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Le Mythe et la Recherche Existentielle

De
274 pages
Mélange d'imagination, de mémoire, de raison et de sentiment, le Mythe a toujours été le point de référence de la recherche existentielle inassouvie. Le Mythe, inhérent à l'homme et à son aventure terrestre, fut et restera toujours son compagnon de route inséparable et son refuge dans son angoisse existentielle.
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LE MYTHE
et la Recherche Existentielle

Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elIes soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions Marcello VIT ALI ROSATI, Corps et virtuel: Itinéraires à partir de Merleau-Ponty, 2009. Emmanuel TOURPE, L'Audace théosophique de Baader. Premiers pas dans la philosophie religieuse de Franz von Baader (1765-1841), 2009. Paul DUBOUCHET, Droit et philosophie. Une critique des sciences humaines, 2009. Vangélis ATHANASSOPOULOS, La publicité dans l'art contemporain I: Esthétique et postmodernisme, 2009. Vangélis ATHANASSOPOULOS, La publicité dans l'art contemporain II: Spécularité et économie politique du regard, 2009. Philippe MENGUE, Utopies et devenirs deleuziens, 2009. Claver BOUNDJA, Penser la paix avec Emmanuel Lévinas. Histoire et eschatologie, 2009. Claver BOUNDJA, Philosophie de l'événement. Recherches sur Emmanuel Lévinas et la phénoménologie, 2009. Denis GRISON, Vers une philosophie de la précaution, 2009. Cécile VOISSET-VEYSSEYRE, Les amazones font la guerre, 2009. Patrick Gérard DEBONNE, Max Stirner, pédagogue, 2009. Liliane LAZAR, L'empreinte Beauvoir, 2009. David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair, 2009. Michel FATTAL, Le langage chez Platon, 2009.

Vassilis VITSAXIS

LE MYTHE et la Recherche Existentielle

Traduction française par l'auteur

L'HARMATTAN

DU MÊME AliTElJR

Droit
l-l K(WI.i'i',)J(/. Tll~'LI!,lIfJ6.mxvç I:/Jj'(J.(JÙl.ç, 765/1943 (ra dénonN. ciation du ('ontrat de Travail), éd. Sakkoulas, Athènes 1944. l-l1,'j./7WP/KI7r5/()TI/~' ! (La Qualité de Commerçant), Athènes, ] 945.
H :\'I:(!.pÔ. 18 TOI! !OI!CJT!1.,wvo,). IJÇI:())~' Till' LI!,lIfJOlcll uç

éd. Sakoulas

TiP' IrJTofJf(/.\, NOl'ella

T1/~' CI;I:l)7[Ô JUSTi-

TOI! ()/;,(J,uo,) Trt;' (/.\'(J.)'K(J.(JTlKI/~'

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TWI' Pw,u(J.fwl' 18 de

1:7rfÔp(J.(J/1' TOI! â)'I7I'/KOb

7r\'Cb,u(I.TOÇ

nien. Une contribution à l'histoire de l'évolution de l'institution romaine de hereditas cogens sous l'inf7uence de l'esprit grec). Thèse de doctorat d'FtaL Athènes 1945. É tud cs-Philosophie Hindu l:jJics. Mrths and Legend\'. Londres et Nc\\ Delhi: Oxford Uni\ersity Press, ] 977, 1978, 1978, ] 981, 1983 et 1987, éd. Pyrinos Kosmos, Athènes 1978 (édition grecque), (édition en hindi) :\ew Delhi, 1978. Plt/IO and the Up(mis/wd\'. New Delhi éd. Arnold IIeineman. ] 977. Athènes td. Hcstia, 1977 (édition grecque). Séoul éd. Université de Corée, 1989 (édition en langue coréenne). Belgrade éd. KOB, 1990 (édition en langue serbe). Iasi 1992 et Bucarest éd. Omonoia, ] 999 (édition en langue roumaine). () l.'TOX(I.ŒPÔ:.,; l/lIiŒTlI (La Pensée eT la Foi), 2 volumes, éd. KW Hestia, Athènesl991. (Prix du Livre de l'Académie d'Athènes). A \'(I.(POfJrI. ŒTI/I'flohWIl (Référence à la Poésie), éd. Hermès, Athèncs 1997. Poetica. Bucarest éd. Omonoia, 200] (l'dition en langue roumaine). Poetiut. Granada éd. Centro de Estudios Byzantinos y Neogriegos, 2005 (édition en langue espagnole).

Micao 200 I.

Y Vera. Bell!:rade éd. KOB (en langue serbe) Relgrade

Le Poétique: 200 I.
() ,\IWoç'. I:I/jido

Queslions

d'Esthétique.

éd. L'llarmattan,

Paris

A \'(J.~?Opô.çT'IÇ' Y7[(J.p';I(J./O!;-..1~'(J.(zjTlW'l~' (Le My-

the. point de référence de la recherche exislellliel/e) éd. Ellin, A\hè--nes 2002, Afvth and the Exislelllial Quest. éd. Somerset Ilall Press, Boston 2006 édition en langue anglaise). El Milo. Punlo de Rejèrencia de la Bitsqueda Existencial, éd. T'l'seo Buenos Aires- 2007, et éd, « Centro de Estudios Bizantinos, Neogriegos y Chipriotas », Granada 2007(édition en langue espagnole). :Milul, PUflCI de Referinta ('autarii Exislent iale, éd. « OnlOn ia », Bucuresti 2007( édition en langue roumaine). Nombreux essa is et artic les sur la ph ilosoph ie et l'esthétique, parmi lesquels: « <I)li,orJo~?frJ. Aft)rJTlKlrJ/IÔÇ'» KW (<<Philosophie et Mysticisme ») dans (J)I)()(J()~?f(J. (Annuaire du ('efllre des Recherches de la Phi/osophie Grecque de l'Académie d'At![(~fleS, Nos 25-26. « "{i!. 'KvJpurJTlKÔ. r ,lIèr)(!. IF !7oilWIF » (<<Les Moyens cxpressi rs T de la Poésie »), dans AW(}I/TlKrX "\f)()\'JKâ. 33 (Annales Lsthélique.\'. So 33) publiées par la Fondation P. et L. 1\1ichelis. « The l./nh'ersality o{ PoellJ' », dans i1IOT~lI(/' (Revue « Dio25, tima No 25» publiée par la Société Helléniquc dTtudes Philoso-ph iques. « Poetry as an Affirmation of Iluman Spirituality)) dans « Greek l.ellers» 10 (!Lellres Grecques No 10, publié par la Société flellénique de Traducteurs Littéraires. Plusieurs Articles et Essais panls dans NÙ, Emf(/., Kon'wvIKI\TO,w:-ç', ete..

Poésie et Littérature Reflels. éd. L' É:trave, (Collection couronnée par 1" Académie de France) Paris 1968, :vzr "{i'ai/s. éd. Brows and Co, Washington, D.C. 1970. Mm'o7[âTl(J.(Sclltiers).éd. Hestia, Athènes 1975.

