Naître mère

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Cet essai est la réflexion d'une sage-femme qui, depuis trente ans, a accompagné des femmes pendant leur grossesse et après la naissance de leur enfant, écoutant leur questionnement sur l'arrivée au monde d'un enfant désormais « désiré ». La révolution dans la procréation et la transformation de la famille concerne chacun d'entre nous. Faut-il redouter que les forces aveugles de la nature ou du destin soient remplacées par la rigueur glaciale et anonyme de la technoscience et de son « expertise » ?
Publié le : lundi 1 décembre 2014
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EAN13 : 9782336364056
Nombre de pages : 276
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Naître mère Hélène de Gunzbourg
essai philosophique d’une sage-femme
Les philosophes ont rarement abordé la naissance comme sujet en soi ;
cependant certains d’entre eux, et non des moindres, éclairent cette expérience
fondamentale sans laquelle le monde ne serait pas.
Cet essai est la réfexion d’une sage-femme qui, depuis trente ans, a
accompagné des femmes pendant leur grossesse et après la naissance de leur
enfant, écoutant leur questionnement sur l’arrivée au monde d’un enfant
désormais « désiré ». Naître mère
La révolution dans la procréation et la transformation de la famille concerne
chacun d’entre nous. Faut-il redouter que les forces aveugles de la nature ou du essai philosophique d’une sage-femme
destin soient remplacées par la rigueur glaciale et anonyme de la technoscience
et de son « expertise » ?
Chaque naissance reste une expérience singulière, initiatique, fondatrice
d’humanité, et c’est à la femme devenant mère d’ouvrir le monde à son enfant.
C’est elle qui lui transmet la culture, avec la langue maternelle qui passe par le
corps à corps et la sensualité première. Elle chemine sur ce parcours difcile,
éprouvant l’angoisse de la séparation, celle de l’ouverture de tous les possibles,
y compris celle du néant à l’aube d’une nouvelle vie humaine.
Sur ce chemin, elle fait d’étranges rencontres, inquiétantes ou structurantes,
dont celle de la sage-femme pour l’aider à franchir le passage.
Hélène de Gunzbourg, née en 1947 à Paris, fut journaliste puis
sage-femme. Elle a exercé à l’hôpital Antoine Béclère à Clamart
puis en libéral, à Paris. Elle a soutenu une thèse en philosophie
pratique sur la naissance et la sage-femme en 2011, à l’Université
Paris-Est – Marne-la-Vallée.
En couverture : peinture de Nicolas Bernard Lépicié, DR.
ISBN : 978-2-343-04437-8
28 €
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Naître mère
Hélène de Gunzbourg
essai philosophique d’une sage-femme
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Naître mère
Essai philosophique d’une sage-femme Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot
Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des
travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques.
Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des
réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels »
ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une
discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux
qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de
philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou
naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.
Dernières parutions
Jacques STEIWER, Une brève Histoire de l’Esprit, 2014.
Jean-Marc LACHAUD, Walter Benjamin. Esthétique et
politique de l’émancipation, 2014.
John DEWEY (traduit par Michel Guy GOUVERNEUR),
L’expérience et la nature suivi de L’expérience et la méthode
philosophique, 2014.
Xavier VERLEY, Le symbolique et transcendantal, 2014.
Grégori JEAN et Adam TAKACS (eds.), Traces de l’être
Heidegger en France et en Hongrie, 2014.
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2014.
Grégoire-Sylvestre GAINSI, Charles de Bovelles et son
anthropologie philosophique, 2014.
Dieudonné UDAGA, La subjectivité à l’épreuve du mal,
Réfléchir avec Jean Nabert à une philosophie de l’intériorité,
2014.
Augustin TSHITENDE KALEKA, Politique et violence,
Maurice Merleau-Ponty et Hannah Arendt, 2014.
Glodel MEZILAS, Qu’est-ce qu’une crise ?, Eléments d’une
théorie critique, 2014.
Vincent Davy KACOU, Paul Ricoeur. Le cogito blessé et sa
réception africaine, 2014.
Jean-Louis BISCHOFF, Pascal et la pop culture, 2014. Hélène de Gunzbourg







Naître mère
Essai philosophique d’une sage-femme


















































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04437-8
EAN : 9782343044378
à mon professeur Dominique Folscheid
à ma mère, à Antoine



SOMMAIRE

INTRODUCTION 11
Chapitre 1 : L'ENFANT DU DESIR, L'ENFANT DU PROJET 21
L'enfant du désir 25
L’enfant du projet 55
Chapitre 2 : LES MEDIATEURS DE LA SEPARATION 85
L’angoisse 87
Le temps de la menace 107
Les médiateurs évanouissants de la naissance 127
Chapitre 3 : LA NAISSANCE DE LA LANGUE 167
L’epreuve du négatif 169
La langue maternelle 197
Chapitre 4 : LA SAGE-FEMME 221
La dialectique de la sage-femme 223
qui est la sage-femme ? 229
L’espace de la sage-femme 239

