Lectures phénoménologiques de Mallarmé

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Rencontrer l'oeuvre de Mallarmé... Sartre, Derrida, Lyotard, Badiou ont relevé ce défi en interrogeant les poèmes de Mallarmé. Ils ont essayé de dévoiler la structure intime d'une phénoménalité qui plonge son lecteur dans l'espace d'une absence, dans un lieu pré-textuel en dehors du logos. Ces lectures ont eu le mérite de traverser les paradoxes du Néant qui hante Mallarmé. Elles montrent la manière dont notre poète travaille le signe en le vidant de sens.
Publié le : mercredi 1 juin 2011
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EAN13 : 9782296461017
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Lectures Pnoménologiques de Mallarmé
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet,DominiqueChateau, Jean-Marc Lachaud etBrunoquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.
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Salvatore Grandone
LECTURES PHÉNOMÉNOLOGIQUES DEMALLAR
©LHarmattan,2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-54733-9 EAN : 9782296547339
INTRODUCTION
LAPHÉNOMÉNOLOGIE ET MALLARMÉ
1 Position du problème
La pensée du rapport entre la phénoménologie et l'œuvre mallarméenne se présente très problématique, car les deux termes de la relation sont ambigus. En effet, ils ne se prêtent pas à une simple définition. En outre, la relation entre la phénoménologie et Mallarmé est un cas spécifique du rapport entre la philosophie et la poésie et, de manière plus étendue, entre la philosophie et l'art. Par conséquent, avant même de poser et de définir l'espace de croisement entre la phénoménologie et l'œuvre mallarméenne, semble nécessaire un encadrement de la question à l'intérieur d'une élucidation synthétique du rapport entre la philosophie, l'art et la poésie. Commençons donc par quelques réflexions de A. Badiou qui fournissent un aperçu clair de la façon dont s'est articulé ce rapprochement.
2 Le rapport philosophie-art
Dans lePetit manuel d'inesthétique, le philosophe français remarque que le rapport entre la philosophie et l'art s'est structuré, au cours de l'histoire de la pensée occidentale, de deux manières.
Puisque ce qui nous requiert est le nouage de l'art et de la philosophie, il apparaît que, formellement, ce nouage est pensé
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sous deux schèmes. Le premier, je le nommerai le schème didactique. La thèse en est que l'art est incapable de vérité, ou que toute vérité lui est extérieure. (…) Plus précisément : que l'art est l'apparence d'une vérité infondée, inargumentée, d'une vérité épuisée dans son être-là. (…)Il est donc requis de dénoncer la prétendue vérité immédiate de l'art comme une fausse vérité, comme le semblant propre de l'effet de vérité (...).Acette injonction éducative s'oppose absolument ce que j'appellerai le schèmeromantique.La thèse en est que l'artseulest capable de vérité.Et qu'en ce sens il accomplit ce que la philosophie ne peut qu'indiquer.Dans le schème romantique, l'art est le corps réel du 1 vrai. (…) l'art est l'absolu comme sujet, il est l'incarnation.
Certes, la synthèse proposée parA.Badiou peut sembler trop simpliste, mais elle saisit un élément essentiel du rapport entre la philosophie et l'art. La première s'est approchée du second seulement à partir de la question de la vérité.Autrement dit, qu'il soit glorifié ou banni, l'art ne joue un rôle dans la réflexion philosophique que par la compréhension qu'il peut (ou ne peut) donner de la vérité. Cela est aussi visible dans cette approche qui, au moins depuisAristote, limite l'art à une fonction thérapeutique – c'est notamment la fonction encore attribuée par les analyses psychanalytiques des œuvres d'art. En fait,A.Badiou corrige sa première hypothèse – qu'il existe seulement deux schèmes du rapport art-philosophie – et repère un troisième schème.
Entre le bannissement didactique et la glorification romantique (d'un « entre » qui n'est pas essentiellement temporel), il y a, semble-t-il, un âge de paix relative entre l'art et la philosophie. (…) N'est-ce pasAristote qui a déjà signé, entre art et philosophie, une sorte de traité de paix ? (...) L'art a une fonction thérapeutique, et non pas du tout cognitive ou révélante. L'art ne relève pas du théorique, mais de l'éthique (au sens le plus large du terme). Il en résulte que la norme de l'art est son utilité dans le traitement des
1A.Badiou,Petit manuel d'inesthétique, Paris, Seuil, 1998, pp. 10, 11, 12.
