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Le socialisme utopique

De
128 pages
Saint-Simon, Taine, Fourier, Proudhon sont tous des figures du socialisme utopique. Mais la dérive antiféministe et antisémite d'idées en apparence progressistes révèle le vrai visage de la doctrine du "socialisme utopique" née en Angleterre au XIXe siècle, trop souvent présentée comme un idéal pur dans notre pays. Un ouvrage d'histoire, mais incroyablement actuel au regard de la nouvelle donne mondiale et des solutions alternatives proposées.
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Le mérite de l’Occident, selon Braudel, est d’avoir cherché une riposte sociale, assez efficace, aux multiples duretés de l’industrialisation. Cette élaboration, s’est faite au cours du XIXe siècle, en 3 phases : - Une phase révolutionnaire, idéologique, de la chute de l’Empire à la Commune. - Une phase des luttes ouvrières, syndicales. Avant 1914. - Une phase politique ou étatique, de 1929 à 1950.1 En Allemagne, l’application d’une législation sociale adaptée, et octroyée par Bismarck essaie de faire échec à ce mouvement socialiste. Pour la première fois, elle attachait l’ouvrier à son patron, et ne lui laissait plus aucun degré de liberté. C’est ainsi que les idées socialistes, nées avec Gracchus Babeuf, pendant la révolution, devaient sécréter des idéologies plus ou moins élaborées qui s’opposeraient aux socialismes et conserveraient les institutions du passé. Notre propos, est de tracer les principales tendances politiques au XIXe siècle ; celles-ci sont très conservatrices, précisément, après Gracchus Babeuf et les excès révolutionnaires. Puis il faudrait situer la place des mouvements socialistes, qui vont tendre à s’opposer à ce conservatisme, parfois sauvage ; puis voir dans le détail parmi les différentes tendances, le socialisme utopique et ses principaux protagonistes ; voir ainsi si certains d’entre
Fernand Braudel, Le socialisme face à la société industrielle, extrait de civilisation : Paris 1987, pp.42-428.
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eux, n’ont qu’une opposition de surface avec les idées conservatrices ; surtout en les examinant un à un, voir quels sont ceux qui on fini par être, pour partie, à Pour finir il faudra voir dans quelle mesure le socialisme utopique, est à l’origine des autres mouvements socialistes du XIXe et XXe siècles. Chemin faisant on aura pu apporter les notions d’origine de l’Utopie de Thomas Moore, ce qui en montrera le danger. C’est autour de cette notion d’Utopie, dont on ne peut exclure le danger de totalitarisme, que l’on essayera d’analyser le devenir des mouvements socialistes : certains, égalitaires et sanglants, ne peuvent rien apporter, d’autres, plus tolérants ont permis la naissance de la social-démocratie et ont pu contribuer à l’évolution sociale des sociétés européennes.

le où contre-révolutionnaire 1-L’idéologie traditionalisme est le premier courant conservateur important : Les traditionalistes veulent éradiquer le passé révolutionnaire, dénoncent la philosophie des Lumières, et condamnent le rationalisme et le volontarisme. Louis de Bonald2 : et Joseph de Maistre vont par la suite proposer un modèle de société : ils envisagent la construction d’une société à partir d’une vision traditionaliste de l’histoire. La Réforme représente pour eux, le début de la décadence. Elle continue au XVIIIe siècle. Pour ces traditionalistes, Dieu est à l’origine des États, et une bonne monarchie doit donc être théocratique. Cette idéologie eut un grand succès en France, surtout au début de la
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Théorie du pouvoir politique et religieux de la société civile en 1796.

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Restauration. On assiste à une résurgence de ces courants à la fin du XIXe avec le mouvement d’Action Française, qui se structure pendant l’affaire Dreyfus. L’Action française voit dans la république, le fruit de la révolution française et dans le XIXe une période de décadence. Ce courant reste minoritaire, mais perdure jusque dans l’entre-deux-guerres. 2- Le XIXe est aussi l’âge d’or du libéralisme. Ce courant n’est pas propre à la France, mais le libéralisme français est un libéralisme plus politique qu’économique. Les libéraux français analysent la révolution et en déduisent : la primauté de la liberté individuelle sur la liberté politique. Ils défendent le bicamérisme et introduisent, avec Benjamin Constant, l’idée d’un quatrième pouvoir, régulateur ou neutre, donné à un monarque arbitre. De plus, Guizot et les doctrinaires, partagent une réprobation de la souveraineté populaire et estiment que la nation doit être représentée par ceux qui ont un bien à défendre. Les révolutions (1789 et 1830) sont perçues comme un mal nécessaire. La révolution a achevé le mouvement de démocratisation de la société (fin des privilèges) ; mais la démocratie politique n’est pas installée durablement. La France est un modèle de société démocratique, car cette démocratie y est à la fois sociale et politique, mais Guizot craint la dérive de la démocratie vers le despotisme. Ses conceptions s’inspirent d’Adam Smith3
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Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776 m, Extraits d’Adam Smith : Pour assurer et maintenir la prospérité de nos manufactures, il est nécessaire que l’ouvrier ne s’enrichisse jamais ; qu’il n’ait précisément que ce qu’il lui faut pour se bien nourrir et se vêtir. Dans une certaine classe du peuple, trop d’aisance assouplit l’industrie, engendre l’oisiveté et tous les vices qui en