Mes Senliers. éd. Sh. Prakashan. Paris-New Delhi 1977. 11m'TOTE/v(/' W llpÔ(TKW/)(1. Eternels et Ephémèrcs), éd. Hestia, K ( Athènes 1978. Uke ('and!e Drops. éd. Sh. Prakashan, Ncw Delhi 1978. Pra-shianli. éd. Raj. J\ wasthi, Ncw Delhi 1979. Poemas. éd. P.E.N. Club de Argentina, Bucnos Aires J981. Carmirw Seleela. éd. Société Ilcllénique dc Traducteurs Littéraires. J\thènesI99394. Pohnes Rucarest 2004. Traductions Littéraires « Flànerics cn Belgique» (Traduction de la section du livre Europe de I. M. Panaghiotopoulos). Anvcrs, éd. Le Matin, Athènes 1954. 2,'(»)'IJO\"1lvf5IK1l llof'lCJII (Poésie Indicnne Modernc (lntrodu.ction. anthologie et traduction de 86 poètes indiens contcmpo rains) Athènes 1979. [JOfidll. wrÔ TO M11Ô{.;vTTO ( Am5i.vTO (A1arche du Néanl à l'A bso!u). éd. Pyrinos Kosmos, (Introduction, anthologie et traduction des oeuvrcs de la poétcsse mystique Argentine Nelly Candegabe,Athènes 1980. API:/IlK(f.VIK1l!'11 (Terre Américaine), éd. Hestia, Athènes \ 980, (Introduction, anthologic ct traduction dcs ocuvres du poète argcntin Rubcn Vela). () KV\'Il:'I)~-KW TO xwVÔi.l.'VKO7[oviJ (Le chasseur ef l'oiseau b!one-neige), Athènes éd. I Icstia, Athènes 1981. (Introduction, anthologie et traduction dcs oeuvrcs du poète argcntin Carlos Dcbole). ,VOTWl'l,jJ1KII.V1KI/ (J'errl! ,c.,'ud-A III 1II('ricaine), éd. Hcstia, Athèncs 1981. (Introduction, anthologie ct traduction dcs OCU\TCS du poète argcntin Nicolas Cocaro). Lueur du Temps. ("fraduction du rccueil dc poèn1cs de la poétessc grecque loanna Tsatsou), éd. Société Hclléniquc de Traducteurs Littéraires. Athènes 1991.

À mon épouse compagne dans la vie et dans l'étude

!Q L'HARMATTAN 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris htlp:/ /www.librairieharmattan.com diHusion.harmatlan({J;wanadoo. harmattan I@wanadoo.fr

fr

ISBN: 978-2-296-09711-7 EAN : 9782296097117

Et voi là, Cilaucon, cc mythe a été préservé ct n'a pas été perdu; il pourrait aussi nous sauver si nous nous en persuadons... Platon, La Répuhlique 62\ C

« ... le mythe, point de convergence géométrique de toutes les institutions, toutes les croyances toutes les techniques... » J. Servier Histoire de /'Ctopie, p. 15

... parce que le mythe peut constituer la forme la plus élevée de la Vérité, sous un déguisement métaphorique.
A. Dundes Sacred Narrative, p. I

« La distinction entre «science» et «non-science» est non seulement artificielle mais également catastrophique pour le progrès de la connaissance. Si nous voulons pénétrer les secrets de la nature... il nous f~Hldra utiliser toutes les idées. toutes les méthocles et non pas seulement une petite sélection cI'entre elles. L'aftirmation qu'il n'y ait pas de connaissance en dehors de la scienee- e_Ytra scientam 111.1//0a/us - n'est rien d'autre qu'une s t~lble convenable ». P.Feyerabend ('onfre /0 Aféthode pp.366-367

Sommaire

I - Mythe et Connaissance

..............................................

13 69 129 173 225 231 253

II - Le Mythe et la raison................................................ III
-

Mythe et Art ............................................................

IV - Le Mythe et la conscience du sacré........................ V - Le Mythe et la recherche existentielle..................... Références à la bibliographie ............................................

BibI iographie .....................................................................

Mvthe et Connaissance

I:_'nnOlls el en dehors .\'011.1'ramons

de nOlls S 'élend l'océan du mythe pour

dll m\'slère.

.l'llI' le radeau

le traverser.

Christos Malevitsis il l 'Ollest d'/~'del1

Paraphrasant Aristote qui a caractérisé l'être humain comme un «animal politique >r on peut affirmer, sans risquer de se trouver loin de la vérité, que l'homme est un « animal producteur de mythes », un anilnal « mythovore » selon ChI'. Malevitsis {I }ou. pour se souvenir de Damaseius: «(I)I/"Ô~LUeOSli \1I\JX11 (l'àlne hUlnaine est apparentée au mythe), » En effet, un regard. mêlne superficiel, sur la soif hUlnaine et la recherche de 1[1 Connaissance - de toute sorte de connaissance
.

peut nous comaincre que la «création de 111ythes» a existé

depuis la nuit des telnps non seulelnent en tant que refuge et confÔrt de l'agonie existentielle de l'holllme Inais également en tant que levier d'élévation vers «le .Jour ».Pour cette raison, l'histoire du mythe coïncide avec I"histoire globale cie I"esprit humain. Un Inonde sans mythes ne serait plus un Inonde humain,
I II

... iiTf:IÔ,'l (pÜm;1 TCOf.ITtKÔ\'('J Ih-Op(l)T[Oç. TCOÎ,ITtI'Ô\' yitp tX\'Op0)i10ç »

(L"thi!JllC à .\'ico/llochc 1097 b II. 1169b 18), « ..' i)IÔn Ôi: iTOf,ITllân' 6 àdl(0)T[oç S(;'O\' »(!'ol. 1253 a 7).Voir aussi: 110. Ic'vÔ 1242 a 23. /'thi!Jlle à ,\'icol11oche. 1162 a 18. 1242 a 23 1169 b 18, Pol. 1276 b 19.

remarque G.Gusdorf {2}, et R. Caillois {3} accorde au mythe « une situation éminente... aux problèmes essentiels qui touchent au monde de la connaissance »2. Produit de l'imagination et de la mémoire, le mythe a constitué, à toutes les époques, sous toutes les latitudes du globe, dans chaque société:;, la caractéristique constante de la spiritualité humai-ne et un guide à travers le brouillard de la réalité apparente vers la contemplation, tant recherchée, de l' « Étant ».1.
2

Certains penseurs sont allés jusqu'à exprimer des vues extrêmes, c'està-dire que le mythe a précédé même l'être humain. « Chaque perception d'un événement extérieur », écrit V. Henry {4}. « par un organisme doté d'une sorte de conscience, est un mythe potentiel. L'univers dans le cerveau d'un animal supérieur est traduit en une série de mythes, soit en représentations momentanées qui dis-paraissent aussitôt produites. Plus la mémoire et la conscience établissent des liens entre les éclairs de la perception du « pas moi ». plus le mythe devient plus clair et l'animal est promu sur l'échelle tics êtres ». 3 Nous rcviendrons par la suite sur la thèse que Ic mythe cst un phénomène sociaL et plus particulièrcment une création sociale. 4 Le mot « (1,lnl» est employé ici avec sa signification existentielle parménidienne (Diels 28 B 3). identique Ù l'étant ou « das Scinde» de la terminologie philosophique contemporaine. l.a signification multidimensionelk du mot EivUl(étant) dans le monde grec antique est commentée par Aristote (.\Ielaphysica 1017 un 8). (voir l'. Aubenque, /.1' Problème de l'être che ..Iristote Paris l'. L. F. 1972) mais aussi par plusieurs autres penseurs au cours des siècles, qui se sont penchés sur les diverses significations et les problèmes d'interprétation del' « dw.(1» (étant). Voir Ch. Kahn. [he verb be in ancient (free!.-Dordrecht 1973, U. HÜseher, [Jer Sinn l'on Sein in der âlteren griechi.l'chen Literatllr. Le mythe en tant que voie de connaissancc cherche Ù saisir l' » étant» existanl, c'est-à-dire ce qui cxistc réelle-ment. c'est-à-dirc le « â7IElpO\'» d'Anaximandre, le « u~p» (air) de Diogènc d'Apollonie ou enfin « cc qui aimc sc cache» scion Iléraclite. Souvenons-nous ici de Ch. Malevitsis qui écri\'Ït( 5} : « nous sommes accoutumés à cmploycr chaque mot seulement dans des circonstances prédéterminées. Néanmoins, derrière la classification des mots selon leur utilisation, où 1cs mots gisent inanimés, agisscnt les l'orces intéricurcs unitaires de l'àme. I.es mots doivent maintenir la vitalité du nuage cosmogonique d'où ils proviennent », mais aussi de A. Kelesidou qui remarque (6} : « le paradis de l'esprit est le lieu des éléments, dcs racines, avant toutc amalgarnation ct la languc grccque cst porteuse du paradis spirituel aussi longtemps que les mots maintiennent leur signification initiale complète. . ».

