Les Stations de la Sagesse

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Saisir les racines de l'impasse dans laquelle s'est engagé l'esprit moderne, tel est le propos de cette réédition des Stations de la Sagesse, un classique paru pour la première fois en 1953. Les essais réunis dans ce recueil visent à dégager le sens profond des doctrines religieuses et des sagesses traditionnelles pour satisfaire au besoin de causalité et d'intelligibilité propre à l'esprit humain, trop souvent méconnu et négligé par les enseignements religieux fondés sur la seule croyance.
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296460751
Nombre de pages : 166
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Frithjof Schuon
LESSTATIONS DE LASAGESSE
CollectionThéôria
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ES TATIONS DE LASAGESSE
CTHÉÔRIA DIRIGÉEPARPIERREMARIESIGAUD AVECLACOLLABORATIONDEBRUNOBÉRARD
  :
Jean B,Problèmes de gnose, 2007. WolfgangS,Sagesse de la Cosmologie ancienne : les cosmologies  traditionnelles face à la science contemporaine, 2008. Françoise B,Bouddisme et pilosopie : en quête d’une  sagesse commune, 2008. JeanB,La crise du symbolisme religieux, 2009. JeanB,Vie spirituelle et modernité, 2009. David L,Crise des valeurs éducatives et postmodernité, 2009. Kostas M,De quoi Badou est-il le nom ? Pour en finir avec le e  (XX ) siècle, 2009. Reza SK,Sankara, Ibn ‘Arabî et Maître Eckart – La Voie  de la Transcendance, 2010. Marco P,La Voie et la Montagne : Quête spirituelle et  bouddisme tibétain, 2010. Jean H,La royauté sacrée – Du paraon au roi très crétien, 2010. Frithjof S,Avoir un centre, 2010. Kenryo K,Le naturel, 2011.
FRITHJOFSCHUONLESSTATIONS DE LASAGESSE
© World Wisdom P.O. Box 2682 Bloomington, IN 47402, USA www.worldwisdom.com Première édition, 1958, Buchet/Chastel-Corrêa Deuxième édition, 1992 Maisonneuve & Larose
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54938-8 EAN : 9782296549388
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On a souvent dit, et avec raison, que le mal de notre temps vient de la scission entre la foi et la science ; fort paradoxalement, les prémices de cette scission se situent dans la foi elle-même, du moins dans son aspect extrinsèque et subjectif, en ce sens quelle nétait – ou nest  pas suffisamment étayée par des commentaires de carac-tère sapientiel, ou que les raisons sentimentales lemportaient, dans la conscience de la majorité, sur les raisons métapysiques ; lélément intellectuel  ou le besoin de causalité  laissé ainsi en deors de la foi devait finalement se retourner contre celle-ci, mais « par en bas » et sur un plan purement rationnel et matériel. Mais la scission dont il sagit a encore dautres causes tant subjectives quobjectives : dune part, la « mondanité intellectuelle » inaugurée par la Renaissance et par Descartes, avait pour conséquence un affaiblissement de lintelligence contemplative et de linstinct religieux, et dautre part, des faits nou-veaux  découvertes et inventions de tout genre  venaient profiter de cet affaiblissement et semblaient infliger un démenti flagrant aux propositions de la foi. Lomme moderne paraît de moins en moins capable de résister intellectuellement aux suggestions de faits qui, tout en étant de lordre de la nature, écappent â lexpérience ordinaire et normale de lêtre umain ; pour pouvoir combiner, dans une même conscience, le symbolisme religieux du ciel et le fait astronomique de la galaxie, il faut en effet une intelligence autre que simplement rationnelle  â moins dune foi qui nest pas donnée â tout le monde  ce qui nous ramène au problème crucial de lintellection et, par voie de conséquence, â celui de la gnose et de lésotérisme. En tout état de cause, lostilité de lÉglise médiévale contre les nouvelles tèses
