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Le problème de la natalité

De
159 pages
Toute naissance est accueillie avec un enthousiasme unanime. Cela va de soi. Pourtant, mettre au monde un être mortel, est-ce un cadeau ? Faut-il qu'il meure, celui qui pourrait ne pas être ? Toute discussion sur le sujet est enflammée et désordonnée. Prétendre répondre à des problèmes comme l'avortement, les mères porteuses, l'insémination artificielle, sans prendre en compte la question "faut-il mourir ?" n'est pas sérieux : c'est comme couper un arbre de ses racines.
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Le problème de la natalité

Faut-il faire des enfants?

http://w\vw.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. harmattan 1rŒwanadoo .ft

fr

@L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-01946-3 EAN : 9782296019461

Jean FORT

Le problème de la natalité

Faut-il faire des enfants?

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Via Degli Artisti, 15 10 124 Tormo

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

1200 logements vina 96 12B226O Ouagadougou 12

ITALIE

1re partie

Si, il Y a un problème!

1 Le cours de la vie
Une campagne d'affichage fleurit dans la ville. Sur les panneaux publicitaires, un bébé nous sourit; sur le côté droit, on nous signale: "La France a besoin d'enfants" ; et, pour couronner le tout, cette question insolite: "Est-ce que j'ai l'air d'un problème métaphysique ?". Non, charmant bébé, tu n'as pas du tout l'air d'un problème métaphysique! Tu es si frais, si rose, si mignon, si amusant, si vivant! Et tout le monde en est bien d'accord: une naissance, c'est un émerveillement, un beau conte de fées: "Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants". Tout le monde félicite de bon cœur les heureux parents. Tout homme sain songe à fonder un foyer, à faire l'amour, à avoir un métier qui l'intéresse, qui le "pose" dans l'existence et fasse vivre sa famille, à être heureux en les rendant heureux. C'est ainsi que la personne la plus modeste peut donner "un sens" à sa vie. Et pourtant, il ne faut pas se fier à l'apparence: tu es bien, contre l'avis unanime, un problème métaphysique, "le" problème métaphysique, le problème le plus grave. Voyons comment le problème est escamoté. Ce qui compte pour le nourrisson: boire, dormir, sans être dérangé par des coliques ou d'autres malaises physiologiques. Il a des besoins naturels urgents et d'une nécessité absolue. A cause de cette urgence et de l'incapacité mentale de l'enfant, il ne peut les mettre en question: la nature ne peut donc faire problème. A ce niveau, on prend donc la vie comme elle vient, au fur et à mesure. Puis elle se complique en problèmes: il faut agir, chercher, choisir. Mais ce sont des problèmes intégrés à la vie (les problèmes de la liberté sexuelle, du mariage, du chômage, de l'inflation, du fonctionnement de la machine à écrire, du logement, du confort, du chauffage, des loisirs, que sais-je encore? ..), et non le problème de la vie elle-même. Nous

faisons partie intégrante de la nature: nous ne pouvons la mettre en question. Il ne nous en vient pas l'idée, pas plus qu'au nourrisson. Ainsi, nous avons des enfants parce qu'il est tout naturel d'en avoir, au même titre qu'il est tout naturel pour le nourrisson de téter. Il arrive pourtant qu'on se pose le problème d'avoir ou non des enfants. Mais il ne s'agit toujours pas de mettre en cause le problème même de la natalité. Non: nous sommes encore en face d'un de ces problèmes inhérents à la vie, d'un problème circonstanciel. En général, on se demande plutôt combien d'enfants on aura et quand (par exemple, le couple attendra que le jeune homme ait une situation convenable). Il faut des circonstances exceptionnelles (par exemple un risque sérieux pour la vie de la mère; et encore !) pour qu'on renonce à avoir des enfants. On ne sait quoi inventer (l'insémination artificielle, les mères porteuses) pour permettre aux couples stériles d'avoir tout de même des enfants. Et, puisque les hommes se sont trouvés amenés par les difficultés de l'existence à s'unir en Société, ce problème du nombre des enfants est pris en charge également par les démographes. Pour que le problème du principe même de la natalité soit posé, il faut que ce soit par un fou tel que moi. Mais se le poset-on alors vraiment à sa suite? Non: on prend seulement conscience du fait que je me le pose et que par conséquent je suis fou. Il est vrai que l'on ne m'attend pas pour donner des raisons: on invoque la possibilité d'acheter une machine à laver avec les allocations familiales liées à la naissance d'un troisième enfant, le besoin de donner un continuateur à l'entreprise, un héritier à l'Empire, un petit frère ou une petite sœur à l'enfant qui s'ennuie, d'échapper soi-même à la solitude, de faire son devoir envers la France, de donner des enfants à Dieu, de se perpétuer, de perpétuer l'Humanité... Mais, en dehors de certains problèmes d'ordre pratiques comme celui du budget familial, ce sont des constatations et non des interrogations. On ne s'attarde pas, car on savait bien que l'on avait déjà la réponse: nous sommes vivants, c'est ainsi et pas autrement, nous ne pouvons pas échapper à notre nature; nous faisons partie de la Nature et il est grotesque de s'opposer à elle dans 10

