le modèle de la perception qui recèle cette croyance insondable en l'existence de l'individuel. Aussi peut-il affirmer que la perception est évidente, se fondant en dernière instance sur cette croyance en l'existant singulier. Mais il n'interroge malheureusement jamais cette dernière. C'est précisément ce que F. Gil se propose d'accomplir. «Qu'est-ce qui justifie cette "espèce de foi que nous devons aux témoignages des sens"?» demande-t-il avant d'annoncer son projet. «en poursuivant le programme de Husserl, dans une genèse à la fois transcendantale et anthropologique, il faudra revenir en amont de ce proton, dépister un Ur-Urglaube.»32 Aller en amont de cette croyance, c'est s'orienter vers ce que F. Gil appelle une archéologie de l'évidence et dont je veux dire quelques mots avant de terminer la lecture du Traité. La prophétie, par exemple, rend présent le futur. Le prophète, d'une certaine façon, voit dès maintenant ce qui se passera demain «Plus étroitement peut-être que tout autre figure de l'évidence, la prophétie joint le désir au signe.»33 Mais le désir se réalise par l'existence du futur dans le signe, il s'agit d' «aspirer» le futur, de le mettre en «contact» avec le présent, bref, l'évidence prophétique elle-même comme présence,
«l'existence même de la chose promise»
3i

ne s'enracine pas dans la vision
est le Droit archaïque où la preuve

mais dans ce que la vision annonce, «pré-voit», à savoir
Semblable

se lit dans les situations qui normalement amènent une décision judiciaire. L'ordalie est à cet égard typique On n'y juge pas: le verdict se manifeste dans l'épreuve: «l'ordalie ne sépare pas la détermination du fait et la sentence, la vérité se lit sans ambigUïté sur la marque, au sens propre: brûlure, empoisonnement, mort, etc - ou non.»3; Dans toutes ces situations, il s'agit, si l'on peut dire, d'une évidence archaïque qui fait exister

21

l'individuel, l'événement futur, le dieu, la vérité matérialisée dans l'épreuve judiciaire et ainsi de suite. Elle coïncide à cette hallucination originaire dont je parlais à l'instant.

le langage de l'intuition: une brèche dans une philosophie

de l'évidence?

Voilà donc ce que l'on trouve en amont du proton: des phénomènes qui témoignent d'une sorte de monstration tout en se produisant dans l'affectivité. Mais que trouvons-t-on en aval? - On l'a dit, la perception et toute la généalogie de l'évidence qui redouble à un autre niveau l'hallucination originaire. A quel niveau précisément? - Au niveau d'une théorie de la vérité qui, apparemment, introduit un changement dans le statut individuel de l'existant. Car celui-ci se donne dans l'expérience vécue d'une conscience singulière, alors que «l'évidence, note EGil, conçoit l'intelligibilité comme un passage à la limite qui reformule sur le plan de la pensée l'irrécusable de l'existant. [...] La généralité de la vérité est l'exact contraire l'existant individuel se transmue à laquelle est étroitement liée une vérité. Celle-ci sous-tend tous les peine la préoccupation fondatrice du donné individuel: qu'est ce qui de en évidence?,,36 Telle est bien en définitive la question généalogie de l'évidence conçue comme théorie de la domaines de la connaissance et l'on reconnaîtra sans du savoir si chère de E. HusserJ.3' de l'évidence, si elle produit encore l'existence,