CONCLUSION 257
Bibliographie 263

9
INTRODUCTION
La naissance un sujet philosophique ?
Socrate : — Mon art d’accoucheur comprend donc toutes les fonctions
que remplissent les sages-femmes ; mais il diffère du leur en ce qu’il délivre
des hommes et non des femmes et qu’il surveille leurs âmes en travail et non
1
leurs corps.
Socrate avait appris l’art de l’accouchement de sa propre mère, la
sagefemme Phénarète, et consacrait sa vie à l’appliquer. C’est ainsi que la
maïeutique devint l’art philosophique premier. Cependant cette promotion initiale
de la sage-femme par le maître Socrate fut en quelque sorte un détournement
de son art et la renvoyait à sa marginalité terrestre, au profit d’une
découverte philosophique majeure : la Vérité est en nous mêmes et nous l’avons
oubliée. Seul l’accoucheur sublime, le philosophe, pourra nous libérer et non
seulement permettre à nos âmes souffrantes de mettre au monde ces enfants
merveilleux que sont les Idées, pures, incorporelles, mais il saura aussi
libérer notre âme de ce corps qui n’est qu’une prison et nous préparer à la mort
comme une libération.
Socrate n’a jamais pu libérer l’homme de son corps et les femmes, dont il
ne se préoccupait guère bien qu’elles l’aient initié, continuèrent à mettre des
enfants au monde, petits êtres de chair et de sang dont le destin certes fut
toujours marqué par le manque et le désir, l’aspiration à un ailleurs, comme
il l’avait si bien pressenti, mais aussi, à partir des temps modernes, par la
solitude de cette âme incarnée dans son corps. C’est ainsi que la sage-femme,
figure philosophique archaïque, peut continuer à nous questionner non
seulement comme intermédiaire de la libération des âmes et des Idées mais
aussi comme médiatrice essentielle de l’avènement de nos corps incarnés, de
notre venue au monde.
La naissance n’est plus une évidence, la certitude de la venue au monde
d’un nouvel être humain n’est plus assurée, l’homme a acquis le pouvoir de
se transformer lui-même, du moins le croit-il. L’enfant se présenterait
comme un produit, un objet de la technique offert aux choix de ses
consommateurs, un projet de la science ou du commerce humain.
Notre temps questionne la naissance car elle ne semble plus aussi
certaine. Elle est sortie de son cadre, le foyer, l’intime, le monde féminin, la vie
privée, pour apparaître au grand jour. Le temps obscur de la gestation,
l’événement de l’accouchement, le lent travail de séparation et de
transmission qui se déroulaient dans l’intimité du foyer, entre la mère et son enfant,
avec le chœur des autres femmes, l’élaboration de ce que l’on nommait
l’amour maternel et qui traversait secrètement l’épreuve de la souffrance, de

