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Les femmes philosophes de l'antiquité gréco-romaine

De
109 pages
On ne s'en doute généralement pas, mais il y eut dans l'Antiquité des femmes philosophes. Leur audience fut grande, au point de laisser trace dans la mémoire des hommes. Peu de points communs entre Hipparchia, la scandaleuse, et Hypathie, lacérée par la foule ; guère de ressemblance entre Aspasie et Eudocie, sinon qu'elles furent toutes deux impératrices. On s'interroge pour savoir par quelle malveillance (ou indifférence), leurs textes, nombreux, ne nous sont pas parvenus. Certaines de leurs attitudes face à l'amour, au pouvoir, au sacré, au langage, ont été reconstituées ici grâce aux doxographes. Pour la première fois, le public français pourra en avoir connaissance.
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Les femmes philosophes de l'Antiquite gréco-romaine

Collection L'ouverture philosophique dirigée par Gérard Da Silva et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. TIs'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astrononuques.

François NOUDELMANN, Sartre: l'incarnation imaginaire, 1996. Jacques SCHLANGER, Un art, des idées, 1996. Ami BOUGANIM, La rite et le rite. Essai sur le prêche philosophique, 1996. Denis COLLIN, La théorie de la connaissance chez Marx, 1996. Frédéric GUERRIN, Pierre MONTEBELLO, L'art, une théologie moderne, 1997.

(Ç)L' Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5242-6

Régine PIETRA

Les femmes philosophes de l'Antiquité gréco-romaine

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Ioe. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

Introduction

"Res ardua vetustis novitatem dare" PLINE On ne s'en doute généralement pas, mais il y eut dans l'Antiquité des femmes philosophes. Comme dans les contes de fées, elles furent toutes d'une grande beauté. Comme le voulaient à l'époque les conditions socioéconomiques, elles étaient le plus souvent issues de familles riches et célèbres, susceptibles non seulement de leur donner éducation et instruction, mais aussi de leur pennettre de fréquenter les milieux où s'élaboraient les savoirs scientifique, rhétorique et philosophique. La tradition veut qu'elles soient toutes d'une intelligence hors du commun, mise au service, souvent d'une ambition, toujours d'une volonté de se faire reconnaître comme philosophes à part entière. Aussi certaines n'hésitèrent pas à s'habiller en hommes afin, sous ce déguisement, de pouvoir suivre les enseignements dont elles étaient conventionnellement exclues. La plupart d'entre elles ont occupé les postes les plus éminents, telle la chaire de philosophie (ou ce qui en était l'équivalent) à Rome (Julia Damna), ou à Alexandrie (Hypatie). D'autres ont pris, à la mort du maître, sa 7

succession: ce fut le cas de Théano, promue à la tête de l'école pythagoricienne. D'autres encore ont joué le rôle, quelquefois légendaire, d'initiatrice: ainsi Diotime et Aspasie auprès de Socrate, par exemple. Quant à leur influence, elle ne semble pas contestable à en juger par les ouvrages importants qui leur furent dédiés: Diogène Laërce dédie à une "femme"1 ses Vies des philosophes illustres, Plutarque à Cléa, grande lectrice, son traité De la vertu des femmes, Damascius à Théodora2 sa Vie d'Isidore, etc. Ces femmes philosophes ont aussi écrit des livres de philosophie. Malheureusement, la totalité de leurs œuvres écrites a été perdue3. Ne nous restent que de rares fragments doxographiques et des témoignages qui seront repris de manière infiniment redondante par ceux qui s'étaient donné pour tâche de rassembler vies et doctrines
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Certains commentateurs suggérèrent que cette femme pourrait être Arria, dont Galien dans le De Theriaca (t.ll) fait l'éloge pour sa compétence platonicienne; d'autres ont pensé à Julia Domna. Théodora, savante en bien des domaines, était issue d'une longue lignée de penseurs (dont Jamblique) pour lesquels la philosophie païenne faisait bon ménage avec l'idolâtrie. Ce fut le cas aussi de beaucoup d'autres œuvres. Il n'y a donc là rien de mystérieux. On peut cependant ajouter, avec Aline ROUSSELLE (Porneia, PUF, 1982, p. 227 sq.) qu'en ce qui concerne, par exemple, les lettres échangées aux lye et ye siècles entre hommes et femmes, seules les lettres écrites par les hommes ont été retrouvées: car, d'une part, ceux-ci gardaient souvent copie de leur envoi, et, d'autre part, les femmes conservaient les lettres reçues, fût-ce le moindre billet écrit à la hâte, ce que les hommes ne faisaient pas. On ne peut donc mettre la disparition des lettres féminines sur le compte de négligences quant à leur forme.

