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Stéphane Bellocine
Le Témoin du temps
Conte philosophique et musical
« Dès le début du conte, le personnage central déclare qu’il “fotte
littéralement dans un univers sans gravité”. Plus tard, il évoque
des vues magiques d’étoiles, de galaxies, de trous noirs... Le Témoin du temps
Pourtant, en tant que responsable en France des vols spatiaux
habités, je n’ai jamais rencontré le héros du roman... Pour la simple
Conte philosophique et musicalet bonne raison qu’il n’est pas astronaute ! C’est son cerveau qui
vagabonde dans l’espace, pas son corps.
Au fl de ses voyages, il va faire une rencontre capitale : le Témoin
du Temps. Le Témoin va lui faire faire d’étonnantes découvertes.
Mais, au fnal, c’est à la découverte de lui-même que le héros est
confronté... »
François Spiero (Centre National d’Études Spatiales)
Né à Cuba et ayant grandi successivement en
Afrique du Nord, à Berlin-Est et au Moyen- Préface de Ilya Platov
Orient, Stéphane Bellocine a fait des études
d’ingénieur en France. Aujourd’hui entrepreneur
dans l’innovation, il est aussi amoureux de
la littérature et des arts en tant que vecteurs
d’émotions, capables de donner du sens à la vie.
Ce livre en est un exemple, avec ses renvois numériques à des
enregistrements musicaux qui viennent accompagner la démarche
philosophique.
Livre contenant des QR codes.
Montage de couverture : Studio Oxyane.
ISBN : 978-2-343-02118-8
18 €
Stéphane Bellocine
Le Témoin du temps






Le Témoin du temps


Stéphane Bellocine



Le Témoin du temps



Conte philosophique et musical








Préface de Ilya Platov






























Les QR codes sont lisibles grâce à une application
téléchargeable gratuitement sur internet, comme
Mobiletag ou i-nigma, selon le modèle du téléphone.
Il suffit ensuite d’ouvrir l’application et de pointer le
téléphone sur le QR code comme pour prendre une
photo. Un lien apparaîtra automatiquement, il faut
cliquer dessus pour que l’enregistrement s’affiche.
Déclencher ensuite l’écoute en touchant « Play » sur
l’écran de son téléphone.





© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02118-8
EAN : 9782343021188








Remerciements à Jay Gottlieb,

epianiste majeur du XX siècle ,
lauréat de la Fondation Yehudi Menuhin,
titulaire du Prix de la Fondation Rockefeller (New York)
et de la la National Endowment for the Arts (USA),
pour l’aide précieuse qu’il m’a apportée dans mon travail
sur le temps musical.











Remerciements au Conservatoire Jean-Baptiste Lully
de Puteaux pour avoir permis d’effectuer
les enregistrements consultables dans le texte
Enregistrements réalisés le 27 février 2014















Piano : Xavier Mital, premiers prix de piano et de musique
de chambre du Conservatoire National Supérieur
de Musique de Paris
Direction artistique : Marine Perez
Ingénieur du son : Julien Parouty

