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Mondialisation ou impérialisme à grande échelle ?

De
267 pages
Qu'est-ce que la mondialisation, et surtout, est-elle un phénomène nouveau ? Pour l'auteur, la première chose à retenir est que la mondialisation n'a aucun caractère démocratique, mais plutôt impérialiste, s'identifiant parfaitement au capitalisme sauvage. La seconde est que la mondialisation est aussi vieille que le monde capitaliste qui naît avec elle chez les Grecs, plus de 1000 ans avant Jésus-Christ. Elle désorganise les sociétés, et est en voie de tuer l'Afrique subsaharienne avec ses ajustements structurels et autres OHADA.
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COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE »
dirigée par François Manga-Akoa En ce début du XXIe siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui. L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection « PENSEE AFRICAINE » participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.

Dernières parutions
Roger MONDOUE, « Nouveaux philosophes » et antimarxisme. Autour de Marx est mort de Jean-Marie Benoist, 2009. Antoine NGUIDJOL, Histoire des idées politiques. De Platon à Rousseau, 2009. Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. Avenirs pluriels, Tome III, 2009. Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. L’irrationnelle rationalité, Tome II, 2009. Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. L’urgence de la philosophie, Tome I, 2009. Pius ONDOUA, Technoscience et Humanisme, 2009. Doumbia S. MAJOR, Le manifeste pour l’Afrique. Pourquoi le continent noir souffre-t-il ?, 2009. Abdoul Aziz DIOP, Une succession en démocratie. Les Sénégalais face à l’inattendu, 2009. Manga KUOH, Palabre africaine sur le socialisme, 2009.

René TOKO NGALANI

Mondialisation ou impérialisme à grande échelle ?

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-111141 EAN : 9782296111141

I Historique des mondialisations

S'il faut parler de mondialisation, la première chose à constater est que celle-ci n'est pas nouvelle, même si de nos jours les nouvelles et jolies expressions pour la faire accepter sans discussion sont du genre « village planétaire », « village global », etc. Une mondialisation à caractère démocratique arrivera un jour peut-être dans ce monde des hommes. Mais pour le moment, elle n’est qu’attendue, car c'est cette forme de mondialisation-là qui incarnerait l'humanisme et la tolérance, tout en portant toutes les vertus rattachées aux droits de l'homme, du citoyen et des peuples. Quant à l'impériale-mondialisation actuellement en quête d'une nouvelle forme de manifestation, elle a déjà un très long séjour parmi les hommes : elle est née quelque 1200 ans avant Jésus-Christ – et nous sommes au troisième millénaire après Jésus-Christ. On devrait donc parler, non pas de la mondialisation, mais des mondialisations. Nous reviendrons largement sur la définition de ce mot ‘‘mondialisation’’. Pour commencer, nous croyons qu'il n'y a rien de mieux que de proposer un historique des mondialisations, c'est-à-dire une brève histoire de tous les peuples qui ont paru sur cette terre avec un projet de mondialisation ou, encore mieux, avec le projet de domination sur les autres peuples de tous les continents connus à leurs époques respectives. Tous les peuples qui sont apparus sur la terre n'ont pas eu l'intention (ou la possibilité) de mondialiser – c’est-à-dire de s'imposer en maîtres à d'autres peuples – à tel point que l'on puisse traiter leurs démarches de ‘‘mondialisation’’ dans notre sens du mot. Mais les démarches et les actes de certains autres n'ont laissé aucun doute sur leurs intentions et projets mondialisants et mondialistes. Par ordre d'arrivée, nous croyons qu'à ce jour l'histoire de l'Humanité a enregistré quelque sept (7) mondialisations que nous énumérons cidessous.

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1.1. - La civilisation égyptienne sans mondialisation La première civilisation connue sur cette terre des hommes a été la civilisation égyptienne des pharaons. Les Égyptiens n'ont pas conquis des peuples pour exhiber leur supériorité. Peut-être nous objectera-t-on que l'Égypte pharaonique avait envahi l'Asie Mineure ou tout au moins la Palestine. Nous répondrons à cette objection en disant que l'Égypte pharaonique n'avait pas envahi l'Asie Mineure en tant que telle, mais avait l'habitude de lancer des raids d'autodéfense contre des peuples de ces contrées qui cherchaient à l'envahir justement par ses frontières orientales. Et pour que cette autodéfense fût effective, elle soumettait lesdits peuples, auxquels d'ailleurs elle allait jusqu'à enseigner sa civilisation, soit par l'éducation de leurs princes à la cour pharaonique d'Égypte, soit par des mariages, etc. Or il est reconnu dans l'histoire que la société égyptienne ancienne n'a pas prôné l'esclavage, donc n'était pas encline à soumettre les étrangers pour les exploiter. Si après une guerre il y avait un semblant d'esclavage, il était essentiellement temporaire, et les esclaves finissaient toujours par s'émanciper. Apparemment c'est une des causes qui faisaient que peu à peu les dynasties pharaoniques faiblissaient et finirent par se laisser vaincre, d’abord par les Assyriens venus de Babylone. Mais avant cette défaite qui se situe vers 325 avant Jésus-Christ, les Asiatiques qui avaient été vaincus sur les terres égyptiennes à titre d’esclaves de guerre finissaient toujours par s'émanciper au point de fomenter des trahisons à l’encontre des pharaons. En tout cas, même si l’on pouvait reconnaître un impérialisme local en Égypte – cas donc de pure hypothèse ici – il n'y a pas eu d'impérialisme égyptien exporté des terres de l’Égypte sur un autre continent, ce qui veut dire, en d'autres termes, qu'il n'y a pas eu de mondialisation égyptienne.