1 PLATON, Théétète, Paris, G-F Flammarion, 2002, VII, 150 a- 150 e, p. 71.
11 la haine, de la perte, qui souvent se manifestait par la mort et le deuil, ce
temps là n’est plus, ou du moins n’est plus le même. Le patriarcat qui était,
malgré ses fissures, le socle de la reproduction humaine et de la transmission
ede sa culture s’est effondré au cours du XX siècle, nous avons assisté à ses
soubresauts et à sa chute. Devons-nous le regretter ?
Qu’est devenue la naissance dans ce bouleversement ? Celle qui n’avait
pas encore été pensée puisqu’elle était restée dans l’ombre paternaliste de la
philosophie et de son logos, interdit ou presque aux femmes. Dès lors
qu’elles sortent de cette ombre tutélaire, leur monde apparaît, et ce monde
est celui de la naissance, de l’enfantement, de la maternité, puisque ce sont
elles qui jusqu’alors portent les enfants à venir, les mettent au monde et les
élèvent avant qu’ils ne puissent quitter leurs balbutiements, se mettre debout
et s’emparer eux-mêmes du logos.
Comment se posent désormais la question des origines, du
commencement, de la projection dans le monde, la question de la famille et de la
transmission symbolique ? Mais aussi, pour la sage-femme que je suis, la
question de la maternité, de la grossesse et de l’accouchement, celle des
premiers temps de la rencontre de la nouvelle mère avec son nouveau-né,
temps de l’intime et du déchirement, temps de la fusion et de la séparation
où la mère reconnaît son enfant comme sujet, autre d’elle-même et sujet
humain dont l’altérité peut s’épanouir ? Comment parvient-elle à comprendre à
la fois la dépendance absolue de son nouveau-né et sa liberté en puissance
qui l’éloignera d’elle définitivement. Comment sait-elle que c’est sa mission
de lui ouvrir le monde, tout en prenant conscience brutalement qu’il va
mourir et qu’elle ne pourra jamais l’en empêcher ?
Rares sont les penseurs qui ont pu observer cette connaissance
particulière des femmes qui fait partie de leur être au monde, de leur ouverture, de
leur souci, et de leur rapport à autrui à la pensée et à la mort.
Cette tâche des femmes, longtemps déniée, dévalorisée comme une
expression de la nature ou de l’instinct, qu’elle soit la marque d’une
condamnation originelle ou d’une bénédiction divine, paraissait jusqu’alors
l’épreuve irréductible du destin, ou de « l’anatomie ». Elles ont voulu
échapper à cette fatalité à laquelle les condamnaient toutes les structures
familiales, politiques, nationales et religieuses, et prendre en main leur destin. Leur
révolte les conduisit, dans un premier temps, à refuser la maternité, mais en
même temps la question de la naissance échappant du monde secret féminin
se trouva projetée au grand jour, dans le domaine public, celui de la science,
de son discours, de ses médias. Cette révélation en fit rapidement, en une
décennie à peine, l’objet du regard de la science, puis celui de sa recherche,
enfin celui de la technique s’emparant du corps des femmes comme
instrument de la production d’êtres humains.
Cette volonté de maîtrise de la génération se donna pour mission
d’échapper, non seulement à la loi de la nature, dont les femmes voulaient se
libérer, mais aussi aux structures symboliques de la civilisation humaine qui
12 s’étaient constituées tout au long de leur histoire, pour produire sa culture et
ses transmissions, et qui prenaient encore la forme d’un patriarcat même
fragile. La remise en question de la famille devenait inévitable. Faut-il la
redouter ?
La femme lutte pour être l’égale de l’homme et son combat passe
nécessairement par la remise en question de la procréation comme aliénation, mais
l’universalité des droits ne peut effacer les différences ni du genre ni du
sexe, même si elles peuvent désormais se distribuer autrement qu’au temps
de la toute-puissance du patriarcat. L’une de ces différences passe par la
maternité. L’éclatement du genre et les propositions nouvelles de la science
médicale dans le domaine de la procréation permettent, semble-t-il, à tous de
se poser cette question et même d’en revendiquer une parcelle d’expérience.
La maternité n’est plus uniquement dévolue au sexe de la femme même s’il
faut encore une femme pour concevoir et porter une enfant. Et de nos jours
ce n’est pas forcément la même.
Mais de quelle expérience s’agit-il, qu’est-ce que devenir mère et
comment le devenir puisque notre temps affirme que la maternité n’est plus
certaine, qu’elle relève du désir et de la volonté ?
L’affirmation d’une maternité incertaine et purement symbolique, comme
le fut d’ailleurs de tout temps la paternité, n’est pas évidente, elle trouble
tous les repères, elle ébranle toutes les certitudes. La maternité est-elle,
comme certains le proclament, un choix, un contrat, une adoption, ou encore
une chance que nous accorderaient la science et la technique médicale ?
J’ai eu la chance de pouvoir écouter ces voix de femmes, leurs doutes,
leurs inquiétudes, leurs incertitudes, leurs questionnements, pendant leur
grossesse, leur accouchement et après la naissance de leur enfant. J’ai pu les
accompagner et les observer, les questionner et tenter de les comprendre au
moment où elles mettaient leur enfant au monde. J’ai pu être témoin de cette
angoisse existentielle qui s’exprime au moment de la naissance et la vivre
avec elles, moi aussi. Pendant les trente dernières années, les femmes ont vu
les plus profonds bouleversements dans le domaine de la procréation, de
l’accouchement, de la naissance, de la famille. J’ai vu et écouté des femmes
devenir mères et accueillir leurs enfants.
La maternité n’est plus spécifiquement l’objet du monde secret des
femmes, cependant chaque femme qui traverse cette aventure la vit pour
ellemême comme un commencement, et chaque enfant qui vient au monde
recommence l’humanité. La naissance d’un être humain a-t-elle changé ?
Le désir d’enfant se révèle en apparence, comme une exigence ou un
refus : le droit à l’enfant, le droit à l’avortement. Cependant le désir reste
toujours obscur : sa face mystérieuse, fondée sur le manque et l’absence, se
cache dans le corps des hommes et des femmes et ne se laisse pas prendre aux
jeux de la technique contemporaine et de sa science médicale, même s’il les
appelle au secours. Le déni et ses expressions mouvantes, qui trouble les
instances scientifiques, juridiques et morales de notre temps, eut pour effet de
13 voiler le désir humain dans sa quête insatiable de satisfaction, de dissimuler
l’ombre de la jouissance et de le protéger d’un écran opaque. Le déni se
diffuse ainsi dans tous les discours, dans toutes les représentations et produit
ses ravages, jusque dans le corps des femmes. Le déni de grossesse et la
stérilité s’expriment comme des symptômes de notre époque, révélant les
résistances du monde caché « du désir d’enfant » et ses productions
souterraines.
Alors comment penser la naissance dans le monde contemporain, la
projection des désirs sur une nouvelle aventure humaine et la tentation de la
maîtrise de l’homme sur lui-même à son commencement ?
La naissance humaine est un accomplissement de l’histoire à travers ses
multiples expressions : l’enfant humain vient au monde dans sa famille, sa
communauté, sociale, géographique, dans son temps, son époque historique.
e Les massacres de masse du XX siècle, les projets tragiques des systèmes
totalitaires de destruction de l’homme dans son être même, les expériences
eugénistes de transformation de l’être humain pour supprimer ou modifier sa
reproduction et sa descendance, le désir fou d’améliorer par la science et la
technique les codes fondamentaux de l’origine de la vie humaine, nous font
redouter le pire.
Mais le désir humain s’exprime toujours, les femmes mettent encore les
enfants au monde et affrontent la maternité, quelles que soient les
catastrophes historiques qu’elles traversent, les contraintes morales ou matérielles,
les risques de souffrance et de mort qui se manifestent. La « natalité », disait
Hannah Arendt, est toujours une chance, une promesse, un pardon possible,
pour que le nouveau puisse advenir. La possibilité de l’action humaine réside
essentiellement dans la « natalité » qui permet à chaque génération d’enfants
humains et à chaque individu qui vient au monde, d’entrer dans l’histoire, de
commencer son histoire et de changer le monde, ce qui est l’essence de la
condition humaine.
eL’enfant qui naît en ce début de XXI siècle est peut-être l’enfant du
projet de la science, peut-être celui du projet étrange et solitaire d’un individu
qui se croit maître de la nature, de son corps, de son sexe et même de son
propre désir, mais celui qui arrive est un nouveau-venu, disait encore
Hannah Arendt, et il a toutes ses chances pour entrer dans le monde.
D’ailleurs il n’a pas le choix, l’être humain arrive au monde dans le
langage qui le précède, qui l’enveloppe, le sépare de la nature et le fait naître
singulier, porteur de la liberté de tous les possibles. Cette destinée même le
sépare du monde animal et le libère à la fois de son espèce et de tout
déterminisme mythique, historique ou même anatomique. Mais ce destin, qui le
fait entrer dans le monde, le menace. Dès sa naissance et son premier cri, qui
est déjà langage puisqu’elle est demande pour sa mère, il entrouvre l’espace
et entre dans le temps, il commence son histoire. Chaque individu qui vient
au monde devient un nouvel Adam, un premier homme, et recommence
l’histoire de l’humanité, disait Kierkegaard. Le besoin devient demande à
14 travers le regard et l’écoute de sa mère, qui répond à ses premiers appels par
les mots de la langue maternelle : cette langue qui s’incarne dans sa parole,
ses gestes, ses soins, ses absences et ses rythmes.
Le nouveau-né est un être fragile, « en détresse », disait Freud, la
néoté2nie le fait naître inachevé, et il ne peut encore rien connaître de sa condition,
il ne peut que l’éprouver. Cependant, sa mère, encore si proche, éprouve elle
aussi ces premières rencontres avec le monde, et retrouve en l’accompagnant
3l’éveil de sa propre conscience et sa plongée dans la nuit du monde où
s’inscrivaient ses premières représentations. Elle éprouve, elle aussi,
l’angoisse de son enfant qui fait écho à la sienne propre, le tremblement de
l’esprit qu’évoque Kierkegaard. Elle traverse avec son nouveau-né le
manque primordial au sortir de la vie utérine et les premiers appels du désir. Ce
temps-là pour la mère en devenir est terrifiant, il peut la conduire aux
confins de la folie. Elle découvre avec une coloration nouvelle, que l’on
nomme le « baby-blues », la fuite du temps, et la mort irrémédiable qu’à la
différence de l’animal l’être humain connaît. Elle ne peut échapper à la
souffrance, celle de la perte du pays natal et sa nostalgie, ni au sentiment
d’inquiétude, d’étrangeté et de solitude qui est le destin de chaque habitant
du monde. Et c’est avec cette étrangeté, cette nostalgie qui signe la perte de
l’enfance, qu’elle peut accueillir son enfant comme un humain, qu’elle le
reconnaît comme un autre. La jeune mère quitte son pays natal, elle sort de
l’espèce animale définitivement en acceptant la singularité de cette relation
qu’elle découvre, elle appelle les mots pour lui et avec lui elle invente le
commencement. La solitude, qu’elle est amenée à traverser comme une
épreuve initiatique, ne peut cependant se passer de médiateurs : ceux ou
celles qui vont l’aider à accepter l’ouverture du monde pour un autre, son
propre enfant.
L’une des modalités terrible du nihilisme désespéré de notre histoire
récente fut précisément la tentative d’éradiquer la « natalité », et d’élaborer
scientifiquement, avec la « solution finale », la destruction totale du
nouveau, du commencement et de la pensée. Le totalitarisme nazi réduisant
l’homme à son espèce engendra Auschwitz, où l’homme désormais inférieur
4à l’animal le plus nuisible, devint « superflu » . Le totalitarisme soviétique
poussant à l’extrême le déterminisme historique détruisit inlassablement ses
propres enfants, ceux de la révolution, ceux qui portaient l’espoir du
commencement.
e eLa fin du XX siècle et le début du XXI avec l’avènement de la
Technique triomphante, tente à son tour de réduire l’humain à son déterminisme

