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LE " MENTAL " ET LE " PHYSIQUE "

De
301 pages
Comment décrire le passage de la physique aux sciences cognitives ? Quelle identité peut-on établir entre le cerveau et l'esprit ? Formé aux théories de la physique quantique, le philosophe autrichien inédit en français, se tourne vers les sciences de la vie pour décrire la cognition. Il espères y trouver des modèles suffisants pour interpréter les relations entre les états mentaux et états physiques vécus par le sujet humain.
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Herbert FEIGL

Le "Mental" et Le "Physique"
Traduction anglaise, Christine Lafon, Bernard ~~drieu Traduction allemande, Fabien Shang
Préface, Pro 'Vade Savage, lJniversité :~vIinessota ~Iinneapolis Center for Philosophy of Science, Etats-lTnis

Introduction, Bernard Andrieu, IL~/I de Lorraine LHPS-~ÀrchivesH. Poincaré, lnvIR 7117 CNRSilJniversité Nancy 2

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

PREFACE
Professeur Wade SA VAGE Université de Minnesota Minnesota Center for Philosophy of Science Etats-Unis
Les origines de l'intérêt du demi-siècle précédent pour la théorie de l'identité corps-esprit résident principalement dans deux travaux. Le premier est le long essai d'Herbert Feigl, intitulé « Le mental et le physique », publié d,abord en 1958 dans le volume 2 des l~linnesota Studies in the Philosophy of 5'cience, republié comme livre avec post-script en 1967 et traduit ici en français. Le deuxième est un article relativement bref de J.J.Smart intitulé Sensations and Brain Processes, publié en 1959 dans la Revue Philosophique. Il faut remarquer que Feigl distillgue sa théorie de l'identité des positions différentes lnais proches de J.J.Slllart et d'autres (première page du post-script). Smart cite un article de 1956 de D.T. Place, La conscience est-elle un processus cérébral ?, comme ayant été un stimulus majeur pour son propre article. Cependant, en 1954, Feigl avait déjà terminé un article sous le titre abrégé de Physicalisnze et Unité de la Science, à inclure dans le volume dont la parution fut d'abord retardée puis ajournée pendallt IIeuf aIlS. Feigl semble donc avoir eu priorité. DaIIS tous les cas, la tradition, dans laquelle il situe sa théorie, remonte au moins au début du XXème siècle. DaIIS son essai (qui était d'abord une note dans la section V-E), il nous dit que les prémices de sa tlléorie se trouvent dans le Allgemeine Erkenntnislehre 1925 de Nloritz Schlick, son mentor, fondateur du Cercle de Vienne des empiristes logiques. Et à plusieurs endroits, il le compare avec la théorie de l'identité corps-esprit suggérée dans Human Kno1tvledge de

Bertrand Russell (voir ses commentaires sur Russell dans une des premières pages du post-script et son article sur Russell et Schlick dans Erkenntnis 9 : 11-34, 1975). Il remercie aussi Carnap, qui devint la figure principale du Cercle de Vienne, pour leurs discussions très privées sur le problème corps-esprit. I\/Iais il clistingue très nettement sa position réaliste générale de la position phénoménaliste de Carnap dans ses premiers travaux (comme dans Der Logische Aufbau der ~Velt)et les tendances ultérieures vers cette position. C'est pour cette raison que Feigl se qualifiait d'empiriste logique plutôt que de positiviste. C~arnap Il' a pratiquement rien publié sur la théorie de l'identité et il finit par adopter la version de Feigl (dans le volume de Schilpp Inentionné plus haut). C'est en partie pour cette raison que Feigl y fait à l'occasion référence en tant que « notre théorie (position, etc) » La théorie de l'identité corps-esprit de Feigl est subtile, difficile et parfois sujette à interprétation. Son composant central est que nos expériences des couleurs, des sons, des odeurs, des goûts, des sentiments, des émotions, des images, des pensées, etc «toutes nos expériences sensorielles, perceptuelles et cognitives» sont identiques aux processus de notre cerveau. Jusque-là, c'est clair et Smart et lui sont encore probablenlent d'accord. Cependant, dans la version de Feigl, les expériences sont ideI1tifiées aux processus cérébraux tels qu'ils sont caractérisés aux micro-niveaux de la physique et de la neurophysiologie. Ils ne sont pas identifiés aux processus cérébraux tels qu'ils 110US apparaissent quand nous regarclons à l'intérieur du crâne de quelqu'un et que nous ne voyons que de la matière grisâtre. <:ar de telles apparences sont les expériences de celui qui perçoivent et elles SalIt donc idel1tiques aux filicro-processus cérébraux de celui qui perçoit (voir la seconde moitié de la section V-E de l'essai et les pages 259 de Le Physicalislne et l'Unité de la Science). Cette version de la théorie de l'identité est tel1ue pour être à l'abri d'objections CODlme mon image rémanente rOllge ne pellt être identifiée à lIn processus cérébral parce qu'elle est rouge, ronde et continue et que le processus cérébral n'est rien de tout cela. Car le cerveau à lIn micro-niveau ne possède allcune de ces qualités-là ~ce sont plutôt des qualités de mon expérience. Comme c'est indiqué, l'interprétation est nécessaire pour parvenir à cette partie de la théorie, et l'interprétation proposée ici est suggérée par

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deux comparaisol1s. La preluière fut nlentionnée plus tôt: il s'agit de la comparaison avec la position de Russell dans Human Knol,1'ledge que Feigl lui-même suggéra. La seconde est la cOlnparaison avec la théorie de l'associé et successeur de Feigl, Grover :t\1axwell,telle qu'on la trouve dans «Désignateurs Rigides et Identité Esprit-Cerveau » de ce dernier, paru dans le volume 9 1975 des }Jinnesota Studies in the Philosophy of Science. L'interprétation est rel1due encore plus difficile par le post-script que Feigl a ajouté à l'essai et dans lequel il est ta lit près d'abandonner sa théorie de l'identité pour une position matérialiste, physicaliste extrême, selon laquelle il n'existe en réalité (ou au moins dans un point de vue scientifique du monde) que des entités physiques ou physiologiques mais rien qui soit des expériences privées qui pourraient être identique à des processus cérébraux, ou distincte de ces derniers.

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Pour

ma mère

,.

l'Il probably die froln sonle other cause before the neural condition makes me an invalid" H. Feigl à R. Carnap, 14 juin 1968

De la physique à la neurobiologie Herbert Feigl (Reichenberg, Autriche, le 14 déc.1902rvlinneapolis, Etats-lJnis le juin 1988)1 a suivi une double formation scientifique et philosophique à Vienne. Il SOlltient un mémoire de physique The philosophical signifiance of Einstein's theory of
1 Nos remerciements au Prof. G. Heinzmann, directeur de notre Laboratoire de Philosophie et d'Histoire des Sciences, l~/fR 7117 CNRSi lTniversité Nancy 2 i\rchives Henri Poincaré pour le soutien de cette recherche et la mission CNRS du 21-24 juin 2001 aux Philosophische Archiv der Universitiit Konstanz, et pour l'achat des photocopies d'..;\rchivespour la Bibliothèque; à .i~tonia SOlùez pour ses encouragements et le sillon creusé; au Pr W. Savage, University of ~1inneapolis pour sa préface, à C. Kenneth 'Vaters, Directeur du j\finnesota Center of Philosophy of Science et Steve Lelchuck Principal Secretary du rviNCPS pour l'exemplaire du livre The Al\,lentaland The Physical dans l'édition originale de 1967, au Pr Jenny Teichman qui m'a ouvert l'esprit et la bibliothèque du Ne\v Hall College à Cambridge durnnt l'état 1992, à Brigitta Arden, Associate Curator Archiv of Scientific Philosophy, lJniversity of Pittsburgh, au Dr Brigitte lJlhemann, Directrice des Philososphishes ..~chiv de l'lJniversité de Konstanz, pour ses conseils et orientations dans les i\rchives Feigl, Carnap, Recheinbach, ScWick ; au Prof.De. ~/Iax lJrchs pour la thèse de H. Feigl Zufall und Gesetz et ses discussions sur les liens entre physique et neurophysiologie; un infini remerciement à Christine Lafon pour les traductions anglaises, à Scott \Valter pour ses précisions et à Fabien Shang pour les traductions allemandes. Le copyright de 500 dollars a été réglé par B.i\ndrieu qui accueille le volume dans sa collection Le rnouvemenf des savoirs chez L'Harmattan.