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1.2. - Les civilisations antiques d’Asie sans mondialisation A un moment donné, différents peuples ont développé des civilisations sur le continent asiatique : les Assyriens en Syrie, les Akkadiens, les Chaldéens, les Mèdes et les Perses en Babylonie, etc. Ces peuples ont vécu une bonne période de l'histoire en même temps que les Égyptiens. Ils ont livré de multiples luttes entre eux et souvent contre l'Égypte ; et leur but était de soumettre, de piller, de confisquer les terres des vaincus réduits en esclavage. L'analyse de ces conquêtes permet aujourd'hui d'affirmer qu'en ces temps-là il y a eu un impérialisme local sur le continent asiatique. Mais ce fut un impérialisme continental de moindre dimension que la mondialisation. Il faut dire d'ailleurs que l'Égypte à l'ouest de ces peuples avait freiné les tentatives de ceux-ci pour sortir du continent asiatique et aller dominer d'autres peuples d'autres continents. On peut donc dire qu'il n'y a pas eu de mondialisation venant de l'Asie avant l'expansion de la civilisation arabe du VIIIe siècle après Jésus-Christ. 1.3. - Civilisation grecque antique et première mondialisation (de 1200 à 500 av. J.-C.) Par contre dès que les Grecs (qui se sont installés dans les îles ioniennes, le Péloponnèse et la partie grecque du continent européen depuis 1200 environ avant Jésus-Christ, par l'asservissement des premiers occupants de ces terres) ont entrepris de conquérir le monde alors connu – Alexandre le Grand conquit l'Égypte, la Phénicie et l'Asie Centrale, jusqu'à l'Indus, avant sa mort en 323 av. J.-C., – la vraie première mondialisation est née : la Grèce fit la loi sur l'ensemble du monde alors connu, c’est-à-dire sur l’Asie, sur l’Afrique et naturellement sur l’Europe, jusqu'en Espagne. En Afrique par exemple, elle pilla jusqu'aux connaissances des Égyptiens pharaoniques (mathématique, physique, philosophie, etc.) qui

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devinrent des connaissances grecques1. En Asie, les conquêtes d'Alexandre le Grand ne s'arrêtèrent au bord du fleuve Indus qu'à cause de sa mort subite à Babylone en 323 avant JésusChrist. Sur le continent européen, les Grecs furent arrêtés par la chaîne montagneuse des Alpes. Mais la mer Méditerranée leur permit d'atteindre tout le Sud de la Gaule (la France actuelle) et la presqu'île Ibérique. L'humanité connaissait là pour la première fois un peuple venu des confins est de l'Europe et qui imposait sa volonté à tous les peuples des trois continents alors connus, c’est-à-dire l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Cette première mondialisation comme toutes les autres qui allaient se succéder, s’analysait parfaitement comme l'asservissement des peuples et de ces continents à la seule volonté et au seul avantage du seul peuple grec. 1.4. - Civilisation romaine antique et deuxième mondialisation (509 av. J.-C. – 476 apr. J.-C.) Les Romains de la République romaine (née en 509 environ, au VIe av. J.-C.) succédèrent aux Grecs qu'ils soumirent,
1 Les Grecs ont fréquenté les Égyptiens pendant environ trois siècles, avant l’invasion de l’Égypte en l’an 333 av. J.-C. par Alexandre le Grand. Cette fréquentation qui débuta avec Solon (-640-558), eut lieu surtout sous forme d’élèves grecs – Thalès de Milet (-625-547), Pythagore (-570-480), Platon (-427-647), Eudoxe (-406-353), etc. – allant étudier chez les maîtres égyptiens. Archimède, lui (-287-212), est de loin le petit frère des premiers nommés ci-dessus et de tant d’autres avant lui, et il est sans doute leur élève éloigné qui, s’il avait étudié en Égypte, avait étudié dans une Égypte déjà grecque, conquise en –333 par Alexandre le Grand. En effet, le Petit Larousse désigne ses calculs des aires et des volumes comme étant « l’apogée de la géométrie alexandrine d’Archimède »… Aujourd’hui la bonne connaissance de l’histoire de l’Égypte ancienne nous fait constater que la connaissance mathématique et physique est partie de l’Égypte pour la Grèce, même si aucun théorème ne porte le nom d’un Égyptien… « Il est frappant qu’aucun nom de savant égyptien n’ait survécu. Par contre la quasi totalité de leurs disciples grecs sont passés à la postérité en s’attribuant les inventions et découvertes de leurs maîtres », écrit Cheik Anta Diop dans Antériorité des civilisations nègres.

