Les cathédrales sauvages de la philosophie de la nature et des espaces protégés

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Le présent ouvrage investit modestement l'histoire, la philosophie et la sociologie au regard des "espaces protégés" des Alpes, sorte de prismes de nos modalités environnementales. Il esquisse d'abord une histoire de nos sensibilités envers l'environnement ; il parcourt ensuite les philosophies de la nature et leurs grands concepts; enfin, il analyse les Alpes, ces "cathédrales sauvages", dont l'usage atteste toute la complexité et la nécessité de nouvelles politiques environnementales.
Publié le : lundi 1 mars 2004
Lecture(s) : 55
EAN13 : 9782296353725
Nombre de pages : 154
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Les cathédrales sauvages

Ouverture Philosophique Collection dirigée par Bruno Péquignot et Dominique Chateau
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professiolmels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronolniques. Déjà parus Benjan1in DELANNOY, Burke et Kant interprètes de la Révolution française, 2004. Christophe COLERA, Individualité et subjectivité chez Nietzsche, 2004. Samuel DUBOSSON, L'imagination légitimée. La conscience imaginative dans la phénoménologie proto-transcendantale de Husserl, 2004. Pierre V. ZIMA, Critique littéraire et esthétique, 2004. Magali PAIL LIER, La katharsis chez Aristote, 2004. Philippe LAURIA, Cantor et le transfini, 2003. Caroline GUIBET LAF A YE, Kant. Logique du jugement esthétique, 2003. Manola ANTONIOLI, Géophilosophie de Deleuze et Guattari, 2003 Régis LECU, L'idée de perfection chez Giordano Bruno, 2003 Guillaume ZORGBIBE, Les paradoxes de la loi, Saint Augustin etKierkegaard,2003 Ulrich STEINVORTH, Ethique classique et éthique moderne, 2003. Mohamed Kan1el Eddine HAOUET, Camus et l'hospitalité, 2003. Patricio RODRIGUEZ-PLAZA, La peinture baladeuse. Manufacture esthétique et provocation théorique latinoaméricaine,2003. UCCIANI Louis, La peinture des concepts, 2003

Régis DEFURNAUX

Les cathédrales sauvages

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-6096-1 EAN 9782747560962

Que soient remerciés Madame Isabelle Stengers pour sa disponibilité, ses précieux conseils et sa curiosité bienveillante à l'égard de ce travail; pour son enseignement de la philosophie qui a nourri mes réflexions, Monsieur Etienne Gant y pour ses remarques pertinentes, son écoute attentive et son soutien; pour son enseignement rigoureux de la philosophie, Monsieur Jean Defour pour les longues discussions SlIr les écosystèmes, les milieux aquatiques et les spirales d'ADN: ce mémoire a profité en quelque sorte de sa pratique quotidienne de l'environnement, Monsieur Philippe Lavandy pour le temps consacré aux relectures, pour ses commentaires et nos silences partagés en Ecosse. Je tiens aussi à remercier ceux qui me sont proches et m'ont, à leur façon, beaucoup aidé. Ce travail leur doit beaucoup.

L'antinomie la plus radicale et la plus profonde commence à se découvrir. Sans doute, s'agit-il du conflit qui s'annonce entre le modèle et la voie. Conflit théorique et pratique, politique et philosophique.
Henri Lefèvre

Introduction
L'homme est un être culturel par nature parce qu'il est un être naturel par culture. Edgar Morin

