Mission humanisante de l'art

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L'artiste n'est pas seulement le témoin ou le fils de son époque, il est aussi et surtout le messager de son temps. Il s'estime chargé d'une mission prophétique à travers laquelle il incite ses contemporains à ressusciter l'identité proprement humaine, et cela en les sensibilisant à se retremper dans le fond de leur affectivité, seule capable d'éveiller le sens de l'humain. Il aspire à établir un monde conditionné moins par les ambitions fallacieuses de l'ego et de ses désirs impérieux que par le dépassement de l'individualisme oppressif et l'attachement amical aux autres.
Publié le : dimanche 1 mai 2016
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EAN13 : 9782140008498
Nombre de pages : 140
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JeanPierre Nakhlé
Mission humanisante de l’art
Approche philosophique
Approche philosophique
Mission humanisante de l’art Approche philosophique
Jean-Pierre Nakhlé Mission humanisante de l’art Approche philosophique
Du même auteur La reconquête de l’être – Essai sur la marginalisation de la conscience dans l’œuvre de Joseph Abou Rizk, Paris, L’Harmattan, coll. « Pensée religieuse et philosophique arabe », 2012. Pour une autre philosophie de l’environnement – Le statut paradoxal de l’intelligence vis-à-vis de la nature, Paris, l’Harmattan, 2014. Le criticisme dans la pensée arabe – Essai sur le rationalisme dans l’œuvre de Sadiq Jalâl al-‘Azm, Paris, L’Harmattan, coll. « Pensée religieuse et philosophique arabe », 2015. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09233-1 EAN : 9782343092331
À la mémoire du grand esthéticien libanais Joseph Abou Rizk
Introduction
Étant un élément constitutif de la civilisation, l’art est l’activité qui nous renseigne clairement sur la nature de l’être humain. Cette activité, qui remonte à l’étape de la préhistoire, est créée pour donner satisfaction non aux besoins vitaux de l’homme vu son caractère « inutile », mais à quelque chose qui transcende sa nature animale. C’est la preuve la plus éclatante de la dualité de la condition humaine. En ce sens que si l’homme était réduit à son animalité, rien ne le déterminerait à se réaliser dans une activité qui s’écarte des besoins de son corps. Est-ce à dire que cette réalisation est nécessitée par la pensée que privilégient bon nombre de philosophes en l’envisageant comme le constituant fondamental de l’homme ? Loin de là. Car ce qui porte l’homme à défier sa nature animale c’est quelque chose qu’il porte en soi et qu’il estime supérieur à son corps et antérieur à la formation de sa pensée. Quelque chose qu’il éprouve comme le plus précieux en lui et qu’il tient à sauvegarder. C’est tout simplement son titre d’homme qu’il a acquis lors de l’établissement des rapports affectifs ouverts avec ses semblables et avant le surgissement de la pensée. Une telle communication est seule en mesure de l’arracher à sa condition animale et de le plonger dans l’univers humain. L’homme est donc porté à se détacher du cycle naturel de la vie, c’est-à-dire du cycle gouverné par l’assouvissement des besoins vitaux et des désirs de consommation. Toutefois, le progrès intellectuel, en ce qu’il entraîne comme découvertes scientifiques, inventions technologiques et productions industrielles de plus en plus accélérées et sophistiquées, ne risque-t-il pas d’amortir le souffle affectif et par la suite le sens artistique ? N’est-ce pas, néanmoins, que dans la mesure où notre statut humain se trouve abîmé, ses exigences deviennent plus insistantes ? Peut-on se passer de l’art à une époque qui témoigne d’un progrès scientifique
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inouï, d’un développement technique merveilleux et d’une industrialisation exponentielle, à une époque où l’esprit individualiste étriqué et mercantile réprime de plus en plus le sens humain ? L’art est-il donc marginalisé en ce temps où règne la raison instrumentalisée qui cède à la logique utilitariste de la consommation et qui vise à tout exploiter pour donner satisfaction aux besoins impérieux de l’ego ? Est-ce à dire, en un mot, que l’art est condamné à s’évanouir là où se répandent l’esprit matérialiste, la destitution des grands idéaux, l’accroissement effréné des besoins de consommation et l’extension de la société commerciale animée d’un esprit farouche de gain et de concurrence ? Équipé d’une intelligence hypertrophiée, l’homme d’aujourd’hui s’enorgueillit de la possession des machines et des appareils sophistiqués susceptibles d’aiguiser la sensation de son bien-être matériel. Cependant, le fait d’éprouver un autre type de jouissance conforme à la nature non vitale de l’homme résulte d’une activité qui lui procure, au-delà de l’utilité, une satisfaction supérieure de l’esprit. Une telle satisfaction porte l’homme à s’élever au-dessus des préoccupations matérielles car il ressent la nécessité d’assouvir quelque chose dont la valeur dépasse ce qu’exigent ses besoins purement vitaux. Il n’est donc pas dépourvu de sens que l’homme se consacre à des types d’activité apparemment insolites où il donne libre cours à des créations imaginaires qui ne font que dénaturer la réalité sans aucune prise efficace sur elle. Œuvres qui arrachent les faits ou les évènements à leurs contextes réels et usuels pour les reproduire sous une forme fictive ou irréelle tout en éclipsant leurs fonctions pratiques. Si l’artiste ne se complaisait pas dans des œuvres irréelles et ne réalisait pas, du moins inconsciemment, que sa vérité d’être peut être reconquise par les réalisations qu’il effectue, il y renoncerait aisément. Il éprouve que la récupération de cette vérité n’est possible que dans le contexte des relations interhumaines. En dehors de ce contexte, rien ne justifie
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l’attachement de l’artiste à des activités gratuites et « inutiles » capables de révéler sa bonne intention et de rétablir le réseau des liens communicatifs. Prétendre que l’art vise la satisfaction des besoins esthétiques, c’est oublier que ces besoins ne sont qu’une variante d’un besoin plus profond qui est celui de la communication sympathique. Un tel besoin est seul habilité à permettre à l’homme de se réinstaller dans son être. C’est donc en ce temps où les gens se trouvent davantage hantés par le profit matériel que renforce le développement de l’intelligence instrumentale, et courent à perdre haleine derrière la fortune et les gloires trompeuses qui les mettent en conflit les uns avec les autres, que l’art s’impose comme une activité exceptionnelle susceptible d’échapper à l’étreinte de cette intelligence. Laquelle, en se développant, réprime la sensibilité de l’homme pour servir ses désirs insatiables et flatter son ego. L’activité artistique authentique est de nature à ressusciter le sens du désintéressement et à ranimer le sens sympathique propre à rétablir le réseau d’échange affectif sincère. Alors que la religion, en tant que voie de salut, semble être fortement secouée en raison des assauts que lui fait subir l’intelligence conceptuelle et technicienne qui la transforme en un système dogmatique et la prive de son souffle humain primitif, l’art ne cesse de constituer le moyen propre à se soustraire au pouvoir dissolvant et desséchant de l’intelligence. En effet, il se trouve toujours chargé d’une mission proprement humaine capable de déjouer les manœuvres de cette intelligence qu’elle divertit tout en se munissant de significations humaines. La valeur méritoire que revêt actuellement l’art réside dans les possibilités de communication que les artistes dispensent aux contemplateurs à travers les œuvres qu’ils créent. Ce n’est pas l’histoire de l’art ni ses différentes écoles qui nous importent dans cette étude. Encore moins l’exposé des différentes théories qui traitent de l’art et du beau, à moins
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