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avec les autres peuples connus d'Europe, d'Afrique et d'Asie, entre 264 et 126 av. J.-C. Ce fut là la deuxième mondialisation, c'est-à-dire le deuxième impérialisme conquérant et méprisant de l'Occident sur les autres peuples de son propre continent européen, ainsi que sur les peuples des autres continents alors connus. La mondialisation à la romaine dura environ 700 ans. Elle fut plus dure que la mondialisation grecque et ne fut interrompue que par les invasions barbares qui déferlèrent ensuite sur l'Europe entre 410 et 4722 de l'ère chrétienne. Ces invasions ne constituent pas à vrai dire des impérialismes, dans la mesure où ces différents peuples dits barbares et envahisseurs cherchaient plus à s'installer quelque part qu'à dominer tels ou tels autres peuples. Le Moyen Âge tout entier prolongea encore cette période de non mondialisation des peuples et des continents par la volonté d'un seul peuple et de son roi, et venant du continent européen jusqu'au XVe siècle. Mais entre temps la première mondialisation asiatique va voir le jour au VIIIe siècle. 1.5. - La Civilisation arabe et troisième mondialisation (VIIIe s. apr. J.- C. à 2006) C'est au VIIIe siècle et après la mort du prophète Mahomet qu’un impérialisme asiatique à dimension mondialisante est né. En effet ses héritiers arabes prirent prétexte de la religion que ce saint prophète avait créée, pour inaugurer une mondialisation arabe à visage faussement religieux – car nous croyons que l’islam et Dieu n’ont rien à voir dans certaines façons très belliqueuses des Arabes et/ou des Perses, voire de tous les autres peuples arabisés et/ou se réclamant de la civilisation
Les invasions "barbares en Europe commencent en réalité vers l'an 200 de notre ère. De nombreux peuples venus d'Asie à la recherche de l'espace vital saccagent et occupent des territoires. Il s'agit notamment des Francs en Gaule (258), des Vandales, des Suèves, des Alains (406-409), des Visigoths (410), des Huns (451), etc.
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arabe. Cette mondialisation venue d'Asie, la troisième du genre, a aussi affecté tous les continents connus à l'époque – l’Asie, l’Afrique et l’Europe – mais nous n'aurons pas à en parler plus profondément dans le cadre de la réflexion actuelle, et ce, bien que ses ravages parmi les hommes soient tout aussi profonds et tout aussi visibles en ce moment. Pensons au drame du 11 septembre 2001 à New York ! La troisième mondialisation est donc née avec la nouvelle religion révélée par l’Archange Gabriel au Prophète Mahomet, non pas que le prophète lui-même fût pour quelque chose dans l’avènement matériel de cette troisième mondialisation – au contraire l’esprit mondialisant arabe l’a d’abord pris pour cible, et il a dû se défendre avec acharnement – mais parce que ses congénères qui le repoussèrent d’abord, une fois convertis à l’islam, prirent prétexte de cette nouvelle religion pour envahir tout le continent asiatique jusqu'au fleuve Indus, puis les continents africain et européen. Un frein ne fut mis à l'envahissement de l'Europe par cette mondialisation arabe qu'en 732 à Poitiers où Charles Martel vainquit la poussée mondialisante arabe. Mais en Afrique, leur déferlement fut tel que les peuples ne durent leur salut qu'à la soumission, l'adoption de la pensée des Arabes. Les peuples de l'Afrique du Nord furent si bien conditionnés par les nouveaux venus qu'ils perdirent leur identité. Les « Berbères » de tout le Maghreb – Algérie, Maroc, Tunisie et Libye – se battent pour retrouver cette identité perdue il y a plus de 1400 ans… Quant aux peuples noirs d'Afrique subsaharienne, la couleur de leur peau les sauva d'une assimilation absolue. Mais les mœurs dont les tenants de la pensée arabe jouissent aujourd'hui témoignent de l'abandon de leurs traditions ancestrales pour une pensée que l'on disait musulmane, jusqu'à ce que certains actes barbares perpétrés, notamment un certain 11 septembre 2001, viennent remettre en question l'acceptation de cette pensée et fassent distinguer la religion musulmane de certaines façons de percevoir la nature humaine, au-delà de la race arabe, et propres à une pensée asiatique qui s'est longtemps cachée derrière cette religion pour faire n’importe

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quoi à l’humanité, à ses frères, les hommes et à ses sœurs, les femmes… 1.6. - L'expansion de la civilisation européenne ou quatrième mondialisation (du XVIe au XVIIIe s.) Avec la découverte par Vasco de Gama de la route des Indes et de toute l'Asie en 1497, et surtout avec la découverte des Indes occidentales – en réalité le continent américain actuel – par Christophe Colomb grâce à ses quatre voyages (de 1492 à 1504), la mondialisation venue de l'Europe refit surface sur toute la terre, c’est-à-dire aussi bien en Asie, en Afrique qu’en Amérique. Ces dates, à notre sens, marquent le départ de la quatrième mondialisation. Mais ici il faut aussi dire que c'est la première mondialisation appliquée de façon très spécifique sur les Peuples indiens des Amériques et sur les peuples noirs d'Afrique subsaharienne. Les premiers, parce qu'ils ne savaient pas travailler comme le voulaient les nouveaux maîtres venus d'Europe furent l'objet de génocides sans merci. Et ceux qui ne moururent pas furent souvent parqués dans des réserves. Quant aux seconds qui étaient déjà soumis malgré eux à la troisième mondialisation musulmane, ils furent capturés et vendus à titre d'esclaves pour aller surtout travailler dans les mines et les plantations des Indes occidentales nouvellement découvertes et dominées par les Européens mondialisants ! Par leurs souffrances et surtout par leur dépersonnalisation, ils firent la prospérité insolente de l'Europe et du continent américain repeuplé par les Blancs venus de l’Europe mondialisante, à l’exception du Canada. A notre sens, cette quatrième Mondialisation, bien que la seconde à s'abattre sur les Noirs, fut la première mondialisation totalement déshumanisante et dépersonnalisante à atteindre les peuples noirs, le premier impérialisme qui plongea ces peuples noirs dans la traite et l'esclavage pendant près de 400 ans jusqu'en 1794, ou 1815, ou 1865, ou encore 1848, ou même 15

