Ouverture pour le XXIe siècle

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Inégal et injuste : 20% d'humains consomment 80% des ressources de la planète. Comment renverser la vapeur ? Ce livre souhaite montrer comment les utopies, matrices de l'histoire, peuvent contribuer à notre réflexion. Le ferment des utopies que l'on retrouve dans les réflexions de Thomas More, Charles Fourier ou encore Sigmund Freud, peut nous aider à penser le futur. Au XXIe siècle, saurons-nous changer de cap ?
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296218345
Nombre de pages : 169
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Ouverture pour le xxr

siècle

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07642-6 EAN: 9782296076426

Madonna Desbazeille

Ouverture Saurons-nous

pour le XXIe siècle changer de caP?

Préface de René Scherer

L'Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions

Jean-Pierre COMBE, Lettres sur le communisme. Un intellectuel communiste témoigne et réagit, 2009. Christian SAVES, La Gauche française, 2008. Voula P. MEGA, Modèles pour les villes d'avenir. Un kaléidoscope de visions et d'actions pour des villes durables, 2008. Élisée MONTF AlON, La discrimination positive à l'université aux Etats-Unis. L'exemple des universités du Wisconsin, 2008. C. A. AGUIRRE ROJAS, L'Amérique latine en rébellion, 2008. Sylvain BARTET, Jean-Paul BEAUQUIER, Pour en finir avec ceux qui ne veulent plus être socialistes ..., 2008. Gilles ROTILLON, Faut-il croire au développement durable ?, 2008. Michèle MILLOT, Jean Pol ROULLEAU, Le syndicalisme autrement, 2008. Michel BOULANGER (dir.), Le cannabis dans tous ses états, 2008. Radouane BNOU NOUÇAIR, Atouts et faiblesses de l'immigration au Québec, 2008. Elian ROBERT, Les médecins et la vie politique locale, 2008. Michel PERRIER, Du souci des autres à l'autre comme souci. La grande casse du médico-social, 2008. Philippe POITOU, L'Athéisme, la spiritualité de la raison, 2008. Gilbert BEREZIA T, Quand l'université se réveille, 2008.

A mes petits-enfants

nés à l'orée du XXI'

siècle.

Je leur souhaite d'y faire le meilleur voyage possible.

Utopia rediviva

Comment écrire sur l'utopie aujourd'hui? Le sujet est encombré; bien plus, il n'est plus de mise. Encombré d'une bibliographie qui, à elle seule occuperait un volume. Plus de mise: il n'a plus la cote, comme disait Benjamin. Dépassé, à l'heure où, de toutes parts, on a entendu proclamer la mort des utopies; où, plus grave encore, les esprits sérieux, à commencer par tOute la gent philosophique et politique, tiennent à proclamer, avant tOut raisonnement, qu'elle se garde de l'utOpie. Parler de l'utOpie? Madonna Desbazeille a tenu la gageure. Habilement, avec un sens très assuré de l'opportunité. Elle rend à l'utOpie ses lettres de créance, en choisissant le terrain stable du sérieux. Et, dans ce terrain déblayé, ses ancrages: More et Fourier. Non pas piqués au hasard dans le flot des volumes, mais soigneusement établis aux deux bouts de l'histOire, à ses points remarquables d'inflexion: le commencement de l'accumulation du Capital et celui de l'émergence et de la domination progressive de la Bourse et de ses crises. Avec quoi, on le sait, nous sommes loin d'en avoir fini.