relativity sous la direction du Prof. \lOll Lane, Nloritz Schlick et E. von Aster qui sera repris dans son livre de 1929 Theorie und Erfahrung in der Physik Il soutient sa thèse de philosophie en juillet 1927 Zufall und Gesetz. Versuch eine Naturerkenntnistheoretischen Klarung des ~Vahrascheinlichkeits-Und Induktionsproblelns(Chance and La-..v,a study of the foundation of probability and induction in exact science) sous la direction du Prof. NI. Schlick, Gomperz, 8t. ~1eyer et EhreIlhaft. Cette thèse est l' occasioll d'uIle démonstratioIl du caractère probabiliste et inductif des théories scientifiques.

Son maître J\'loritz Schilck (1882-1936), avec qui il correspond2 de Vienne depuis le 4 rvlai 1923 jusqu'au 3 juin 1935
depllis The State University of Iowa, exerce lIne influence sur Ie statut de la théorie physique dans la question du physicalisme. H. Feigl et \'laisman suggèrent ell 1924 de constituer autour de NI. Schilck un groupe de travail qui devienclra le Cercle de Vienne. Dans "La conception scientifique du monde. Le Cercle de Vienne 1929 "(Ed. A. Soulez, 1985, 108-129), le sens de chaque concept peut être réduit "jusqu'aux cOIlcepts du plus bas degré qui se réfèrent au donné lui-même"(Ed. A. SOlùez, 1985,119). Pourtant le problème des fondements de la biologie et de la psychologie, problème au centre de l'essai d'Ho Feigl en 1958, ne trouve de solution provisoire que dans les tentatives de la psychologie béhavioriste tie se rapprocher ti'une conception scientificlue du monde. Le vitalisme et le psycho-vitalisme correspondent à des représentations Iuétaphysiques de l'âme; UIle nouvelle forme de langage dans le domaine du psychique est exigible. Cette nouvelle méthode de l'analyse logique défiI1it Ul1 nouvel empirisme et un nouveau positivisme qui se distiIlguent" de ceux d'autrefois dOIlt l'orientation est davantage biologique et psychologique" (Ed. i\. SOlùez, 1985,116). La psychologie et la biologie contiennent trop de positions vitalistes pour espérer obtenir de l'analyse logique une purification de leurs éllOllCés.Il faudra l' elllpirisme d' Hempel et de Sellars pour définir de nouvelles données.
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La correspondance comporte seulement les lettres d'Ho Feigl. lTne copie se trouve à la bibliothèque des Archives Poincaré, lnvIR 7117 CNRS.

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H. Feigl en est bien conscient dans sa thèse Zufall und Gesetz. Il reproche à la composante inductive de la science se rapportant à la vie de n'être, en 1927," encore capable que d'une analyse biologico-psychologique "( [1927], 1999, 175, trad. F. Shang). Cette limite de la composante inductive de la science tient à la probabilité de toute certitude illductive ~ mais la transformatioll des instincts et des facultés au cours du développement de l'intellect hllmain explique des fonctions biologiques li'origine. La biologie, comme la physique quantique, sont liées avec l'induction: " Le caractère biologiquemellt instinctif de la telldance à la généralisation pernlet également de comprendre la probabilité ou, mieux, la certitude des attentes inductives" (Ibid). L'étude du déterminisme pour la connaissance de la nature rend impossible l'élimination du hasard. Dans le contexte des années 20, la situation de la théorie des quanta apparaît à H. Feigl" encore tellement confuse qu'il nous est difficile de faire des pronostics quant à la sortie de la crise. Deuxièmement, on peut remarquer lie manière tout à fait générale et fondamentale que l'alternative, détermination causale ou statistique des lois du monde, lIe pourra jamais être tranchée définitivement. On imagine toujours pouvoir expliquer les lois statistiques des lois causales profondes et des conditions de départ correspondantes, qui ell constitueraient l'infrastructure; et inverselnent, il est toujours possible que des lois causales en apparence fortes ne soient Qlle l'enveloppe statistiqlle d'une grande quantité d'évéllements particuliers absolument aléatoires. De manière tout à fait analogue, la question de savoir si l'espace ou des lois fOllctiolmelles de la nature sont" en réalité" cOlltinus ou discontinus ne trollvera jamais de réponse définitive par le biais de méthodes de mesure à la précision toujours limitée. La questioll elle-nlêlne ne peut donc avoir qu'une significatioll approximative provisoire, si bien qu'elle ne peut et n'est tranchée de manière significative que par la médiation du point de vue déterminant de la simplicité, ne serait-ce qu'en physique "([1927], 1999, 189, trad. F. Shang). H. Feigl n'aura pas trouvé dans la physique un mode déterministe de description fiable et de signification précise; la physique des quanta sert de modèle à une connaissance incertaine.

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La querelle en biologie entre mécallisme et vitalisme, comme dans le problème causal de la théorie des quanta, ne résout pas le caractère problématique de la validité de lois plus fortes. La question est de savoir si les phénomènes nonlologiques de la vie se rapportent" à des constaIltes (c'est-à-dire de savoir par conséquent si une théorie machiniste de la vie est possible) ou si l'on doit admettre ici l'intervention de facteurs extraphysiques (forces vitales, entéléchies, psychoïdes) "([ 1927], 1999, 188, trad. F. Shallg). La vie doit être décrite selon une conception physiclue dès lors que le vitalisme se ramène au cas de l'indéterminisme, d'un indéterminisme moins incisif que celui de la théorie des quanta mais suftisant pour éviter d'attribuer à la vie des mécanislnes ou des facteurs extra-physiques. La biologie offre cependant un terrain de recherche différent de celui de la physique des quanta, même si l'indéterminisme de lois statistiques paraît comInun aux deux disciplines. Comme théorie physique la biologie, en 1927, ébauche à peine les concepts fondamentaux pour décomposer la matière physique de la vie. H. Feigl n'abandonne pas la physique en raison de son indéterminisme quantique, mais il espère trouver dans la biologie un nouveau mode de description physicaliste plus précis pour résoudre le problème de l'esprit-corps.

H. Feigl raconte ainsi sa période viennoise: " Je trouvais essentiellement la même position encore clans Nlorritz Schlick, j'avais étudié quelques-uns de ses travaux avant de devenir son étudiaIlt à Vienlle en 1929. J'ai éllormément profité (bien qu'il peut bien penser pas suffisamment) des discussions avec mon gentil et patient ami R. Carnap de manière intermittente à travers plus de trente ans. Durant nIes années viennoises (1922-30) j'ai été beaucoup stitnulé aussi avec ScWick, \VittgensteiIl, \Tictor Kraft, Otto Neurath, E.Kaila, I(arl Popper, Edgar Zilsel... J'ai été beaucoup renforcé dans mes vues par mon contact très tôt avec le remarquable réalisnle critique ~L\nléricain, Cu'\.Strong (à Fiesole, Italie, 1927 et 1928) ". ~~insi H. Feigl, membre lill Cercle de Vienne assimile, comme cela se veut en ces année.s, L. \Vittgenstein et !(. Popper au mouvement positiviste, tandis la référellce à R. (~arnap, o. Neurath et E. Kaila participent au débat sur la nature du physicalisIne.
De 1930-1931 il bénéticie à Harvard d'une bourse de la " des discussions (et plusieurs controverses) durant mes années américaines, all début lie

fondation Rockfeller ; H. Feigl raconte:

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1930, avec E.G. Boring, S.S.Stevens, P.\V. Bridglllan, C.I.Le\vis, A.N.Withehead, H.NI.Sheffer, V.C. Aldrich, \V.I(ohler, A.Einstein, H.Reichenbach, F.C.S Northrop and Philipp Frank...". Les controverses et discussions devaient surtout se passer avec E.G Borillg autour du problème de la psychophysiologie de la conscience et avec S.S.Stevens sur le statllt de la psychologie avec la science ~ avec p.\,r.B11gmall les débats devaient être autour de la logique des théories physiques modernes, et notamment celles d' .L~' Einstein; avec C.I.Le\vis à propos des considérations logiqlles dans l'analyse des états mentaux ~ avec Alfred North Withehead les controverses devaient être intenses ~avec Virgil.C. Aldrich, il aborde les thèmes de l'empirisme logique envers les thèmes lllétaphysiques de l'immortalité ou de la religion; avec W. I{ohler, les relations du corps et de l'esprit relèvent de la (Jestalt psychology; d'Albert Einstein il retient les fondements des théories physiques, et la comparaison entre les lois de la science et les lois morales; Hans Reichenbach llIi permet de faire le point SlIr l'avancée de la mécanique quantique et sur les fondations logiques du concept de probabilité; F.C.S Northrop propose une base neurologique et de psychologie béhavioriste à la signification des idées. Avec Philipp Frank, il discute de la philosophie de la science moderne et notamlnent des interprétations de la tlléorie de la relativité. On le voit, H. Feigl traverse les travaux les plus actuels de la science de son époqlle, persuadé de partager le mouvement de connaissance naturelle commun à tous ses chercheurs, même si les solutions aux relations de l'esprit et du corps demeurent divergentes. Il obtient à l'automne 1931 un poste de Professeur à l'lTniversité de l'Etat d' Io\va. Il devient le premier membre du cercle de Viell1le à s'installer définitivement aux Etats-lTnis. NIais tout le débat entre O. Neurath et R. Carnap, autour de la définition et du champ d'applicatioll du physicalisme, se trouve sous-jacent à la prise de position radicale, ell 1939, pour un physicalisme "in the strict sense "(H. Feigl, 1939). R. Carnap et O. Neurath s'accordaient sur le projet épistémique du physicalisme de parvenir à une réduction du langage de la psychologie au langage de la physique. Depuis toujours le physicalisme se compose de deux thèses: " lTne thèse-proposition selon laquelle on (lait s'exprimer dans un langage dont tous les énoncés selon intersubjectivement confirmables, ce langage est suffisant pour exprimer l'ensemble des assertions ayant un sens; 2) toutes les lois de la

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nature, y compris celles qui sont valables pour les organislnes, les êtres humains et les sociétés humaines, sont des conséquences logiques des lois physiques, c'est-à-dire des lois dOllt on a besoin pour expliquer les processus inorganiques. La deuxiènle thèse demeure toujours une hypothèse. J\ilaisle problème qui se pose est le suivant: doit-on considérer la deuxième thèse comme une assertion empirique (ce que fait Feigl) ou doit-on plutôt la considérer COlnllle une proposition portant sur le choix d'un langage ?" (!\t1etaxopoulos, 1986, 244). Dès le début de son al1icle de 1939," lInity of science and lJnitary Science" , H. Feigl s'attache, quant à lui, à distinguer trois sens au terme d'unité de la science et de physicalisme: 1) Le premier sens, adopté par R. Carnap et O. Neurath, est celui de l'unité dans le langage de la sciellce, unité linguistique (The Unity of the language of science). Cette unité est la formldation logique, revue et corrigée de la thèse de l'empirisme et de l'opérationnisme sllr lIne base intersubjective. Par là H. Feigl veut souligller que la méthode logique vise aussi un accord paradigInatique eIltre toutes les sciences afin de résorber le problème de l'intersubjectivité par une référence à un langage commun. 2) Le second sens est la thèse du naturalisme: le naturalisme a le point conlffiun avec le Cercle de Vienne d'exclure les entités nlétaphysiques (carnIne l'entéléchie, l'absolu, la finalité...), mais se différencie de son positivisme logique en excluant les formes d'hypothèses empiriques et logiques. La différence du naturalisme, avec le positivislne logique, se trouve, audelà des problèmes de méthode, dans le postulat d'une continuité causale. Celle-ci se traduit à travers les 110tions d'int1uence et d'émergence. Il adulet la réductibilité des lois biologiques, du psychologique et du sociologique aux lois physiques. En cela le naturalisme dépasserait la simple réductibilité de langage de R. Carnap et O. Neurath, sans pour autant affirmer UII pur et simple réductionnisIne. Car l'émergentisme présuppose UIle dualité entre l'immergé et l'émergé, c'est-à-dire entre le niveall physique fondamental et les niveaux d'organisation complexe qui développent entre eux des différences de degré. (~ette secollde position est interulédiaire entre le physicalislne linguistique et le physicalisme neurobiologique (rH. Feigl : car le naturalisme ne rompt avec le positivisme logique que sur la question des conditions de la réductibilité, sans pour autant adhérer au réductioIlnisme.

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3) lTne troisièllle

position

est la plus

extrêllle

: le

physicalisme radical postule la " dérivabilité potentielle" de toutes
les lois scientifiques à pal1ir des lois physiques. Il ne s'agit pas d'une position doglllatique, mais d'une question ouverte par la réduction de la biologie, de la psychologie et des sciences sociales à la théorie physique. Ainsi on aurait souvent développé lIne mauvaise conception du physicalisme en le confondant avec un matérialisme lllécanique : par là l'accusation se réfère au lnécanislne traditionnel selon lequel tous les éléments de la nature sont décomposables en éléments simples et enchaînés nécessairement. Cette accusation procède en réalité, pour H. Feigl, soit d'une erreur logique au nom de principe Inétaphysique, soit d'une llléconnaissance des significations et des méthodes de la science physique moderne. Or la poursuite du prograInllle de l'unité de la science doit favoriser les effets de convergence des différentes branches de la science, plutôt que de ramener les connaissances à lIn modèle dépassé. En reprenant une définition claire de l'émergence, le physicalisme neurobiologique pourrait parveIur à résoudre le plus difficile: à savoir l'explication de la finalité dans la vie organique, les faits de la conscience, de la signification, de la liberté de la valeur et de la créativité. J\1ais H. Feigl reconnaît l'existence de for111ulatioIl e111pirique de la finalité dans certains types de systè111es dynamiques. De même l'analyse béhavioriste de la conscience, et la démonstration logique du faux problème du dualisme dans le J.\1ind-body problem contribuent à faire avancer le physicalis111e (J.NJv1issa, 1993, 29-31). Ainsi ce texte de 1939 est plus progralnmatique qu'explicatif; il définit le challlP du physicalisme neurobiologique, sans pouvoir se fontier sur des décolIvertes autres qu'empruntées au béhaviorisme ou au naturalisme, voire même au positivisme logique. Cependant l'apparition, en 1939, de la neuro-physiologie, comIne la science de référence pour le développement de l'analyse physicaliste, aux côtés de la bio-physique, la biochimie et la psychologie, prépare déjà l'avènement de la neuropsychologie; plus encore cette promotion est bien le signe d'un renouvellement de l'approche mind-body par le cerveau, comme s'il y avait là une tentative d'unifier la psychologie avec les lois neurobiologiques.

