Métaphysique et psychologie

36 lecture(s)
L'ouvrage du philosophe et psychologue suisse Théodore Flournoy (1854-1920) est une sorte de commentaire, de développement à la portée de tous concernant la question des rapports entre le cerveau et l'esprit. Il montre que la psychologie doit renoncer à toutes les discussions métaphysiques si elle veut s'émanciper en tant que science car elle ne retirerait aucun profit à chercher à analyser comment l'âme agit sur le corps et le corps sur l'âme. La lecture de ce livre constitue un véritable stimulant pour l'esprit que l'on peut continuer par celle des écrits de Bergson et de Binet avant d'aborder des auteurs plus récents.

lire la suite replier

Achetez cette publication

Lecture en ligne
  • Lecture en ligne
Commenter Intégrer Stats et infos du document Retour en haut de page
harmattan
publié par

suivre

Vous aimerez aussi

Métaphysique et psychologie

www.librairieharmattan.com Harmattan! @wanadoo.fr diffusion. harmattan @wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9419-X EAN : 97827475941796

Théodore FLOURNOY

Métaphysique

et psychologie
(1890)

Introduction de Serge Nicolas

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Encyclopédie Psychologique Collection dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. On pourra utilement compléter l'étude de ces œuvres en consultant les articles contenus dans la revue «Psychologie et Histoire» consultable sur le Web :http://lpe.psycho.univparis5 .fr/membres/nicolas/nicolas. francais.html.

Dernières

parutions

Théodule RIBOT, La psychologie des sentiments (1896), (avec une introduction de Serge Nicolas), 2005. F.- J. NOIZET, Mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme animal,2005. Pierre JANET, Premiers écrits psychologiques (1885-1888). Oeuvres choisies L 2005. Alfred BINET & Théodore SIMON, Le développement de
l'intelligence chez l'enfant, 2004 Alfred BINET & Théodore SIMON, d'intelligence, 2004. L'élaboration du premier test

Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues considérés surtout du point de vue de l'action du moral sur le
physique, 2004. Pierre FLOURENS, Examen de la phrénologie, 2004 Paul BROCA, Écrits sur l'aphasie (textes réunis par S. Nicolas), 2004. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille, 2004. Pierre JANET, Conférences à la Salpêtrière, 2003.

INTRODUCTION

DE L'ÉDITEUR

Théodore Flournoy (1854-1920) : Des années de formation universitaire aux premiers enseignements à la Faculté

Théodore Flournoyl est né à Genève le 15 août 1854. De confession protestante, il possède, comme de nombreux genevois, des racines françaises puisqu'il descend par son père d'une famille champenoise et par sa mère d'une famille Languedocienne toutes deux émigrées pour des raisons religieuses respectivement dès les XVIe et XVIIe siècles. Théodore Flournoy était au tournant de ce siècle un psychologue fort apprécié, son nom est aujourd'hui malheureusement peu connu en dehors de la Suisse si ce n'est peut-être par un de ses ouvrages intitulé "Des Indes à la Planète Mars"z ou par la revue les "Archives de Psychologie" dont il fut le co-fondateur avec Edouard Claparède (18731940). Les années de formation (1872-1879) Après une scolarité moyenne au collège (1864-1868) et au lycée (1869-1872), il obtient son baccalauréat ès lettres en 1872. Puis, entré à la Faculté des Sciences de Genève il passe son baccalauréat ès sciences mathématiques en 1874 et son baccalauréat ès sciences physiques et naturelles en 1875. Suivant l'exemple de son oncle R-Edouard Claparède (1832-1871), lui-même oncle du fameux Edouard Claparède (1873-1940), qui avait préludé à sa carrière de naturaliste par des études de médecine, il
1 Pour une biographie: 2 En cours de réédition Claparède, E. (1921). Théodore Aournoy (1854-1920). Sa vie et son

œuvre. Archives de Psychologie, 18, n° 69-70 (mai-octobre), 1-125.
chez L'Harmattan.