L'hallucination intellectuelle

n'est plus celle d'un individuel donné dans l'expérience'8. Il ya là une détermination de l'existence par la vérité et de la vérité par l'existence. Ce faisant, l'existant n'est plus individuel parce qu'il s'élève à la vérité qui doit être nécessairement universelle si elle veut fonder un savoir: <<l'individuel de l'existence, affirme EGil, se transpose dans le général de l'évidence ,,39 C'est d'ailleurs ce qui m'incite à penser que, pour une philosophie de l'évidence, le langage puisse prétendre à la connaissance tout én demeurant non inférentiel, mais la même raison explique que la vérité de l'évidence archàique ne semble pas avoir vraiment une valeur théorique La vérité de l'existant individuel ne vaut qu'à certaines conditions, elle n'a pas le caractère franchement apodictique de l'évidence intellectuelle. Et le rituel est là pour en témoigner car, pour une même personne, ce qui est faux hors du rituel peut devenir vrai à travers à lui. Aussi la vérité dans ce cas a-t-elle essentiellement une visée pratique: amener en fonction de situations singulières à faire ou à ne pas faire certaines choses, à croire ou ne pas croire, à entreprendre ou à s'abstenir de certaines actions. La "monstration" de l'hallucination archàique ne vise aucun but théorique et c'est pourquoi sa validité n'est pas universelle. Pour ce qui touche à l'adéquation (index veri) primitive, je pense que l'hallucination archàique opère au sein même de l'affectivité: le désir prime sur l'image qu'il engendre et l'intelligibilité du sens procède du sentiment tout comme le ruisseau est la source du fleuve. S'il y a sans doute un sentiment de ce sens, sentiment d'intelligibilité, on ne saurait simplement le confondre avec celui dans lequel s'origine cette intelligibilité.

22

Ou,

pour

être

plus

précis,

le sens

de la pensée de priorité

archaïque entre

est "cosubstantiel" l'affect une

du

sentiment. dans mais

Or il me semble L'hallucination prévaloir,

que ce rapport intellectuelle c'est

et le sens s'inverse présence compulsive, elle se fonde se charge cette

l'évidence. ce qui paraît

est bel et bien de l'intelligible. et sensoriel,

la présentation

Du reste,

sur un donné d'amener transformation prolonge l'adéquation peut, la pensée forment montrer mythique donc,

qui est à la fois linguistique comme beaucoup d'une

et c'est ce donné accompagne qu'elle faut peut-être entre

qu'elle

à la monstration selon moi,

apodicticité de satisfaction plus

Le désir

tout au plus

et l'expérience

la couronne.

La compulsion ne la précède, présupposer.

affective puisque Si l'on et l'autre

l'intelligibilité qu'il

est ici sentiment parler de l'évidence, un tout dont

intelligibilité serait sont

à la rigueur,

encore

de "cosubstantialité"

le sentiment

et le sens dans

le sentiment les éléments

ici "cosubstantiel" corrélatifs que l'un

au sens: l'un à l'autre.

y
de

Je m'efforcerai

au cours

de ma première de l'évidence de

méditation est-elle Pariente sont Mais, repérée, on

la "cosubstantialité" dire, intérieur d'une qu'il

de la pensée au sentiment. en aval duproton? réponse apporte puisqu'elle dans une assimile un modèle la a montré fait très il s'agit

est différente, Une philosophie

car avec elle le sens reste,

si j'ose

la seule voie possible apporte le début au-delà la solution

Tout compte a montré épistémologie l'individuel construit rupture dans bien

fait, la réflexion que langage de l'individualité soit à une

J. -CI

et individuel

compatibles le sait,

du proton,

singularité vécue

soit à un objet et qui consomme, singulière.

de connaissance, au profit EGil, de son côté, tout

dans d'une

le langage relation

de la science

de l'objectivité,

par une conscience

sa phénoménologie et de la non-inférentialité

de l'évidence

que le langage

s'accomode à faire

compte dont

et du concept, au raisonnement. et complexe d'une

cela sans avoir Toutefois, de la vérité guère

fi de la rationalité,

l'hallucination s'inscrit singulier Traité comment précisément dans

se substituant le champs encore intervient cette

la rationalité qui supprime

immense le projet

le caractère que l'auteur du

du sujet se réserve celle-ci Dans

connaissant.