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DallS SOlIarticle de 1943 " Logical Empiricisln ", H.Feigl se livre à un examen précis du lien entre le projet d'unité de la science (C. Chauviré, 2000,94) et l'empirisme logique: en effet le mérite principal, selon H. Feigl, de l'elllpirisme logique est d'avoir été consciellt du dallger des erreurs réductiollllistes qui développaient un discours ontologique sur la matière. Notamment, «L'alternative laissée entre une philosophie du "Nothing But", et une philosophie du "Solnething NIore" est une pllilosophie du "What is \Vhat" » (H. Feigl, 1943,5). L'attitude de reconstruction du discours philosophique à partir de son analyse logique aura permis une description objective du monde. Cependant l'empirisme logique a cru, naïvement, parvenir à une vérité plus grande par des questions sur le langage plutôt que sur le contenu. Il est évitient que ce contenu a la préférence d'Ho Feigl. ~1ais il importe pour notre enquête de pointer à travers les différents mOlllents analysés de l'empirisme logique ce qui prépare le fondement de la thèse finale d'Ho Feigl. i\insi l'analyse logique du langage n'a pas seule nIent conduit à une étude des fondations des mathématiques (B. Russell, D. Hilbert, Brower), ni à la simple révision des concepts fondamentaux de la physique (A. Einstein, NI. Planck, N. Bohr, \V. Heisenberg), mais aussi à la réforme de la psychologie par les béhavioristes (comme I. Pavlov, J. \Vatson...) : " Finalement, en développant des procédures objectives pour l'étude de la vie melltale, les COlllportemelltalistes nous ont fait prendre COllscience que tous les contenus scientifiques de la psychologie peuvent être formulés dans le langage physique et que la supposition de "un quelque chose de plus", un surplus de signification factuelle attaché à la terminologie mentaliste, est une illusion "(H. Feigl, 1943,6). .L~insi'avantage du béhaviorisme est d'avoir permis l'élimination des l thèses spilitualistes qui conservaiellt présentes dans la psychologie la thèse d'un dualislne de substances. Au contraire le comportement est réductible, par analyse, à des données physiologiclues. Plus qlle le mécanisme., la lecture de I. Pavlov doit être, par l'utilisation qu'ell fait H. Feigl, mis en perspective dans la genèse de la théorie de l'identité des états psychologiques et des états physiques. Le second aspect analysé est celui des fonctions du langage. H. Feigl établit la parfaite filiation depuis L. 'Vittgenstein jusqu'à Carl G.Hempel tout en les distingllant : "dans leur choix d'une

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base pour la reconstruction logique, \Vittgen-stein, suivi par Schlick, \Vaismann, et les autres, restent expérimentalistes, même si Neurath, Carnap, Hempel, devinrent physicalistes "(H. Feigl, 1943,9). C:et aspect retient ici notre attention pour situer la délnarche d'Ho Feigl par rapport à celle l'empirislne logique. De cette différence, H. Feigl choisit la première voie contre le seul travail sur le langage de la science entrepris par l'empirisme logique. H. Feigl retiel1t de R. Canlap, le projet de trouver l'unité de langage dans la science autour d'une base homogène de termes empruntés au langage des choses physiques. ~1ais la biologie moderne ne peut continuer à se référer à une conception cie la causalité comme celle de l'empirisme logiqlle, selon laquelle elle ne serait qu'une relation fonctionnelle entre les événements, caractérisée par un nombre de faits testés tels que ceux de l'homogénéité spatio-temporelle, de la contiguïté, de la continuité et de la simplicité. En cela H. Feigl était en avance sur l'empirisme logique, en ayant pressenti le bouleversement épistémologique entraîné par le développelnent de la biologie. H. Feigl anticipe lorsqu'il écrit:" La biologie ne peut pas donner sur le déclin du mécanisme comme un programme d'explication de la nature; elle ne peut non plus donner sur un verbalisme pieux ou superstitieux, renvoyant à la possibilité d'une explication naturaliste des processus vitaux... La synthèse contemporaine va dans la direction d'une théorie physique des organismes qui sont vus comme des systèmes

dynalniques intrinsèqueulent structurés... "( Ibid).
Ainsi H. Feigl propose un renversement; son point de vue, largement inspiré de l'empirisme logique, lui permet de refuser toute interprétation non scientifique, ou, métaphysique des phénomènes de la vie. Car il va au-delà en prenant position pour une théorie physique du dynamisme organique, ce qui dépasse la simple réserve épistémologique d'une étude sur les conditions de rédllctibilité du langage dans la science. Cette confiance en la psycho-physiologie conduit H. Feigl à trouver quelques correspondances entre la thèse du physicalisme radical et la méthode béhavioriste, Inême si leurs résultats scientifiques diffèrellt. Cette mise en parallèle entre le physicalisme et le béhaviorisme méthodologique en dit long sur le contexte idéologique de 1943 : mêUle si H. Feigl ne se rallie pas aux théories comportementales du béhaviorisme, il sait situer le physicalisme selon une communauté

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de llléthode ; en effet depuis sa naissaIlce officielle en 1913 aux Etats-lTnis, le béhaviorisme est psychologique selon la formule de J. \Vatson" Psychology as the behaviorist vie\vs it " . H. Feigl et Brodbeck ne reprennent pas par hasard, dans leur Readings in the philosophy of science, l'article de K.\V.Spence " The postulates and rvlethods of Behaviorism" paru en 1948, dans Psychological Revie1tv. Trois caractéristiques permettent de

spécifier la conception béhavioriste de la psychologie.

"

La

première concerne l'objet qu'elle attribue à cette discipline: le comportement; la seconde, son statut et ses méthodes: la psychologie est UIle science naturelle et doit, à ce titre, se développer selon des méthodes qui ne diffèrent pas en nature de celles d'autres sciences comme la physique ou la physiologie. La troisième caractéristique, l'exigence d'objectivité, est étroitement liée aux deux autres "(J.F. Dumas, 1980, 305). La seconde caractéristique est la plus sensible pour un membre du Cercle de Vienne tievenu, de surcroît, les partisans d'un physicalisme neurobiologique (N.l\/1.\Veidman,[1999],2001,28). Le béhaviorisllle lui offre à la fois la méthode et le moyen de développer une psychologie naturelle. rvlême si sur l'objet, autrement dit le comportement, H. Feigl se séparera du béllaviorisme de \Vatson plutôt que celui de Lashley pour mettre l'accent sur le rôle du cerveau. Dans un cours intitulé Biology and Scientific Explanation (H.F. 05.10.03), daté de janvier 1942 au sein d'un séminaire de zoologie, H. Feigl s'interroge sur les possibilités cIe re-formulation et de reconstruction de la philosophie. L'opposition entre le vitalisllle et le 1nécanis1ne est celle d'une irréductibilité absolue et d'une réductibilité complète. Entre les deux, H. Feigl trouve dans les théories physico-chimiques une voie pour un" Organicisme physicaliste ". H. Feigl veut fonder un physicalisme biologique sur cinq disciplines: la génétique, l' e1nbryologie ontogénétique, la phylogénétique, l'endocrinologie neurophysiologique, et la neurophysiologie. Ces disciplines relèvent de théories physicochimiques appliquées aux systèmes organisés: si la biochimie et la biophysique sont ces théories, alors la descriptio11 doit rendre compte à la fois du développement, de l'évolution et des modes tie régulation des organismes; car l'action des organiseurs génétiques, si elle détermine le développement de l'organisme, n'interdit pas l'adaptation.

