Le sens du Bien

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La pensée heideggérienne de l'être recèle un paradoxe : elle est à la fois le lieu de découvertes prodigieuses et de l'occultation d'une partie importante de l'être de l'homme : la dimension éthique. Afin de comprendre ce phénomène, notre recherche prend pour fil conducteur la manière restrictive dont Heidegger interprète le bien de Platon, à travers tout son chemin de pensée.
Publié le : dimanche 15 février 2015
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EAN13 : 9782336370354
Nombre de pages : 282
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Ivan NEYKOV
LE SENS DU BIEN Heidegger, interprète de Platon
ouverturephilosophique
Le sens du Bien
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Guy-François DELAPORTE,Seconds analytiques d’Aristote, Commentaire de Thomas d’Aquin,2015.Jean-Claude CHIROLLET,Penser la photographie numérique.La mutation digitale des images,2015.François URVOY,La racine de la liberté, 2014. Philippe BAYER,La critique radicale de l’argent et du capital chez le Dernier-Marx, 2014. Pascal BOUVIER,Court traité d’ontologie, 2014. Pascal GAUDET,Le problème kantien de l’éthique,2014. Gilles GUIGUES,Recueillement de Socrate. Sur l’âme, source et principe d’existence, 2014.
Mylène DUFOUR, Aristote,La Physique, Livre VI. Tome 2 : Commentaire, 2014. Mylène DUFOUR, Aristote,La Physique, Livre VI. Tome 1 : Introduction et traduction, 2014. Donald Geoffrey CHARLTON,La pensée positiviste sous le Second empire, 2014. Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU,Philosophie et spécificité africaine dans laRevue philosophique de Kinshasa, 2014. Hélène de GUNZBOURG,Naître mère, Essai philosophique d’une sage-femme, 2014.
Ivan NEYKOVLe sens du Bien Heidegger, interprète de Platon
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05429-2 EAN : 9782343054292
INTRODUCTIONLa question de l’être et la question éthique
A. Le caractère particulier du rapport de Heidegger à Platon Heidegger interprète Platon : cela sonne comme ‘‘Heidegger inter-prète Aristote’’ ou ‘‘Heidegger interprète Kant’’. Pourtant, il s’agit d’un rapport autre dont il faut essayer d’appréhender la spécificité, en écho à ce fait Otto Pöggeler écrivant : « La réflexion de Heidegger sur Platon est aussi et avant tout une réflexion sur le point de départ de sa propre pen-1 sée » . Cette affirmation se réfère éminemment à l’autre commencement de Heidegger, surmontant la métaphysique afin d’accueillir la pensée de l’Ereignis. Mais, il ne semble pas en être tout à fait de même lors du pre-mier commencement aboutissant àSein und Zeit. L’interlocuteur privilégié ici est Aristote, considéré comme le point culminant de la philosophie grecque. Platon est, en quelque sorte, l’initiateur de la nouvelle orienta-tion de la philosophie, mais c’est seulement Aristote qui l’accomplit. L’importance de Platon est, néanmoins, une fois encore soulignée par le 2 fait queSein und Zeitdébute par une citation duSophiste. Voici un premier trait significatif du rapport de Heidegger à Platon : le caractère évolutif de l’interprétation de Platon, cette dernière étant en même temps constitutive de sa propre pensée. 1 Otto PÖGGELER,DerDenkweg Martin Heideggers,;Neske, 1963, p. 104  Pfüllingen, trad. p.142-143. 2                                    « Car manifestement, vous êtes bel et bien depuis longtemps familiers de ce que vous visez à proprement parler lorsque vous employez l’expression “étant”; mais pour nous, si nous croyions certes auparavant le comprendre, voici que nous sommes tombés dans l’embarras »,Sophiste244a.