décide d'étudier l'anatomie. Il part ainsi pour Fribourg-en-Brisgau, dans l'ouest de l'Allemagne, où il passe deux semestres. Puis il poursuit ses études à Strasbourg, ville récemment annexée par l'Allemagne après la guerre de 1870 contre la France, où il est inscrit à la faculté de médecine à partir de 1876. Élève de von Recklinghausen, l'éminent anatomopathologiste, il prépare une thèse de doctorat sur l'embolie graisseuse qu'il soutient en 1878. La découverte de l'embolie graisseuse chez l'homme était, à cette époque, une conquête récente de la patho logie. En se fondant sur la clinique et sur l'expérimentation chez les animaux, Flournoy a montré que, contrairement à ce que l'on croyait, les lésions suppuratives des parties molles du système osseux n'étaient pas les seules capables d'engendrer ce phénomène. Nul doute que la discipline de laboratoire et l'influence de Recklinghausen n'aient contribué à développer ses aptitudes naturelles à l'observation précise, et son goût pour le concret. D'autre part, l'étude des altérations morbides du corps allait le préparer à considérer sous l'angle de la bio logie les déviations de l'esprit auxquelles il devait vouer une attention particulière et féconde. Mais pas plus que son oncle, Théodore Flournoy n'avait songé à embrasser la carrière médicale. Il ne considérait les études qu'il venait de faire que comme une introduction nécessaire à la connaissance de l'objet qui devait l'intéresser par-dessus tout: l'homme. Il résolut d'étudier à fond la philosophie et, après Strasbourg, il se rend à Leipzig, où il passe l'année 1878-1879. Il suit avec zèle les cours de logique de Heinze, d'histoire de la philosophie de Goring, de morale de Seydel, et, surtout, l'enseignement si riche et si multiple de Wilhelm Wundt. Son attention est particulièrement attirée par les leçons que ce dernier donnait sur une science alors nouvelle, la psychologie physiologique, pour l'étude de laquelle Wundt venait d'ouvrir, cette même année, un laboratoire (1879). Après Leipzig, et un court séjour à Paris (nov. 1879 à janvier 1880), il revient définitivement à Genève où il épouse Marie Burnier le 15 avril 1880. Premiers enseignements universitaires (1885-1890) Pendant cinq années, Flournoy va se consacrer à l'étude de la philosophie dans la solitude de sa bibliothèque. Cette période semble avoir été décisive pour sa pensée. Dans un premier temps, il lit Kant et les néo-criticistes dont Renouvier était alors le principal représentant. Il s'adonne ensuite à l'étude de l'histoire des sciences, un thème dont la VI

portée était encore insoupçonnée. L'énorme quantité de connaissances acquises durant cette période se devait d'être présentée au public. Aucun ouvrage ne fut publié sur ces sujets mais ils fournirent la base de ses premières leçons de philosophie. En effet, il décide de s'inscrire au cours de l'automne 1885 à la faculté des lettres de Genève pour y donner un cours comme Privat-docent sur la philosophie de Kant. Claparède soulignera la compétence de Flournoy pour l'enseignement et la vulgarisation: il avait cette capacité de mettre la philosophie au niveau de tous. Après son premier cours sur Kant dont il ne reste malheureusement presque rien, Flournoy donna, l'hiver suivant (1886-1887), toujours en qualité de Privat-docent, une série de leçons sur l'Histoire des sciences, et, en 1887-1888 sur la philosophie des sciences. L'histoire et la philosophie des sciences satisfaisaient son goût pour les sciences positives. Ces études sur la naissance et l'évolution des sciences le conduisit tout naturellement à s'occuper d'une nouvelle discipline: la psychologie dont Wundt était le plus digne représentant. En automne 1888, il inaugure, encore comme Privat-docent, son nouvel enseignement. Dans une première partie, il traite de la psychologie physio logique en présentant les recherches les plus récentes des psychologues de laboratoire (pour un compte rendu, cf. les revues "Le Monde de la Science et de l'Industrie" de février 1889 et "La Nature" d'août 1889). Dans une seconde partie, il expose les principes de cette nouvelle science qui seront publiés dans l'ouvrage "Métaphysique et Psychologie". Cet ouvrage de Flournoy est une sorte de commentaire, de développement à la portée de tous concernant la question des rapports entre les phénomènes physiques et les phénomènes psychiques. Il montre que la psychologie doit renoncer à toutes les discussions métaphysiques si elle veut s'émanciper en tant de science car elle ne retirerait aucun profit à chercher à analyser comment l'âme agit sur le corps et le corps sur l'âme. Flournoy montre que la nouvelle psychologie s'appuie sur le principe de parallélisme psychophysique qui doit l'empêcher de tomber dans les abîmes de la métaphysique. Le principe de parallélisme psychophysique consiste dans l'affirmation que tout phénomène psychique a un concomitant physique déterminé (cf. aussi, Flournoy, 1891b), l'inverse n'est point supposé. L'objectif de la psychologie est donc de découvrir les lois du parallélisme en s'appuyant sur les observations psychologiques et sur les données physiologiques. À ce principe de parallélisme est attaché l'axiome d'hétérogénéité selon lequel le corps et l'esprit, la conscience et VII