14

Se référant aux mythes de Platon, J.F. Matei écrit {7} « On nous raconte sous divers modes Ic cheminement de l'âme vers la vérités» ; et cc cheminement se poursuit depuis les temps les plus révolus jusqu'à nos jours. «Les mythes nous concernent» - remarque G.S.Kirk {8} - «non seulement à cause du rôle qu'ils jouent dans toutes les civilisations primitives, illettrées, nomades, non-urbaines, qui en font un des objets principaux de l'intérêt anthropologique, ou encore à cause de l'influence exercée par les diverses versions des mythes de la Grèce antique sur la culture et la littérature occidentales, mais principalement parce que l'homme continue à insister sur des manières de cogitation, d'expression et de communication quasi mythiques dans une époque supposée scientifique ». « Le mythe était au commencement », écrit M. Piettre {9}, « né dans le berceau des dieux, il est aux origines des littératures sacrées, ou profanes, il informe l'épopée, il nourrit la tragédie6, il peuple les contes, et la psychologie moderne lui assigne sa place dans les plus intimes de nos rêves. Cette présence universelle atteste un besoin profond de l'esprit humain: celui d'user d'autres voies que celles du concept pour chercher par delà les significations immédiates, les secrètes raisons des choses. L'image, le symbole, le mythe constituent ce langage transcendant qui prolonge la réflexion positive et la conduit aux sublimations. C'est un dépassement, un achèvement sans terme... » Néanmoins, avant de procéder à l'examen du rôle fondamental joué par le mythe dans la recherche de la Connaissance, il est nécessaire de définir les concepts centraux autour desquels se déroulera notre étude, et naturellement, ce qu'est que le i'v1vlhe et de quelle Connaissance il sera question.
5 « En tissant la trame de l'invisible sur la chaÎnc du lt:lnps (il continuc

cette venue de l'ê/re (yt\'!;mç ElC; oÙcrim") dont parle Socrate dans le Philèhe 26 [) 9 ». c. A propos de la restructuration du mythc par les anciens poètes tragiques. voir CI. Calme, .\létamorphoses du my/he en Grèce antique, Gcnl:\c 1988. cité par E. Mou(sopoulos clans /i'anstruc/uralion Tragique du .\(l'/he { 10).

ibid. p. 30) Ic mythe c/"lcctue nalurclkmcnt

15

Les Grecs ancicns7, qui l'ont inventé, donnaient au mot m;vthe ÜnJOoç) deux significations, qu'ils employaient alternativement: celle du « 'Aoyoç»x dans le sens de toute narration9, c'est-à-dire de J'extériorisation de la pensée par la voix, par le verhe, comme l'a dit Platon «Tll\' 8ulvOla È~Hp(J.\'fj roU.:tV 1 8lÙ CPCi)"llSlcrà PIHU'fT())V at ÔVO~UJ.TÙ)V ~ K » (Théétètc 206 D) au dans . , 10 . .. Il J Ic sens CIe Ia narration mensongere ou IflJagll1atre . I.,.a ( lIstll1C''

Fn général lès sociétés ancienn~s, selon ~-1.Eliade {II }, considéraienl le nl:-the non seulement comme une histoire "raie rl1ais, qui plus es!' hautement précieuse, parce que sacrée. exernplaire el signilicatil'e... Il rournil des modèles pour la conduitè humaine el con 1ère par IÙ même signification el laleur Ù l'existence. Eneore de nos jours en Inde, j'ai eu personncllement l'occasion de rencontrer des parents qui conseillaicnt Ù leurs L:nlilnls I<de: Sè cOll1porkr commè l'a 1~1itRam (l'I':nvo1'é Avatar du Dieu Vishnou, héros de l'épopéL: hie:n connue I?amayana) dans une circonstanœ pareille. ~ I,e mot I<),(11'0';» signilie ici l 'actioll de parler, l'exposition de pellsées (voir le nielionnaire de la Philosophie Présocratique, éd. du Centre de ReChèrchL:sdè l'hilosophiL: ,Hellénique cie:l' !\cadémie d'Athènes. Athènes 199--1-, vol. 2. mots I<pùfhJ';» et « I.Ôyoç ») et non celle cie:méditer. /I est néaml10ins intéressant cie:noter en l'occurrenee que le:s mots ",uÙOoç" (rl1ythe) et « ).()yo,;» en (irèœ classique ont enlTL:eux ou bie)! uu Sèns opposé - par èXèlnple dans le l'liMoll cie:l'lalon 61 b : ,< cl ITÈf1pU,CI ITCHlyniç dvCH. mm:lv [IÙ()OUÇ L,U:Ol' I.Ôyouç I> ou dans A.rislote llist, .-tnim, 597 l! 7 « oÙ.. pliOo; àU.à.. txl.r'jOCIU »
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par eXèmple

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le Phédon dL: Platon 67 C 5 èt »... « <'itÔ àll l''YCI)YEKill mi.i.(!\ ' TOi IÙ,>TOÙ,;(TOi,>,; Or:oÙ~)

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Illiil' Ù\' ,:qi<,JOI\' pÙOm' (~K()I')011;. OL'I, i\\' ÔIt(110U1Ç I :\risloph;HIL' " C;l!é'p,,',\',~25. El Ô'<i/h'c;'\' "pl;IJ). KÙ,lI10U1 ôi: 01' pÙ(')o\, àKOÙ0(IÇ (l'a/"llIémde

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I< KUl

28 B. 2. I), «ID.I:KTUI

pÙOo,; c,\;n;uÔ1lç"

(Luripide

,Ifedea

35--1- J,

oi-'T(!) oil ~LÙOOÇCàcl»~ETO iJ Ilp0)TuyÔPIO';, K1.1l Ô G(J'; àpu Ô Tl]'; qç È1TIGI1"jp KI1l U[GOI1GEO); Ôn TUUTÔ\' tGT1\' >' (J'lato : Théétèle 16--1- 8) L:lc.. . D JO « ... I(Ùm:IO j'Wl\' Ol'HJ); Ô I.Ôyo,; pÙOoç àIToÎ.l1W;\,o; olxcmo (Pial. PhilèlJè. I"~ A 3---1-) « it iJ yi- P Il\' ),Ôyo,; bql.oi Ùpq-TUI Iwi [\' "opyin n'l àl.1'jOclm' TC;'\' pqOllcrO~LI;\'w\'. TOl.> ).Ùyou 01U1.jJ{;pW' (J Il ÙOoç (l'roc I. I p.60 \ L:rs 20-22) I< ... oÙ n:ÙI' ôi ~lÙ-

oÙT(rJ p l\'

cOlTllTlènlaires

au 7ïmée

ck Platon

\01.

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(Jo; ÈGIlI' .., TOÙTO yÙp rï\' Kui, TÙ dÔo~ TC;'" lri~Unl)\'LI(C;'" pÙOU)\' âIE KCII.I;'Ç Ti] CÛ.Nh:H1\' \'ersion ~1\~1()1)p,i;\"(tJ\'» ([)amascius, commentaires ail

Phédon

de l'lclton.

1,466, vers 2 et 455 vers 3-4) etc...