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Ce n’est pas l’utilité qui est la mesure de la valeur échangeable, quoiqu’4elle lui soit absolument essentielle. Si un objet n’était d’aucune utilité, ou, si nous ne pouvions le faire servir à nos jouissances, ou en tirer quelque avantage, il ne posséderait aucune valeur échangeable. Les choses, une fois qu’elles sont reconnues utiles par elles-mêmes, tirent leur valeur échangeable de deux sources, de leur rareté et de la quantité de travail nécessaire pour les acquérir. Il y a des choses dont la valeur ne dépend que de leur rareté. Nul travail ne pouvant en augmenter la quantité,
dépendent. A mesure que l’ouvrier s’enrichit, il devient difficile sur le choix et le salaire du travail. Le salaire de la main-d’oeuvre, une fois augmenté, il s’accroît en raison des avantages qu’il procure. C’est un torrent qui a rompu sa digue. Personne n’ignore que c’est principalement au bas prix de la main-d’oeuvre que les fabriques de Lyon doivent leur étonnante prospérité. Si la nécessité cesse de contraindre l’ouvrier à recevoir de l’occupation, quelque salaire qu’on lui offre, sil parvient à se dégager de cette espèce de servitude, si ses profits excèdent ses besoins au point qu’il puisse subsister quelque temps sans le secours de ses mains, il emploiera ce temps à former une ligue. N’ignorant pas que le marchand ne peut éternellement se passer de lui, il osera, à son tour, lui prescrire les lois qui mettront celui-ci hors d’état de soutenir toute concurrence avec les manufactures étrangères, et, de ce renversement auquel le bien-être de l’ouvrier aura donné lieu, proviendra la ruine totale de la fabrique. Il est donc très important aux fabricants de Lyon de retenir l’ouvrier dans un besoin continuel de travail, de ne jamais oublier que le bas prix de la main d’œuvre en France leurs est, non seul ement avantageux par lui-même, mais qu’il le devient encore en rendant l’ouvrier plus laborieux, plus réglé dans ses horaires, plus soumis à leurs volontés. » Mayet dans son « Mémoire sur les fabriques de Lyon » en 1786, cité d’après P. Léon, Economies et sociétés préindustrielles, tome II (1650-1780), Paris, éd. A. Colin, coll. U, Série histoire moderne, 1970. 4 Jacques Bouillon et coll.

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leur valeur ne peut baisser par suite d’une plus grande abondance. Tels sont les tableaux précieux, les statues, et les livres Ils ne forment cependant qu’une très petite partie des marchandises qu’on échange journellement. Le plus grand nombre d’objets que l’on désire posséder est le fruit de l’industrie, on peut, donc le multiplier. Quand donc on parle des marchandises, de leur valeur échangeable, et des principes qui règlent les prix relatifs, l’on n’a en vue que celles de ces marchandises, dont la quantité peut s’accroître par l’industrie de l’homme, dont la production est encouragée par la concurrence.

3-L’Emergence du nationalisme On assiste à la naissance de ce mouvement, avec la révolution. Celle-ci se fait au nom de la nation. L’adhésion des français à la Nation est symbolisée par la fête de la fédération. Durant tout le XIXe, le courant nationaliste va s’incarner dans les familles politiques républicaines et bonapartistes. C’est un courant enraciné à gauche, un nationalisme revanchard qui veut la disparition des traités de 1815; un nationalisme nullement pacifique. Les républicains abandonnent l’idée de revanche, par l’exaltation des héros de l’histoire de France. Les nationalistes se retrouvent autour du Général Boulanger et l’on voit alors la fusion du culte de l’état nation et d’un nationalisme belliciste. Le nationalisme bascule alors à droite. C’est l’époque, où naît par ailleurs le socialisme : - le socialisme a un lien avec la révolution française autour des réflexions de Babeuf.5
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Michel Winock, Les sources du socialisme français.