Son thème, le fil courant tout au long de son essai, qui en assure l'unité, la limpidité et l'aisance de lecture: que l'utopie est profondément implantée dans l'histoire; que, loin d'être le produit de quelque cerveau rêveur, voire malade, elle impulse, de celle-ci, le mouvement; qu'elle lui a donné, à chaque tournant essentiel, un élan, autrement imprévisible. L'utopie, moteur de l'histoire. L'utopie ne relève pas du rêve, mais bien de la plus concrète réalité. * Oui, ce livre a raison. Le mot d'utopie, de nos jours si vilipendé, tourné presque en dérision par les doctes, mérite d'être honoré, revivifié. Et l'un des premiers mérites de cet essai est, en l'accompagnant d'un appareil critique minutieux et considérable, de nous permettre de redonner à l'utopie, dans l'histoire des idées et dans l'histoire tout court, la place et l'importance qui lui reviennent. Place de premier plan, importance et poids d'un moteur essentiel ou, comme on aime souvent à écrire, incontournable. Que les blasés, les revenus de tout, les bien informés ou prétendument tels, les gens à la page, auxquels on ne la fait pas, s'en moquent et l'épinglent au nom d'une science d'autant plus péremptoire qu'elle est de date récente et distillée du haut d'une information hâtive. Il reste que l'utopie est ce qui permet, à nous, à la fois spectateurs et acteurs, en toute occasion, de résister à l'évidence du fait, et à l'événement de bouleverser les prévisions doctes, de déjouer les plans, de bousculer les importances. Elle est du côté de l'imprévu, mais, tour autant, du nécessaire. Qu'est-ce à dire, précisément ? * La chute, crue trop tôt définitive, de l'Utopie, assimilée bien à tort, et avec une colossale mauvaise foi, à celle de l'Union soviétique et des régimes totalitaires, a suscité, selon les points de vue, ou même, de part et d'aurre, un moment de stupeur et de victoire. On en a célébré la déroute irréversible, laquelle 8

devait assurer le définitif empire d'un libéralisme universel; la société marchande concurrentielle, apparue comme destinée ultime de l'humanité; le discours de la libre entreprise, langage unique se substituant à la possibilité de tout autre discours. Et voici qu'une ou deux décennies à peine après cette déconfiture et ce triomphe, et tout récemment encore, commence à percer une tout autre voix. Notre siècle se meurt,entendons bien qu'il commence seulement à revivre-, d'une immense soif d'un autre monde débarrassé de ses inconséquences, de ses monstres, de ses mensonges mortifères. Au bout d'une ou deux décennies à peine après la célébration de l'Empire du marché unique (ainsi qu'unique réponse à tous les problèmes économiques, politiques et sociaux, moraux aussi bien que matériels) l'univers commence à prendre conscience de ce voile qui étouffe les pensées, travestit et assombrit les mots, ôte toute croyance en la réalité d'un monde dont la jouissance est devenue, à la majorité de ceux qui l'habitent, de plus en plus improbable. Comment l'entendre, sinon qu'un insatiable désir est en train d'ébranler la planète pour que la vie soit enfin arrachée à sa précarité, le monde à sa déréalisation, à cette pléthore de simulacres mercantiles et bancaires dont trop longtemps a été bercé notre somnolence. Nous voici arrivé au point limite, et, il faut l'espérer de toute notre raison, de nonretour. Ce que nous apporte et nous dit ce livre? Tout simplement, un réflexe de «simple bon sens» comme écrivait Fourier, en formulant que c'est dans l'utopie seule que s'est réfugiée la raison, qu'elle seule est capable d'énoncer le réel. Un peu comme dans l'Eloge de la folie d'Erasme, ce compagnon et complice de More, la folie seule détient le bon sens d'un monde égaré. * L'utopie n'est pas un rêve, contrairement à l'idée reçue et à quelques approximations hâtives, il est vrai aussi. Mais le réel dans lequel elle est ancrée et qu'elle dit, qu'elle révèle, n'est pas 9

non plus la simple actualité, le réel réduit auquel seul nous sommes habitués à accorder ce nom. Elle est le réel nourri, accru ou intensifié, révélé par cette part de réel, aussi, qu'apportent l'imagination et le désir. Une des fautes essentielles - et pourquoi ne pas dire «crime», à la manière dont Fourier