le mouvement moléculaire cérébral, le fait psychique et le fait physique, tout en étant simultanés, sont disparates et irréductibles. Ce dualisme psychophysique s'en tient à la reconnaissance de deux catégories de phénomènes et ne s'inquiète pas des diverses hypothèses métaphysiques sur l'union de l'âme et du corps. En examinant justement les différentes solutions qu'on a tâché de donner de l'union des phénomènes psychiques et physiques (spiritualisme, matérialisme, phénoménisme, monisme), il en montre les faiblesses. Sa critique est souvent juste, presque toujours vive, nette et précise. Il conclut ainsi: "Au total la psychologie n'a aucun avantage à attendre des secours que les métaphysiciens lui offrent, et devant leur incapacité manifeste à résoudre l'énigme qu'elle leur propose, le seul parti qu'elle ait à prendre est de leur donner définitivement leur congé" (p. 51). La présentation rapide de cet ouvrage ne rend certainement pas hommage à son exceptionnelle qualité. Selon Claparède, on n'avait jamais vu des questions si obscures traitées d'une façon si lumineuse. Il est vrai que la lecture de "Métaphysique et psychologie" constitue un véritable stimulant pour l'esprit. S'il fallait fournir une preuve à cette affirmation, je citerais l'exemple d'Alfred Binet qui se laissa entraîner sur le terrain de la métaphysique à la suite de la lecture du livre de Flournoy que lui avait prêté Claparède en 1904.3 Cette lecture fut à l'origine de son ouvrage sur "l'âme et le corps" (1905).

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université de Paris V - René Descartes Directeur de la revue électronique « Psychologie et Histoire» Institut de psychologie Laboratoire de Psychologie Expérimentale UMR CNRS 8581 et EPHE 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

3

Binet, A. (2005). L'âme et le corps. Discussions
Paris: L'Harmattan.

sur les rapports entre l'esprit et la matière

(1905).

VIII

Activité psychique et physiologie générale (Flournoy, 1891)4 Dans un intéressant article sur la physiologie générales, M. Richet attribue aux phénomènes psychiques une nature chimique, et les met au nombre des fonctions cellulaires qui rentrent dans la compétence de la physiologie. Mais l'ambiguïté du mot psychique répand sur ces deux points un certain brouillard, dont je voudrais dégager ce qui me semble être la pensée véritable de l'éminent professeur. D'une part, la vie mentale est intimement liée aux fonctions des centres nerveux; d'autre part, la conscience, subjective, et le mouvement cérébral, objectif, sont hétérogènes et irréductibles l'un à l'autre. Pour sortir de cette impasse, la métaphysique du jour a pris le parti de considérer le mouvement et la conscience comme deux manifestations opposées et parallèles d'un événement unique, deux faces, externe et interne, d'une même réalité. Or, en supplantant peu à peu le dualisme cartésien, cette conception moniste de la substance à double aspect a du même coup entraîné un changement dans le sens des mots psychique, pensée, sensation, etc. Désignant d'abord le fait mental, la face interne, ils en sont venus à signifier l'ensemb le des deux faces, puis la face externe toute seule. De là de fréquents malentendus. Car il arrive souvent que, de deux interlocuteurs usant des mêmes termes, l'un, fidèle au sens traditionnel, pense au fait mental pur et simple, tandis que l'autre envisage le double aspect en bloc, ou même seulement l'aspect externe. J'ai montré ailleurs que la curieuse polémique de 1886-1887, à laquelle M. Richet fait allusion (dans sa note p. 347) a vraisemblablement roulé sur un quiproquo de ce genre entre M. Gautier et lui, et n'avait au fond aucune raison d'être6. (page 507) Le tout est en effet de préciser le sens des mots. Que voulonsnous désigner par activité psychique? Est-ce la face externe, le concomitant matériel de la conscience, en d'autres termes les vibrations
4

Aournoy,

Th. (1891).