J6

tion claire entre ces deux significations du Inot « ,uÙ(-)oS (my» the), en Cirèce antique, est clue, principalement, sinon exelu12 siven1ent, à Platon qui tantàt parle du m),thos qui est logos, dans le sens d'une narration quelconque, et tantôt du mythos qui s'oppose au logos, dans le sens d'un produit de la raison. L.Brisson (voir bibl.pp.l77 suiv.) cite une liste complète de 87 passages oÙ le terme nrylhos apparaît dans toutes les oeuvres sauvées de Platon, avee les diverses significations qui lui sont attri buées. Au cours des siècles, eependant, la deuxième signification, c'est-à-dire celle du récif imaginaire oufaux, a prévalu, de sorte que. dans les tcmps modernes, le terme mylho.\' est employé ou bien avec son écriture d'origine ou bien ax'ec sa dérivation grecque (//lv/hos, my/he, mi/o, mil etc...{" signifiant exclusivement une création de l'imagination humaine (paxw:; TlTll\'un', Cry&.VTÜ)\'Kr.\'wÙpÜ)\!.. 7r1.&.(J~lCLW. npoT{;pw\') (Diels 21 BI, 21) n:)\' c'est-à-dire un récit à propos de quelque chose qui ne peut exister rée llement.
le~ Cirees furellt les prcmiers. déjit it l'aubc de la philosophie prés(). narique. it contester dalls la pratique la lérité du m) the: I/L'siode même' CI Homère, a\ee leurs rél'érenccs allégoriques aux dieux. et plus tard. plus clairement encore. au V kme siècle. Thalès. k prelnier penseur qui eonksta la narration hornérique au sujet de la résidence des dieux sur k monr Olympe, «(:)(1I,~;. uriiOq ITÙI'W ITIJ"lP1101;(;1\' dl'Ut 22), ()eÜn' llérodote (132, ITlX\' [(n' » (Aristote ne ,lnima 411 a 8, Diels 11. ;\ 5-6 el 3 40, 6-7) : « Ô Iii' (~Ô/'<In') elITe « 'n I(polm; TÔ n') <?OO\'i:(JÔI' lWl "[u.paX<;lÙEÇ... à,'()p<I)7r'liü)\, ITf\U'(!lÙTÜ)\'

I!

m;I)!' ". IliI'Ôtllx); : l,'T[{:Pn')I' 'x!.'llhi /.<">1'01' Ôr:6UlÔ(1/.,lli:I'01 Vi:ÙÙi:Ol ir01KfI.0I-; " r, 28 h),..\mrxim:tndre. XélH.'pkllle el. plus lard. i'~UirU[('.II'TI ,llÙOOl" (Ol)rnp,

..\rislOte (.\Idh/I>hysique 1000 a I S, loon b), les lléoplatonieiens el les stoïqucs. sans rcjeter. lOut au contraire. le rÔle f(jnc!ionnel du mythe. e'est-ci-dire la cogitation par le mythc. Empédocle, Parménide el ccrtainernent l'Ialon, el d'autrcs. 1\1. Eliade{ 12}appelle cette pensée» pens0e mythique», Toutefois, j'estimc préférable la périphrase" pensée par le mythe ». pour é\'iter une confusion possible ayec la pcns0c génératrice du m)lhe (pensée Cabulatriœ). lè ,( Che; l'Ialon. l'n ci'i\.:l ». noie L. IJri,son { ,( 13:. le sens du mytho,

est ihé une tÜi, pour loutes

10,

..' l.es langue, européennes ulili,enr les lell.lleS :jàh!e, lum/a (u/,oel./àbula el aulres, presque dans le llI.:me sens. sans lOUlel(Jis insisler sur la précision de l'expression ou dans un sens plus large, comme: légende. fiction, racontar. SaQe, etc"

17

Cependant, dans ce qui suit, le mot « mythe »sera employé comlne terme technique avec la signification spécifique qui lui est attribuée non seulement par la sociologie et l'anthropologie, qui se sont principalement occupées de lui, mais en général par 14 tous ceu\. qUI se son! pene lles sur ses ongllles el sa tonetlon dans le cadre de l'évolution culturelle de l'honllne, Dans ce sens, on peut dire - sans sc heurter sur les désac, ,
'

'

"

cords qu i sont apparus autour des caractéristiques du mylhe

.

que celui-ci est utilisé avec un contenu significatif parfois plus étroit et parfois plus large. Dans un sens plus étroit le mythe cst: a) Un produit de l'imaginationl) ,pour la création duquel cette dernière, pour répondre à quelque nécessité intérieure, . 16 des cements proJ pU/se et cOIII.nne en Cienouve Iles syntlcses l I ' \' venant de la mémoire, b) Une tradition orale ou autre, profondément enracinée dans un certain groupe social. c) Une référence explicite ou tacite à un récit de nature sa, 18 ( , 17 . cree provenant C' une source Illconnue ou non (1' 1Il1le \ eIu pas,
'

'

'

--,,-'I Plusicurs branchcs seicntilieJllcS qui out Irait': Ic ll1ylhc : l'bistoire des rcligions, la lh.:ologic C0ll1fX1ralilc, la psychologic, La ps} chanalyse. l'anthropologic. la sociologie etc.. 15 La naissanec du mythe est un actc créati/ dans le scns littéraire du mol, conunc l'cst tout Art en général. al'cc kquèl non seulemcnt il est appal'cillé,. mais s'identilic dans unè lrès large mesure, comme j'èspèrc pm.l\oir It: démonlrCl' par la suite.
It, «U:yc,) yup ,I.llJ()O\' TOÙTO\'
HI\' ITlI\'Oum' ITf)u]'pÙn,)\' ,. (:\ri,;t01

!-'oélique 1450 Il. 3-5). N, f..ou\aris { 14: délinit le mytllc COllllnc « L'Il ensernbit: cOlnposé d'démcnts pro\'eIHml dc la réalité en IUC de l'exprcssion de l':-\bs\.1lu, de « l'au-delà", de la substancc de « Io[:tant», ct il ajoute: « le rnylhc cst de nature n:ligicusc », A ce propos, il cst nécessaire de procédcr à quclqucs distinctions délicates. sans lesquelles on risque d'l'tre induit èn errcur. La légcnde consiste égakmcnt cn un rnélangc cI'élérnents irnaginaircs ct réels. mais clic a unc signilicalion très dinÙcntc. sou\ent conl<Hldue par errcur aiel' mythe, l.a légendc puise dcs él.:rncnts concrds dc la réalité histo!c riquc ct les entoure uc l'éclat dc. l'imagination <J\ant clc les olli'ir il la tradition, Le rnythc rèçoit de la rnémoirc certains ~Iémcnts qui pcu\'ent cxister mais qui Il '0111 pas existé. ct !cs Ülçpnnc en nou\elles structures, 17 Je suis, bicn cntcndu, d'accord a\'ec i'i, Lou\'aris sur le Illit que le rnythe cst clc naturc religieuse. mais seulernent dans le scns oÙ il ÜiÏt partic dc cc.

18

que l'on appclk, dans un sens plus large, la « conscience du sacré Ii, c'cst-Ùdire celle qui se meut non pas dans le milieu rationnel. l'nais qui utilise des accès Inystiques, des symboles etc... sans que œla signifie qu'il a nécessairernent un but ou nn contenu religieu, (voir aussi note (5). Les th'::ses soutenues Ù ce propos par la littérature internationale al'!ën:ntc selon lesquelles la naissam;e du Illythe est duc à la recherche instinctive du divin» par l'homme (voir chap. IV, notes 32 et 39) sont bien connues. Ces "points de lue ont hlit

l'obje! d'une critique très sévère par David Iltnlle (The
Religion).