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affections de l'âme. (…) Tout d'abord, le critère de l'art est de plaire. (...). La « ressemblance » au vrai n'est requise que pour autant qu'elle engage le spectateur de l'art dans le « plaire », c'est-à-dire dans une identification, laquelle organise un transfert, et donc une déposition des passions. (…) Cette imaginarisation d'une vérité, délestée de tout réel, les classiques l'appellent la 2 « vraisemblance ».
Même pendant « l'âge de paix », l'art continue de maintenir un rapport à la vérité. En dépassant les remarques de A. Badiou, tout en restant à l'intérieur des coordonnées de son analyse, on pourrait dire que l'approche thérapeutique de l'art n'arrête pas la polémique, au sens étymologique du terme, entre la philosophie et l'art, car celui-ci est encore contraint dans l'horizon de la vérité comme vraisemblance. Autrement formulé, ce qui semble engendrer un conflit éternel entre la philosophie et l'art est le présupposé que l'art entretienne un rapport à la vérité, ce qui provoque l'intervention polémique de la philosophie. Comme la vérité est une des questions fondamentales de la philosophie, cette dernière a voulu à tout prix l'exclusive sur la "véritable vérité". En fait, l'approche romantique cache à son tour une force polémique qui est d'autant plus marquée qu'elle essaie de la dissimuler. En glorifiant la vérité pure et originaire dont l'art serait porteur, la philosophie romantique – dontHeidegger représenterait, d'aprèsA.Badiou, un épigone – se pose comme la seule à être en mesure de la dévoiler dans toute son extension.
3 Le rapport poème-philosophie
Le rapport entre la philosophie et le poème ne sort pas de cet encadrement plus général. Lisons encoreA.Badiou :
2 Ibid., pp. 13-14.
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Dès les Grecs, ont été rencontrés et nommésles trois régimes possibles du lien entre poème et philosophie. 1) Le premier, que nous dirons parménidien, organise la fusion entre l'autorité subjective du poème et la validité des énoncés tenus pour philosophiques (...) 2) Le deuxième, que nous dirons platonicien, organise la distance entre le poème et la philosophie. Le premier est tenu à l'écart d'une fascination dissolvante, d'une séduction diagonale au Vrai, et la seconde doit exclure que ce dont elle traite, le poème puisse en traiterà sa place(…). 3) Le troisième, que nous dirons aristotélicien, organise l'inclusion du savoir du poème dans la philosophie, elle-même représentable comme Savoir des savoirs. Le poème n'est plus pensé dans le drame de sa distance ou de son intimité proximité, il est prisdans la catégorie de l'objet,dans ce qui (...) découpe dans la philosophie une discipline régionale. Cette régionalité du poème fonde ce qui 3 sera l'Esthétique.
Il est intéressant de remarquer queA.Badiou ne parle pas du lien qui existe entre la philosophie et la poésie, mais de celui qui relie la philosophie et le poème.En effet, le mot ''poésie'', qui dérive du grecpoiesis,est un terme qui renvoie au faire, au produire.Chez Heidegger, le privilège du terme poésie à la place de poème signale une mise au premier plan de l'œuvre poétique commealétheia, dévoilement de l'être, qui ne peut être 4 tel que par un résidu de voilement indépassable .A.Badiou
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A.Badiou,Conditions, Paris, Seuil, 1992, pp. 96-97. "Lorsque Heidegger évoque l'étymologie du mot «dichten», il fait également un choix politique. Il rappelle que «Dichtung » vient du vieux-haut-allemand «tithon» qui est apparenté au latin « dictare », fréquentatif de «dicere».Cette indication, dit Heidegger, ne nous apprend pas grand-chose. Le terme « poetisch » provient de «poiesis», faire, fabriquer, produire.Ce terme se tient dans le même champ sémantique que « tithon », avec une acception plus large.Ce fait n'est pas d'une aide substantielle en ce qui concerne l'essence du « poetisch » ou « dichterisch ». Heidegger remarque cependant qu'une indication nous est donnée dans la parenté entre « tithon » et « dicere », en ceci que tous deux ont la même racine que le grec «deiknumi» : montrer, rendre visible, manifeste (HH 28/40).En mettant la «Dichtung» en rapport avec