Notes et discussions.
1891, p. 331.

Activité

psychique

et physiologie

générale.

Revue Philosophique 5 Revue philosophique
6

de la France d'avril

et de l'Étranger,

31,506-509.

Métaphysique et Psychologie, Genève 1890, p. 109. - Cette confusion se retrouve malheureusement dans les articles de M. Soury (Archives de Neurologie, janv. et mars 1891). À les lire, on les croirait souvent dirigés contre un adversaire pour qui l'activité cérébrale (face externe) ne serait pas une forme de l'énergie cosmique et n'aurait pas d'équivalent mécanique. Je doute fort que M. Gautier, ni personne à notre époque, ait voulu dire cela. IX

ou mouvements quelconques, moléculaires, atomiques, éthérés, qui ont lieu sous notre crâne au moment où nous avons un fait de conscience? Alors nous pouvons avec M. Richet accorder à ces processus nerveux, comme à tous les événements du monde matériel, un équivalent mécanique, une origine chimique, etc. Il vaudrait seulement mieux substituer au mot psychique, qui est équivoque, l'adjectif psychophysique, mis à la mode par Fechner, et très employé dès lors pour qualifier les mouvements cérébraux auxquels on prête une face interne, un concomitant mental, par opposition à ceux qu'on suppose privés de cette doublure. Vou Ions-nous au contraire parler de la face interne, du fait mental comme tel? Dans ce cas, cela n'a aucun sens d'attribuer des caractères physiques à un événement qui, n'ayant pas lieu dans l'espace, ne fait jamais partie de l'univers physique. Gardons-nous notamment d'y voir uneforme de l'énergie, ou de lui accorder un équivalent mécanique. Ces deux expressions ne sont applicables qu'à des phénomènes successifs dont l'un disparaît quand l'autre apparaît. (Il faut, par exemple, que le mouvement de chute du marteau prenne fin sur l'enclume pour que prenne naissance l'ébranlement moléculaire, la chaleur, que nous regardons comme son équivalent ou sa transformation.) Ce serait donc tordre le sens de ces termes que de les appliquer au rapport de concomitance des deux aspects, puisque loin d'admettre que le fait physique ne se métamorphose jamais en fait mental vice-versa, on considère au contraire ces deux faits comme deux faces inséparables naissant et mourant de compagnie. M. Richet ne pense assurément pas qu'une certaine quantité d'énergie disparaisse du monde physique quand la conscience se produit, pour y rentrer quand elle s'éteint. Ce n'est donc pas la conscience même, la face interne, mais seulement son concomitant physique, la face externe, qui est une forme de l'énergie et possède un équivalent ou une origine chimique. Comment maintenant interpréter M. Richet lorsqu'il veut que la physiologie étudie les phénomènes psychiques au même titre que les autres fonctions cellulaires? Si psychique signifiait mental, une telle thèse conduirait logiquement à la suppression de la psychologie en tant que science distincte de la physiologie; opinion certes assez répandue depuis Comte, mais qui ne laisserait pas que de surprendre chez l'auteur de l'Essai de Psychologie générale et de tant de recherches psychologiques de valeur. Il est vrai que M. Richet indique, en passant (p. 362), la frontière des deux sciences; mais cette frontière (page 508) n'est x