Xafural

HisfOlY

(If'

Cc dernier a rejeté l'cxistence de celtc tendance instinctive. mcttan! à sa place un « ffl£hsme rationnel» {IS}. Ce qui, de !oute hlÇOlL ressort cie l'ensl'mble de celle coutro\(;rse théorique, c'est que la thèse selon laquellc le mythe' est toujours un produit de la conscience: re:ligieusc ne: peut pas être acceptée: S<IIlSla ,-('sene qu'il) a des cas oÙ l'e:xiste:IKe de cet élémelll n'c'st pas, au Illoins, clairenlent visibk. l'lusie:urs ehe:rchems égaleme:nt onl qualilié le mythe de précurseur de l'histoire» dans le sens que celui-ci a eonsené à sa " IlII;ol1, a cnveloppé dans l'éclat dUlllerveilleux, bien qu'ils soient dil1icilcment reconnaissables dans le brouillard du temps, des personnes et des él'éncments qui ont réellement existé (voir note (2). Néanmoins, à part le ÜlÏt que celte considération unidimensionnelle du mythe se heurte à sa nature polyédrique, il y a e:u tks pe:nse:urs qui non seulement l'ont rejetée mais ont alane<=' une thèse diamétrakment oppos<='e, e'est-Ù-dire: que le m) the: n'est pas précurseur de l'hisloire Inais qu'il en est un point de: r<='férencc ; un point de:puis kquel cette derniàe peut (;tre comprise rendant ainsi possible la tdche de l'historien. Cet évél/lét-isme (l'oir note (2) Ô l'elllers signifie que, sans les structures mythiques, iI serail impossible de comprendre l' histoire. Sans le mythe ». écrit A " Durand {16}. "la bataille de Waterloo se:rait un simple épisode: Sans l'expectative Inessianique, qui est de nature mythique, ./ésus-Christ n'aurait pas existt' ». Il va de soi que je u'épouse pas ces points de vue qui ont l'il]CoIIIÙlient d',lborder le phénomène du nI) the» par des positions extrê" mes et lion Ilexibles. Is Il est intéressant de: noler LJue les .l/ltses élicof/im.!e.1 (Ei.lK(I)I'ltJ.Ôr:; \1lH.'('ful. léo,f!.of/. I) onl enseigné au père de: la m) tiJologie, lIésiode. que la « déessl'" ,I "chamé" l'('popée Ù Ilomère (IliadI' .\) ou l'a il inspiré" puur qu'il ('nile ((h/l's.I'';e /\,1). et que « les lilies du soleil », ks "Î l.i,IÙÔr:; KOL)PnJ), (Dil'Is 2R, B, 1,9) {17} ont conduit le char dc Pannénidc depuis les « palais de la nltit vers lalumihe ». (;galement. les récits mythiques de Platon sont iHtribués directelncnt ou indirc:ctelnent il eertaills « étnuIgers (qui ne " sont pas nommés). COlllllle Ù « l 'brill/gel' d'Uéa» (Sophiste 216 i\ 3), Ù l' » étranger athénien » (I.ois 642 B 3). il la prêtresse de .Ilantinée f.)iotime (Banquet 201 D 2) ou à dcs personnes imaginaires comme Timaios (l'im 20 ;\. suiv.). « f)ie hisforishe l',:'is!enz eines pylhagoreer.l' J'ill/aio.l' ,I.teht nichtjicst ), (I:existence historique d'un Timaios pythagoricien n'cs! pas certaine), écrit H. Diels (Diels 49 note 6), contra G. Georgoulis, voir Diel. Encvclopédique de il Iiios il. mot Timaios, le roi mythiquc de l'Atlantide /Izaes (l'Iat. Crifias 114 C.3) èle... \'[~me Socrate. considéré par la suite eomm~ lnandataire d'Apollon,

19

sé lointain (p. ex. «Ilv no'tÈ » (Platon Protog. 320 C 8, « 1tO'tÈ» (Rep. 359 D 1) il!o tempore! ctc.)19 ou étant située au-delà d'un temps et d'un lieu concret. Citons ici comme excmple le mythe qui, dans la tradition philosophique et religieuse hindoue, est eonsidéré comme la Vérité suprême provenant d'une source dont les origines se perdent dans un passé non dénni, et dont toute expérience n' cst qu'un pâle reflct revêtu de temporalité {24}. « Le mythe », écrit L. Brisson {25}, » ne rapporte jamais unc expériencc actuelle ou récente; il évoquc toujours un souvenir conservé en mémoire par une collectivité tout entière qui

a confcssé être « portcur d'un daimonion » (esprit) (Plat. Apol. D X 1.1) auquel il attrihuait une inlluenee positive (Xénoph. Apo/. 13,7 et D, XLI,) {IX}. La référence explicite ou implicitc à des sources, perdues dans le hrouillard des temps ou dc la mémoire, se trouve, sans exception, dans toutes les mytologies. Dans les textes sacrés cie l'Inde, par exemple les enseignements de nature religieusc ou philosophique contenus dans l'épopée Jfahabharata ne som pas assignés à un certain poète, tandis que le Ramayana (l'autre épopéc ancienne de l'Inde) est attribué au poète mythique Valmeeki {19}. l\'Iêmc les Aranyakas (anciens récits), les Puranas (livres de la forêt) et les Upanishad.l' (assis près du maître) sont considérés comme des apauru.I'e}'a.l'(récits de la divinité) ou des chabda .l'11rl.lti (connaissances provenant d'une sourcc non humaine. du soume révélateur du Brahman) {20} et constituent dcs slllrti c'est-à-dire « ... qui ont été entendus et conservés par la mémoire commune »{21 }.Pareilkment les [,fwnishad.l' Inenlionnent des « enseignants» ln) Ihiques {22}, comme le dieu de la mort Yama (Katha I..fwnislwd), le dieu Prajapali (père du Soleil). les Visionnaires Savants ]VlitriCHaitri l..j.wnishad), .trl/ni et Sverakelll (Chandogya lj.wnishad),Y'1inavalkya (I3rhandaranyaka Ljwnishad), Kausilaki (Kal/sitaki ljwni.l'had), Baslaki, Sandil)'a ete... I.a première phrase de la l'ra.l'na LjJallishad est caractéristique: « A lui (qui lui posa la question), k visionnaire répondit... ». l,a qucstion de savoir si la mythologie a été l'invention d'un seul homme, d'un ou de plusieurs peuples a occupé longuement la pensée philosophiquc. Ce n'est cerles pas ici la place appropriée pour une rétërencc détaillée aux thèses soutcnues à cc propos. Dans son livre Introduction ella Philosophie de la Mythologie (éd. Aubier, Paris 1945, vol. I pp. 56-80), r. W. Shelling olTre plusicurs informations et commentaires sur lcs différentes thèses qui ont vu le jour dans des traités al1ërents. 19 Lc Socrate platonicien se réfèrc dans la République (392 A 5) à ce passé très lointain quand, faisant allusion aux mythcs, il dit quc ces derniers concernent cinq classes d'êtrcs (selon le Inythe d'llésiode de la chute depuis la période d'or à celle du ter) : Ics dieux, les démons, les héros, les habitants d'lladès, et les hommes {23}.

20

l'a transmis oralemcnt dc génération en génération sur une longue périodc de temps ». Son contcnu, merveilleux ct admirahle, un mysteriumfasci, . 70 /'/OSlIIl1,surp Iom bc Ia mesurc IlUmallH:- et, par consequcnt, outrepasse toute possibilité humainc. »L 'élémcnt mcrveilleux », écrit C. Lévy-Bruhl {28}, «cst indissolublement lié à la pensée mythique ». d) Il appartient au domaine dc la consciencc pré-logique ou extra-logique et se rapproche dc l'accès au monde apparent plutÔt intuitif qu'intellectuel. Le mythe cst déraisonnablc sans pour ccla cesser d'être rationnel2l (voir notc 46). e) Il constitue une Vérité22 qui jouit d'unc acccptation sociale générale, Dans un sens plus large, Ic mythc : a) N'cst pas nécessairemcnt le produit dc ce qu'on appelle ,21 . . . ,et par conscquent " I I pcut, I)len cn«consclcncc (U sacre» l
"J, L<HI\'aris {26} délinille Inylhe comme élant « L'e'(pression de la tendance du thymique (le cÔté émotionnel de l'Üme) vers l'absolu et le lranscen-dant », ~!i

21

« L.econtraste enlre la logique et le ln: lhe n'est pas radical

>J.

