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Mélanges offerts à René Schérer

De
376 pages
René Schérer, né en 1922, a été l'un des fondateurs du département de philosophie de l'université de Vincennes. Ami de Foucault, Châtelet, Deleuze, Lyotard, Bensaïd, Badiou, Rancière, Brossat, etc. Il se penche d'abord sur Husserl et Heidegger, puis s'intéresse à Charles Fourier. Militant de mai 68, il entreprend, dans son Emile perverti, une critique de la pédagogie. Il réactualise aussi, avec Guy Hocquenghem, le concept philosophique d'âme. "Utopie", "âme" et "hospitalité" sont les trois concepts clefs pour aborder son oeuvre.
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Nom auteur
Sous la direction de Constantin Irodotou
Quelle drôle d’époque !
Gerasimos Kakoliris Mélanges offerts à René Schérer Diane Morgan Giorgio Agamben Paolo Mottana Philippe Artières Stéphane Nadaud Alain Badiou JeanLuc Nancy Alain Naze Jonathan Beecher Georges Bloess Florent Perrier Thierry Briault Plínio Prado Alain Brossat Jacques Rancière Bruno Cany Jean Soler Antonia Soulez Pierre CassouNoguès Simone Debout Philippe Tancelin Joachim Daniel Dupuis Dimitris Vergetis Geneviève FraisseMarieDominique Garnier
Mélanges offerts à René Schérer
Sous la direction de Constantin Irodotou Mélanges offerts à René Schérer
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07527-3 EAN : 9782343075273
βȚβȜίοȞἐȜȚσσόȝεȞοȞMais l’ange… – Il y a un ange dans lesMélanges, m’a dit un jour Marie-Dominique Garnier. Oui, puisque l’ange annonce, offre quelque chose. S’il y a une « âme atomique », selon René Schérer et Guy Hocquenghem, il peut y avoir, de même, des anges. Pensons, d’ailleurs, au « couple angélique » qui apparaît dans leNouveau monde amoureuxde Charles Fourier. Pensons aussi à l’Ange de l’Histoire de Walter Benjamin. Âme et ange, ce sont des mots archaïques, protéiformes, des mots qui glissent – une déviation, certes. Pour ne pas introduire. Dans l’Apocalypsede Jean, texte rempli d’anges, on lit :οὐȡαȞὸȢἀπεχωȡίσșȘὡȢβȚβȜίοȞἐȜȚσσόȝεȞοȞLe ciel s’est retiré comme (« un livre s’enroulant »). MaisἐȜȚσσόȝεȞοȞsignifie aussi zigzaguant, serpen-tant. Ce volume est un livre zigzaguant, qui, dans le sens inverse, révèle un petit bout du ciel philosophique. L’idée desMélanges offerts à René Schérerappartient à Alain Brossat. Je le remercie pour son amitié et sa confiance. Merci à Thierry Briault, Marie-Dominique Garnier, Florent Perrier et Mathias Reininger pour leur aide. C. I.
Giorgio Agamben Séance I Le séminaire que nous commençons aujourd’hui ne propose pas la trans-mission d’un savoir. Kierkegaard a dit que tous les malentendus sur ce qu’il appelait « dialectique de la communication » sont nés du fait qu’on cherche à communiquer comme unsavoirchose qu’on peut communiquer quelque uniquement comme unpouvoir. Je voudrais donc avant tout remettre en question, au moins pour les choses qui nous intéressent ici, le modèle cou-rant dans les universités et les écoles, qui conçoit l’enseignement comme transmission d’un savoir au moyen du langage, d’un sujet supposé savoir (le professeur) à d’autres sujets (les étudiants) supposés ne pas savoir ou ne pas encore savoir. Ce modèle (qui apparaissait déjà problématique chez Augustin – son trai-té sur l’enseignement qui s’intituleDe magistro, est en réalité un traité sur l’impossibilité de l’enseignement que je vous conseille de lire – et chez les théologiens médiévaux comme Thomas d’Aquin qui, à l’origine des univer-sités européennes, s’interrogeaient sur ce que l’on fait quand on enseigne) n’a, comme on dirait aujourd’hui, aucune valeur épistémologique. Dans notre séminaire, on ne cherche donc pas à communiquer un savoir ou une doctrine et encore moins une pensée (la mienne ou celle des auteurs qu’il nous arrivera d’évoquer). Il s’agira, plus simplement, d’essayer de commu-niquer une puissance de penser. Mais, à la différence du savoir, la puissance n’est pas quelque chose qui peut facilement passer d’un sujet à l’autre à tra-vers la parole. Essayer de communiquer une puissance signifie s’interroger : quelle expérience doit-on construire pour que la pensée devienne possible ? Cela signifie également que la discipline (réfléchissez à la double signifi-cation du terme, à la fois « enseignement » et mode de vie réglé et restrictif) académique qu’il m’est arrivé d’enseigner – la philosophie – n’est pas, en réalité, une discipline dont il est possible de définir le domaine, le sujet et les limites par rapport à d’autres disciplines qu’on enseigne dans les universités, comme par exemple l’architecture. La philosophie n’est pas une discipline ; elle est une intensité qui peut soudain animer n’importe quel domaine : l’art, la religion, l’économie, la poésie, le désir, l’amour, l’ennui – peut-être l’architecture. En d’autres termes, je vous propose de diviser le domaine de l’expérience en deux grandes catégories : d’une part, les substances et de l’autre, les intensités. D’une substance, on peut tracer les limites, définir les thèmes et le sujet, dessiner la cartographie ; en revanche, l’intensité n’a pas de domaine propre. Mais si soudainement ou progressivement, une substance arrive à une certaine masse de tension, et si celle-ci augmente jusqu’à un
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