2 Néoténie : Du fait de son inachèvement l’homme serait intrinsèquement prématuré,
dépendant de la relation à l’Autre, d’où la substitution nécessaire de la Culture à la Nature propre à
notre espèce, et la faiblesse de l’instinct chez l’homme par rapport à l’animal.
3 Concept hégélien sur lequel nous reviendrons.
4 L’expression est de Hannah Arendt.
15 biologique ou génétique. Nous sommes tous confrontés à la nécessité de
penser notre condition et ses transformations, car la puissance, à la fois
créatrice et destructrice de notre production scientifique et technique, s’applique
dans nos pratiques quotidiennes, de la naissance à la mort et au delà même,
puisque désormais non seulement nous pouvons détruire la nature mais aussi
la transformer dans notre propre incarnation.
Que devons-nous redouter ?
— Que l’homme ne disparaisse, qu’il n’y ait plus un seul humain pour
5qu’existe un monde, comme le craint Hans Jonas ?
— Que la technoscience n’envahisse toutes nos représentations, nos
espoirs, qu’elle nous transforme, libérée de toute contrainte éthique en robots
mécanisés au service de nos seules pulsions, de notre jouissance immédiate
et éphémère ?
Nous pouvons nous demander comment, désormais, avec la séparation de
la sexualité et de la fécondité humaine, se rencontrent le désir de la mère en
devenir, l’avènement de l’enfant comme sujet, et le projet pulsionnel
démesuré, sans limite de la science et de la technique contemporaine ? Comment
se reconstitue la vie éthique dans cette nouvelle tension dialectique ?
6Nous pouvons en voir apparaître les nouveaux « arrangements » avec de
nouveaux questionnements : le trouble dans le « genre » et le désordre dans
la famille.
C’est pourquoi à partir de mon expérience et ma pratique de sage-femme,
j’ai tenté une analyse de l’histoire du féminisme en France dans la dernière
epartie du XX siècle en orientant ma réflexion sur le corps et le désir
féminin, les représentations dialectiques du masculin et du féminin et du
« genre », et les mouvements politiques et historiques que produisirent ces
bouleversements. En particulier dans le champ de la procréation de la
biotechnologie médicale et de la naissance.
C’est ainsi qu’apparaît le fantasme de l’enfant projet de la technique et de
la science, que j’essaie de faire surgir à travers le questionnement des
femmes. Quels sont les risques que notre époque fait courir au commencement
de la vie de l’être humain, avec la toute-puissance de la science sur le corps
et l’esprit au moment de la naissance, le déni du corps comme chair, le déni
de l’histoire, de la transmission, de la maternité elle-même ? L’enfant
devient projet du désir, que ce soit celui de ses parents ou celui de la science,
que les mythes contemporains, celui du Frankenstein de Mary Shelley, celui
du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ont mis en lumière de manière
prophétique.