l'eril (J,

(;usdml' (\oir chap, IL pp, 121.122), Ce (krnier inlervicnl it chaquL' l'ois qu'apparaissc'nl le-s hornes dL's IlHldcmL'nts L'l le-s lilllilL's L',\II'L:lllL'S ['I (IeConnaissanL'L', Il constitue la sL'ule-possibilité de son ulilisation tOlalL', L.e m:the détermine les lilnitcs de la raison el lui olhe unc utilisation esehatolol':ique, « l,cs Vérités ». écrit I. [\(lIlghdou {27}. «sonl comme les papillons: clles passel1l par le slade de la larve. c'est-il-dire « de la l'érité précoce qni s'appelle mythe », 22 « L.e mythe n'est jarnais accompagné de dOUle ». remarquL' Georges Cavadias (2<J). et il ajoute (ibidem p. (53) : « il n'explique pas mais il recrée le réel. Fn In':lne tcmps il inspire la eO:l\'ietion que ce qu'il propose l'si \Tai, parcc qu'il est it Inéme de satisfllire "Ülne aussi bien que l'esprit ». 2, Voire supra note 17. l.cs liens du mythe et de la religion ont rait "objet. comme e'cst bien connu. d'une littérature tr.:s riche, Certains éeri\ains, COITlmepar exemple R. Baslide, 011lsoutenu que le mythe esl un Ülit de , nature religiense: « Le mYthe nous semble être essentiellemel1l un Ihit reli. gieux ») {JO}, Inême quand sa relation avec la religion n'est pas évidente. contra Ci,S. Kirk {31:. el ceci parce qu'il constitue loujours un objet de ji)/' (c'cSl-Ù-dirc qU'on croit qu'il COl/stilUe une l'àilé) niais aussi paree qu'il est

" il u'es'l pas simple récit. 1/ L'SI aCl/on » (ibidem pp. 54 et écrit-il. el encore: " 57). I 'e\;islence de liens élroits entre le ni) lhe et le l': thnle a été \ igoureuse21

insc:parabkmelH

lié au\;

/'onnalités

rituelles:

le mythe

reste

lié au rite,!.

ment soutenue par .I.G.Frazer, Adonis, (JlIis 1,I'iris, Londres 1906 pp. SO suiv. (les mythes dérivenl des aCles riluels doni il consliluemle bul el la cause), et plus cn détail. récemment par L. Raglan et S.L Ilyman {32}. Une thèse moins Ilexible à ce sujct a été adoptéc auparavant par./. Harrison, l'rolegomena 10 Ihe Slud,' of' Greek Religion, Ihemis (1912), qui caractérisa Ic mythe comme « nolhing bul the verbali::alion (~f'ritual" (rien de plus qu'une \\:rbalisation du rite) {33 J. Vlylhe ct rituel sonl deux aspects de la même mOiHJaic religicuse. L.e jugement Il>nnulé de rmlllière épigrammatique par H. Van dcI' Lecu\\ cst similaire: « il: n1) thc est un Inythe en action» {3-1}.rh. Caskr. par ailleurs, a soutenu qu'aucun récit ne saurait être accepté comme m) Ihe. au scns propre du terme. s'iln'est pas lié à un acte riluel quelconque. « Au fond Ic m)then. remarque-t-il {35}, « est co-substantiel de racle rituel. Il ne s'agit pas. comnle on le suppose souvenL de deux choses liécs l'une à l'autre de fll.çon artilieiellc ou schématique mais d'une seule chose. perçue dc deux

points de \'lIe. ou au tnners de deux prismes, différents

'>.

Fnlin le philosophe

conlcrnporain R. Caillois éuit {36J: « L'union du mythe ct du rile est indissolub/c el. de ce Illit, /cUl' divorce a toujours été la cause de /cUI' décadence. ,\ réeart du rite. le mythe perd, sinon sa raison d'être. dUlnoins le meilleur de sa puissance d'exaltation: sa capacité d'être vécu. Il n'est plus déjà que littérature. eomme la majeure partic de la mythologie grceque à r époque classique, telle que les po0tes l'ont transmise. irrémédiablement Üllsiliée et normalisée ». lJne analyse détaillée du sujct et une riche bibliographie sont ofTertes par .I. FOn\erose. Berkeley 1966, conlra .I.S. Kirk {37} dotée d'une argumentation étendue. l'ne th.:se plus Ik,ible. eti'estime plusjuslc. il eause dc la polysémie du eoncepl du mythc. a été SOIHenue par l'anthropologue bicn connu CI. CiJl'ickhohn {3R} qui remarqua que: « les Illils ne jU:itilicnl point une générali:iation sans lilnites de l'allirmalion que /c rite est la cause dn mylhe CI viee-ve'rsa. Leur relation est une inkrdépendance mutuelle compliquée et s'cxprime de plusieurs Il.lçons au sein des diverses eililisations ct aussi au cours de différents moments historiques de la même ei\ ilisalion n. I.a description des relations du m) the a\ee le rituel par F. {(assirer (39}est t.r0s rïgurati,,'. L'l.i'c'stimc plus proche de la réalité. <, l.e n1) 111(' écrit-il. «constitue ". l'e'lénlc'llt ,;/>iqut' dalls la I ic religieusL' pl-irniti\e_ I.e: rilL' estl'l'knlenl di'i Ililu-,,_ Ln ce qui Ine concerne. je crois qUL'il: rite LïHlstituc lu réalisaiioll du liill/[' ln: Ihe. c'est-<"I-dire /c titit d'':lre \éeu, ct que touks /cs jl)is oÙ il sc trouve sevré de ccllc-ei, il percl sa magie sacrée et sa rigidilé inébranlable et. de ce rait.. il est amené à devenir. . comme l'a dit R. Caillois. « matériel malléable bon pour l'élaboration liltéraire ». !Yautres écrivains, eOI11rne O. Leroy, La Religio/l des !-'riI7U!i/~',Paris. éd. l3eausehesncs ! 9113, voir aussi .I. de Vries, Theories Concerning Ihe .vature (il Jlylh pO J. et du même auteuL Forschu/lgsgeschichie der Jl,vthofogie. Freeiburg-l'dÜnehen 1961. ont évoqué /cs cliverscs nl: thologics centrées autour de la naturc pour qualilier k Inytll<: eon1me étaut la « pre1nière flmlle » de la science, ou I. Wundl V Ülker l'.\)'('hologie, .\/rthus ulld Religion. Leipzig 1910" , qui souligna principalerllenl l'essence poétique et récréative de la narration mythique. c'est-à-dire qu'il

22

tendu, se référer à des évènements et à des êtres surnaturels, mais également à des sujets relevant de la morale sociale ou de l'esthétique. b) Son contenu n'est pas toujours en rapport avec un domaine conceptuel vénérable ou merveilleux, avec des héros surhumains, avec dcs événements surnaturels, mais il peut viser à l'idéalisation clu mondc (J'Art). c) Sa nature extra-logique2-1 ne l'empêche pas cie passer au domainc conceptuel (non pas logique) et de marcher avec ce dernier, de façon parallèle ct paritaire. Il est intéressant, je crois, de noter iei les mots d'un grand investigateur du mythe qui se demandait: « ... et si le fI1)ithe était la vérité? »{45}et qui remarquait, dans un autre de ses livres: « Peut-être découvrironsconsid..'ra Ic mYlh~ ~omnK r~lC\ ant plus cie 1\:Slhéliqu~ que d~ la r~ligion {-11}, l,,'a~~ès it la natur~ du m} lhe par i\. ReI ilk. l'/'olc.;gomènes de I HislOi/'e des Religions. Paris IR81". a élé similaire:» Les explications mythiques dcs phénomènes cie la nature ». écrit-il, « ne sont que des lois poétiques dépnurIUS de tout élémeul rèligieux léritable» {.:I2}. I.a question cles relations clu m) lhe (II'ec la conscience rèligicuse nnus oeeupem clans un prochain chapitre. è-l Plusieurs auteurs. par ex. L. I.él')' .Bruhli-13}. se senent clu lèrme <Iprélngique)1 pnur qualifier la nature clu rnythe. R. Caillois lé rejette, norant que la priorilé lemporclk suggérée par cc (crrne n'est pas justifiée. ), Il ne serlirail à rien ». éait-il p-1} « dc hlirc intern:nir un concept comlTle œlui de pensée prélngique, car c'esl précisémelll l'antériorité que cc terme implique qu'il IÜut ici justilièr». Ln en~t rien n'existe qui puisse conlainere qu'une fonclion intellectuelle queleonque a précédé la logique. Ce qui paraît très probablc. Csl que la création cie m} thes et la logiquc ont .:té depuis toujours lie'S comp:lgnons cie routè d des pOlentieb paralll:ks dc la spirilualil': IHlIlwine alauL cles buts disscmbl;jblés et des I<Hlctions dilTérenlès. L 1.':1I -Bruhl lui. . m':lne il reconnu. à la lin de sa lie, que son hypothèse initialc clualisLe. e'est-Ùdire dc I"existc'nee cI'une conscience pré-logique (primiiive) et d'une aulre 10giquL' éloluée. ne correspondait pas aux données auxquelks ont abouti ses longues recherches. !\ious lisons clans ses Carnels (l,es (:arlle/,I' de /.. /.évvBruhl), publiés après sa mort (pp. 60., 131) : » Il n'y a pas une mentalilé primitile qui sc distingue de l'autre par deux caractères qui lui sont propres (mystieisnle el pré-logique). Il y a une mcnt.llité mystique plus marquée c't plus lilcique dans nos sociétés. nwis présenlè kmc'nl obsel'labk cho Ics Il primiLifs " dans Loul esprit humain... le nHlI pré-logique doit .:ITe lui-m':lne abandonné. Ln ce qui eoncerne le caractère pré-Iogiquc de la mentalilé primitile" j'avais déjà mis beaucoup d'eau dans mon, in depuis vingt-cinq ans; les résultats auxquels je lÎèns cie parvcnir touchant ces l'ailS rendent cette é,'olution clélinitil e. en me nlisanl abandonna une h) pothèse mallÙndée » {-18}.