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des philosophes de l'Antiquité. Nous voudrions insister sur ce dernier point que l'on a tendance à oublier: pendant des siècles les mêmes éléments ont été repris, recopiés, interprétés, par ceux qui transmettaient ce que l'on savait de l'Antiquité. En sorte que ces sommes historicophilosophiques - les Stromates de Clément d'Alexandrie, la Bibliothèque de Photius, la Souda - disent, toutes, des choses semblables. On comprendra sans peine la difficulté de notre projet: nous sommes confrontés tantôt à une quasi-absence de documents - telle philosophe, considérée comme importante est mentionnée en une seule ligne -, tantôt à une abondance de dissertations - telle autre, dont le prestige intellectuel et spirituel fut aussi grand que fut atroce sa mort, a suscité l'imaginaire des biographes et donné lieu à des interprétations souvent contradictoires. D'où l'hétérogénéité de notre propos. Si nous n'avons pas renoncé, c'est parce qu'il ne nous a pas paru vain de sortir de l'oubli ces figures de femmes sans lesquelles la philosophie ne serait pas tout à fait ce qu'elle est. Méthodologiquement, nous avons choisi de nous tenir à l'écart du classement alphabétique adopté par certains (Wolt), du classement chronologique ou du classement par écoles (Ménage). Nous avons regroupé sous un certain nombre de rubriques thématiques ces philosophes au mépris de la distance temporelle qui parfois les sépare. Ce point de vue nous semblait susceptible de mettre en évidence sinon des ressemblances, du moins 9

certaines analogies. Précisons que nous ne nous sommes voulue en rien exhaustive. Nous avons laissé dans l'ombre certains visages, dont les traits nous paraissaient trop flous. En revanche, nous nous sommes plus largement étendue sur certaines personnalités, dont les profils multiples ont alimenté l'imagination des écrivains bien des siècles plus tard. Si nous avons puisé notre savoir dans des textes savants auxquels nous renvoyons lorsque besoin est4, notre propos ne se veut en rien érudit. Il n'est pas non plus fantaisiste. Nous avons voulu, pour le lecteur d'aujourd'hui, et à l'aide des documents dont nous disposons, tracer certains portraits de femmes de l'Antiquité, qui ont en commun l'amour de la philosophie. Cette philosophie doit être comprise au sens large, car: d'une part, nos philosophes sont SOlIvent aussi des mathématiciennes, astronomes, quelquefois des astrologues (ces disciplines étaient fort identiques à l'époque) et des magiciennes, fréquemment aussi des rhéteurs et des poètes, et souvent des impératrices ou des femmes dont le rôle et l'influence politique étaient extrêmement grands. Mais elles étaient toujours aussi des philosophes. C'est pourquoi nous avons délibérément exclu de notre propos toutes celles qui, remarquables par ailleurs - pensons à Sappho par
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En nous permettant de donner quelques précisions sur leur auteur, précisions bien inutiles aux spécialistes, mais utiles peut-être à ceux qui ne les fréquentent pas quotidiennement.

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exemple - n'avaient en rien prétendu au titre de philosophe, même si, on le sait, la sagesse pouvait leur être attribuée; d'autre part, nos philosophes appartiennent à des écoles philosophiques différentes: il y a peu de communauté de vues entre Léontium, l'épicurienne, et Porcia, la stoïcienne; quant aux mœurs et à l'éthique d'Hipparchia, la cynique, elles s'opposent totalement à celles d'Hypatie, la néo-platonicienne. Les pratiques langagières de Cléobuline, qui parle par énigmes, semblent tout à fait antithétiques avec celles d'Aspasie, inspiratrice du discours de Socrate dans le Ménéxène. Peut-être est-il utile, afin que le lecteur ne se méprenne pas, de préciser en quelques mots notre position, celle d'une absence d'idéologie, si tant est que cette neutralité puisse avoir un sens. Assurément il peut ne pas paraître gratuit de s'intéresser aux femmes philosophes de l'Antiquité. Bien des hommes l'ont fait: Wolf, Wemsdorf, Ménage, dédiant son ouvrage à Madame Dacier. Si un sujet de recherche a d'autres raisons que le hasard, celles-ci seraient à trouver, sur le plan conscient, - les autres m'échappent comme à tout un chacun - dans l'intention de montrer qu'il Y eut, il y a bien longtemps, des femmes vouées à la philosophie, même si les textes - mais c'est

aussi vrai de bien des textes... mâles - nous font ici défaut.

Il

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Les renseignements principaux sont empruntés à : Diogène Laërce (lIe - Ille siècles ape J.-C.) dans Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, ouvrage de référence pour la biographie des philosophes de l'Antiquité, maintes fois traduit en français: la place accordée à nos femmes philosophes y est restreinte. Clément d'Alexandrie, (Ille siècle), auteur chrétien, qui dans ses Stromates (= le mot signifie «livre bigarré») y consacre les chapitres 19 et 20 du livre IV (en grec et latin dans la Patrologie de Migne). Photius (Ixe siècle) homme à l'érudition étonnante, qui, à Byzance, rassembla dans ce qu'on nomme sa Bibliothèque les comptes rendus de nombreux ouvrages (aujourd'hui disparus), dont ses élèves faisaient lectures (traduction française dans la collection des Universités de France, Budé, 8 vol.). Suidas (Xe siècle) ou plutôt la Souda, sorte d'encyclopédie de l'époque.

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Au XVIIe siècle, un érudit qui joua un grand rôle dans les querelles littéraires du siècle, que Molière moqua sous les traits de Vadius dans Les femmes savantes, mais que Voltaire et Bayle semblent avoir apprécié, traduisit et commenta l'ouvrage de Diogène Laërce. Il y ajouta un appendice, "Mulierum philosopharum historia" dédié à Madame Dacier, traductrice des auteurs grecs et latins. Cet 12