1879, à votre choix ! Car ce sont là, toutes, des dates de l’abolition de l’esclavage… Dans leur haute philosophie, les Occidentaux ont tout simplement privé le Noir d'une âme humaine pendant cette longue période. En d'autres termes, le Noir n'était pas une personne humaine comme les autres, surtout pas comme l'homme occidental et/ou européen par exemple. On pouvait donc le chasser comme un gibier ; on pouvait l'acheter et le vendre, et surtout il était corvéable à souhait ! Colbert, le ministre des Finances de Louis XIV, roi de France, le définissait d’ailleurs comme étant « un bien meuble ». Et plus généralement, son commerce se faisait sous l’appellation très ironique de commerce du bois d’ébène. Voyez ce « bois d’ébène » très humanoïde, c’est-à-dire marchant sur deux pieds, respirant l’air à la manière d’un homme, communiquant par le langage etc., mais « bois d’ébène » très vendable quand même ! Certains Occidentaux – qu’au vu de cette haute philosophie nous pouvons appeler faux philosophes occidentaux4, n’est-ce pas ? – ont cependant entrepris, pendant près de cent ans, de démontrer que le Noir aussi était un être humain et que le sort qui lui était fait par la traite et l'esclavage était injuste et
Dans cet historique des mondialisations, nous voulons employer exclusivement des faits historiques occidentaux, c'est-à-dire l'histoire telle que conçue par ces Occidentaux. L'abolition de l'esclavage aura un jour son histoire absolument vraie et nous savons que des hommes qui scrutent les faits historiques y travaillent. Mais pour éviter un surcroît de polémiques, nous voulons nous contenter de l'histoire présentée à l'européenne. En effet la façon qu’ont les Européens de présenter l'histoire de l'humanité laisse toujours paraître trois choses : d'abord la vraie civilisation vient d'eux et de nulle part ailleurs ; ensuite, pour conserver "le haut du pavé de l'évolution de la civilisation et de la technologie", c'est malgré eux qu'ils déforment la vérité, par exemple quand ils font croire que les Pharaons de l’Égypte ancienne étaient des Blancs, des Indo-Européens comme eux. Ceux d'entre eux donc qui disent autre chose que les vérités occidentales ne peuvent être que de « faux philosophes occidentaux ». Ce fut le cas, aux États-Unis, du parti républicain du XIXe siècle – quelle différence avec le parti républicain américain d'aujourd'hui ! Ces messieurs de ces temps-là, avec le Président Abraham Lincohn à leur tête, n'ont pas craint d'accepter une guerre à eux imposée par les esclavagistes sécessionnistes des Etats sudistes de l'Etat fédéral américain. Ils vont gagner cette guerre et abolir l'esclavage chez eux en 1865 mais, la même année, le Président Lincoln sera assassiné !
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inhumain. Ces faux philosophes occidentaux, on les trouve partout en Europe, mais surtout aux Etats-Unis où ils provoquèrent un drame, parce qu'ils aboutirent à la guerre de Sécession américaine et à l'abolition de l'esclavage dans ce pays en 1865 – après la fausse abolition de 1815 à Vienne en Europe5… 1.7. - Les conquêtes coloniales et la cinquième mondialisation (XIXe siècle) Quand, suite aux actes d'abolition de l'esclavage, le Noir commença à se croire aussi un être humain libre comme les autres, les Occidentaux initièrent la conquête et l'implantation coloniale en Afrique dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cette fois, le prétexte était qu'ils apportaient « la Civilisation à ces Noirs sauvages » ! Mais cette civilisation qu'ils devaient adopter malgré eux coûta très cher aux peuples noirs, car ils redevinrent corvéables à souhait : ils pouvaient se considérer comme des êtres humains, mais des êtres humains de qualité
Du bout des lèvres, les Congressistes de Vienne en 1815 proclamèrent une abolition qui ne s'appliqua point sur les terres et les mers. La GrandeBretagne, en 1833, c’est-à-dire 17 ans après le Congrès de Vienne, supprime l'esclavage dans ses colonies. La France peut aujourd'hui claironner que la Révolution française de 1789 avait aboli l'esclavage en 1794. Mais elle oublie surtout d'ajouter que Napoléon – donc les Français et la France ! – s'était dépêché de rétablir l'esclavage dès 1799 dans ses colonies. Elle oublie surtout qu'après le Congrès de 1815, ce n'est que 33 ans après, en 1848, qu'elle daigna abolir l'esclavage une seconde fois dans ses colonies ; qu’en 1851 cet esclavage fut rétabli par le Second empire de Louis-Napoléon Bonaparte et qu’il ne fut aboli une troisième fois qu’en 1879 et encore ! Puisque même là il restait des acheteurs, des négriers français alors continuèrent à sillonner les océans avec « le bois d'ébène ». En ce qui concerne l'esclavage et son abolition, les impérialistes français n'ont levé le pied que lorsque le RoyaumeUni et les Etats-Unis ont commencé à faire les gendarmes anti-esclavagistes sur les mers et les océans…D'ailleurs cette gendarmerie des mers occasionna la mort de milliers de Noirs destinés à la vente : quand les bateaux qui les portaient voulaient fuir les bateaux-gendarmes, ils rejetaient purement et simplement ces Noirs à la mer !
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inférieure, devant se contenter du Code de l’Indigénat6. D'où leur nouvelle corvéabilisation obligatoire par les travaux forcés et des impôts de capitation incroyablement lourds ! La colonisation est à notre sens, la cinquième mondialisation ; mais la troisième mondialisation des peuples du Tiers-Monde en général et des peuples noirs en particulier. Et malgré eux, ce troisième impérialisme transcontinental les remit à la corvée au profit des seuls Occidentaux. Cette phase de mondialisation dura jusqu'aux luttes pour la libération et les indépendances des années 1930 à 1990 du siècle dernier, c’està-dire jusqu’à la libération de Nelson MANDELA le 11 février 1990. 1.8. - Néocolonialisme et sixième mondialisation (1960-2000) Dans les années 1960 à 2000, soit pendant une bonne quarantaine d’années, alors que les peuples noirs se croyaient indépendants, le néocolonialisme fut la sixième et nouvelle forme très subtile de mondialisation qui les tint parfaitement dépendants et soumis pendant ces quatre dernières décennies avant le troisième millénaire. Avec et à partir du néocolonialisme, l'opération de mondialisation devenait subtile, parce que désormais les États noirs indépendants étaient supposés avoir affaire à des pays occidentaux devenus « pays amis et peuples frères liés par une histoire commune7 », etc.
L'actuel mouvement de mondialisation aurait souhaité que nous autres Noirs fussions tous amnésiques, que nous ayons tous perdu la mémoire ! Mais, allons donc, mesdames et messieurs, comment voulez-vous parler du régime administratif de l’Indigénat appliqué aux colonies, comment voulez-vous parler de « travaux forcés », etc. ? Il n’y a pas eu, n'y aurait pas eu de cela entre « peuples frères et amis » ! Contentons-nous de cette expression que des esprits autorisés classeraient parmi les néologismes ! 7 « LIÉS PAR UNE HISTOIRE COMMUNE » : Cette expression « du langage diplomatique moderne » est formidable. Mais c’est le contenu de cette histoire commune qui ne se précise pas à chaque fois, pour l’éducation et l’édification de nos générations actuelles et futures. Une histoire commune des « amis et frères » qui a pourtant plus de 500 ans d’âge doit disposer d’un
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Mais en réalité il s'agit, pour les pays occidentaux d’amener les États noirs du pré carré francophone pour les uns ou, d’amener les États noirs du Commonwealth pour les autres, à laisser leurs seuls et uniques centres de décisions se situer toujours sur les bords de la Seine ou sur les bords de la Tamise8 . Il y a mieux, surtout dans le pré carré : pour être chef de l'Etat, chaque dirigeant africain doit faire allégeance aux pays amis occidentaux9. Les économies des pays africains amis doivent
contenu qui peut se raconter tous les jours d’une année entière sans que l’on puisse en avoir assez, ni d’ailleurs le terminer ! Mais comme il s’agit d’une histoire de traite et d’esclavage, d’une histoire de colonialisme, de mépris et de travaux forcés, comme il s’agit d’une histoire du statut de l’indigénat plus que de la courte histoire de ces Noirs héros qui ont existé pendant les deux guerres mondiales, la chère diplomatie ne peut pas facilement trouver de mots pour en révéler le contenu… Et encore ! Les Noirs héros des deux guerres le sont-ils restés chaque fois à la fin desdites guerres ? Rappelons-nous l’histoire des tirailleurs sénégalais de leur retour de guerre en 1944 à Thiaroy au Sénégal ! L'actuel mouvement de mondialisation aurait souhaité que nous autres Noirs fussions vraiment tous amnésiques, que nous ayons tous perdu la mémoire ! Auquel cas, comment voulez-vous que nous parlions de « travaux forcés » ? Il n'y aurait pas eu de cela entre « peuples frères et amis » ! Contentons-nous de cette expression que des autorisés classeraient parmi les néologismes ! 8 Si le fleuve au bord duquel est installé Paris, capitale de la France et de la Francophonie s'appelle Seine, celui au bord duquel est installée Londres, capitale du Royaume Uni et du Commonwealth est la Tamise, n'est-ce pas ? Et c'est de ces deux capitales européennes que partent toutes les décisions qui dirigent d'une part le Commonwealth anglais et d'autre part le pré carré français (aujourd'hui francophonie). 9 Ce n’est pas la première fois que cette idée a été soutenue par Loïc Le Floch Prigent, ancien directeur général de la société française ELF AQUITAINE. En effet ce dernier déclarait qu’avec sa société la France faisait et défaisait à sa guise les pouvoirs dans son pré carré… Cette déclaration souleva une vague d’indignation et de protestation pendant des semaines… Heureusement que l’on ne cite pas « les contemporains », car vous et nous connaissons – et les historiens le racontent déjà – des chefs d’État ayant réussi le concours d’entrée au Palais Présidentiel uniquement en répondant correctement aux questions dans le bureau de M. Jacques FOCCART qui ensuite présenta le lauréat à l’onction du Général !… Sékou Touré et tous ces chefs de l'Etat emportés par des coups d'Etat dans les années 60 et 70 en ont fait une amère expérience à leurs dépens ; à son tour, Robert Mugabe au Zimbabwe en fait une très mauvaise expérience en ce moment. Pourtant la situation qui prévaut au Zimbabwe en ce moment relève de la responsabilité de Londres qui n'a pas rempli sa partie du contrat signé en 1979/1980 lors de l'accession de ce pays à