L'espace, des lieux, I'habitat. Le temps, les siècles, les histoires. Entre traces et mémoires, l'Europe vit une relation c11amelleavec la nature. La proximité du sauvage avec la vie partagée par des niches écologiques particulières et des modes de vie singuliers: la conception européenne de la nature a ceci de touchant qu'elle implique une intime connivence. L'Europe a vu se rassembler sur un territoire relativement petit différentes espèces végétales et animales, des formations géologiques remarquables, des aléas climatiques rares. Dans cet écrin, I'Homme a laissé des traces et des mémoires depuis ces années qui se comptent dans la pierre et dans les os. De cette histoire commune, il nous reste bien des siècles plus tard un profond attachement pour cet espace européen qui vit les premiers villages, les premières villes, les premières tombes peintes, ces lieux parlés par un ensemble de langues sœurs, dits par les mêmes racines. Habitations humaines rassemblées sur cette frange océanique au climat tempéré, elles ont imprimé des rites, des rythmes, une trace agraire puis industrielle: une culture. Nous reste cette sensation d'être toujours quelque part, dans un lieu qui fait ou a fait sens, dans un espace qui se donne à penser comme sauvage ou domestiqué: l'Européen serait-il chez lui? Ces lieux sont nos villes, nos campagnes, nos horizons, notre nature, notre milieu. Un dialogue typiquement européen s'est instauré entre des espaces physiques lointains ou proches - nos parcs naturels ou nos

villes - et des espaces symboliques distants ou intimes nos horizons sauvages ou nos quotidiennes géographies. Paroles échangées et déplacements ont nourri une multitude de sensibilités environnementales tantôt hostiles

tantôt favorables. Lieux précaires, modes de vie précaires, jusqu'il y a peu, les glaces et les nuages agençaient I'histoire de la terre et I'histoire des hommes. La technique sous sa forme industrielle questionne et bouleverse cette sensibilité environnementale. Non qu'elle s'oppose par nature à la nature, n1ais que son utilisation particulièrement orientée mette à mall' espace et ceux qui y vivent. Ébranlées par un instigateur économiqlle puissant, nos réflexions sur la nature se sont formulées à nouveaux frais dans ce contexte naissant. L'urgence de l'actualité écologique a amené à considérer une série de questions qui existaient auparavant, mais dont la formulation doit sa nouveauté à l'émergence d'une sensibilité matérialisée par la conscience des risques écologiques encourus. Par ailleurs, notre rapport à la nature engage plus qu'une technique, il intègre une dimension politique qui se doit de faire sens. En d'autres termes, l'agressivité face à la nature ou la contemplation ne sont pas les deux seuls termes du dilemme posé par la controverse environnementale. L'usage social de l'espace articule des attitudes et des attentes disparates dont l'évolution continuelle témoigne du caractère historique et culturel. En outre, le silence et l'indifférence à l'égard des sciences et de la politique appellent à réinvestir au mieux ces deux dimensions qui nous définissent partiellement: I'Homme est-il toujollrs bien cet animal politique et technique?
À l'heure où la diversité biologique et culturelle est touchée de plein fouet, philosopher sur la nature exige d'envisager une justice verte et une justice sociale afin de pallier Ul1epauvreté écologique et culturelle qui s'annonce comme cette nouvelle référence opérationnelle du développement: durable.

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Cet écrit souhaite donc investir modestement les discours historiques et philosophiques sur la nature au regard des «espaces protégés» , ces prismes de nos modalités environnementales. Depuis ces lieux, nOllS allons tenter de montrer combien la conception de la nature relève d'un processus - à l'instar de la nature ellemême. D'un point de vue méthodologique, nous croiserons sans cesse les disciplines de I'histoire et de la philosophie afin de faire profiter la thématique de nos con1pétences. La sociologie servira aussi notre propos bien qu'il serait nécessaire de faire appel à un travail sociologique approfondi afin d'étayer sérieusement les diverses analyses qui seront présentées. Ce texte va explorer le sujet en trois temps. Premièrement, la capacité de distanciation de I'histoire permettra d'éviter ce contresens qui consiste à croire que tout date toujours d'aujollrd'hui, et permettra de montrer tout le chemin parcouru par nos sensibilités. Deuxièmement, une analyse philosophique envisagera les conceptions actuelles de la nature afin de les soustraire à la jonglerie verbale dont elles font l'objet. Enfin, forts du dossier historique et du dossier philosophique, nous analyserons ces «cathédrales sauvages» que sont nos Alpes et les « espaces protégés» qu'elles recèlent. La conclusion proposera un dépassement des acqllis de ce travail.

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