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H. Feigl trouve dans cette position complémentaire sans parvenir encore, comme dans The l'tlental and the Physical une description interne des rapports entre adaptation et développement. Pourtant cette description ne retiendra que la neurophysiologie, ne traitant plus des quatre autres disciplines. "En tant qu'étudiant en histoire et méthodologie des sciences moderIles, impressionné comIne je le suis par les récentes avancées de la biophysique, la biochimie et la neurophysiologie, je suis en clin à croire fortement qu'un programme de recherche physicaliste (comprenaIlt les micro-explications) pour la biologie et la psychologie sera très fructueux. rv1aisen tallt que philosophe analytique, ma conscience intellectuelle exige que je ne préjuge pas des questions tie réductibilité (explicabilité). Au-delà des arguments orientés empiriquement que je vais vous soumettre bientôt, je m'exprimerai plus tard sur les aspects logiqlles et épistémologiclues du problème corps - esprit" ( [p. 9]). H. Feigl aballdonne les théories physiques mais pas le physicalisme: " Le propre contenu factllel des théories physiques est à strictement parlé individualisable. Il consiste en une formulation conceptuelle abstraite des postulats qui sont connectés par des règles de correspondances (habituellement probabilistes) aux observables dans différents domaines de preuves. La description d'un processus neural en termes physiques abstraits peut donc être illterprétée comme faisant référence à exactement les mêmes événements qlIi peuvent être aussi décrits en langage phénoménal sur la base de l'introspectioIl"("Philosophical Embarassments of Psychology", 1959,HF 06-31-03, p. 125). Fondateur en 1949 avec \Vilfrid Sellars avec Ivlay Brodbeck, John Hospers et Paul J\;1eehl comme co-éditeurs de la revue Philosophical Studies, H. Feigl inaugure la même année avec le premier une série(1949, 1953, 1961, 1972) d'ollvrages rélmissant des études en Ph.ilosophical Analysis et Philosophy of Science. H. Feigl s'efforce de poursuivre les travaux The Institute for the Unity of Science. Dans une lettre au Dr Harry C. Kelly, de la National Science Foundation, H. Feigl rappelle combien l'Institut, créé en 1949 grâce à l'aide de la division Sciences Naturelles de la Rock/eller Foundation, doit poursuivre en 1952 les congrès de 1950 et 1951 autour de trois a.~es :

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problèmes de l'induction, de la probabilité et de l'allalyse statistique) . 2. Les concepts de base de la pllysique moderlle (spécialcIIlent l'analyse des lois causales et statistiques, et plus particulièrement les récents développements dans la physique quantique et la mécallique statistique ). 3. Les fondements méthodologiques de la psychologie contemporaine (et plus particulièrement ses relations avec les approches molaires et moléculaires, les techniques statistiques, la cybernétique et la neurophysiologie) "(HF 037-23-25, pp.1-2). Le lien entre les trois parties est interne à la formation de chacun des scientifiques, lllême si H. Feigl dresse des listes disciplinaires:
"

"

1. La logique de la méthode scientificlue (spécialement les

Philipp Frank, V. Bargmann ~lathématiciens: J. Neumann, Jerzy NeYlnall, .Lt\rthur Copeland, Norman Dalkey, Norbert 'Viener, Gerhard Tintner. Physiolo~istes et Psycholof:ues: \V. NIc (~ulloch, E.C. Tolman, E. Brunswik, P.E. J\:loehl, S.s. Stevens, K.\V. Spence, E. Hilgard, B. Ritchie. Logiciens et ~1éthodologistes: H. Reichenbach, E. Hagel, 'V.. Quine, A. Pap, R. Canlap, G.G. Hempel, B. rvlates, Olaf Selmer". En 1953 H. Feigl obtiendra une bourse de l' Hill Foundation, à laquelle ce SOllt ajoutés plus tard des bourses de La Carnegie Corporation et de la National 5'cience Foundation (S. "Tade Savage, 1988,16) afill de construire Ie A-1innesota Center for Philosophy of Science. La théorie du double laolaee

Physiciens:

V. F'. Lenzen, ~~. Landé, H. Ivlargenau, Feyman,

Ivlêlne si H. Feigl reconnaîtra en 1966 avoir aballdollné toute théorie du dOllble langage, il a cru en la possibilité d'une traduisibilité du langage psychologique dans le langage physiqlle. Il reconnaît, à 1'heure ell 1967 de la parution en livre de son article 1958 The A1ental and the Phvsical: " J'ai abandonné tout idée d'une solution par le "clouble langage" au problème corps-esprit, c'est-à-dire impliquant des règles de traduction puremellt

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allai ytique conllectant
!vlonism, HF 05-44-01

le 'tV et le
p. 4).

<t>

"(Crucial

Issues of l\;1ind- Body

Se référant à son article de 1931, publié avec Albert. E. Blumberg qui l'avait accueilli à Harvard en 1930 lors du séjour d'Ho Feigl comme International Rockfeller Research Fello\v à Harvard3, sur le-srésultats du Positivisme logique4, H. Feigl distingue le sens émotif du sens cognitif: si la signification est comprise comme un symbole ou un système de symboles, un langage, la notion de signification ne devrait pas pour autant s'appliquer ensemble aux fonctions cognitives et non-cognitives du langage. Car, refusant tout degré ontologique à la réalité qui accorderait au problème corps-esprit une solution physique, l'analyse logique distingue les significations formelles et structurales de celles eUlpiriques et factuelles des relations du corps et de l'esprit. Le critère de l' empiricité suffirait au scientifique pour résoudre le problème des relations de l'esprit et du corps, mais la philosophie, dans la dispute des béhavioristes matélialistes vs psychologues animistes de l'introspection; or pour H. Feigl, voulant être "strictement neutre" (1934,425), affirme que "l'ontologie ne peut donner d'information sur 1'l.Tnivers. Seule la science le peut "(Id.) Accepter ou refuser la description métaphysique de la réalité est

3

H. Feigl avait été invité delL~ fois à Horence par Dickinson S. 1-filler et Charles A. Strong (cf [1969], 1981, 68-73) en 1927 et 1928, 3 cartes postales adressées depuis 1-.filan (16 sept.1927) et Horence (5 janvier 1928) à 1-'f. Schlick. Recruté lIDe première fois comme International Rockfeller Research Fellow, pour travailler à Harvard sur les fondations logiques de la physique, il y rejoint P.'V. Bridgman, C.I. Lewis, 4~.N. \Vhitehead, H.:~v1.Sheffer et Suzanne K. Langer. Recruté comme enseignant à I'lTniversité d'!o\va de 1931 à 1940 (leturer in philosophy, Â'\sistant Professor in 1933, Associate Professor in 1938), il bénéficiera d'une bourse de fellowship de la Rockfeller FOWldation(cfHF.04.39.01, Lettre de la secrétaire de la Fondation, Norma S. Thompson, du 2 janvier 1940) à partir du 1 février 1940 pour une durée de 12 mois avant son intégration comme Professem de Philosophie en 1941 à I'lTniversité du ~finnesota, à ~vfinneapolis. 4 Cf H. Feigl, .A..EBlumberg, 1931, Logical Positivism. A New ~Iovement in Emopean Philosophy, Journal of Philosophy.

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seulement problèmes

Ulle transgression insolubles.

des limites

du langage

à propos

de

Dans SOlI article "The NIind-Body Problem ill the Development of Logical Elnpiricisln "(HF 06-17-01, 33p), H. Feigl rappelle corn bien la vision de Schlick, avant l'impact des idées de C:arnap et de \Vittgenstein, reposait sur une théorie du double aspect dans les rapports du Inental et du physique. "Cependallt, anticipant même les dernières propositions du positivisme logique, Schlick considérait la différence entre le mental et le physique comme une différence entre deux systèmes conceptuels, dans lequel le physique, en tant que matière de fait empirique fondamental, est universellement applicable, alors qlIe le psychologique se rapporte seulement à UIle petite partie du champ total de la réalité. Cette position précoce est donc caractérisée de façoll plus appropriée comme la théorie du "double langage" "(HF 06-17-01, p. 7).
H. Feigl avoue combien cette position de Schlick" Pendant IOllgtemps, cepelldant, j'ai été tenté d'identifier, au sens d'identité logique, le mental avec le neurophysiologique ou plutôt avec ceI1ains aspects de configurations des processus neuraux. C'est dans ce sens que j'ai (103) suggéré une théorie du double langage du mental et du physique. NIais si on comprelld cette théorie comme ayant lIne traduisibilité logique (transformabilité analytique) des énoncés d'un langage dans un autre langage alors cela n'ira pas. Les tra~uctions interlinguistiques COIllme "il ne fait pas beau

tenzps" ~ en "the weather is not fine" sont analytiques si les sens respectifs sont fixés à l'aide de métalangages sémantiques et syntaxiques commUllS au frallçais et à l'anglais. De même la description géocentrique de la kinématique pure du système planétaire est traduisible analytiquement en description héliocentrique correspondante, précisément parce que nous profitons ici des règles de transformation d'une géométrie à 4 dimensions (c'est-à-dire la kinématiqlIe) "( The lvlental and the Physical, 1958, [23 ]). H. Feigl a très tôt publié des travaux sur le problème des relations entre le corps et l'esprit. ~1ême s'il reconnaît que sa
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(N.T.) en français dans le texte.