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Le 1er tiers du XIXe voit la naissance d’un socialisme utopique. À la fin des années 1830, se forme un socialisme à la française. Deux courants apparaissent ainsi : un courant blanquiste (ou socialisme révolutionnaire) Ce courant se rattache au courant républicain par fidélité à la révolution française, et il est marqué par un fort anticléricalisme. Il prône la révolution par l’insurrection, et envisage une nouvelle société sans classes, dans laquelle le salariat aurait disparu, un monde nouveau, sur les bases de justice et d’égalité. Le stade ultime en est le communisme avec la gestion en commun des terres et de l’industrie. - Le courant de Proudhon envisage la socialisation des biens et remet en cause, le rôle de l’état dans la société. Il définit des principes fédératifs : une société fondée sur l’individu, unie au sein d’une commune. L’état central doit en effet avoir uniquement un rôle d’impulsion du pays vers le progrès. Il souhaite une organisation de la société dans un cadre national et international. À la fin du XIXe, émerge le marxisme. Jules Guesde l’introduit en France; et crée le POF, qui critique le régime républicain et fait de la propagande révolutionnaire. Jaurès défend plutôt un socialisme réformiste (1905 : SFIO). Michel Winnock considère que le socialisme français procède de cinq courants : - l‘imaginaire utopique, - une philosophie de l’histoire, - une critique de l’économie politique, - une base politique : avec aspiration à la démocratie et - une base sociale le prolétariat industriel.

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L’imaginaire utopique est à la fois le lieu (topos) du Bien et une région qui n’existe pas, ou outopos6 Il décrit un voyage fictif dans une région qui n’existe pas. 150 titres sont publiés en France sur ce thème, entre 1700 et 1789. Des projets d’organisation sociale, dans un souci éthique ou philosophique, sur le modèle de la République de Platon. D’une manière générale ce terme d’utopie est très ambigu. Il a une origine : due à Thomas Moore, qui en fait un ailleurs paradisiaque inatteignable. Lorsqu’il est appliqué au socialisme, il veut au contraire dire qu’il est une sorte de socialisme anticipé. Mais ils sont très vite considérés comme de dangereux, fous. C’est du reste vers 1880, que Marx et Engels, ont opposé, le socialisme « scientifique », au socialisme utopique des précurseurs, qui du reste n’acceptaient souvent pas ce terme.7 Ils le remplacent du reste, par une notion de philosophie de l’histoire. En fait un sens précis de l’utopie est nécessaire, tant sont ambiguës, les définitions et les conséquences, que l’on a pu donner à ce terme. Dans le sens courant, l’utopie est un rêve irréalisable. Thomas More fut le premier à utiliser ce mot pour désigner la société parfaite qu’il imaginait. L’utopie est un bon lieu inexistant. Elle est, dira Jean-Jacques Wunenburger, « la relation de l’imagination historique avec cet ailleurs qui n’est jamais tout à fait nulle part, et qui nous déporte toujours vers du nouveau. Certains penseurs considèrent les utopies, comme des choses positives, qui favorisent le progrès de l’humanité; d’autres les considèrent comme une invitation au totalitarisme.
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Thomas Moore D. Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817 Flammarion éd, 1971, p. 25.

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Pour comprendre ces interprétations opposées il faut situer l’utopie par rapport à l’idéal et par rapport à l’idéologie, de justice par exemple. Elle est inaccessible à la manière d’une étoile. On sait qu’on ne l’atteindra jamais, mais on peut espérer faire de modestes progrès vers le bien, en le prenant comme repère dans la nuit de l’action. Solon, le fondateur du premier état de droit, est l’homme qui avait pris un idéal de justice comme guide, sans se faire d’illusions sur les obstacles auxquels il se heurterait en chemin. Les pires crimes lui paraîtront alors justifiés. Est-il besoin d’évoquer ici le souvenir de Staline, d'Hitler et plus près de nous, de Saddam Hussein. Les cités idéales de Platon, de saint Augustin ou de Thomas More sont plus proches de l’idéal que du réel; d’autres comme le projet de Staline, celui de Marx ou celui des millénaristes libéraux actuels, sont plus proches du réel. Aldous Huxley cite au début du Meilleur des mondes : « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante. Comment éviter leur réalisation définitive? Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société moins "parfaite" et plus libre8 ».
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« L'histoire de l'utopisme est celle de la Tour de Babel que toute l'humanité a bâtie pour atteindre les hauteurs du ciel La tentation à laquelle les utopistes succombent est aussi permanente que notre imparfaite condition qui a sa racine dans le péché originel. On pourrait même dire que cet utopisme est la tentation originelle. Comme toutes les tentations, il doit être combattu. Mais penser qu'il peut être réduit pour toujours est une folie semblable à l'utopisme lui-même. Un pessimisme déraisonnable au sujet de l'individu et un optimisme aussi

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