23

nous un jour que la mêmc logique est à l'œuvre de la pensée mythique et de la penséc scientifique et que l'homme a toujours pensé bien» {46}. II. Thielicke écrit à ce sujet {47} : «La mythologie aussi bien quc la science sont des accès légitimes à la vérité. Il n'est pas question que l'une puisse rendre l'autre inopportune dans l'évolution historique ». .. C~nc~rnant la p~em ière cara~téri~ti~~le, c ~cst-à-d irc quc . l'tmaglllatlon (et eertalllement la memOlrc aUSSI, sans laquclle .. 26 e IIe ne peut meme pas etre conçue ) constitue, sillon Ie Ia bora" " , , , . . . 27 tOlre, ccrtalllement Ia source cI ou emane Ie myt Ile, l 1 ('aut noter '
25 « ... Ô1Ù KUL Ùm:I.()Ù\'TCt)\' n;)\, uLcrOlln;J\' ['l'Llml' ai <pu\'wcrim i'l' TOiç

aicrO'lTllPiOlç» (Aristote, De Anima 425 b 24.25). La mémoire conserve cc qU'clic a rcçu du 11Ionde sensible et le rel()\"\lIe et le recompose en de nouvelles eombi!18isons. 2(, I,a maxime « ,\/hil est in intellectu quod non/i{('rit prius in sensu» est bien connue. « Imaginer », écrit Victor lIugo {49}. « cc n'est au I(Hld que se resouvenir". « Il est évident », remarque it ce sujet L.Raglan [50:' « que ceux qui considèrent !es mythes produits de l'imagination ne se sont pas occupés de la I~lçon dont fiJnclionne cette imagination. Personne nc pcut s"imaginer quoi que se soil qui ne lui a pas été suggéré par quelquc chose, qu"il n'a ou bicn vu. cntcndu. ou lu ». Scul. selon Incs eonnaissanccs. lL.l.Rose a fonllulé un avis contraire, qui contourne eompktcmcnt le rÔle de la mémoire dans le fiHletionnemc'nt de l'ilnagination. Il écrit {51} : « Puisque les légcndes ne sont pas produits de la nlémoire (comnlc e'cst le cas d'un pourcentage consiekrable des traditions historiqucs) ou de la raison mais de l"imagination. il est évident que IOUSceux qui s'occupent du rnylhe doivent souhaiter tout le bien il ceu, qui étudient l'ilnagination, c'est-il-dire aux psychologucs». Ici l'utilisation par l 'auleur dcs termes « It'gendc » et « fil) the » sans distinction est él idcnlc. Quant it la substance de la question. je suppose qu'il n'est pas possible qu'un écril'ain réputé tel que IU.Rose puisse avoir adopté une thèse générale manifestement erronée, au moins comme on est amené it Ic croire par la liJrmulation absolue de son tcxte.Je suis disposé it croire plutÔt qU'cn voulant souligner le rÔle fÔndamental joué par l"imagination dans la naissance du mythe il a rejeté. au lieu de la dévaloriser. la contribution de la mémoire. qui possède en efrct un rÔle secondaire, mais indispensable dans le procédé cil: la naissance du mythe, Cette hypothèse est rendue plus probable par la eklinition qu'il donne lui-même au Inythe, {52} selon laquelle celui-ci est « le résultat de l'élaboration par l'imagination naÏle des données empiriques ». c; 0Parmi les théories qui ont été f()\"\lIulées it propos de la source du mythe, une place spéciale est oeeupéc par celle du fameux linguiste allemand l'dax MÜller. COlllparatil'e i\l) thology in Oxfàl'd r~'s.l'ays,cd. John W. Parker. 24

que certains penseurs, tels que Il. Bergson, ont voulu avancer plus loin et ont recherché la cause, la causa ejficien.\,2X pour nous souvenir du terme de A, ShopenhaueL qui Inet en mouvement l'esprit en vue de la création des mythes. Cette cause a été nommée par ce philosophe français « élan vital» et elle se trouve, selon lui,29 à la base de la t'onction de l'esprit, productrice de mythes. Celle-ci, par conséquent, n'émane point, d'après lui, de l'imagination, mais n'est qu'un résultat et une séquelle de cette dcrnière, Se référant plus spécialelnent à la Religion, H. Bergson écrit: «L:xaminons alors, dans le cadre cie cc concept difficile Ù saisir et mal défini de l'imagination », son activité naturelle qui cst la « {~tbrication de mythes ». ;\ celle-ci appartiennent: le roI.ondon I X56, pp, 1-87, selon laquelle le mythe érnane des imperkclions de la langue primiti\'e (il le qualilia rnême de maladie de /a langue), Line \ersion dilTén.:nk cie la Ihèse de \'1. \lüller a .:1é proposée par lIerberl Spencer, The Principle of SoôO/OS,'T. écl. D. ..\ppktoll and Co. Nell J' orkl9() I, \'o!. I. chap. XX. pp. 2X5 suil'. qui a soutenu que le mythe émane des « erreurs dc nature linguis/ique >I. L'ethnolog.ue bien connu L.Lé\')-Bruh. l.nlIenlalité Primitive. Paris I92X, a aussi souligné les relations étroites cxistant entre le 11l~ et la the langue', 'fOUk/'ois, j'estime que ccs deux reiërenees parallèles it la langue (loir it cc sujet E, K,;ssirer. I.e .l/l'lhe de / irai, tra.d, grecque par RO/akisI.ykiardopoulos, éd. Clnossi, Athènes 199 I. pp. 3 1-3X) ne constituent pas une réponse satis!'aisante. pas plus d'ailleurs aucune autrc théorie d'acc':'s unidillle'nsionucl - ne' l'Cn-ce quc pour celle raison - au ph('nOnlènc social el humain qu'est le IT\~ lhe. [':,1 égalen\cnl unidimenlionnelle l'approche du probkme par' 1:.B.Tay loI'. /'rillli/i1'(' ('uf/i"". London 1871. qui. partant de' ses études sur l'animisnle. a affinné que k Inylhe découle de la "e'ollscicnee dn ,acre' '. inn('c it lilOmlllL', qui Ie cor:dnil it la m,;lophl',\Ù/ue erimilil'e dn nly/he. » I.e bnt de F.B. J'nylol' Il, écrit I,:. Kassirer {53}. "cst de reeherchl'r. au nom de l'animisme, renseig.nemenl :'ondanlental sur les 0tres spirituels. qui justement exprirne l'essence de la philosophie spiritualiste dans son antithèse par rapport au matérialisme ». finalement S. Freud, principalement. mais :tussiK. Jung onl soutenu que les sour..:es du In~lhe doi\'ent être recherchées dans 1'Llnilers émolionnel de 1'I1Olnrne. 2R Celle recherche délerministe é\'oque la mémoire depuis Leucippe, « Ol!6i:\' ZpripCl P(1Tll\' yiYI'Em!' Li)).el 7Hl\'TCll'x i.Ôyou TC KCli t,re'à\'elYKl1ç» (Diels 67, B. 2,1 J, Platon et ,'\ristote jusqu'à I. Kant, \V.G Leibnitz ele... 2') II. Ikn!son donne à /'E/an vila/un sens el un contenu diffërents de la « \olonté de \'ivre ». (/l'i// ::WIl Lehen) de A Shopenhauer. l'our plus de délails, \'oir II. Bergson, I.es deux Sources de /a '\forale el de la Religion, pp. 115-122).