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présentation (1934, Logical .Lt\nalysis of the Psychophysical Problem) "comme en partie confuse" ([1958],1967, 117). Dans cet article de 1934, contrairement à la conclusion de l'essai de 1958 The i\1ental and the Physical selon laquelle" le mOniS111e est: 1. Toujours très plausible scientifiquenlent; 2. Philosophiquelnent défendable car il n'implique pas de difficultés et de paracloxes logiques ou épistémologiques insurmontables" ([1958], 1967,116), H. Feigl est encore le disciple américain du positivisme logique du Cercle de Vienne ([1969], 1981, 57-94). Cet article, contribution du nouveau positivisme logique présentée en septembre 1933 à l' American Philosophical Association à Chicago, intègre les contributions publiées et non publiées de Rudolf Carnap, Nlorritz Schlick et Lud\vig Wittgenstein6. Cependant, ce qui sera toujour~ sa liberté "hypercritique" par rapport au Cercle de Vienne I, il assume sa thèse comme une synthèse personnelle. Il reste encore très proche de la méthodologie du positivisme logique car il refuse de décrire la dualité tie l'esprit et de la matière comme deux réalités ou deux aspects de la réalité. Il défend une" dualité de langages ou systèlnes conceptuels" (1934, 421). L' identitité stricte du mental et du physique est" une vérité capable de démonstration logique" (1934, 420). En 1934 H. Feigl se réfère encore à l'analyse de R. Canlap selon laquelle le langage physique est" retraduisible" (1934,430) dans le langage de données. Ainsi" Les situations physiques (stimuli environnementaux, processus organiques, etc) auxquelles font référence les psychologues sont retraduisibles dans le langage de l'expérience "(1934,433). La traduisibilité mutuelle s'inscrit
H. Feigl indique à G. Pitcher, qui préparait alors son livre sur l'Histoire du Cercle de Vienne, le 25 sept 1962 (H.F.03.150.02) avoir fréquenté L. 'Vittgenstein de 1927 à 1929 et rappelle combien ce dernier aurait été très influencé par la conférence de Brou,ver à Vienne sur I'Intlùtionnisme au printemps 1929. Î Il écrit dans son article" Some Crucial Issues Of ~1ind-Body :rvlonism" (H.F. 06.62.01, p.7) : "..t\.yantété membre du Cercle de Vienne (1924-1930), je me rends compte que les positivistes logiques (empiristes) ou les physicalistes radicalL~ hocheront tous ensemble leur tête et m'accuseront d'apostasie. I\,1aisje suis un renégat de ce mouvement et je suis devenu un réaliste critique, même "hypercritique') depuis au moins trente ans"
6

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dans une tlléorie de l'identité: " La traduisibilité mutuelle ne veut rien dire li'autre qu'une identité de structure. La traduisibilité mutuelle logique, l'isomorphisme, veut tout simplemel1t dire identité de deux propositions" (1934,436). H. Feigl critique la théorie du double aspect de ces illustres prédécesseurs comIlle Spinoza, Leibniz, Fechner, Clifford, Paulsen, Riehl, Ebbinghaus, NI. Prince, Warren, !{ohler, Troland, Boring: distinction entre substance et apparence, l'étoffe de l'esprit et la structure externe, la dilnension qualitative ou le champ interne de la réalité physique... L'universalité est le critère de traduisibilité d'un langage à un autre plutôt qu'une simple réduction d'un langage comme celui de la psy'chologie dans le laIlgage de la physique. La seule cause de divergence entre les deux langages" n'est pas liue à une disparité fondamentale thématique, mais réside entièrement dans la différence de leurs fonctions et de leurs origines" (1934,440). Le seul dualisme qui substituerait serait celui de la forme et du contenu, mais cette distinction est une abstraction philosophique. L'argumel1tation d'Ho Feigl refuse de distinguer en deux réalités séparées le Physique et le 1,1ental ; Le Physique et le ~1ental sont "deux "sphères logiques" " (1934,442); la distinction entre le langage psychologique et le langage physique repose sur une. distinction plus fondamentale entre le "langage de l'expérience immédiate (les données) et le langage des constructions (évènements spatiaux-temporels)" (1934,442)." Si la psychologie doit être communicable (vérifiable intersubjectivement), ses affirIllations doivent être exprimables en langage physique (c'est-àdire le béhaviorisme méthodologique est la justification du composant non métaphysique du matérialisme" (1934,442).

K. Popper contre H. Feial
K. Popper s'oppose depuis toujours au physicalisme et à ses partisaIls. Dans sa thèse de doctorat, en vue de l' obtentioIl du titre de docteur de la faculté de philosophie de l'lJniversité de Vienne soutenu dans le semestre d'Eté 1928 et intitulée De la question de la méth.ode en psychologie de la pensée, 1(. Popper adopte la méthodologie de Karl Bühler COIltre les positiollS physicalistes de Nlorritz Schlick. I(arl Biihler, dans son livre Die Krise der psychologie, refuse de réformer la psychologie pour trouver les axioIlles de ses différents aspects: aspect comporteIllental, aspect des "images mentales objectives", aspect de l'expérience véclle. Le

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pluralisme de ces aspects est la thèse défendue par K. Popper afin "d'indiquer la place qui revient à l'aspect physico-physiologique dans le cadre des aspects" ([1928], trad. F. Shang, p.S): ce pluralisme est le moyen de se séparer du pllysicalisme radical Illoderne. Ce pluralisIlle des aspects est une positioIl méthodologique qlIi aura un contenu conceptuel dans la thèse interactiolmiste des trois mondes, formulée dès 1969. Le physicalisme méthodologique tie rvL Schlick repose sur la thèse qu'une comlaissance scientifiquement exacte du psychisme n'est possible que si l'on parvient à corréler les faits psychiques à des concepts physiques: ainsi une psychologie strictemellt scientifique se fonde sur une méthode de réduction de la psychologie à une physiologie du cerveau. Ce que conteste K. Popper, anticipallt sur le critère de la falsifiabilité, à Iv!. Schlick c'est sa prédiction théorique selon laquelle lIn renoncement à cette psychologie scientifique serait prématuré ~le progrès tie la science psychologique, la psychologie physiologique, sera le dernier terme d'une explication physique. Si K. Popper est d'accord avec M. Schlick sur l'insuffisance de la méthode pure de l'introspection, un thème constant aussi chez H. Feigl, mais il n'en réclame pas quant à lui contrairement à eux l'abandon complet: le Inonde 3 décrira l' acti vité mentale de l'introspection. Après cette impossibilité qu'il y aurait à renoncer à la psychologie pllysiologique, K. Popper critique le cOIlcept de connaissance complète de ~L Schlick selon lequel le système conceptuel quantitatif de la physique pourrait rendre compte de toutes les différences qualitatives. K. Popper précise: " On ne peut pas nier que ce concept de "connaissance cOlnplète" soit très important, tant du point de vue de la théorie de la connaissance que de la méthodologie ~ mais est-il (10) permis également d'établir cette farIne de connaissaIlce cOlnme "idéal de connaissance" par excellence pour chaque science ?" ([1928], trad. F. Shang, p. 9-10) L'unité de la connaissance, fournie par la connaissance de la nature, vaudrait autant dans les sciences de l'esprit. ~lais, contre ce physicalisme ulùversel, K. Popper se demande si la connaissance quantitative peut être conçue comme itiéal de connaissance en paI1iculier pour les sciences biologiques et pour la psychologie. A cette critique gnoséologique, K. Popper ajoute un conflit épistémologique entre la réduction à la physique comme idéal tie

