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Nazisme et philosophie

De
156 pages
Dans cet essai philosophique de Christian Thys, où il est question des rapports entre la philosophie et le nazisme, l'auteur cherche à répondre à deux questions fondamentales: tout d'abord dans quelle mesure la philosophie du nazisme, et la philosophie en général ont-elles été amenées à s'influencer mutuellement? Ensuite, quel substrat a été nécessaire afin que la philosophie du nazisme ait pu émerger au sein d'un pays "civilisé"? C'est à partir de cette problématique que l'auteur traite la question de l'Allemagne d'un point de vue à la fois historique et philosophique. Cinq questions pour comprendre les liens entre philosophie et nazisme: Christian Thys réussit au cours de cet essai philosophique à définir clairement la problématique, et les enjeux du rapport entre deux concepts que l'on voudrait inconciliables. Parfaitement maîtrisé, l'essai met en valeur le travail de l'école de Francfort, exprime le clivage gauche-droite au sujet du nazisme, recense et synthétise les pensées des différents protagonistes, et pose la querelle des historiens et des philosophes qui en découle.
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Nazisme et
philosophie
Christian Thys Nazisme et philosophie 1935-1987
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IDDN.FR.010.0114130.000.R.P.2009.030.40000
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2009
1. Un terrain délicat
Les lignes qui suivent tentent de répondre à la ques-tion : « Comment les philosophes allemands ont-ils interprété le nazisme ? » Cette question entraîne une se-conde encore plus vaste : « Comment le nazisme a-t-il infléchi la philosophie allemande de laprès-guerre ? » Une troisième : « Quelles tendances philosophiques peu-vent insuffler le courage de résister aux tentations totalitaires ? » Une quatrième : « Quelle est la valeur des analyses des philosophes eu égard à celles de leurs collè-gues historiens ? » Enfin une cinquième, déterminante, qui hante lintelligentsia depuis la fin du conflit : « Comment Auschwitz a-t-il été possible au pays du romantisme et de lidéalisme, de Goethe, de Kant et de Hegel ? » Impossible de répondre de manière définitive en quel-ques pages aux cinq questions. La première à elle seule requiert déjà que lon surmonte quelques préventions. Et dabord lhabitude quont les histoires de la philosophie de se confiner dans un ensemble de spéculations conceptuel-les internes à labri des événements, alors que les philosophes sont comme tout un chacun impliqués dans la vie quotidienne ; ensuite, lidée que le nazisme nappartient pas à la philosophie1, mais à lidéologie ; en-
1A notre connaissance, peu de philosophes lui accordent ce statut, et pour cause. Levinas, par contre, présente un article prophétique avec « Quelques réflexions sur la philosophie de lhitlérisme », paru dans Critical Inquiryn° 1, pp. 63-71, et réédité en, automne 1990, vol. 17, 1997, accompagné dun essai de M. Abensour,Le Mal élémental, Fata Morgana. Il faut mentionner le livre de E. Jäckel,Hitler idéologue,
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fin la suivante : que le procès des régimes totalitaires est chose entendue et appartient à un passé dépassé, lAllemagne étant à lheure actuelle un des pays les plus garants de la démocratie et nayant plus de leçons à rece-voir de ses voisins. A lencontre de ces objections, nappartient-il pas à la philosophie de sinterroger sur les crises, et plus encore sur celles qui menacent sa raison dêtre ou même sa possibilité ? La démocratie na-t-elle pas été une condition de la naissance de la philosophie ? Peut-on sérieusement penser la philosophie de nos jours en faisant léconomie des défis que la politique lui a posés en Allemagne ? Pour J-P. Faye, la réponse est claire :
On ne peut pas penser la philosophie de nos jours à la fin du XXesiècle, si lon ne sait rien de la tragé-die philosophique qui sest nouée au cur du siècle et dans le langage de ce siècle. []Je crois que le défaut de lhistoire de la philosophie, telle quelle est conçue, cest de penser quil y a un enchaînement des concepts philosophiques qui se passe dans un ciel serein et en dehors des autres champs de lan-gage. Comme si les philosophes parlaient dans un espace aseptisé, avec une langue qui leur soit propre et qui ne communique avec aucune autre. Or les phi-losophes sont des hommes vivants qui vivent et qui parlent le langage de leur temps et les champs idéo-logiques les traversent comme tous les autres. Ils peuvent avoir par rapport à ces champs une position
Paris, 1973 De même Lawrence Birken,Hitler as Philosophe: Rem-nants of the Enlightenment in National Socialism [Hitler en tant que philosophe : vestiges des Lumières dans le national-socialisme], Westport, Praeger, 1995. Nolte reconnaît à Hitler une philosophie sommaire, mais une philosophie anticommuniste quand même. Her-mann Rauschning en fait un nihiliste opportuniste, mais il est établi queConversations avec Hitler,The Voice of Destruction(1940) est un faux qui a tenu quarante ans avant dêtre démasqué.
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