Nous-mêmes et la terre

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Nous-mêmes et la terre est une critique de l'idée technique du monde, qui reconnaît la condition technique mais s'attache à reconquérir notre être sur chaque secteur technicisé : astrophysique, génomique, télécommunication, imagerie audiovisuelle... Le dépassement de l'idée technique du monde y apparaît comme la condition d'une existence historique libre, où est réfutée la croyance la plus fausse de notre temps selon laquelle la technologie serait l'art d'aujourd'hui.
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782336371559
Nombre de pages : 288
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Philippe Verstraten
NOUSMÊMES ET LA TERRE
Critique et dépassement de l’idée technique du monde
Préface de Michel Deguy
Nous-mêmes et la terre
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren  Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Carmen REVILLA (dir.),L’horizon de la pensée poétique de María Zambrano, 2015. Zouaoui BEGHOURA,Critique et émancipation. Recherches foucaldiennes sur la culture arabe contemporaine, 2014. Jordi RIBA (dir.),L’effet Guyau, De Nietzsche aux anarchistes, 2014. Lucas GUIMARAENS,Michel Foucault et la dignité humaine, 2014. Luis Gonzalo FERREYRA,Philosophie et politique chez Arturo Andrés Roig. Vers une philosophie de libération latino-américaine (1945-1975), 2014.
Philippe Verstraten
Nous-mêmes et la terre
Critique et dépassement de l’idée technique du monde
Préface de Michel Deguy
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05518-3 EAN : 9782343055183
Préface de Michel Deguy Philippe Verstraten est un philosophe « naturel ». Manière (étrange) de dire qu’il pense comme il respire. Avec, dans et contre la tradition. La tradition, c’est l’histoire de la philosophie, autrement dit sa genèse et le devenir de la pensée de Platon à Nietzsche, d’Aristote à Heidegger, du transcendantal scolastique au transcendantal kantien, du rationalisme cartésien à l’Esprit hégélien etc. Elle transmet ce qui fut pensée de ce-qui-est-à-penser (das zu-denkende, dirait Heidegger, de son fameux ton tautologique). Ontologie, métaphysique, « sortie » de la métaphysique pour « un autre commencement ». Et c’est l’enseignement académique de cette histoire qui rend possible que beaucoup de philosophes philosophent sans inventer, recherchent et comprennent sans ajouter, et permet à la tradition de subsister dans une bibliothèque idéale intégrale. Quant à la tautologie continuée du penser vif et de son pensable (l’Être) d’autre part, à la fois rénovatrice et polémique, elle tient à l’écart non pas le rapport questionnant à la Science et à l’Art, mais l’essayisme des idéologies. Comment suivre Heidegger, lui-même suivi de trois générations d’interprètes et de contre-penseurs relisant et inventant ? Parlant comme il pense, pensant comme il parle, il vient à Verstraten à tout bout de phrase, au fil d’une réflexion, certes savante et systématique, comme on le remarque à la construction de ses livres (pas de déconstruction sans construction), au cours d’une méditation ininterrompue, c’est-à-dire que n’interrompt pas, mais sustente, l’amour de l’existence et une alarme extrême (qui retentit alentour comme une sonnerie de détresse déclenchée qu’on ne peut plus arrêter dans notre vaisseau terrestre en déterrestration et extraterrestration)…vient à Verstraten, dis-je, son parler de penseur original, à la fois familièrement néologique, docte et inventif, plaisant (humoristique) et déplaisant (à contre tendances). Son écrituration, comme j’aime à dire, d’écrivain philosophant qui ne cesse de regarder par la fenêtre les mœurs et les paysages, la beauté de reste et la corruption générale, tout en maintenant une espérance qu’on dirait plus forte que
I
lui, confine à une insolence non-philosophique dans la promptitude d’allure calemboureuse de notre temps – qui réussit ou rate son coup. Lui, l’auteur, voisine en même allure mémorante, érudite, herméneutique, hypercritique – avec une poétique, en dialogue avec tous les morts vivants dans l’antépurgatoire des penseurs ; on dirait un soliloque colérique et poétique, amoureux et dépité, rêverie d’un penseur solitaire…qui attend justement le dialogue. Il cherche l’audience et s’inquiète de perdre celle qu’il n’a pas encore conquise. Un risque de misanthropie menace. Est-il « heideggérien » ? Bien sûr, au sens où il ne peut être question pour un penseur aujourd’hui d’éviter, d’autodafer ou méconnaître le Maître de Fribourg dans sa prouesse de recueillir et de retourner, d’« achever » la philosophie. Le contourner serait sauter le chaînon à ne pas manquer de la philosophie occidentale (et pas seulement « continentale »), celui de l’époque de « die Überwindung der Metaphysik ». Pas plus qu’en 1850 il ne fut possible de faire comme si Hegel n’avait pas pris toute la place. Verstraten fait partie de ceux qui viennent après, ni zélotes ni sourds. Ils lisent, étudient, entendent, discernent, parlent librement, et, pourquoi pas, d’égal à égal, dans la prodigieuse liberté du fatum. Il y a cent ans pensait Heidegger ; quatre générations. La phase de capitalisme culturel ultime où « nous en sommes » ne pouvait pas se laisser prophétiser entièrement dans une prescience qui, comme son nom l’indique aussi, ramasse les oracles équivoques du passé. La mutation en cours, cata-strophique à la tourne des deux millénaires, émondation et dés-humanisation plus intenses encore que ne pouvait le pressentir l’anhumaniste auteur de la lettre à Jean Beaufret (« Über den Humanismus », 1946), comment ne transformerait-elle pas aussi la pensée de l’échéance (Ereignis) ? Heidegger attendait la fin atemporelle de l’Attente. Ce qui nous attendait, nous les plus tard venus, aura été une Dévastation, plus inouïe que les conférences de 1945 pouvaient préfigurer, comme si le nihilisme n’avait pas encore été assez enduré. Pouvons-nous encore « attendre » ?
II
À certains égards il me semble même (oui, à moi, Michel Deguy) que l’espérance (pour ne pas dire l’optimisme) qui guide encore la pensée de Philippe Verstraten comme une Antigone filiale (pour ne pas même évoquer « la petite fille Espérance » de Charles Péguy) émousse la radicalité même dont « notre philosophe » fait preuve ici. Sa confiance en l’amatorat (mot de Bernard Stiegler), ou dans le charisme, cette belle réinvention de son imagination savante d’écrivain, dans le « patrimoine épargnable », n’a pas pris la mesure du clonage culturel dans toute l’ampleur de son « phénomène social total » (Mauss). Il lui manque aussi (me semble-t-il) une pensée de l’écologie apocalyptique (c’est-à-dire dévoilante), à frayer « malgré tout ». Plus brièvement : une politique. Pour tout dire une poétique de la comparaison affrontée à ce « hors comparaison » que Verstraten circonscrit avec rigueur. Une pensée de l’être-comme à l’œuvre dans les œuvres, qui viendrait lutter avec celle de l’Être en Attente. Il traduit. La traduction est le problème. Une question de vie ou de mort. Dans cette perspective, arracher à la langue de leur traduction parue les Beiträge (une langue euphémisante en vieux-haut-François restitué) serait une « grande tâche de traducteur ». La pensée de Verstraten nous la fait désirer.
III
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