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cOIlllaissance par excellence et l'iIltérêt ill1Il1aIlent de IloIl1breuses sciences naturelles: " L'anatomiste aura en revanche un intérêt pratique dans une autre réduction comme réductioll à la physique, une explication par des lois qui sont très éloignées de toute nOIllologie pllysique, les lois de l'llérédité par exemple. Pour UII anatomiste d'aujourd'hui, un développement plus précis de la génétique et de ses lois est illcomparablement plus important que ne pourrait l'être une corrélation de concepts physiques hautelnent compliqués aux faits anatomiques" ([1928], trad. F. Shang, p. 1314). Contre ce postulat dogmatique de rendre compte des lois biologiques par des lois physiques, !(. Popper veut affirmer l'irréductibilité des nomologies biologiques à des nOlnologies physiclues. Le travail scientifique tout entier ne doit pas s'adapter à la réduction des nomologies physiques car une réduction réussie de la biologie dans la physique que si nous" connaissons précisément la nomologie spécifique" ([1928, trad. F. Shang, p. 16). K. Popper affirme dès lors, contre les conclusions de !vI. ScWick, trois thèses: 1. Que la méthodologie de la psychologie doit pour l'essentiel rester inchangée" aussi longtemps qu'elle ne parvient pas à "réduire" la biologie" ([1928], trad. F. Shang, p. 18). 2. La promulgation d'un" ignorabimus", à qui voudrait poursuivre la méthodologie de la psychologie SaIlS se SOUlnettre à une réduction physicaliste, interdit l'établissement si nécessaire d'une nomologie spécifique de la psychologie. 3. L'orientation de la psychologie dans son projet métllodique doit suivre" des procédures de pensées biologiques en lieu et place des procédures de pensée physique" ([1928], trad. F. Shang, p. 19). Le stade actuel de la biologie n'autoriserait qu'une réduction silnpliste de la recherche psychologique. K. Popper refuse la déformation des faits psychologiques par les préjugés physicalistes. Il conviendrait d'en rester avec !(ohler et Büh1er, mais contre Schlick, à la distinction "évènelnent systématisé" et "contexte sémantique": les connaissances de nomologies psychiques doivent être premières par rapport à la surestimation des théolies physiologiques. K. Popper s'interdit toute réduction aussi bien à un biologisme radical qu'à un physicalisIlle des nomologies psychologiques: ainsi" étant donné la situation actuelle en psychologie, en biologie et en physiqlle, la théorie du parallélisme psychophysique n'est en mesure d'exercer aucune influence essentielle sur les lnéthodes et les hypothèses

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pratiques de la psychologie dans le sens d'un ([1928], trad. F. Shang, p. 39).

physicalisme"

Au contraire de K. Popper, H. Feigl développait, déjà au chapitre III de sa tllèse, "~/Ieanillg alld Validity of Physical Theories, Theory ancl Experience in Physics"S, combien la déduction des lois expérimentales s'effectue à partir de la construction logique des théories scientifiques. I\t1aisil reconnaissait que cette construction logique ne valide pas pour autant universellement la théorie: " La théorie consiste en une construction logique d'affirmations générales à partir desquelles on peut déduire les lois expérimentales. Bien que les théories soiellt rarement obtenlles par simple induction, leur validité est néanmoins inductive. .Lt\insi, la probabilité d'une théorie augmente avec l'étendue de ses confirmations. DOIlCil est absolument impossible de décider si une théorie est correcte ou non. Les théories ne peuvent jamais être plus que de simples approximations" ([1929], 1981, 137). Par validité inductive, H. Feigl souligne le caractère concret des théories physiques; elles doivent être testées par le moyen d'une traduction des propositions abstraites en expériences immédiates et concrètes: "S i nous interprétons cet état des affaires comme du concret, alors il faudrait qualifier toutes les théories physiques de concrètes parce que tout ce qu'elles disent de la réalité ne peut être testé en fait qll' en traduisant graduellement les propositions abstraites de la théorie en jugement sur les expériences ilnmédiates. Il est évidellt que cette traduisibilité est nécessaire et inévitable" ([1929], 1981, 118). La traduction, contrairement à la falsifiabilité de K. Popper (1902-1994)9, établit un clitère d' empiricité des propositions abstraites.
chapitre III, " 1v1eaning and Validity of Physical Theories, Theory and Experience in Physics", Feigl H., 1929, Theorie und Erfahrung in der Physik, ed. G. Bralm, Karlsruhe. English translation of chapter nI in Feigl H., 1980, Inquiries and Provocations: Selected Writing 1929-1974, Ed. R.S. Cohen, Vienna Circle Collection, Vol. XIV, Dordrecht, Reidel, p. 116-144.
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H. Feigl rencontre I{. Popper pour la première fois en 1930. Sur

l'approximation des théories scientifiques, par rapport à la thèse de K. Popper, voir J\;1alachiHaim Hacohen, Karl Popper. The Forll1atives Years 1902-1945. Politics and Philosophy in Interwar Vienna, Cambridge IJniversity Press,

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En 1974 H. Feigl, associé à Paul E. Iv1eehl, écrit un article très critique" The Determinism-Freedom and Body-~lind Probleln" pour l'ouvrage dirigé par PuA.. Schilpp ed., The Philosophy of Sir Karl Popper1o. La critique s'organise autour du Compton's problem, à propos du lien entre réduction et déterminisme, et autour du "problème cartésien qui concerne la relation du Illental au physique" (HF054607,p.l). H. Feigl espère démontrer que" le rôle des significations et des raisons dans les fonctions argumentatives et représentatives du langage n'implique un dualisme corps-esprit" (p. 2). Ils estiment que le refus de la thèse interactionniste (les substances chez Descartes n'aboutit pas chez Popper à une qualification de ce qui serait en interaction: " Processus? Etats? Si
on pellt salIver la théorie de l'identité, alors il y a vraiment interaction entre les différentes parties de l'organisme ou plutôt les parties du cerveau" (P. !vleehl, H. Feigl, A fe\v points on " Clouds & Clock" and" Body-Ivlind", HF 05-58-01, p. 8). Comme nous l'avons démontrée, la thèse de 1928 de !(. Popper s'appuyait largement sur la critique de la psychologie par !(. Bühler pour critiquer le physicalisme de 1\1. Schlick. Ici H. Feigl s'appuie sur la distinction fonctionnelle, de" notre professeur (K. Bühler) ", entre représentation et expression: " Avec lui et \Vilfrid Sellars je conçois une fonction évocative-expressive comme interprétable causalement ~ alors que les fonctions représentative (et argumentative) sont irréductibles aux mécanismes qu'ils soient 2000, pp.185-186, et pp.194-195. La coITespondance disponible (H.F. 03 ; 1959-1969) entre H. Feigl et K. Popper est peu significative. Dans sa conférence du 24 août 1988, lTn univers en propensions. Remarques nouvelles sur la causalité, K. Popper précise son rejet dès 1930 de l'idée même d'induction probabiliste, in Un Un.ivers en.propensions. Deux études sur la causalité et ['évolution, trad. i\. Boyer, Ed. de l'Eclat, 1992, p. 22-29. 10 H. Feigl, P.E. !vleehl, 1974, The Determinism-Freedom and Body-~1ind Problem's, in P.~~. Schilpp ed, The Philosophy of Sir Karl Popper, Open Court, LaSalle, Illinois, p.520-559. Nous utilisons ici le manuscrit HF054602, 28 p. Le premier titre de l'article était Popper on DetenninismFreedom and Body-~1ind Problem' s.

