Le silence de Saint-Just

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La tyrannie, c'est une forme mortifère de la vie sociale. Que signifie « tyrannie » dans la Révolution française ? Saint-Just et Robespierre figurent à nos yeux les principaux tyrans, ils préfigurent de monstrueux despotismes du vingtième siècle. Cette tache indélébile apparut dès le jour de leur mort, devint plus noire au fil des ans, par le mensonge, la mémoire fielleuse, le faux pur et simple. Seule une lecture intelligente, fondée sur les écrits, les actes et les événements, peut permettre de comprendre le silence de Saint-Just, lors de sa condamnation comme tyran.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140003493
Nombre de pages : 320
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Philippe Riviale
Le silence de SaintJust Essai sur la tyrannie
À la recherche des sciences sociales
Le silence deSaint-Just
A la recherche des sciences sociales Collection dirigée par Philippe Riviale et Bruno Péquignot Cette collection veut faire connaître au lecteur d’aujourd’hui, étudiant, enseignant, chercheur, ou curieux des chemins divergents pris par cet ensemble, que nous nommons aujourd’hui sciences sociales, des ouvrages, et donc des auteurs méconnus. Que ces ouvrages soient méconnus ne veut pas dire qu’ils sont médiocres. Encore moins sont-ils dépassés. Car une discipline, science ou pas, se bâtit sur une succession de bifurcations. Elle laisse de côté des pensées, qui avaient fait sens dans un contexte socio-historique basculé depuis dans le bas-côté. Là, parmi les vestiges innombrables du passé, on peut reconstituer, à la façon de l’archéologue, des voies ébauchées, des espoirs perdus, des tentatives trop précoces pour leur temps, des cris de révolte au nom de principes, que jamais on n’aurait dû oublier. On trouvera aussi les précurseurs de la liberté du commerce, de l’apologie de la propriété, des apôtres de la différence sociale. Ceux-là avaient été mis au placard pour la gêne qu’ils auraient causée, parce qu’il est des choses qu’on fait, et qui ne sont pas à dire. Ces auteurs, ces pensées, ne s’inscrivent pas dans unehistoire des idées, entreprise perdue d’avance par ses présupposés mêmes : qu’il y ait un sens et une continuité dans les idées, que l’histoire sociale résulte d’une accumulation intellectuelle, chaque contribution appelant la suivante. Des auteurs ont été en vérité retenus, parce qu’ils convenaient. On entendra par là que le savoir académique pouvait s’édifier sur ces piliers-là. Aussi ont-ils été métamorphosés en lieux de mémoire, en patrimoine commun, en convention. L’objectif de cette collection est de rappeler à nous les pensées écartées, les auteurs qu’on ne connaît que par leurs critiques, c’est-à-dire généralement leurs censeurs, qui les ont pesés et jetés à la fosse, trop légers pour la lourdeur dugros animalqu’est le social ou trop lourds pour être soutenus par la légèreté d’un temps insouciant, qui ne voulut pas porter son fardeau. Déjà parus Philippe RIVIALE,L’enseignement public dans la Révolution française. Commentaire philosophique, 2015. Philippe RIVIALE,Babeuf le tribun. Essai sur le journal Le Tribun du peuple, 2014. Philippe RIVIALE,La Révolution française dans l’infortune de la finance, 2013.Philippe RIVIALE,Lamennais, de la différence en matière de religion, 2006. Philippe RIVIALE,Les infortunes de la valeur, 2006.
PHILIPPE RIVIALE
Le Silence de Saint-Just Essai sur la tyrannie
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08673-6 EAN : 9782343086736
À Xavier Legrand-Ferronnière, sans la compétence et la ténacité duquel ce livre n’eût pas abouti
Une révolution comme la nôtre n’est pas un procès, mais un coup de tonnerre sur les méchants. -S A I N T J U S T 26 germinal an 2
Car la chose la plus libre qui soit dans le monde, même sous le règne du despotisme, n’est-ce pas l’ami-tié ? Mais vous, qui nous en faites un crime, en êtes-vous jaloux ? Non, vous ne prisez que l’or et les biens périssables que les tyrans prodiguent à ceux qui les servent.
R O B E S P I E R R E 8 thermidor an 2
THÉMATIQUE
Jean Cassou, dans une très belle préface auxPages choi-1 sies deSaint-Just, sépare Rimbaud deSaint-Just ; le premier a connu ce bonheur étrange, vierge, incommunicable, il en a éprouvé la foudroyante sensation. Le second, lorsqu’il écrit «Le bonheur est une idée neuve en Europe » il ne peut lui suffire de connaître la plénitude de cette idée et de la nommer. Il lui est nécessaire qu’elle se traduise, tout de suite, en construction sociale, qu’elle anime, tout de suite, et illumine et transfigure l’espèce humaine. Et comme l’événe-ment ne répond pas à son désir et comme l’espèce humaine le renvoie à l’échafaud, il emporte avec lui le néant de son bonheur, plus exactement l’ombre confuse, à peine entre-vue, de son bonheur. Il ne peut même pas se dire qu’il aura été au moins un précurseur. Il aura seulement, dans une sorte de délire, parlé d’une chose irréalisée, irréalisable. Cette lecture magnifique, lumineuse, ne rend cepen-dant pas compte, et ne le prétend pas, de la dimension historique : qu’y eut-il, dans la Révolution française, que Saint-Just entrevit, beaucoup mieux que Robespierre, et qu’il voulut impérieusement faire passer du monde idéel au monde factuel ? Si ce désir fut impérieux, il fut le premier, le seul, dirai-je, à en souffrir. Les conventionnels ses contemporains ne le comprirent certainement pas, et
1.Saint-Just,Pages choisies,Paris, Les Éditions du jour, 1947.
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