parlait des « crimes du commerce» - de l'idéologie dominante,
est d'avoir appauvri notre imaginaire; de l'avoir rendu exsangue ou point que nous ne savons même plus désirer ni imaginer en dehors de désirs minuscules limités par l'économie marchande et du système qu'impose la compétition bancaire. Le réel, ce n'est pas cette actualité sordide, seul repère de la presse du jour, mais l'invisible réserve - aurait pu dire Valérydu virtuel qui seul lui donne tout son poids d'humanité. Ou, autrement dit, ce qui vaut seul la peine d'être vécu. L'utopie occupe l'histoire, elle la ponctue, mais elle ne la suit ni ne l'épouse. Ses points remarquables, il est besoin enfin de le préciser pour éviter tout contresens, sont les inflexions d'un devenir. Le moment où les directions sont à indiquer les décisions à prendre. C'est de cette manière que, tout en marquant la persistance d'une tendance, elle varie selon les époques. L'utopie de Fourier se situe, certes, presque aux antipodes de celle de More. Elle n'énonce plus pour une société close; elle ne vaut pleinement que dans l'ouverture d'un monde à peu près totalement exploré. Non dans le cadre d'une société dont la richesse est essentiellement territoriale, mais dans celui de la déterritoria/isation que le capitalisme industriel et financier opère. Et, si elle reste encore pour nous un guide, c'est que nous continuons à vivre dans son horizon: l'attente, pour tous les hommes, d'une hosPitalité universelle que le globe peut légitimement leur dispenser. * Notre utopie, d'inspiration et de style fouriériste, si l'on peut dire, est à l'échelle de cette hospitalité de la Terre; par quoi il faut évidemment entendre, tout autant que la réforme 10

sociale, la préservation des climats de la planète, de ses ressources, de leur diversité. Elle n'est pas pure réforme du dedans, mais du dehors. Elle a fait tomber tous les murs. Et elle nous apprend de surcroît, ce que subtilement suggère le livre de Madonna Desbazeille, à mieux comprendre la fécondité de l'UtoPia inaugurale; comment elle pouvait contenir en puissance, sous une rigidité d'apparence, l'inépuisable courant des aspirations du monde moderne. Telle développement d'un germe dans une terre fécondante. Mais à l'encontre du langage ô combien inapproprié de ce qu'il est convenu d'appeler « développement» ou « croissance ». De cette Utopia contemporaine de celle de notre utopiste français, le Rabelais de l'abbaye de Thélème et de bien d'autres visions à la fois critiques et harmoniennes, l'essai présent sait extraire la substantifique moëlle, mettre l'accent sur cet écart fondateur dont «l'écart absolu» de Fourier sera, pour les sociétés contemporaines, la reprise et la systématisation. Ecart ou rupture dans la continuité morose, dans le déterminisme unilinéaire de l'histoire. Ouverture sur d'autres CIeux.

*
L'utopie est ce qui échappe au fil rigide et ténu du Progrès. A ses pièges, à ses leurres. L'utopie, ce sont les possibles latéraux; c'est la poésie et la musique de la vie; ce n'en est pas, ce ne saurait en être, le programme. Elle est l'impérissable étincelle gnostique ravivée, le Phénix de la légende renaissant, à chaque matin, de ses cendres. Elle seule peut nous garantir contre cet ordre mensonger, l'ordre d'une civilisation subversive qui nous a trop longtemps imposé sa loi. L'ordre que l'on peut entendre aux deux sens du mot, révélation ultime et solution finale ou catastrophe: celui de l'apocalypse libérale. Non pas apocalyptique, elle, mais internelle. René SCHERER, philosophe. 11

«

Que résoudre dans cette conjoncture? Il n'est qu'un moyen de salut.