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cOIIlportementaux-psycllologiques ou physiologiques (causaux)... L'intérêt toujours croissant que les psychologues accordent au comportement gouverné par des règles me laisse espérer que nous parviendrons rapidement à une meilleure compréheIlsion de la relation du psychologique à la logique mais (comme je l'ai déjà dit ailleurs) il ne s'agit que d'une partie du problème corps esprit et probablement la partie qui trouvera plus facilemel1t une solutiol1 que le problème physiologique de la sensibilité (setlsatioIls brlltes)."(HF 05-58-01 p. 9).
Depuis le milieu des années 60, K.Popper défel1d UIle théorie interactionniste (..t\.ndrieu 1998, 41-45) en distinguant trois mondes:

J\;londe 3 : Les produits de l'esprit humain NIonde 2 : Les états mentaux ~1onde 1 : Les corps physiques
Dans ses conférences Emory lTniversity sur le Body-mind problen1 en 1969, K. Popper. K. Popper insiste sur le rôle d'intermédiaire du monde 2 entre les deux autres mondes. Car la réduction du I\1onde 2 dans le ~1onde 1, le physicalisme ou béhaviorisme ou matérialisIne, et la réduction du I\110nde 1 dans le NIonde 2, le phénoIIlénalisIne, sont des formes de monisIIle qui n'analysent le Body-mind problem dans son entier. Seule l'étude des interrelations entre les trois mondes ([ 1969], 2000,109-115) ne se COIlfotld pas avec un parallélisme psycllo-physique. Cette distinction des trois mancIes sert toujours d'argument central (1977,38) dans l'ouvrage "The Self and its Brain co-écrit par K. Popper et J.C. Eccles. Le manuscrit de The M entai and the Phv~'ical

Dans une lettre datée du 8 janvier 1956, tuais COIIlme il est courant de reporter le nombre de l'année précédente dans les premiers courriers d'une nouvelle année donc en 1957, à Rudolf et Ina C:arnap, H. Feigl indique:" J'ai travaillé toutes les vacances de Noël de 5 heures du tllatin à 18h tous les jours à mon article (pour le Volume II) sur The "J\lIental" and the" Physical", Il y a en 80

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pages de tapées et 40 de plus à écrire "(R.C. 102.07.29)11. Cette courte durée de rédaction ne doit pas faire croire en la spontanéité de la réflexion. La correspondance entre R. Carnap et H. Feigl a toujours été active depuis les années du Cercle de Viemle, l'immigratioll du second puis celle du premier ~ mais dans trois

lettres datées12 d'avril 1956, H. Feigl demande de l'aide à R. Carnap
pour résoudre les difficultés du " puzzle", " notre vieux Vienna puzzle"(RC 102-07-42). H. Feigl reconnaît que sa formulation en termes d'identité convient pas à R. Carnap, ill' interroge pourtant sur la question suivante: " ~lais comment formuleriez vous qu'àprès tout c'est un fait empirique (dans un sens d' "elnpirique") que les états nerveux sont associés avec les sensations brutes (les qualités <:Ionnées,directement expérimentées). Si nous pouvons dire qu'Aristote s'est trompé en disant que nos sentiments sont dans le cœur, nous pouvons maintellant dire qu'ils sont" <:Ians" ? !) le cerveau, ceci est une clécouverte empiriQue" ( (RC~102-07-42).

Dans HF 051410, H. Feigl présente sous une forIne manuscrite son article pour le 1vlinnesota Volurne, Foundations of Psychology dans lequel sera publié en 1958 The A1ental and th.e Physical. Le sous-titre de l'article est" .L.\n.L.\nalysisof a COlIlplex
Il

H. Feigl ajoute dans les marges: " Je crois que ce devnlÎt être un bon

article " et " nous donnons à itnprimer à la fin de ce mois" de janvier 1957 donc. Dans l'Appendice, il écrit avoir tenniné le manuscrit en mars 1957. TI précise à R. Carnap (RCI02-07-43, p.3) Ie 7 avril 1956 " _AndI'm so eager to get back to \vriting - next... : a long essay on 'The ~/lental and the Physical" (en note: longer, differently organised than my Schilpp paper, new and I hope improved fonnlÙations) (for vo1.2). La première version du texte paraîtra bien dans H. Feigl, ~/L Scriven, & G. ~1a~well Eds, Concepts, Theories and the lv/ind-Body Probleln, ~finnesota Studies in the Philosophy of Science, Volume II, lJniversity of ~finnesota Press, l\-finneapoIis, 1958, p. 370-497. Deux autres volumes ont été et seront co-dirigés par H. Feigl : H. Feigl, ~1. Scriven Eds, 1956, The Foundations of Science and the Concepts of Psychology andPsychoanalysis, vol. I. Et H. Feigl, G. ~1axwell Eds, 1962, Scientific Explanation, Space and Time, vol. ITI. 12Par deux fois H. Feigl écrit à R. Carnap, ''Please, helps! !", Lettre (RC 102-07-42) ; Lettre (RC 102-07-44), p. 2.

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of Persistant Perplexities". Le sommaire est ici seulement esquissé contrairement à des versions plus approfondies, dont la comparaison montre l'évolution de la pensée d'Ho Feigl. SomIllaire 1 (HF 051410) "T he " repressed" mind body problem. Brief sketch (revie,v) of the traditionnal puzzles of the main proposed solutioIIS The explicanda (ambiguities) of "mental" & " physical" Emotive signifiance & cognitive meaning The autocerebroscopic situation Hypercritical realism Identity Synonymy. Fusion, Reduction, Identity. Observation L & Theory L. The psycho-physical vs the psycho-logical problelll Intentionality Emergence doctrines".
SOllllllaire 2 (HF 050905) " -Basic character of the problem -Nfethod of Attack -The ProbleIll -Traditionnal" Sol utiOIIS" -Thesis -Proof -Counter Argumellt -How to avoid the traditional paradoxe -Objections -Conclusion Sommaire
"

3 (HF051402)

New Tables o/Contents

Perplexities alld their repression Scientific verSllS Philosophical strands in this _Tangle Requiremel1t al1d Desiderata for an adequate solution of the ~1ind Body Problem [ i\ comparative and critical study] Sorting out the various meanings of "mental" and" physical"

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E) Psycho-neurophysiological identity and the logical problems of its consistent and adequate formulation13 : Reduction alld Identification in the physical science. b) The ~1odes of ascerlaining Identity. c) ~1eaning, Reference, Category !\/Iistakes and the misleading role of pictorial and emotional appeals. d) Acquaintance: I(no\vledge by acquaintance. C:ontent & Form. e) Kl10wledge by i\cquaintance & Knowledge by Description. Inverled ~~spects Cognitive Edge - C:ritique of Panpsychism, the Robot puzzle.
-

Psychological and Physical Space and Time.

- The" Self" or "Ego". - The difference between Identity and Parallelism Agenda: lJnllesolved problems. Epiphell0menalism puzzle for ( inverled) Epiphenomenalism Irreducti bili tv of -- la\vs. ., Sommaire du livre publié en 1958
- A Preliminary Survey of Same Perplexities Repression. and their

13

Dans une page HF051402 (p.5) H. Feigl propose une "New Extra Table

Content for V ", ici le point E) : V) ~find-Body Identity, Explications, Supporting to i-\rguments and the Budget of irresolved Problem: a) Conclusions regarding the meanings of the "!vIental" and the "Physical". b) Inferrisigtf other minds. The Robotpuzzle. The cognitive roles of direct experience and of knowledge by acquaintance. c) Double Role of Data: Confirmation factual references. Introspection. d) Reduction mIdIdentification in the Scientific Theories of Physics, Biology and Psychology.Remarks on Identity. e) Arguments for the Identification of Ra~feels \vith Neural States.Panpsychism ? f) Category mistakes éUldho\-v avoid them(Especia1ly of Space). to g) The differences bet\veen Parallelism (Epiphenomenalism) and the Identity Vie\v. h) Budget.

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