Préface
Le Témoin du Temps de Stéphane Bellocine se présente comme
un voyage initiatique au cours duquel le personnage principal,
candidat à « l’Election Suprême » dans la galaxie, est amené à se
remettre en cause à travers sa confrontation dans un rêve programmé
avec un personnage énigmatique, le « Témoin du Temps ». Cette
quête est entrecoupée par une série de dialogues censés amener le héros,
M. Polis, à prendre conscience du sens et de la valeur du temps. Bien
que le décor mélange la science-fiction avec des phénomènes typiques de
la « société du spectacle » contemporaine (téléréalité, démagogie
politique), ce n'est en fin de compte qu'un prétexte pour engager une
réflexion philosophique sur le temps. Plusieurs raisons nous poussent
à nous intéresser de près à cet ouvrage.
Premièrement, malgré l’impressionnant effort fait par la
èmephilosophie au 20 siècle pour placer le temps au cœur de ses
préoccupations, le sens de celui-ci semble échapper de plus en plus à
nos contemporains. Bien que cette époque, plus que n’importe quelle
autre, soit obsédée par la crainte de « perdre du temps », dans notre
quotidien nous devons faire de plus en plus avec un temps
fragmenté, morcelé par les divers « emplois du temps » et autres
échéances, dérangés par les sonneries de nos appareils, submergés par
le flux incessant de l’information et les diverses « actualités » qui
nous font perdre le sens de l’Actuel. Il est donc important que nous
puissions faire une pause et considérer l’importance du temps pour
nous-mêmes et pour notre nous-mêmes-avec-les-autres. Dans le climat
intellectuel d'aujourd’hui, marqué par une certaine morosité, le conte
philosophique de Stéphane Bellocine est particulièrement bienvenu, car
il nous invite à prendre distance vis-à-vis de ce que le monde actuel
9
considère comme vérités premières: l’argent, la démagogie, l’affairisme
généralisé – bref, tout ce que Nietzsche considérait comme étant
l'attribut du « dernier homme », et que Martin Heidegger
caractérisait comme le règne de l'anonyme « Das Man ». Dans
cet univers où triomphe l’individualisme le plus étriqué, « l’histoire est
un cauchemar dont je cherche à m’éveiller », comme le dit un
personnage de James Joyce.
Stéphane Bellocine nous invite à opérer un changement radical de
perspective qui s'apparente à une conversion et permet de retrouver le
sens de toutes les dimensions de l'existence humaine dans leur
authenticité. Les « maladies du temps » dont le chapitre X fait
l’inventaire peuvent ravager des civilisations tout entières. La maîtrise
du temps peut donner un pouvoir sur le monde, mais il peut
également conduire à sa perte si le temps n’est appréhendé que sous
l’aspect de la mesure, réduite à son aspect extérieur, ou bien à sa
dimension psychologique subjective. Dans les deux cas, l’origine et le
sens du temps tendent à se perdre. L’inauthentique se présente sous de
nombreux aspects dans le conte : l’agitation du démagogue M.
Populo, les recherches de l’effet de M. Pioul ou la poursuite de
l’argent, « étalon d’infortune ». Malgré l’adage « le temps c’est de
l’argent », c’est plutôt l’argent qui est le temps, qui prend tout le
temps. Ironiquement, c’est la téléréalité qui tient lieu de la réalité
dans le conte. L’argent est une forme d’autonomie qui réclame une
souveraineté inaliénable sur la vie, affirme le Témoin du Temps.
Cette « maladie du temps » est le fruit de l’ignorance, dont le hasard
n’est qu’un nom d’emprunt.
Deuxièmement, malgré cette succession indéfinie de
« maintenants », nous gardons obscurément conscience de l’importance
du temps pour notre existence. Nous cherchons alors une réponse, et
nous la trouvons dans le mythe qui est une tentative pour comprendre
l’énigme du temps. Le véritable héros de notre époque n’est-il pas celui
qui est capable d’affronter et de percer l’énigme du temps et de la
communiquer aux autres ? Dès les premières pages du conte, nous
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sommes confrontés au côté ravageur du temps qui précipite la fin du
monde et menace de rendre caduque toute entreprise humaine. Nous
sommes violemment plongés dans un véritable Götterdammerung
wagnérien qui consume le monde par l’eau et les flammes : « Et
bientôt, ce sont les immensités des eaux bordant ma patrie qui
accourent vers moi à vive allure ». Ces premières pages sont parmi les
plus réussies de Stéphane Bellocine. Cependant, cet arrachement a
aussi un côté positif : le présent vécu comme une simple actualité est
dépassé, absorbé par le « noir sidéral » dans lequel plonge le
personnage principal. En effet, la phase négative est suivie d’une
phase positive qui nous permettra de découvrir progressivement le sens
et la valeur du temps en tant que possibilité de la liberté et