ce qu'elle a d'essentiel. L'expression: "C'est naturel" indique bien l'impossibilité de mettre en question la nature. On peut aller plus loin: une telle opposition est non seulement grotesque mais condamnable. S'opposer aussi radicalement à la nature, c'est s'opposer à soi-même. Je dis "radicalement", car c'est à la Vie que nous nous opposons. L'homme qui refuse la Natalité se trahit lui-même, il trahit l'Humanité. A vrai dire, la situation est un peu plus complexe, du fait que l'homme, à la différence du nourrisson, agit. Il peut modifier la nature par la technique, créer un monde artificiel. Il s'oppose donc tout de même à la Nature. D'une part, il a créé les gigantesques progrès techniques sur lesquels il n'admettrait pas de revenir, d'autre part ces progrès ont sécrété une redoutable pollution. Et puis il planifie la natalité au lieu de se livrer pleinement à l'instinct en ce domaine comme l'homme des cavernes. Alors, que devient la référence à la nature? On répondra à juste titre que le monde artificiel, s'il modifie nos conditions de vie initiales, n'en fait pas moins partie de la nature (par "nature", nous entendons l'univers tout entier, car c'est un ensemble, un tout). L'exemple même de la pollution nous incite à nous souvenir que si nous pouvons modifier nos conditions d'existence, c'est seulement dans une certaine mesure et qu'il peut être mauvais d'aller trop loin. Quoi que nous fassions, nous sommes soumis aux lois de la nature et nous ne pouvons lui faire subir que les modifications qu'elle veut bien admettre. Prise ainsi, dans sa globalité, la Nature reste donc bien la référence et le refus d'avoir des enfants apparaît comme la plus affreuse pollution. Alors, en ce qui concerne le bien-fondé de mon entreprise, nous arrivons à une conclusion décisive: le problème est neuf parce qu'il n'est jamais réellement posé, du moins explicitement (mis à part quelques cas exceptionnels ignorés du grand public). Si je vais à contre-courant, il ne doit pas être exclu a priori que ma réponse soit bonne, et sans que j'aie à me prévaloir d'un quelconque génie. Tout simplement parce que je regarde de ce côté, alors que l'attention de tant de gens est accaparée par des problèmes inhérents à la vie et en particulier par des problèmes Il

techniques. C'est peut-être ma faiblesse (je songe notamment à ma claustrophobie et à une certaine absence à la vie pratique) qui me donne le sens de la vulnérabilité de l'homme.

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2
Démographie
Mais d'abord, une courte parenthèse: le problème métaphysique est essentiel, l'aspect démographique marginal, mais il est bon de jeter un rapide coup d'œil sur celui-ci. Qu'on veuille bien m'excuser si cette partie est un peu aride. En matière d'éducation, de logements, d'hôpitaux, etc., une forte natalité ne pourrait manquer d'abord d'accentuer les retards. Cela est net pour l'éducation. A l'école, le nombre des élèves dans une classe est un facteur souvent décisif. Ici, il n'en va pas de même que pour la production de marchandises: les autos ne s'engendrant pas les unes les autres, après une mauvaise série on peut repartir de zéro; une génération ratée risque bien de constituer une génération de mauvais parents et un milieu familial défavorable, et ainsi se trouve constitué un engrenage qu'il est bien difficile de supprimer. En particulier, la psychologie du groupe n'est pas la même selon l'étendue de celui-ci. Cela se joue dans l'école, cela se retrouve dans "les grands ensembles" d'habitation, et l'action de ce facteur dans chacun de ces deux milieux se répercute fâcheusement sur l'autre. Cet état de fait a été reconnu par la commission d'étude sur la violence présidée par M. Peyrefitte, ministre de la Justice. Ainsi apparaît et se répand une mentalité qui, loin d'être productive, s'oppose au travail et se caractérise par le vandalisme et le goût de la violence. Des expériences de laboratoire pratiquées sur des animaux ont montré que plus l'habitat est dense, plus l'agressivité est développée. Alors, que conclure sur la course entre une forte natalité et la productivité? Difficile! Mais de toute façon, nous voyons qu'une forte natalité engendre des problèmes spécifiques. Entrent dans cette catégorie le problème de la circulation automobile, toutes les difficultés provenant de l'éloignement du lieu de travail, qui est pour beaucoup dans le problème précédent, et