Et l'on

ne s'étonnera épistémologie

d'apprendre de l'évidence du savoir qu'un langage comme

afin de décrire
scientifique. de l'intuition par la généalogie en quelque son ancrage en abandonnant a une de sorte et son la

dans la construction de l'évidence, pourrait s'embrayant le langage s'abstiendrait au langage constituer

inférentielle je pense une directement,

géographie et qu'il

sa place

possibilité tout

inexplorée

philosophie
l'évidence, l'hallucination relative essor prétention dans

de l'évidence
sur l'aval originaire, l'affectivité à une vérité

En
mais

du proton,

de l'intuition de viser Autrement

redupliquerait l'apodicticité et tout dit, il trouverait

et l'adéquation

à une hallucination

intellectuelle. sans renoncer objective.

conceptuel

23

Le langage de l'intuition comme épistémologie du singulier
Ma réflexion s'efforcera par conséquent d'occuper un lieu qui n'a été véritablement délimité ni par une épistémologie de l'individuel ni par une
phénoménologie de l'évidence. Ce lieu n'est pas celui de la vérité théorique et pas non plus celui d'une esthésie pure. Le langage de l'intuition circonscrit une sphère du langage dont les ressources permettent de dépasser le simple repérage d'une singularité vécue l'autre et le soi - par le recours au concept sans opérer néanmoins cette classification en quoi réside la conceptualisation de la connaissance objective Le singulier auquel je songe, c'est ce que j'ai nommé tout à l'heure "l'autre pour soi". Le modèle de la procédure d'individualisation d'un tel langage, c'est là l'hypothèse que je désire élaborer, consiste dans la métaphore vive. La pensée intuitive semble, en effet, correspondre assez précisément à une structure de pensée métaphorique dont les deux traits essentiels, comme nous aurons l'occasion de le voir avec P. Ricoeur, sont, d'un côté, la neutralisation préalable d'une structure d'où surgit, de l'autre, une nouveauté de sens. Celui-ci se définit bel et bien comme une singularité, parce qu'il est en premier lieu uniquement éprouvé par celui qui le pense dans toute son épaisseur qualitative. Et puis, en second lieu, chaque nouvelle occurrence de la métaphore vive modifie inévitablement pour celui qui la reçoit sa coloration propre On reconnaîtra dans ces deux caractéristiques les éléments de cette propriété que J.-Cl. Pariente appelle la singularité, propriété attribuée par le langage à certains objets Il s'ensuit que le sens métaphorique constitue cet autre que nous recherchons, à condition bien-entendu de ne pas limiter cette structure métaphorique à la production du mot, mais de l'étendre au discours et au texte. C'est ce que je tâcherai de faire, quant à moi, en réfléchissant à t'idée de style. Quoi qu'il en soit, le sens généré par la métaphore vive n'est, au vu de l'analyse précédente sur le repérage vécu qu'effectuent le nom propre et les indicateurs, que l'un des pôles, explicite, de la singularité. Ce que souligne d'ailleurs le fait que l'innovation de sens n'est perçue que pour quelqu'un qui pense la métaphore le sens métaphorique est toujours pour soi. La métaphore semble donc à première vue avoir ce pouvoir de singulariser dans le langage, analogue en cela à la fonction du nom propre et des indicateurs de la subjectivité. Néanmoins, elle ne se limite pas à repérer des entités et c'est par ce second aspect qu'elle en appelle au concept. L'invalidation sémantique d'où surgit le sens inédit d'une métaphore présuppose des concepts, mais la pensée métaphorique consiste à suspendre la classification, à opérer, là aussi, une sorte de dénivellation conceptuelle véritablement d'une classe qui implique que le sens métaphorique ne relève plus

C'est pourquoi l'autre du singulier n'est pas à proprement parler conceptualisé, ce qui permet d'affirmer aussitôt que le rapport à soi n'est pas rompu L'autre du sens métaphorique est senti, senti à l'aide de concepts mais non par concepts. Je dis bien «senti ..», car il s'agira d'interpréter cette impertinence conceptuelle comme