LE N S E S B I E ND U
La place importante du rapport aux Grecs dans le chemin de pensée de Heidegger est connue. Le grand philosophe Gadamer, élève et ami personnel de Heidegger, témoin des premières recherches et interprète avisé de sa pensée, écrit : « Aucun autre thème ne permet d’illustrer aussi clairement la diversité des aspects qu’offrent l’œuvre et l’influence de Heidegger, mais aussi l’unité du chemin qu’il a pris, que celui du rapport 3 de Heidegger aux Grecs » . En effet, à travers les évolutions, voire les retournements, il ne faut pas perdre de vue aussi l’unité du chemin de pensée heideggérien. On a distingué trois grandes phases du rapport de Heidegger à la phi-losophie grecque. Une première phase, caractéristique deSein und Zeit, considère la philosophie grecque comme un mouvement ascendant qui culmine dans la pensée aristotélicienne ; Platon effectue, certes, une per-cée en direction de la question de l’être, mais c’est Aristote qui accomplit pleinement la tâche. Lors de la phase suivante, appelée la métaphysique duDasein, la pensée de Platon se voit confier une position charnière ; Platon est à la fois le précurseur et le mutant. Il effectue une percée on-tologique et imprime simultanément l’orientation métaphysique à la philosophie, caractérisée par l’oubli de la question de l’être en tant que tel. La conséquence en est le retour aux Présocratiques et leur rapport immédiat à l’originaire. Lors de la troisième phase, celle de la pensée de l’Ereignis, Heidegger prend ses distances avec la philosophie grecque, en essayant de penser l’être de manière tout autre ; la philosophie, comme métaphysique, est de fond en comble platonisme et doit être surmontée. La tâche de la pensée sera, dorénavant, d’accueillir la dispensation desti-nale de l’Ereignisde son dire. Elle est accompagnée d’un désaveu net et de la position précédente : « Même la thèse d’une mutation de l’essence de la vérité qui l’aurait conduite du dévoilement à la rectitude n’est pas 4 soutenable » . On a noté, d’autre part, que Heidegger n’a lui-même publié qu’un seul ouvrage entièrement consacré à Platon : l’opusculeLa doctrine de Platon sur 5 la vérité. De ce fait, on lui a reproché de se référer moins à des Dialogues déterminés qu’à « des points de doctrine, transformés, de manière non 6 fondée, en de prétendues thèses platoniciennes » . La lecture des Cours 3 Hans-Georg GADAMER, Les Grecs (1979), In : Idem,Les chemins de Heidegger, Tübin-gen, Mohr Siebeck, 1987 ; trad. Paris, Vrin, 2002, p. 160. 4 Cf.La fin de la philosophie et la tâche de la pensée, Ga14, 87 ; trad. QIV, p. 135. 5 Rédigé en 1940 et paru en 1942, puis en 1947 conjointement avec laLettre sur l’humanisme6 Jean-François COURTINE,Heidegger et la phénoménologie, Paris,Vrin, 1990, p.134. J.-F. Courtine reprend ici les critiques, exprimées en Allemagne (notamment celles de Karl
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IN T R O D U C T I O N
dans laGesammtausgabeà corriger cette impression. Heidegger a oblige dispensé deux Cours majeurs sur la pensée platonicienne, à des moments décisifs de son propre chemin de pensée. 1. Le Cours de Marbourg de 1924/25Platon : Le Sophistepublié en 1992), correspond à la pé- (Ga19, riode de rédaction deSein und Zeit. 2. Le Cours de 1931/32De l’essence de la vérité(Ga34, publié en1988) est une confrontation majeure avec Platon sur l’essence de la vérité et de la non-vérité et constitue le point culmi-nant de la période ditemétaphysique du Dasein,préfigurant la pensée de l’Ereignis.D’autres Cours, significatifs de cette dernière période et faisant partie des ouvrages publiés, consacrent de larges développements à la pensée 78 platonicienne . On peut y ajouter le Cours de 1943Parmenides, compre-nant un commentaire important sur Platon, le Cours de 1926Les concepts 910 fondamentaux de la philosophie antiquesur Platon,et les trois Séminaires dont des comptes rendus devraient paraître dans le volume Ga83. Le corpus heideggérien présente dans l’ensemble également un nombre im-pressionnant de références à Platon. Elles s’échelonnent sur la quasi-totalité du chemin de pensée, de 1919 à 1973, mais beaucoup concernent 11 essentiellement le commentaire des termes et expressions particuliers . Nonobstant ce corpus conséquent, une impression diffuse persiste se-lon laquelle Heidegger éprouve des difficultés à rendre pleinement compte de la pensée platonicienne. A ce propos, Stanley Rosen écrit : « Heidegger n’est pas à l’aise avec les Dialogues platoniciens comme il 12 l’est certainement, par exemple, avec Aristote ou Kant » . Il ne semble pas tenir suffisamment compte de l’économie des Dialogues : de l’ironie
Jaspers) après la publication deLa doctrine de Platon sur la vérité, reprochant de traiter Platon comme un homme de « doctrines » et de ne pas considérer sa pensée dans son mouvement dialectique. 7 Introduction à la Métaphysique; (1935), publié en 1953 chez Niemeyer, Ga40, 189-204 trad. p. 184-199 ; Nietzsche I (1936-1939), publié en 1961 chez Neske, Ga6.1, 189-231 ; trad. p. 149-181 et Nietzsche II (1939-1946), Publié en 1961 chez Neske, Ga6.2, 213-235 ; trad. p. 170-186. 8 Publié en 1982, Ga54, 130-193. 9 Publié en 1993, Ga22. 10 SurParménide1930/31, conjointement avec le philologue Wolfgang Schwade- en waldt ; surPhèdreen 1932 ; sur laLettre VIIen 1941/42. 11 Cf. Catalin PARTENIE/Tom ROCKMOR (ed.).Heidegger and Plato : Toward Dialogue. Evanston : Northwestern University Press, 2005, pp. (213-219) pour une liste exhaus-tive des termes et expressions de Platon dans les ouvrages déjà parus dans Gesammtausgabe. 12 Stanley ROSEN,La production platonicienne, Paris, PUF, 2005, p. 9.
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