5 JONAS Hans, Le principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique
(1979), Paris, Flammarion, « Champs », 1995.
6 Luc Boltanski, La condition fœtale, une sociologie de l’engendrement et de l’avortement,
Paris, NRF Gallimard.
16 Mais la force de la « natalité », même si nous avons dû abandonner
l’illusion d’un monde meilleur, celui du progrès scientifique ou celui issu
des projets révolutionnaires utopiques, nous laisse espérer en un monde
possible c’est-à-dire porteur de commencements.
Cependant la venue au monde de l’être humain ne s’accomplit que dans
l’angoisse, car elle ouvre le champ de tous les possibles y compris celui de la
mort. Kierkegaard est le philosophe qui observe et questionne
particulièrement l’angoisse de la femme au moment de la naissance et ses modalités,
telles que j’ai pu les observer. L’angoisse existentielle atteint son paroxysme et
son sens chez la femme au moment de donner naissance, en écho avec
l’angoisse du nouveau-né qui émerge à peine et encore sans défense dans le
monde.
Pour que s’ouvre le monde au nouvel être humain, pour que sa mère
puisse l’accueillir, aussi bien pendant la grossesse que lors de
l’accouchement et dans les premiers temps qui le suivent, ce que j’appelle le
temps de la menace, nous devons observer les médiateurs de la naissance,
ceux qui permettent à la fois le saut dialectique, la rupture, la séparation et la
7transmission. Ce sont les « médiateurs évanouissants » qui sortent de
l’ombre de la nuit, pour y retourner. Dans le processus de la naissance,
première séparation, dans l’angoisse, la douleur, l’étonnement et l’espoir, ces
médiateurs jouent un rôle essentiel, ils sont toujours présents mais souvent
ignorés. Or, sans leur accueil la femme ne peut devenir mère et l’enfant ne
peut naître au monde.
La sage-femme les connaît et les reconnaît, elle les fait apparaître,
ellemême en fait partie. J’ai tenté une réflexion phénoménologique sur ces
médiateurs de la naissance que j’ai rencontrés jour après jour dans ma pratique
de sage-femme.
— Le placenta, organe annexe de la mère et de l’enfant, double inquiétant
et magique, objet utile, recyclable, symbole vital, lien avec la nature et la
culture dans ses représentations mythiques ancestrales et contemporaines,
qui souvent se rejoignent, ou simplement déchet à éliminer comme un reste
humain inutile. Le placenta, double de l’enfant dont il doit se séparer pour
acquérir une autonomie d’abord vitale puis symbolique, mais aussi un
double de la femme qu’elle perd souvent sans le savoir en détournant les yeux,
en l’évacuant comme un déchet, alors que la séparation d’avec le placenta
lui ouvre les portes de la maternité. Comment se décline la relation de la
femme au placenta et en écho celle de la sage-femme ?
— La nausée de la femme en début de grossesse, lorsque la nature
envahit le corps dans un déferlement incontrôlable, avant de se retirer pour laisser
la place à la possibilité d’un départ, d’une liberté. « La nature sans les
hommes » de la Nausée sartrienne.