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astronomiques sexplique par lâ, et se justifiea posterioriâ la vue des résultats. Mais le scepticisme, pour pouvoir simplanter, na pas toujours besoin de cartésianisme, car celui-ci serait inopérant sans un terrain apte â le recevoir : en effet, toute « mondanité » est une brèce pour accueillir, â la faveur de telles circonstances, lesprit du doute et la négation du surnaturel. Aucun peuple, fût-il contemplatif, ne peut résister â la longue â cet effet psycologique de la science moderne  la différence, sous ce rapport, entre les ommes marqués par la Renais-sance et les collectivités traditionnelles dAsie et dailleurs, nest que relative  ce qui montre bien ce que ladite science a d« anormal » par rapport aux données de la nature umaine. Il est trop évident quaucune connaissance nest mauvaise en soi et en principe, mais bien des connaissances peuvent être nocives en fait, dès lors quelles ne correspondent pas aux abitudes éréditaires de lomme et quelles lui sont imposées sans quil y soit préparé spirituellement ; láme sup-porte difficilement des faits que la nature na pas proposés â son expé-rience, â moins dêtre éclairée par une connaissance métapysique ou une sainteté â toute épreuve. Et cest pour cela que les doctrines tra-ditionnelles, et avant tout les Révélations dont elles dérivent, tiennent largement compte de lexpérience umaine collective et « normale », laquelle constitue une base indiscutable puisque nous sommes, en fait, des ommes ; elles fournissent une connaissance globale et qualitative du cosmos, tout en laissant entendre par ailleurs que celui-ci nest que néant au regard de lAbsolu, et que lAbsolu écappe de toute manière aux moyens dinvestigation de la connaissance strictement umaine. Le principe de la limitation « normale » et « providentielle » des don-nées de lexpérience sapplique dailleurs aussi â lart : celui-ci a besoin des limites imposées par la nature, du moins pour autant quil est le fait dune collectivité, laquelle est « passive » et « inconsciente » par définition ; quon mette â la disposition dun peuple ou dune caste ar-tisanale les ressources des macines et de lindustrie cimique, et son art se corrompra, non dans toutes ses manifestations bien entendu, mais en tant quil appartient â tous. Donc, la tragique impasse de lesprit moderne résulte du fait que la majorité des ommes nest pas capable de saisira priorila com-
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patibilité des expressions symboliques de la tradition avec les consta-tations matérielles de la science ; ces constatations incitent lomme moderne â vouloir comprendre le « pourquoi » de toute cose, mais il veut ce « pourquoi » aussi extérieur et facile que celui des péno-mènes « scientifiques », autrement dit, il veut les réponses au niveau de ses expériences ; et comme celles-ci sont purement matérielles, sa conscience se ferme par avance â tout ce qui les dépasse. Ce que lomme moderne ne veut plus admettre, cest avant tout lidée dun Dieu antropomorpe et « infiniment parfait » qui aurait créé le monde « par bonté » tout en en prévoyant les orreurs, et qui aurait créé lomme « libre » tout en sacant que lomme ferait un mauvais usage de sa liberté ; un Dieu qui, malgré son « infinie bonté », punirait lomme pour des fautes que lui, Créateur « omnis-cient », ne pouvait pas ne point prévoir. Mais cest lâ sypnotiser, en pure perte, sur les tares inévitables du symbolisme antropomor-pique, qui est inévitable lui aussi, et qui a prouvé son bien-fondé par des millénaires defficacité ; cest se eurter, non sans prétention, â des façons de parler sans doute imparfaites, mais opportunes dans certaines circonstances, et cest se priver de la vérité  et même de 1 la vérité salvatrice  pour de simples raisons de dialectique . À ces sopismes, nous répondrons que lAbsolu nest pas un postulat fac-tice, explicable par la psycologie, mais une évidence « prémentale », concrète comme lair que nous respirons ou comme les battements de notre cœur ; que lintelligence non-atropiée  lintellect pur, intuitif, contemplatif  ne permet aucun doute â ce sujet, les « preuves » étant dans sa substance même ; que lAbsolu assume forcément des traits plus ou moins umains par rapport â lomme, sans cependant être intrinsèquement limité par ces traits ; que la possibilité de la bonté umaine prouve métapysiquement la bonté divine, qui est néces-
1 Comme saint Pierre la bien prévu : « sacez avant tout que, dans les derniers temps, il viendra des moqueurs pleins de raillerie, vivant au gré de leurs convoitises, et disant : Où est la promesse de son avènement ? Car depuis que nos pères sont morts, tout continue â subsister comme depuis le commencement de la création » (2 P III,3 -4).
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