24

la reconnaissance d'une dimension affective qui la précède. Une dimension que la référence aux concepts vient en quelque sorte réguler pour engendrer du sens, c'est-àdire cette fonne d'intelligibilité "cosubstantielle" du sentiment que j'évoquais à l'instant à propos de la pensée archàique. En ce sens, le langage de l'intuition est une manière de reconnaître et non de connaître. Le langage de l'intuition signifie dès lors une rationalité vécue, affective, de

la singularité par et dans le langage.4o Dans le langage, en raison d'un sens nouveau, construit et vécu par une conscience individuelle (le soi) comme un autre singulier. Par le langage ensuite, du fait que ce sens est toujours un autre pour soi. Le rapport à l'altérité, tout à la fois affectif et pensé dans le langage, est également un rapport à soi, mais un rapport sur lequel le langage de l'intuition débouche sans pour autant se produire encore au sein du langage lui-même. On retrouve ici la notion d'intuition du singulier par laquelle j'ai choisi d'engager ma réflexion. Cette intuition, on s'en souvient, j'ai cru pouvoir aussi l'identifier chez H. Bergson. On voit néanmoins clairement maintenant ce qui distingue l'une de l'autre. L'intuition bergsonienne, remarquais-je, désigne un rapport à soi à l'intérieur même d'une conscience qui se saisit comme durée singulière et où, en conséquence, l'autre est absent. rintuition provoquée pour ainsi dire par le langage de l'intuition est un rapport immédiat à soi qui n'est possible que dans le prolongement d'un rapport à l'altérité. rintuition du singulier n'est pas nécessairement rebelle au langage. Elle peut, à mon sens, se lier au discours, un discours qui, au vu de son homologie avec l'intuition, est alors en mesure d'occasionner une expérience intuitive. Cette sujétion au langage de l'intuition devrait finalement conduire à reconsidérer la conception classique, bergsonienne, de l'intuition. Mais le chemin vers une véritable philosophie de l'intuition et de la compréhension de soi est encore long et, comme on va le voir, bien escarpé parfois. Dans l'immédiat, mes deux méditations se proposent modestement d'élaborer et de circonscrire les lieux possibles de la culture où un tel langage est susceptible d'exister. La première s'efforcera de donner une certaine consistance à l'idée de pensée intuitive non inférentielle en montrant, à travers la fonne culturelle du mythe, que celleci vise bel et bien une singularité intelligible, construite essentiellement à partir de l'affectivité. La seconde tentera d'ébaucher sur le plan d'une philosophie du langage le concept de langage de l'intuition ou de pensée intuitive en s'appuyant à la fois sur une sémiotique, sur une hennéneutique de la métaphore et sur une philosophie du style. Il sera désonnais possible d'esquisser dans l'épilogue une vue d'ensemble des types possibles de langage de l'intuition, réservant à d'autres livres l'interprétation détaillée de chacun des types. Ces études ne prétendent nullement à un savoir objectif. En cela, elles ne requièrent de la part du lecteur que sa disponibilité, sa patience et, peut-être par-dessus tout, cette lenteur de la pensée tout à fait singulière, juste tempo de la méditation.

25

Pari ente, Paris,

J -CI , Le langage
Colin, 1973,

et l'individuel,
chap 1

8 9

Bergson, op cit, P 1396 Ibid, P 1398

Arman

Cf ibid,

P 37

10 3
C'est, soit-dit mon approche celle proposée Schleiermacher remarquables partie, chap 4 n'a pas toujours spécifique été, dans la de l'intuition, par opposition en passant, du problème par exemple ce qui distingue du singulier de

Ibid, P 32 Ibid, P 55
Cf ibid, P 114

11 12 13 14 15

par l'herméneutique

de F

Et ce, en dépit

de quelques points de convergence
Cf à cet égard les travaux de méditation, troisième Ibid, P 206 Souligné par l'auteur