7 Cf. ŽIŽEK Slavoj, Le sujet qui fâche, Paris, Flammarion, 2007.
17 — Le « baby-blues » comme un chant de séparation et de nostalgie.
— Le sein et le sevrage, comme commencement de langue.
— L’apparition et l’évanouissement de « l’autre femme », la mère ou la
figure maternelle, la fée ou la sorcière, les figures mythiques, Sarah et Agar,
et la sage-femme encore, comme initiatrices de la maternité.
Enfin, j’aborde la transmission de la culture, au sens de l’ouverture au
monde, par la mère, par la langue maternelle.
La mère dans notre monde contemporain doit s’effacer. La femme qui a
revendiqué l’égalité avec l’homme doit en payer le prix, comme son
compagnon. La place du père s’est fragilisée à tel point qu’elle est à réinventer.
Mais celle de la mère ne devient-elle pas incertaine elle aussi, faut-il aussi la
réinventer ? Qui transmet le symbolique c’est-à-dire la langue qui émerge du
langage, qui soutient la loi structurante de la société humaine, celle qui, pour
reprendre le questionnement de la psychanalyse, affirme la permanence de la
différence sexuelle et générationnelle, de l’interdit fondamental de toute
société humaine, celui de l’inceste, du meurtre, et donne le nom du père, le
nom de la mère ? Qui est celle qui nomme ?
e En ce début du XXI siècle, la représentation de la différence sexuelle et
symbolique ne disparaît pas, mais elle explose en une myriade de particules,
elle s’atomise. La technoscience s’est emparée de la libido et en a fait son
objet, la travaillant comme un produit, elle la propose sous des formes
diver8ses aux consommateurs que nous devenons . Mais avec cette explosion des
représentations traditionnelles qui trouble tous les repères habituels de nos
sociétés, la fonction maternelle apparaît comme dangereuse, castratrice, elle
infiltrerait tous les rouages de nos sociétés compassionnelles démocratiques.
La mère serait toujours archaïque, elle voudrait garder son enfant dans les
limbes de l’indifférencié, de la vie préœdipienne, dans la jouissance
fusionnelle, avant la séparation, avant le logos, plutôt que de lui donner accès au
désir, c’est-à-dire au manque. Elle se voudrait toute-puissante. La terreur du
matriarcat surgit à nouveau, reprenant les thèmes récurrents qui
accompaegnèrent la fin du patriarcat, de la révolution française jusqu’au début du XX
siècle. D’autant que la femme peut désormais décider seule de sa fécondité
et se passer de l’homme, mais non de ses gamètes, pour engendrer un enfant,
la réciproque n’étant pas encore possible.
J’ai pu dans ma pratique de sage-femme constater ces désordres, ces
questionnements et même ces dérives, car la tentation de rester dans
l’impossible fusion est grande et l’absence de parole séparatrice laisse bien
souvent les jeunes mères dans un trouble dévastateur, une véritable
dépression. Le discours de l’expertise, celui de la science, n’éclaire pas les
nouvelles mères. La médecine contemporaine obsédée, en France du moins, par
les risques de la grossesse et de l’enfantement, expression probable de la ter-