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man, le drame et la mythologie avec tout ce qui la précède. Mais tandis qu'il n'y a pas eu depuis toujours des romanciers ou des dramaturges, l'homme n'ajamais été privé de religion. 11est donc probable que des poèmes et autres produits de l'imagination sont venus s'y ajouter, par la suite, profitant du fait que l'esprit savait fabriquer des mythes, mais la religion fut la raison d'être de la fonction créatrice de mythes. Par rapport à la religion cet-te fonction doit être considérée comme le résultat et non pas la cause. Ces estimations de H. Bergson se rapprochent, dans une large mesure, des points de vue en la matière plus anciens exposés par F.W. Shelling, c'est-à-dire que la création de mythes émane d'une qualité innée de la conscience, qu'il nomme procédé théogonique {54}. Une thèse parallèle mais non identique est soutenue par N. Louvaris qui note {55} : « Le mythe est une des réactions primordiales de l'esprit humain contre ce qui l'entoure et aussi contre soi-même ». R. Mayrer pense correctement en définissant le mythe comme moyen de défense30 de l'homme contre tout ce qui n'est pas semblable à lui. R. Caillois rejette toutes les théories à propos de« l'élan vital », de « l'impulsion », de « l'instinct », et remarque {57} : «Les mythes ne sont nullement des garde-fous installés aux tournants dangereux en vue de prolonger l'existence de l'individu ou de l'espèce ». On se souviendra que la Orgiatishe Selbsrernichtung (l'autodestruction démentielle) de Fr. Nietzsche suppose toute une gamme d'existences dirigées, très exactement, en sens inverse. On est loin, en tout cas, du trop célèhre instinct de conservation. Quant à moi, j'estimc que la conscience mythique de même que la création des mythes par laquelle elle s'exprime, n'est qu'une confirmation, peut-être la plus importante et la plus mul30 La théorie d'I-I. Bergson concernant « élan vital» le conduit à un l' accl:s identique au dornaine dc la fèHlction l'hhulatriee de la conscience reli-

gieuse : il écrit {56} : « ... la religion donc est une réaction défensive de la
nature contre le pouvoir dissolvant de l'intelligence»

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tidilnensionnelle, de la soif innée de l'espèce humaine pour une eertaine libération du poids d'une culpabilité1existentielle mal définie, mais « significative» (dans le sens d'Héraclite). De cette dernière font état. avec guelques variations, les Inythes du monde entier, soit d'une ehute.,2 de l'homme divinement créé, du « vieux levain» ou du « péehé qui habite en moi» (<<EpÎtre de Paul aux Romains» 8, 17, aux J Corinthiens 5,7) et des « paradis perdus» de la tradition indo-européenne.13, ou des rives bien,I

Chr. i'vlah.:yitsis: 5R}, dans une approehi: philosophiqui: parallèli: sur Ii: m.:mi: suji:t. écril : « ;\ous pouyons définir l'hommc comme suit: il est un aninHl1 qui n'i:s! jarnais plein (salisÜlit). Quand l'homme s..: sent ph.:in, il ..:slun anirnal. Parei: que lïlOITlnK reSSi:nt sa dékctuosité. il a créé la eiyilisation. Ci: manque produit i:n lui l.1lIi:dit1"éri:ncialion d..: pot<.:ntiel qui le pouss..: yers touti:S les direi:tions '.'. n Nous allons renconlrer le eoneepl de la chllle, un..: chnle duc aussi il une i:ulpabilité. non Si:u!cment dans la mythologie de la Clréce antique mais dans lout Ii: courant pylhagoricien. ScIon \cs mylhes afférl'nts. li:s Titans ont démi:mbré i:1 ont. par la suite, déloré h.: dieu Dionysos i:l. par cd act<.:irnpii:. ils ont élé enlachés » (péché originel). l'our !cs punir. !.i:US li:s a foudroyés " et. ,h.: leurs i:endri:s. il a i:réé lïlOmme. Celui-ci. donc. est J:lit d'ékl!1i:nls divins (puisquc Iii cendre cOI1li:nail aussi Dionysos) mais 2-gaie'mi:nl d'éknli:nls tirarliqlh?S. inJectés par ie'ur péi:hé. :\insi. l'IlOmmi: cst" tilaniqui:", il e~IUS,'(ie' sa nature Inonelk. et" dion:-siaque» par sa possibilité (k régénération (loir l'roclus Commenhlire.\' iIll liméé de l'lalon 41. D). >..:ous rencontrerons dans k donHÙne purcllli:nt philosophiqu..: uni: chnte, i:d!e /(.Jis une chl/te générale (k tous ks êtres. déjil (li:puis li:s années présocratiques, dans l'enscigni:nlenl (L\na.\illlandri:: 59}. une chute duc au /~lit qUi: les êtres sc sont séparés d..: la « SnbstarKi: origina.ire", c'esl-il-diri: de I" ".:/7fI:tpOV >,(k l'Infini) d doili:nt payer k prix. qui est la dégradation (la Inort), il i:aLISi:di: l'injustic..: conllnise : 1(:) « AI'(!~ip(/.\'c')poç àp;U'll' ÜPI\KI: 1(;)1' <JI'TOJI' tÙrcll)O\'". cÇ't;)I' Ôi: 1'1yi:n:cnç
L'CHl wiç Ot:'Ol, KIll TI']I' (pOopÙ\' r:tç Wl>HJ. yil'I:a(-)III KUTÙTr) XPC<l>l' ÔIÔÙI'U! yÙp UUTt\ c'){KI1v (1lTiCHI'lÛ).Ii).01Ç HIÇ àlilKiuç K1ITà n:]I' TOl>XpÔI'01> K TÙ:;II'» (Diels 12. B, 1J. Pour une réJ'érenci: sonunaire au., dil'i:rsi:s "chutes" dan;; la Inylhologk mondiale. loir .I. G. FnlLer The Fall 0/ .\lan: 60}. Celti: ChUli: eSI toujours et dans loutes h.:s rnythologies combinée al'Ci: la perte de l'immortalité (il titre indicatirje mi:ntionne ici les lines (h.:.l.G. Frazi:!' (Jolden l3ough. 15 l'olumi:s, conlc'IHmt un riehi: rnatériel ethnographique et rnythologiqUi:. surlout au sujet (h.: la magic, Londres 193/. 1-1.Abrahamson. Thc Origin or [kath, Situ/fa Ethnogrophfca No 3, t'psala 195/ pp. I-I ï6. Voir aussi dm!,. IV 110lc's 109 el suil allli:s),

" Il i:Sl irlléri:ssant
tr.:s <IIlcii:nne. « pOl'adesho

cie' l10ter que k IllOI po/'(/dis » (J'arai.\'- dae::a eil ani:ien

a unc originc pi:rsan) {61 },

s<lllskrite

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