C'est de reconnaître que nous sommes trahis par nos chefs et qu'il faut

nous sauver par nous mêmes. » Charles FOURIER

Il était une fois, un marin portugais qui s'appelait HytModay. Son nom, d'origine grecque, signifiait: expert en balivernes. Drôle de nom, n'est-ce pas, pour un marin? Son prénom était Raphaël, comme l'ange de la Bible, patron des voyageurs et qui guérit les aveugles. Raphaël HytModay. Raphaël H., donc, était un marin portugais qui avait déjà un bel âge, le visage brûlé par le soleil, et une grande barbe. Il portait un grand manteau jeté négligemment sur l'épaule, ce qui lui donnait fière allure. Il était fort en latin et surtout en grec car il s'intéressait à la philosophie. Raphaël H., le marin philosophe, était très curieux de voir le vaste monde. C'est ainsi qu'il s'embarqua, un jour, avec Amerigo Vespucci, le navigateur florentin qui découvrit l'Amérique en 1507 et qui a écrit les célèbres «Quatre Nouveau Monde. Navigations» Raphaël fit pour raconter sa découverte du et à la avec lui trois navigations

quatrième, poussé par le désir de faire sa propre découverte, il décida de quitter Amerigo et partit avec cinq autres marins, ses compagnons. Ils naviguèrent et naviguèrent, sur leurs radeaux de fortune, bravant toutes les tempêtes, jusqu'en dessous de la ligne de l'équateur, de part et d'autre des TroPiques, là où s'étendent d'immenses solitudes brûlées par une chaleur perpétuelle. C'était un spectacle sinistre et effrayant. Des espaces désertiques, hantés par les fauves et les serpents où vivaient des hommes à peine moins sauvages et moins méchants que ne l'étaient les bêtes. Une désolation. Mais ils poursuivirent leur chemin et avec beaucoup de courage, ils dépassèrent cette région. Toute hostilité alors disparut. Le soleil frappait moins durement, le sol était paré de verdure, la nature des êtres vivants était adoucie. Ils découvrirent des peuples, des villes, des places fortes et une vie commerciale intense qui s'exerçait non seulement à l'intérieur de chaque pays et avec les pays voisins mais même avec des peuples très éloignés. A partir de là, ils eurent la possibilité de visiter de nombreux pays situés en deçà et au-delà, destination, admis. car ils avaient abandonné leurs radeaux devenus vétustes et il ne se trouvait Les bateaux qu'ils aucun navire, quelle que fût sa

sur lequel lui et ses compagnons ne fussent très volontiers observèrent dans les premiers pays visités

avaient un fond plat, tme voilure faite tantôt d'un assemblage de roseaux ou de joncs, tantôt de peaux. Par la suite, ils trouvèrent des vaisseaux à la carène incurvée et gréés de voiles de chanvre. A la fin, tout était semblable à ceque nous trouvons chez nous. Les matelots qui les accueillaient et n'étaient pourtant pas ignorants des chosesde la mer et du ciel, avaient témoigné à Raphaël une extrême gratitude lorsqu'il leur eut révélé l'usage de la boussole, cette aiguille aimantée dont ils n'avaient aucune notion. C'est pourquoi ils ne se risquaient que timidement en haute mer et seulement durant l'été. Les Chinois l'avaient découvertedès le VIII' siècle et transmise aux Arabes dès le Xl'. Mais les navigateurs occidentaux ne faisaient usage que depuis peu de la « marinette » (c'est ainsi qu'ils nommaient la boussole,
cette précieuse « compagne des marins» J. Ils rencontrèrent des monstres à six têtes, triple mâchoire, douze Pieds et une ceinture garnie de têtes de chiens, des Harpies, ces oiseaux à tête de femme, des Lestrigons, géants cannibales comme ceux qui dévorèrent plusieurs compagnons d'Ulysse et d'autres prodiges énormes du même genre, car il n'était guère d'endroit où l'on n'en découvrît. Le plus intéressant est de savoir qu'ils rencontrèrent, chemin faisant, des pays où la justice et la sagesse étaient si bien appliquées que les peuples y vivaient heureux ensemble et d'une manière civilisée dont nous pourrions tirer des leçons en vue de corriger les abus qui sévissent chez nous. Ayant parvinrent existait franchi tous ces obstacles et traversé tous ces pays, ils

un jour à l'lIe de Nulle Part, une île qui malgré son nom bel et bien. Elle était encore appelée Utopia. Les U toPiens

s'étaient organisés pour y vivre ensemble de manière remarquable et tout à fait différente de ce que l'on avait pu connaître jusque-là.

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