8 Cf. FOLSCHEID Dominique, Sexe mécanique, la crise contemporaine de la sexualité, Paris,
La table ronde, 2002.
18 reur qu’inspire le corps de la femme, a pour effet, par ses injonctions
contradictoires, non seulement d’augmenter l’angoisse, mais de réduire les femmes
à leur corps reproductif et à ses symptômes, ce qu’elles voulaient refuser. Le
discours des experts de la maternité et de la petite enfance devient
accusa9teur .
Les tensions sont évidentes et nul n’apporte de réponse, il n’y a
désormais plus de mode d’emploi. Nous sommes entrés dans une période de
trouble et de questionnement. Faut-il s’en désespérer ?
Le projet de libération des femmes reste clivé. En se libérant de la fatalité
d’une procréation sans limites autres que celle que lui accordait la nature,
elles aspirent au travail et à la réussite sociale pour s’émanciper de la
dépendance économique et entrer à leur tour dans le monde public, celui de la
communauté des hommes. Mais ces mêmes femmes veulent aussi pouvoir
être mères. Comment s’exprime cette tension et quelle médiation
trouve-telle ?
Pourquoi les enfants viennent-ils au monde, pouvons-nous nous
demander encore une fois, en sachant qu’à cette question, celle du désir humain,
nous n’aurons jamais aucune réponse et que d’ailleurs nous n’en souhaitons
pas.
La mère est la première qui lui ouvre le monde, et cette ouverture est
celle de la parole, de la langue, des mots et du désir. L’humanisation de l’être
humain commence par la relation à la mère. C’est pourquoi il est de notre
devoir moral, éthique et politique de les accompagner. C’est la tâche de la
sage-femme. Elle est à cette place.
Tous les humains naissent dans le langage, mais comment, dans ces tout
premiers temps de la vie, devient-il langue ? Comment la langue
s’incarne-telle dans le corps du sujet humain, transformant le premier cri en appel, le
vagissement en babil puis en parole signifiante ? Quelle est la place de la
mère dans cette incarnation du corps par le Verbe ?
La naissance est-elle une rupture brutale, un arrachement définitif à
l’ancien, une projection dans un monde hostile sans médiation dont le
pendant tout aussi inquiétant serait une éternelle jouissance dans un utérus
mortifère ? Ou bien le processus dialectique de la vie elle-même ?
Les figures médiatrices sont repoussées par la médecine
technoscientifique et sa nuée d’experts, mais elles apparaissent alors comme des fantômes,
les grand-mères, l’autre femme, la sorcière, la fée et même la sage-femme.
J’essaie de les faire surgir.

9 Cf. Le rapport d’expertise de l’INSERM en septembre 2005, préconisant un dépistage très
précoce des troubles du comportement chez les tout-petits.
CHAPITRE 1
L’ENFANT DU DESIR
L’ENFANT DU PROJET
L’ENFANT DU DESIR
« Le miracle qui sauve le monde, le domaine des affaires humaines, de la
ruine normale, naturelle, c’est finalement le fait de la natalité, dans lequel
s’enracine ontologiquement la faculté d’agir. En d’autres termes, c’est la
naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau, l’action
10dont ils sont capables par droit de naissance. »
Comment aborder le commencement de cette histoire singulière, la
naissance d’un être humain, comment articuler la place de sa mère, de son père,
de sa fratrie, comment faire vivre tous les protagonistes qui lui ouvrent
l’accès au monde, tous les médiateurs, en particulier la sage-femme ?
Comment faire surgir les voix des ancêtres, des bonnes et des mauvaises
fées qui se penchent sur le berceau ?
Comment penser la naissance de ma place de sage-femme, impliquée
dans les bouleversements politiques et éthiques de notre civilisation
occi11dentale « arraisonnée » par la science qui transforme tous les domaines de
la vie humaine, de la naissance à la mort ?
L’histoire de l’humanité et de sa pensée se poursuit et s’écrit dans la
naissance de nouvelles générations, avec l’arrivée d’un nouveau-venu, mais
ces naissances, cette naissance si nous nous attachons à celle d’un enfant
singulier, ne se fait pas sans drame, sans découvertes nouvelles, sans
séparation douloureuse, sans balbutiements, sans répétitions, sans fractures.
eLes mouvements, les fractures du XX siècle et de celui qui commence,
transformèrent le rapport au monde de ses contemporains, dont nous
sommes les acteurs.
Née après la deuxième guerre mondiale, dans une démocratie pacifiée, je
n’ai pas connu le pire de la barbarie, mais toute ma génération en fut
marquée, comme les suivantes. Les fantômes des disparus, les crimes ou les
silences de nos pères, leur mauvaise conscience ou leur culpabilité,
l’héroïsme même de leurs engagements dont ils ne pouvaient rien dire,
l’histoire irracontable, intransmissible des tragédies passées dont les
cicatrices ne se refermaient pas, furent pour nous une trame sur laquelle nous
construisirent notre propre histoire. Nous fûmes nombreux à naître, on nous
appela les enfants du baby-boom, enfants de l’espoir, « promesse » pour
l’humanité avec la possibilité d’un pardon, pour citer encore Hannah
Arendt. Mais la culpabilité qui nous fut transmise dans le silence ou le déni,
laissa ses traces, non seulement dans nos engagements politiques mais dans
nos corps désirants eux-mêmes, en particulier notre rapport à