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dépendre absolument des économies des « pays amis occidentaux ». Les premiers fournissent les matières premières aux seconds, les prix desdites matières étant fixés par les pays amis occidentaux : le droit du propriétaire de fixer lui-même le prix de son bien n'existe pas. D'ailleurs qui est réellement propriétaire des matières premières que l'on trouve en Afrique subsaharienne ? Par contre les produits finis venus de l'Occident coûtent ce que les Occidentaux veulent qu'ils coûtent. Si un autre peuple d'un autre continent (des Asiatiques par exemple) veut vendre des produits finis en Afrique à un prix raisonnable, les maîtres empêchent cela à tout prix10 ! Et les États et les
l'indépendance. Mais les Blancs soi-disant citoyens du Zimbabwe ne sont restés là que pour garder le gâteau, et Mugabe doit essuyer les plâtres ! Dans ces 20 dernières années du XXe siècle et ce début du XXIe siècle, nous avons là, en zone anglophone, la relecture de l'histoire de Sékou Touré et de Charles DE GAULLE en zone francophone dans les années 50, 60 et 70 du XXème : diabolisé, diabolisé et diabolisé, le pauvre Mugabe ! 10 Si vous pensez que nous divaguons, voici la petite histoire des Japonais qui, à la fin des années 1960 et au début des années 1970 du siècle dernier, ont voulu pénétrer les marchés africains avec leurs jolis véhicules automobiles alors moins chers que les automobiles européennes. Ils durent abandonner, à l'avantage de la SCOA (Peugeot) et de Renault. Voulez-vous savoir comment cela se passa ? Sachez ceci : le premier véhicule qui est venu du Japon en Afrique fut le camion TOYOTA. Puis suivit la petite voiture TOYOTA, K.E70. A leur vue, les Européens qui ne savaient pas à quel point ces engins pouvaient être résistants ; durent faire de l'espionnage commercial, en mettant derrière chaque acheteur africain d’un véhicule japonais un surveillant du comportement dudit véhicule. Celui-ci devait faire un rapport périodique comportant deux points : 1° l'état actuel du véhicule ; 2° le coût d'entretien sur la période séparant deux rapports. Au bout d'un certain temps, les Français de la SCOA et de Renault comprirent que la technologie japonaise était très solide et appréciée par les Camerounais et que de ce fait le marché africain de l’automobile était perdu pour eux. Très vite aussi ils prirent la route du Japon où ils discutèrent et obtirent des contrats d'exclusivité de distribution de ces produits japonais. Voilà l'origine de CAMI-TOYOTA par exemple au Cameroun – sans oublier que les autres États africains francophones ont leurs équivalents de CAMI-TOYOTA. Pour faire avaler cette couleuvre aux commerçants camerounais, il a tout simplement suffi de donner quelques actions de la CAMI à certains d’entre eux… Maintenant il faut laisser de côté la légende qui veut que « certains Camerounais perdirent leur vie à cause de leur tentative d’obtenir des échanges commerciaux directs avec les Asiatiques. Nous ne pouvons pas prouver cette légende-là. Mais en ce qui concerne la démarche qui a donné l'exclusivité de la vente de ces produits japonais en