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choisit donc le mot poème, car il est conscient que le rapport deHeidegger à la poésie est seulement un des modes possibles, mais pas l'unique ou celui auquel tous les autres seraient reconductibles.En fait, d'aprèsA.Badiou, l'approche de Heidegger est même un retour au premier type de rapport : 5 celui conçu par Parménide et Héraclite . Or, en élaborant un trait d'union entre ces dernières remarques sur la relation entre la philosophie et le poème et les précédentes sur le rapport, plus général, entre la philosophie et l'art, on constate que la mise au jour de ce nouveau couple va compliquer la polémique vérité philosophique / vérité artistique.En effet, la philosophie se développe historiquement à l'intérieur de l'horizon poétique, ce qui relèverait d'une sorte d'hybridation entre les deux vérités, laquelle accentue l'élément
«deiknumi», Heidegger peut ainsi disqualifier l'articulation sémiotique, en évidant le texte dans lequel le poème apparaît ; le poème est de l'ordre du montrer, non de l'inscription ou de l'articulation des signes. (…) Heidegger fait usage d'une double stratégie afin de préserver l'œuvre de sa dissemination de signes.D'une part, il accentue l'aspect de manifestation de la poésie, ce qui d'ailleurs légitime sa préservation au nom de ce qui est « purement » montré ; d'autre part, toute forme de méditation sémiotique doit être exclue comme n'appartenant pas proprement à la poésie.En bref, il s'agit pour Heidegger d'enfermer la poésie dans le domaine de la monstration et de rejeter tout caractère « littéraire », sémiotique ou textuel comme n'étant qu'une simple apparence" (P. Vadelvelde,L'exemple de lalittérature, dansAA.VV.,Lavoix des phénomènes, contributionsàune phénoménologie du sens et desaffects, sous la direction de R.Brisart et R.Célis,Bruxelles, Publication desFacultés universitaires de Saint Louis, 1995, pp. 128-129). 5 "Malheureusement, dans son montage historial, et plus particulièrement dans son évaluation de l'origine grecque de la philosophie, Heidegger n'a pu (…) querevenirsur le jugement d'interruption et restaurer, sous des noms philosophiques subtils et variés, l'autorité sacrale de la profération poétique, et l'idée que l'authentique gît dans la chair de la langue. Il y a une profonde unité entre, d'une part, le recours à Parménide et Héraclite, considérés en tant que découpe d'un site pré-oublieux, et l'éclosion de l'Être, et, d'autre part, le pesant et fallacieux recours au sacré dans les analyses de poèmes plus contestables, spécialement les analyses de Trakl" (A.Badiou,Conditions, p. 98).
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de conflit lorsque la vérité philosophique veut prendre ses distances par rapport à la vérité poétique. Ce n'est pas l'objet ici d'analyser la naissance de la philosophie de la poésie et du mythe. Limitons-nous plutôt à souligner une pétition de principe dans l'analyse de A. Badiou : elle est commune, entre autres, à toute approche philosophique de l'art et de la poésie – même, nous le verrons, chez des philosophes comme Derrida qui déconstruisent de l'intérieur la possibilité même d'un rapport entre art et vérité. La philosophie aposéde manièreaxiomatique que l'art et lapoésie aient nécessairement un rapportavec lavérité.Or, s’il est vrai qu'en se développant à l'intérieur du logos, les deux déploient un certain rapport à la vérité qui se définit historiquement, cela ne veut pas dire que leur tâche, leur but ultime soient la monstration du mouvement de la vérité ou l'incarnation d'une vérité sensible. C'est la reconstruction philosophique de l'histoire de l'art et de la poésie qui amène à cette conclusion. Mais il s'agit d'un postulat qui ne va pas de soi, surtout dès que l'on examine certaines œuvres poétiques, comme la mallarméenne, qui défont les règles de la syntaxe et de la construction de sens.Dans ces cas, il semble que la poésie cherche à sortir de la vérité pour atteindre un lieu vidé de sens qui se déploie de manière a-logique. Certes, on pourrait encore avancer l'hypothèse selon laquelle, 6 en concevant la vérité de manière soustractive (A.Badiou) ou 7 comme une co-appartenance originaire au néant (Heidegger) ,
6 "Il faut garder (…) la conviction que la vérité est anonyme, qu'elle surgit à partir du vide (…) c'est à partir de ce vide que le sujet se constitue comme fragment du processus d'une vérité" (A.Badiou,Petit manuel d'inesthétique, op. cit., pp. 87-88). 7Apropos de l'important texte heideggerienQu'est-ce que lamétaphysique ?a été justement remarqué : "Le texte traditionnel et le plus connu de la référence concernant l'interprétation heideggérienne du néant demeure Qu'est-ce que lamétaphysique ?(1929). S’il s'agit là d'une approche explicite, d'ampleur et essentiellement consacrée au néant, il faut pourtant se garder d'y voir le dernier mot de l'auteur sur un problème qu'il aurait par la suite abandonné.Qu'est-ce que lamétaphysique ?est à la fois un texte définitif et provisoire.Définitif, parce qu'il porte au jour de façon
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