Ihid , p 205

M Frank in seconde

4

Si le singulier tradition,

Gil, F, Traité de l'évidence,
Millon, 1993

Grenoble,

l'objet

celle-ci s'est définie d'emblée à la pensée discursive général

et donc au langage en avec Dun

16 17 18 19 20

Ibid, P 184 Ibid, P 184 Ibid, P 185 Ibid, P 185
Cf pour une présentation différente, ibid, P 185 légèrement

C'est plus tard seulement,

Scot et G d'Ockham, que certains
philosophes individuel abstractive obstacle langage Kobusch, ont usé du terme pour désigner par opposition qui ne connait a priori opposer l'historique «Intuition» pour Pour Th, à la connaissance que le général du moins, encore intuition 11 et cf aucun

l'appréhension de l'objet existant et

n'y avait alors,

du concept, in Historisches

Worterbuch der Philosophie, Basel,
Schwabe, t 4, 1976, P 524

21 22 23 24 25

Ibid, p 186 Ibid, P 194 Ibid, P 218 Ibid, P 222 Ibid, P 231 Ibid, P 230 Ibid, P 233
Cf ibid, P 254 et 219

.

5
6

Bergson, H, La pensée et le mouvant, 1934, in Oeuvres, Paris, Puf, 1959, P 1395
Mou/oud, Universalis, N, <<Intuition" in Encyclopedia 1984, p 70 «Intuition» 1967, p of the such in Encyclopedia 204: term "intuition" Apprehension states of is is as

7

Rorty, R, Philosophy, definition "immediate used sensation,

26 27 28 29 30 31

«The broadest

apprehension" knowledge,

to cover

disparate

and mystical rapport

"Immediate" has many senses as there are kinds of mediation: It may be used to signify the absence of the ability to define a term, the

Ibid, P 224 Ibid, P 228 Ibid, P 15

absence of justification, the absence of symbols, or the absence of thought»

26

32 33 34 35 36 37

Ibid, P 15 Ibid, p 29
Cf ibid, P 30-31

40

l'entends le terme de rationalité en un sens étendu La rationalité débute à partir du moment la langue où les interlocuteurs qu'ils parlent comprennent sémantique qui C'est ce que l'on

nomme l'intersubjectivité suppose la connaissance et syntaxiques la cohérence et d'apprécier Cette proportions

Ibid, P 34
Ibid, P 254 Souligné par l'auteur

des règles lexicales de la langue il faut y ajouter le sens général peut obéir du discours dans des

qui permet d'éviter l'arbitraire

cohérence

Cette difficile question est celle de la subjecti~ité transcendantale qu'E Husserl, dans les Méditations cartésiennes, pensait pouvoir qualifier d'individuelle et de
concrète problèmes Cette attribution soulève des considérables qu je n'aborderai introduction Fink, à cette 1987, elle E

variables - c'est le cas ordinaire - à des principes et à des lois logiques, voire s'inscrire dans un contexte plus large, celui

d'une théorie de la vérité rune des contributions du présent travail sera de montrer qu'il existe à travers le langage de

pas ici Cf l'excellente Edmund chap s'inscrit, rintuition Husserls, comme comme

l'intuition une sorte de cohérence
proprement intuitive

notion chez Marx, W, Die Phiinomenologie München, le note 3 Quant à l'intuition husserlienne, explicitement

Le~inas, dans une problématique ~ision directe est étroitement de «remonter la vérité, même, au pour

de la vérité de l'objet de rend

associée au désir de Husserl au phénomène comprendre qui, phénomène originaire son seul, essence

possible
connaissance

ces de

distinctions
immédiate

mêmes dans
Paris,

de
ln

et médiate»

Théorie

l'intuition
de Husserl,

la
Vrin,

phénoménologie

1930, P 126 Souligné par l'auteur

38 39

Cf ibid, p 253

Ibid, P 263

27

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