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peuples africains ont vécu cette dépendance néocoloniale pendant ces quarante dernières années, pour aboutir dans les années 1980 et 1990 du siècle dernier à une situation de misère indescriptible. Voilà la sixième mondialisation en général et la troisième pour les peuples noirs surtout d'Afrique. Mais il y a lieu d'admirer la grande subtilité de cette sixième mondialisation : il s'agit d'amitié entre peuples frères ; il s'agit aussi de relations commerciales, etc. Dans les actes, voire les textes régissant ces relations, les clauses et les actes léonins sont à l'avantage des Occidentaux. Mieux encore, dans le pré carré, le commerce avec les autres peuples est subtilement contrôlé par la métropole du bord de la Seine (lire la note n° 8 cidessous, qui est une expérience vécue) ! 1.9. - Crises de gestions des pays du Tiers-Monde et septième mondialisation (XXIe siècle) L'actuelle mondialisation – qui se fait enfin désigner par son nom, car mondialisation pour nous veut dire impérialisme transcontinental – n'en est donc qu'une septième du genre, soit la cinquième applicable aux peuples noirs. Et cette nouvelle forme d’impérialisme prend diverses formes et figures pour pouvoir mieux se glisser et se faire ré-accepter. En effet au XXIe siècle, qui voudrait accepter l’impérialisme sous quelque forme que soit sans réagir ? Alors pour vous l’appliquer dans sa forme nouvelle, on vous dit tantôt que « les progrès techniques et technologiques font du monde un village planétaire », que « la possibilité est faite pour chacun de faire ses affaires où il veut, avec qui il veut », que « l'Accord Multilatéral d'Investissement permettra de… » etc., etc. Pourtant derrière le mot « Mondialisation », ce qui pointe à l’horizon, c’est un impérialisme transcontinental – qui n’en est d’ailleurs pas à sa
Afrique à la SCOA et autre CFAO, personnellement nous avons vécu ce que nous narrons ci-dessus, d'autant que certains agents de SCOA et Renault mis aux trousses des véhicules japonais à l'époque étaient tout simplement nos copains de tous les jours !