rien moins que naturelle, car l'association des idées, et tout le reste de la vie mentale, dépend du jeu des cellules aussi bien que la simple sensation, ni plus ni moins. Aussi me semble-t-il plausible d'admettre que les faits psychiques ressortissant de la physiologie sont, non pas les faits mentaux, mais seulement leurs concomitants physiques; et que la vraie ligne de démarcation de cette science du côté de la psychologie n'est pas entre la sensation et d'autres faits de conscience plus complexes, mais entre les faits physiques quelconques dont les cellules sont le siège, - et les faits de conscience quelconques aussi qui peuvent accompagner les premiers, mais qui, échappant à l'intuition externe, n'ont pas lieu dans les cellules ni nulle part dans l'espace, et n'existent par conséquent pas pour la physiologie. Il va sans dire qu'en pratique le savant n'observera jamais cette limite, et continuera à imaginer des faits mentaux, douleur, désir, intelligence, derrière les fonctions matérielles de la cellule. Mais en faisant cela il devient psychologue, et quitte le terrain de la physiologie, tout comme le physicien quitte celui de la physique lorsqu'il parle de couleurs et de sons au lieu de longueurs d'onde ou de nombres de vibrations. Notre faib lesse et la comp lexité des choses rendent inévitab les le mélange incessant des points de vue les plus divers; ce n'est pas une raison pour tolérer cette confusion dans la définition et la séparation logiques des sciences. Ainsi que le relève fort justement M. Richet (p. 340, note), tout a beau être confondu dans la réalité, anatomie, physiologie, et ajoutons psychologie, une étude méthodique et didactique n'en est pas moins tenue d'opérer le triage. Et s'il faut séparer ce qui touche la fonction et ce qui touche la forme, bien que ces deux choses ne s'isolent guère dans le monde externe, à plus forte raison convient-il de séparer ce qui appartient au monde externe et ce qui appartient au monde interne, lors même qu'on suppose ces deux mondes indissolublement accolés dos-à-dos, et ne faisant qu'un, au sein de la substance à double aspect. Je me résume: - IOLe manque d'entente des savants modernes sur la nature de l'activité psychique provient souvent de ce que, dans l'esprit des uns, monistes à outrance, psychique est absolument synonyme de cérébral, pensée de mouvement, face interne de face externe; tandis que les autres, craignant de prendre des vessies pour des lanternes, s'en tiennent aux vieilles distinctions, qui, si elles ne valent rien dans la réalité XI

absolue, ont au moins le mérite de respecter la donnée empirique et phénoménale du double aspect. 2° L'activité psychique (face interne) ne faisant pas partie de l'univers physique (face externe), n'est pas une forme de l'énergie, n'est pas d'ordre chimique, n'a pas d'équivalent mécanique. Mais elle a toujours un concomitant physique qui, lui, possède tous ces privilèges. 3° La physiologie générale rentre dans les sciences de l'univers physique. Son idéal (qui ne doit pas être perdu de vue, si lointain et (page 509) peut-être inaccessible qu'il soit) consisterait à ramener tout ce qui se passe dans la cellule à un pur mécanisme, et à devenir un rameau de la physique mathématique. Aussi la physiologie ignore-t-elle absolument les fonctions psychiques (face interne). C'est à la psychologie qu'incombe la tâche, soit d'étudier ces dernières en elles-mêmes, soit de se mettre à califourchon (psychologie physiologique) sur la barrière des deux domaines, pour déterminer quels sont les mouvements du monde physique qui ont un concomitant mental et qui méritent ainsi l'épithète de psychophysiques. 4° Les mots psychique, pensée, sentiment, etc., et même le mot psychophysique, relèvent exclusivement du vocabulaire de la psychologie. Ils sont totalement étrangers au domaine physiologique, où il n'existe que des événements physiques tout court, des mouvements s'enchaînant et se transformant suivant les lois de la mécanique et sans égard à une doublure mentale possible. Aussi faudrait-il, dans les conclusions de M. Richet (pp. 366-367), effacer, comme dénués de sens en physiologie, les cinq derniers mots de la thèse 7, et toute la thèse 10. Si je ne me fais pas illusion, ces quelques remarques sont moins contraires à l'esprit qu'à la lettre de l'article si suggestif de M. Richet. Et si je me fais illusion, il voudra bien me pardonner de l'avoir mal compris.

XII

MÉTAPHYSIQlTE
El'

PSYCHOLOGIE
PAR

TH. FLOURNOY
Prh"at-docent Docteur en Médeoine, de Philosophie à l'Université de Genève.

~~--

GENÈVE
H. GEORG,
MÊME

LIBRAIRE-ÉDI'rEUR
MAISON A BALE ET A LYON

1890

UXORI MEZE
CARISSIM..1E DILECTIS8IM.2E: NULLIUS NON LABORIS EST, PARTIOIPI OPUSOULUlIlf. MARIE NAT.zE BURNIER BOO, QUALEOUMQUE

DEDI CO.

L'extrait de cette publication vous a plu ?

Ajoutez-la votre panier pour la lire dans son intégralité !

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.