l'importance du temps conçu comme l'apprentissage de celle-ci.
Le héros principal est guidé dans sa quête du sens du temps par ce
« Témoin du Temps », un personnage qui garde le mystère sur ses
origines, mais qui semble réunir en lui à la fois le caractère destructif
et constructif du temps. Ce guide s’avère nécessaire, car, comme il le
dit lui-même, le « temps est un labyrinthe » (chapitre V). Avec cette
image du labyrinthe, nous avons la confirmation que le récit sera bel
et bien celui d’une quête initiatique. Le labyrinthe comme métaphore
a derrière lui une très riche histoire qui remonte au moins jusqu’à
Minos. Ce n’est pourtant pas tant la richesse sémantique de cette
image traditionnelle qui nous importe ici, mais plutôt le fait qu’elle
surgit presque spontanément à chaque fois que l’on tente d’ordonner le
caractère fragmenté du temps et qui illustre bien le sentiment de
désorientation qui en est la conséquence. Le parcours dans le
labyrinthe est éminemment anxiogène, et exige des choix permanents
susceptibles de conduire au salut ou à la perte. Le désir de délivrance
et d’au-delà accompagne en permanence celui qui le parcourt. Il est
intéressant d’assister au renversement de cette métaphore dans le
conte : le labyrinthe devient la représentation de la pluralité des
chemins de la liberté, et ses corridors infinis et ses nœuds et ses bras
sont semblables à la vie de chaque individu, faite d’instants multiples,
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nécessaires pour établir le contact avec autrui et avec le Beau, le Bien
et le Vrai. Point de Minotaure dans le labyrinthe de Stéphane
Bellocine.
Il est probable que le lecteur sera surpris par l’intervention de ce
personnage intimidant au début, indispensable par la suite, qu’est le
Témoin du Temps. De par son apparence il ressemble d’une part au
Wotan wagnérien (oeil noir, chapeau) et d’autre part à la tête géante
du poème Rouslan et Ludmila du poète russe Alexandre
Pouchkine (1799-1837). Comme chez Pouchkine, le héros croise la
tête du géant à un moment décisif de son existence, et il doit le vaincre
pour s’emparer de l’épée qui lui permettra de vaincre le sorcier
ravisseur de sa fiancée. Bien que le Témoin du Temps incarne la
réalité menaçante du temps, c’est aussi grâce à lui que le héros sera
capable de déjouer les pièges et les « maladies du temps ». Il a pour
mission d’apprendre à soulever le voile d’ignorance pour découvrir que
le temps est « l’image mobile de l’éternité » (Platon).
Bien que le temps soit un thème privilégié de la réflexion
èmephilosophique au 20 siècle, il faut souligner que les préoccupations s du Témoin du temps rejoignent celles de certains
philosophes russes, préoccupés eux aussi par le destin de l’homme et
sa liberté, le sens du temps et de l’histoire. On peut en particulier
esquisser un rapprochement avec la pensée de Lev Karsavine
(18821952) qui soutenait que le sens du temps était à rechercher dans son
« omnitemporalité », la plénitude des temps, par analogie avec
l'unitotalité qui englobe aussi bien l’Un que le Multiple.
Empruntant aux philosophes de la Renaissance l’image du cercle
dont le centre est partout et la circonférence nulle part, le centre
contient pour lui l’infini des potentialités dont chaque personne
actualise pour un temps l’une d’entre elles avant de retourner vers le
centre. Comme chez Karsavine, la mort et le mal sont présentés dans
le Témoin du temps comme étant ontologiquement nécessaires, un
passage par un centre qui contient tout en puissance. Les âmes noires
qui alimentent le moteur au centre du monde sont indispensables au
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bon fonctionnement de l’univers vu par Stéphane Bellocine, sans que
l’on doive pour autant interpréter cette image dans un sens utilitaire
étroit. L’utilité de l’action – que ce soit de l’individu ou de l’homme
politique – doit être mesurée par sa contribution à l’œuvre de
fraternité de tous les êtres. « Et l’on peut rencontrer la félicité absolue
et ultime lorsque l’instant vécu devient éternel, c’est-à-dire le temps
qui vous précède immédiatement est égal à celui que vous vivez et
aussi à celui qui va suivre comme aux instants de ceux qui vous sont
chers », peut-on lire dans la conclusion du Témoin du Temps. Le
temps dont il est question n’est pas le temps de l’absence, mais un
temps « pour » quelque chose, un thème de Heidegger que l’on relève
souvent dans ce conte philosophique : le temps de l’action politique, le
temps du recueillement ou bien d’un décentrement radical de la
personne. Pour l’individu, retrouver l’unité intérieure vis-à-vis du
monde et des autres réside justement dans la prise de conscience de son
caractère temporel. L'homme s'approche de la perfection en liant