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première forme d’implantation, car qu’est-ce qu’étaient la conquête des continents et la traite des Nègres au XVIe siècle, qu’est-ce qu’étaient le colonialisme au XIXe siècle et le néocolonialisme au XXe siècle, sinon des impérialismes transcontinentaux ? Le progrès technologique, tout comme les privatisations « à la FMI », l'OHADA et le FMI lui-même et/ou la Banque mondiale, quand elles vous imposent de dilapider le patrimoine national à l’avantage de multinationales, à travers les privatisations mal organisées, etc. ne sont que des subtilités destinées à aider à la réinstallation souveraine des Occidentaux chez nous, destinées en somme à nous mondialiser… une bonne dernière fois pour toutes. Et quand vous rencontrez chez eux en Occident un individu ou un groupe d’individus qui veulent sortir de la voie officielle de cette réinstallation souveraine, voyez le dénigrement dont ils sont couverts ! C'est ainsi que Bill Clinton et George Walker Bush (présidents sortant et entrant des États-Unis) se sont fait traiter littéralement d'idiots par le président français, parce qu'ils ont prôné la voie du partenariat pour le développement du Tiers-Monde en général et de l'Afrique en particulier. Il fallait qu'ils parlent de don, d'assistance; d'aide, de charité, etc., mais pas de partenariat ! Autrement l'Occident perdrait ses grandes vertus de bonté, de grand donateur. Grand donateur qui fait cultiver chez l'assisté l'autre vertu… à savoir celle de pauvreté jusqu'à la misère perpétuelle ! En réalité, il s'agit du principe – instauré depuis belle lurette – du développement exponentiel des riches occidentaux et du sous-développement exponentiel des pauvres du Tiers-Monde : « Que les riches se fassent plus riches, et que les pauvres restent pauvres, et crèvent comme des misérables ! » Voilà la simple vérité de la mondialisation d'aujourd'hui ! Comme cela, la magnanimité des riches se fera sentir de temps en temps, pourvu d’ailleurs que les donations soient parcimonieuses ! Et pour preuve, nous savons que depuis plus de 40 ans, depuis les indépendances, cette assistance a été permanente. Mais pour quel développement des nations noires ? Ce développement reste toujours attendu, bien que bien 22

organisé, avec Médecins sans frontière, des organisations non gouvernementales en nombre de plus en plus grand, toujours prêts à intervenir pour soulager… la pauvreté et la misère, mais comptabilisant toujours un plus grand nombre de pauvres et de misérables, voire d'esclaves, comme au Soudan et dans certains autres pays, y compris même au sud du Sahara ! Comme quoi l'avènement du village planétaire n'enlève pas les habitudes du passé, bien au contraire. Il vient plutôt nous y replonger, avec en prime un certain projet d’amnésie, car pour des peuples qui souffrent les affres de ces Occidentaux depuis quelque 500 ans, comment peuvent-ils se contenter de si peu, si chaque fois ils n’oublient pas tout et tout de suite ? Regardons plus près de nous, et constatons que depuis plus de quarante ans d’indépendance, nous n'avons pas pu nous industrialiser, mais voilà que la mondialisation nouvelle, celle du XXIe siècle, par un coup de baguette magique, va nous donner des produits finis à vendre ! ou bien les Occidentaux vont doubler, tripler, voire quadrupler les prix de nos matières premières, et nous deviendrons subitement prospères ! Venons-en là où certaines choses choquent. C'est que certains pays africains sont normalement outillés pour ne pas laisser faire n'importe quoi quand il s'agit de leur continent, pour ne pas laisser bâtir des trucs à moitié, telle que cette boiteuse « Harmonisation du droit des affaires en Afrique. » Malheureusement ils ne lèvent pas le petit doigt pour dénoncer ce qui se fait mal ou à l'avantage de l'impérial-mondialiste occidental seul. C'est ainsi qu’un pays multilingue d'Afrique a assisté à toutes les séances de création de l'OHADA à la française sans daigner se demander si ce droit-là était vraiment applicable chez lui, étant donné qu’occidentalement parlant, il relève à la fois autant de la civilisation et du droit francophones que de la civilisation et du droit anglophones. C’est un vrai scandale11, n’est-ce pas ?, qu’un tel pays refuse
C'est le cas précisément du Cameroun, pays officiellement bilingue, mais qui parfois fait une politique francophone comme s'il n'était pas aussi anglophone. A cause du Cameroun qui peut parfaitement défendre les droits aussi bien de l'Afrique anglophone que de l’Afrique francophone, on aurait voulu voir comment l'OHADA a tenu compte de la Common Law, sans
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ainsi d’assumer toute son histoire, sous prétexte qu’il aurait des « frères et amis français » … Oui, un vrai scandale, mais qui n'est là qu'un exemple des multiples incongruités dans lesquelles se baigne cette Afrique des débuts du XXIe siècle ! La génération des jeunes d’aujourd’hui doit pourtant commencer à ouvrir les yeux, à observer, à analyser et à comprendre. Et le meilleur maître de cette génération ne peut être que l'histoire ! Depuis plus de 3000 ans c'est-à-dire depuis l'apparition des Grecs vers l’an 1 200 av. J.-C., elle nous a renseignés sur le comportement de l'homme à l'endroit de l'Homme : d'une manière générale, « Homo homini 12lupus », disait déjà le Latin du premier siècle de l'ère chrétienne. 2000 ans d'histoire vérifient encore cet adage. Et si d'une manière générale « l'homme est un loup pour l'homme », l'histoire de ces cinq derniers siècles (du XVIe au XXe) n'a-t-elle pas montré à souhait à quel point l'homme occidental est un loup pour les autres peuples de la terre en général et surtout pour les peuples noirs ? Les petites prises de conscience ne sont rien par rapport au langage de l'histoire ! Et encore, il faudrait qu’il y ait une vraie petite prise de conscience ! Aussi tôt que l’on vous parle de « peuples noirs frères et amis », on court ensuite prendre des actes législatifs pour justifier…les années de colonialisme, voire de la traite négrière et de l’esclavage ! L'Histoire seule devrait désormais être le premier maître des peuples noirs, de sorte que rien, ni personne ne puisse abuser une fois de plus d'eux. Nous voulons que le concept de
oublier, répétons-le, qu'il faut autour d'une table ronde d'harmonisation du droit des affaires en Afrique les pays lusophones et hispanophones. 12 HOMO HOMINI LUPUS : L’homme est un loup pour l’homme. Cette expression latine que l’on trouve telle quelle dans les pages roses du dictionnaire Petit Larousse nous vient d’un écrivain ancien du temps de l’Empire romain il y a plus de 2000 ans. Sa grande pertinence applicable à l’homme de tous les temps anciens comme d’aujourd’hui montre à quel point cette génération doit vraiment être vigilante, ouvrir les yeux, observer, analyser et comprendre avant d’accepter tout ce que l’Occident lui propose. Surtout, elle doit même cesser de se faire proposer idées, habitudes, objets et autres choses : cette génération peut s’offrir ses propres idées, habitudes, objets et autres choses, sans le patronage absolu de l’Occident !