une foule de problèmes d'organisation et d'équipement de toutes sortes. Et surtout, plus il y a de gens à nourrir, plus il faut de logements (et de carburant polluant pour des déplacements plus nombreux et plus longs) et plus la surface cultivable se réduit. "La population continuant à augmenter, il en résulte des besoins en terres à d'autres fins que la production alimentaire, notamment pour l'urbanisation, la production d'énergie et les transports. Chacun de ces vecteurs pèse maintenant, dans presque tous les pays, sur les terres cultivables. [De plus] bien avant la fin de ce siècle, la couche supérieure du sol aura disparu de beaucoup de terres. Elles seront abandonnées. Au-delà de la question des terres qui pourraient s'ajouter aux terres indisponibles et de celles qui pourraient disparaître, il y a le problème de la fertilité des sols. Les pressions pour que l'on retire toujours davantage de nourriture de la terre, accompagnées d'une gestion agraire médiocre, entraînent une détérioration lente mais progressive. [Autrefois] la terre était relativement abondante et il y avait toujours des frontières à repousser ou bien encore il existait toujours un important potentiel inexploité permettant d'accroître les rendements. Il n'y a maintenant plus de frontières à repousser et les pertes de terres se font à une allure qui menace de ruiner l'équilibre entre alimentation et population. .. Si l'on s'en tenait au rythme démographique attendu, (...) les politiques pronatalistes devraient être abandonnées et les gouvernements auraient à encourager les familles peu nombreuses. Les taux futurs de croissance démographique pesant si lourdement sur les perspectives d'élimination de la faim, le fait que la moitié des couples dans le monde n'ait pas encore accès aux services de planification familiale n'est pas seulement socialement irresponsable, c'est aussi politiquement inexcusable." (Nations solidaires)

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"Si la terre avait la grosseur d'une orange, toute l'eau du monde tiendrait dessus sous la forme d'une toute petite gouttelette. " "Il faut faire attention, poursuit Paul-Emile Victor: 98 % de cette goutte d'eau est salée et sur les 2 % restant 99 % se trouve sous forme de glace et 1 % seulement constitue toute l'eau douce du globe, soit I/IOOOOe e toute l'eau du monde. d - Mais enfin, depuis le temps que les hommes vivent, ils devraient être déjà morts de soif." Déjà, non, mais bientôt, oui, cela ne fait aucun doute pour Paul-Emile Victor. "Il ne faut pas oublier, explique-t-il, que toute l'eau liquide du monde n'a jamais augmenté depuis qu'il y a des êtres vivants sur terre. C'est cette même eau qui a été bue et urinée par les diplodocus que nous buvons et urinons aujourd'hui. Ainsi, poursuit-il, avons-nous calculé qu'à Tokyo l'eau a été urinée 17 fois, à New-York 8 à 9 fois et à Paris plus de 3 fois... - Mais c'est dégoûtant! - Non, c'est dramatique, reprend l'explorateur, car c'est ce petit 1% que nous sommes en train de polluer de façon irrémédiable. Ce qu'on ne sait pas, explique-t-il, c'est que l'eau polluée "peut être recyclée et filtrée un nombre de fois limité et qu'il arrive un moment où elle n'est plus récupérable, où elle n'est plus qu'un véhicule liquide tout juste bon à refroidir des . USInes... "
(Libération Champagne)

Les réserves en pétrole seraient limitées à 100 ans. Selon Jacques Attali dans une émission télévisée de février 2003, ce serait 30 ans.

N'oublions pas que le développement démographique entraîne un accroissement de la pollution, en particulier de la pollution de l'air. Nous ne nous attarderons pas sur l'effet de serre, le réchauffement et le dérèglement climatique qui le caractérisent, la me15

nace d'engloutissement qu'il fait peser sur la Floride, les PaysBas, des îles et de nombreux ports.

"Le nombre "(des) "habitants" (de la terre)" qui ne dépassait pas deux milliards avant 1930, franchit la barre des cinq milliards! " Il naît "5 bébés à la seconde! "(...)" Tous (les experts) ou presque (. ..) estiment que la croissance démographique accélérée de la planète devra être maîtrisée à brève échéance, si l'on veut éviter que les nations du globe ne soient soumises à des tensions démographiques, politiques, sociales et écologiques intolérables." La population mondiale "atteindra les dix milliards vers les années 2080, alors qu'il lui aura fallu plus de deux millions d'années pour franchir le cap du milliard d'êtres humains au début du XIXesiècle." (...) "L'explosion de la natalité n'est pas un phénomène de pays riches, mais des pays pauvres où elle pose déjà des problèmes insolubles, même si certains économistes s'accrochent encore à l'idée que la prospérité des nations est proportionnelle au nombre de bras dont elles disposent. De plus en plus de gouvernements sont conscients des dangers de la natalité galopante et ont mis en place des politiques de planification familiale"... (Nice-Matin du Il juillet 1987)

Des civilisations entières, comme au Cambodge et dans l'Inde du nord-ouest qui, de forêt, est devenue un désert, ont disparu, victimes du grand mythe de la richesse inépuisable de la terre. La forêt tropicale, apparemment très riche, est en réalité très pauvre. Elle se nourrit d'un recyclage rapide des feuilles. En défrichant, on obtient un sol qui produit deux ou trois ans.

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Le gibier paraît inépuisable, comme le pétrole il n'y a pas si longtemps. On dénombre 500 000 canards pour 510 000 chasseurs. L'énergie nécessaire est multipliée par cent dans la vie d'un homme. Et la civilisation est engloutie progressivement par les excès de ses propres déchets. Or il est impossible de se passer de la civilisation industrielle, parce que nous sommes trop nombreux. (Emission de France Culture du 18-4-1979)

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