ensemble tous les moments de son existence : « heure exquise qui nous
grise ».
Le personnage principal du conte est aussi sans cesse confronté
aux risques de se perdre, de s’égarer. C’est ici que la métaphore de la
route – « chemin de vie » prend sa signification pleine et entière :
Rouslan rencontre la tête du géant sur un antique champ de bataille
jonché d’ossements des guerriers morts.
L’autre grand thème du Témoin du Temps est l’Eternité
accessible à travers l’émotion esthétique, et plus particulièrement la
musique qui en forme la toile de fond. Il faut être mélomane pour
apprécier ce conte à sa juste mesure. La musique est le moyen de
suspendre le temps et de retrouver le soi authentique, de restaurer
l’harmonie entre la vie personnelle et collective. Pour Saint Thomas
d’Aquin, le chant est « l’exultation de l’âme possédée par les réalités
éternelles ». Il y a un lien entre la musique et l’omnitemporalité
évoquée plus haut. Il existe un lien subtil entre la musique et les
paroles, et il existe une « musique des mots » qui désire retrouver
13
l’unité originelle. La « mise en abîme » du premier chapitre illustre
parfaitement cette vocation de la musique à réaliser l’unité du temps
et de l’éternité : « c’est en de tels moments qu’on peut véritablement
mesurer combien la musique s’adresse à l’être tout entier, et non aux
sens et à l’esprit seul », raisonne le personnage principal, M. Polis.
La musique exprime ici la joie d’être en chemin vers la réalisation de
son propre destin, ainsi que la crainte de disparaître au bout d’un tel
voyage (la réalisation de soi y est apparenté à la mort – encore un
thème karsavinien).
La meilleure partie de l’ouvrage est encore les divers voyages
imaginaires auxquels participe le héros dans sa quête initiatique qui
doit lui permettre d'accéder à la fonction de dirigeant de la galaxie.
Ces voyages à travers des mondes étranges et déroutants permettent
d’actualiser le temps vécu à travers la succession d’expériences qui
obligent le personnage principal à se remettre en cause. Le tableau
stellaire du chapitre II fait de contrastes entre noirs et blancs met en
scène la transition entre les deux manières de vivre le temps. Ils
permettent aussi à faire contrepoids au caractère un peu trop
ratiocinant des dialogues. S’il y a d’ailleurs un petit reproche à faire à
l’auteur, c’est le caractère parfois trop omniscient du Témoin du
Temps, qui fait pendant à la naïveté elle aussi trop appuyée du
personnage principal.
Troisièmement, la conscience du temps et sa nature musicale a une
incidence directe sur la conception de la politique. Tel un livre de
sagesse chinoise ou bien un dialogue de Platon, les interrogations du
Témoin du Temps s'adressent tout à la fois à l'individu, au citoyen et
au dirigeant politique. Pour Stéphane Bellocine, la connaissance de
soi, de la temporalité de l’existence est la condition d’une action
politique raisonnable et efficace. La télérealité, avec son voyeurisme
érigé en principe politique, contribue d’une manière surprenante à la
revendication d’une transparence quasi rousseauiste et quelque peu
utopique. On aboutit alors à la conception du politique vue comme
une « histoire d’amour » (titre du dernier chapitre). L'ouvrage est
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hanté par cette nostalgie de rapports sociaux authentiques. Le
dirigeant politique idéal serait ainsi celui qui, à l’instar du légendaire
héros sumérien Gilgamesh a « tout vécu », qui s’est remis en cause et
qui a su regarder la mort en face. De son côté, le « citoyen est un
compositeur sur un livret proposé par le politique ». Il est peu de
chance qu’un tel appel soit entendu vu la situation dans laquelle le
monde se trouve aujourd’hui, qui n’a d’ailleurs en ce sens que très peu
changé depuis l’époque de Gilgamesh. La réflexion sur le temps est
indissociablement liée à celle sur l’éternité.
Nous ne pouvons pas prétendre, dans cette courte préface, épuiser
toute la richesse philosophique du conte de Stéphane Bellocine.
Souhaitons simplement que le lecteur puisse lui aussi accomplir son
périple avec à ses côtés un compagnon aussi réconfortant que le
Témoin du Temps, et nous espérons que ce conte sera lu avec
l’attention qu’il mérite par « toutes les parties concernées ».

Ilya Platov

Maître de Conférences à l’Institut National
des Langues et Civilisations Orientales
Professeur à la Schiller International University
Docteur en Etudes Slaves
Membre associé du CREE
(Centre de Recherches des Etats post-soviétiques)
Membre associé du WAIS (World Association
of International Studies), Université de Stanford
Membre du conseil d’administration
de l’Association des Amis de Léon Tolstoï
Secrétaire de la Société Vladimir Soloviov

Octobre 2013


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