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mondialisation puisse occuper tous les espaces des médias, des salles de conférences et même des rues. Mais avant tout, nous voudrions connaître le contenu de la mondialisation : qu'est-ce que la mondialisation ou, plutôt, qu'est-ce que les mondialisations ? Depuis que l'on claironne partout ce concept supposé nouveau – et nous sommes en train de voir qu’il n’est pas du tout nouveau –, depuis qu'il sert déjà de prétexte à tout, personne en Afrique n'a essayé d'éclairer notre lanterne assoiffée de comprendre. Évidemment le processus est le même : au XIXe siècle, lors des conquêtes coloniales, les esprits étaient déjà tombés dans l'amnésie, et personne ne pouvait se rappeler les méfaits de la traite négrière et de l'esclavage ; les « civilisateurs » n'en parlaient plus. Mais déjà ils proclamaient haut et fort tout autre chose : « Nous sommes là pour leur bien ; nous leur apportons la civilisation et le bien-être. » Pourtant dans leurs salons cossus des bords de la Seine et de la Tamise ainsi qu'à Berlin, ils se félicitaient de leurs empires, tout comme, à l'installation de la mondialisation, modèle XXIe siècle, ils ne pensent plus à leur néocolonialisme qui nous a tenus embrigadés dans la misère depuis les années de l’indépendance. A la suite de cette analyse énumérative des mondialisations, nous souhaitons ci-dessous proposer notre définition du terme mondialisation, et surtout voir s’il y a une constante aussi bien d’idéologie, de philosophie que d’actions et de moyens d’actions des tenants de mondialisation à travers 3000 ans d’histoire de l’humanité. Et nous ne devons surtout pas perdre de vue que cette mondialisation, bien que se voulant terme nouveau et moderne, est sérieusement contestée aujourd'hui dans le monde et surtout dans le monde occidental lui-même ! Nous avons placé en annexe un texte émanant de contestataires français de la mondialisation. Nous ne pouvons pas en effet proposer la moindre définition finale au terme mondialisation, telle que l'histoire le fait apparaître et tel qu'il se trame en ce début du XXIe siècle, sans faire partager le point de vue de ces contestataires occidentaux à notre lecteur potentiel : il est question pour nous, 25

non pas de combattre et de faire disparaître la mondialisation – l’impérialisme, qu’il soit local ou transcontinental reste impérialisme, c’est-à-dire puissance et force écrasante – mais de faire transparaître son contenu tel que les Occidentaux l’aménagent avec leur accord dit « AMI » c’est-à-dire Accord multilatéral sur l’investissement, et au besoin, de faire que ceux qui sont de la bonne volonté comme ces contestataires occidentaux13 travaillent à y mettre un contenu plus acceptable, plus humaniste et plus démocratique à l’échelle mondiale. Voilà la raison d’être de cette annexe I intitulée « Contribution du collectif français contre les clones de l'‘‘AMI’’ à un accord des citoyens et des peuples sur les investissements et les richesses ACPIR ».

13 Ces contestataires occidentaux sont appelés aujourd’hui altermondialistes. Mais il faut constater que les alter-mondialistes ne sont pas seulement occidentaux : il y a des alter mondialistes asiatiques, nordaméricains (Etats-Unis et Canada), sud-américains (Mexique, Brésil, Argentine, Bolivie, etc.). D’ailleurs le président Hugo Chavez en plus d’être un communiste anti-américain irréductible, est considéré comme alter mondialiste aux idées très avancées…L’alter mondialisme est un mouvement de pensée et d’action économique qui se veut en position intermédiaire entre le capitalisme – ou plutôt le libéralisme sauvage et triomphant – et le communisme qui vient d’imploser en ex-URSS. Il n’y a d’ailleurs plus un seul pays communiste où l’orthodoxie communiste reste intacte. La République Populaire de Chine fait entrer les capitaux des pays libéraux ; le Vietnam recourt également aux capitaux des pays libéraux ; Cuba se débat pour rester fidèle aux idéaux originels, mais la vieillesse du leader Castro et les nombreuses contestations internes font penser que là le communisme n’a pas une très longue vie future ; enfin la Corée du Nord exhibe un échec patent de ce régime, et doit se contenter de chantages en tous genres pour se donner une place d’avant-scène. Mais attention ! Ce n’est pour autant pas signe et preuve que le libéralisme a triomphé définitivement. La mondialisation telle qu’elle a été préparée et lancée par les pays occidentaux tenants du néolibéralisme sauvage, à moins de vraiment inclure beaucoup d’aménagements, va aussi imploser un de ces jours. Et alors il restera à l’alter-mondialisme de concrétiser et d’appliquer sa doctrine économique !

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