10ARENDT Hannah, Condition de l’homme moderne (1958), Paris, Calmann-Lévy,
« Agora », 1983, p. 314.
11 Le concept est de Heidegger.
23 l’engendrement et à la procréation. Chez les jeunes Allemands et
Autrichiens, ceux qui portèrent le poids le plus lourd de cette monstrueuse
culpabilité, la baisse du taux de natalité reste encore importante, trois générations
après la chute du nazisme.
Une réflexion sur la naissance est donc aussi une réflexion éthique. C’est
« l’impératif ontologique » de Hans Jonas qui formule « une éthique du
fu12 e tur » . La disparition possible de l’être humain, que les tragédies du XX
siècle révélèrent, entraînerait la disparition de toute valeur. L’impératif est
« catégorique » car il n’admet, comme l’impératif moral kantien, aucune
exception. Jonas ne se demande pas comment l’homme doit être, il affirme la
prééminence de son existence pour que le monde soit. C’est pourquoi nous
avons l’obligation d’avoir une postérité et qu’elle vive dans un monde
habi13table . Ainsi de cette première obligation ontologique, puisqu’il s’agit
désormais d’être ou de ne pas être, découlent toutes les autres qui seront
éthiques. S’assurer d’abord que l’humanité soit, puis que le monde soit habitable
et qu’elle puisse supporter le fardeau de l’existence, discerner le bien du mal,
connaître, apprendre, transmettre, agir.
La question de la naissance semble secondaire en apparence mais elle est
au cœur et peut-être même à l’origine de la transformation du monde par la
technique contemporaine, dont nous sommes à la fois sujets et spectateurs.
Comment les enfants viennent-ils au monde, que se passe-t-il dans le
ventre des mères, comment transformer l’être humain, le rendre meilleur,
plus performant, plus sain, immortel, c’est-à-dire comment le sortir du
monde de la nuit, pour agir dès sa conception et même avant si possible ? Alors,
comment penser la naissance dans le monde contemporain, la projection des
désirs sur une nouvelle aventure humaine et la tentation de la maîtrise de
l’homme sur lui-même à son commencement ?
La pulsion d’emprise de l’homme sur lui-même, sur sa nature même,
son désir de se créer lui-même meilleur, furent peut-être les moteurs
essentiels de cette progression irrépressible de la science et de la technique
contemporaine dans ses applications obstétricales. En effet la femme est
encore, avant que le projet de la science d’externaliser le fœtus tout au long de
sa gestation ne se réalise, celle qui porte, un temps du moins, l’enfant à
naître. Mais pour que ce développement ait pu se réaliser, et à cette vitesse, il a
fallu que la pulsion d’emprise rencontre une autre pulsion et qu’elles
s’accordent. Ce fut celle du désir de la femme de se libérer d’une ancestrale
oppression, et ce mouvement passait par une maîtrise de sa fécondité. Alors,
en quelques années, dans une accélération historique sans précédent, la
maîtrise de la fécondité se déroba, paraissant désormais toute naturelle aux
nouvelles générations, et surgit à nouveau la tentation de l’eugénisme, d’une
maîtrise de l’homme à son commencement : non plus comment éviter une

12 Jonas H., op., cit., p. 96-104.
13 Ce qui ne veut pas dire que chacun d’entre nous ait l’obligation de procréer.
24 naissance, mais comment sélectionner l’enfant parfait, ou transformer son
principe originel.
C’est ainsi que le désir humain se fractionnait et se recomposait se
réalisant dans un réel qui paraissait sans limites. La rencontre des deux désirs lui
donna des ailes. L’enfant du désir devenait celui du projet.
La science pouvait dès lors entrer dans le corps des femmes, l’observer,
le sonder, en extraire le concept premier de la vie.

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