Penser les catégories de pensée

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L'étude des arts, des cultures et de leurs médiations, vaste programme qui recouvre une pluralité de disciplines, construit des catégories pour penser ses objets. Typologies des publics, labellisations des œuvres, qualifications des auteurs, classifications des modes d'expression artistiques, caractérisations des dispositifs et indexations documentaires sont en effet autant de catégorisations opérées a priori ou a posteriori pour saisir tant les objets que les individus et leurs pratiques, usages et discours. Cet ouvrage rassemble une diversité d'approches réflexives autour de ces processus de catégorisation, dans la diversité de leurs emplois et théorisations.
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782140012785
Nombre de pages : 230
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Sous la direction de Chloé DELAPORTE, Léonor GRASER et Julien PÉQUIGNOT
PENSER LES CATÉGORIES DE PENSÉE
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Penser les catégories de pensée
Arts, cultures et médiations
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Pierre DREYFUSS,La Photographie « de » Wittgenstein, 2016. Robert FOREST,L’homme connaissant, Quatre essais de philosophie critique, 2016. Fatma MOUMNI,Auguste Comte et la pensée de David Hume, 2016. Germain-Djéry NDONG-ESSONO,De l’éthique environnementale à la dialectique réflexive. Confrontation entre Hans Jonas et André Stanguennec, 2016. Arash JOUDAKI,La politique selon l’égalité. Essai sur Rancière, Gauchet, Clastres et Lefort, 2016. Gérard GOUESBET,Violences de la nature, 2016 Olivier VERDUN,L’énigme de la domination, 2016 Michel FATTAL,Du bien et de la crise, Platon, Parménide et Paul de Tarse, 2016. René PASSERON,L’amour refus,2016 Mouchir Basile AOUN,La Cité humaine dans la pensée de Martin Heidegger. Lieu de réconciliation de l’être et du politique, 2016. Nikos FOUFAS, La critique de l’aliénation chez le jeune Marx, 2016. Patrick MBAWA DEKUZU YA BEHAN,Le paradoxe du pardon chez Paul Ricoeur. De la gratuité à la gratitude, 2016. Hélène MICHON, Tamás PAVLOVITS,La sagesse de l’amour chez Pascal, 2016. Philippe FLEURY,Figures du gnosticisme, 2016. Auguste NSONSISSA,La grammaire de la signification.Querelle des fondements de la philosophie contemporaine du langage,2016. Pascal GAUDET,Qu’est-ce que la philosophie ?, Recherche kantienne,2016.Godefroy NOAH ONANA,Tradition et modernité.Rupture ou continuité ?,2016.Benoît BASSE,De la peine de mort en philosophie, Quel fondement pour l’abolition ?,2016. Bruno TRAVERSI,Le corps inconscient. Et l'Ame du monde selon C.G. Jung et W. Pauli,2016. Pierre-André STUCKI,Démocratie et populisme religieux. L’homme est-il un loup pour l’homme ?,2016.
Sous la direction de Chloé DELAPORTE, Léonor GRASERet Julien PÉQUIGNOTPenser les catégories de pensée
Arts, cultures et médiations
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09623-0 EAN : 9782343096230
Introduction De l’objet à l’objectivation ChloéDELAPORTERIRRA 21, Université Paul Valéry – Montpellier 3LéonorGRASERCERLIS, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 JulienPÉQUIGNOTELLIADD, Université de Franche-Comté « […] il m’a dit que je verrais ce que je voulais voir – une promesse autant qu’un reproche, et en même temps une description 1 de la genèse de l’acte de voir. » ans le cadre d’une démarche scientifique, « voir ce que l’on veut voir » ne semble pas être autre chose qu’un reproche. L’objectivité, régulièrement associée à la rationalité, est souvent mise en avant pour caractériser l’activité de recherche qui doit se méfier de la subjectivité, la fuir. Les paradigmes, les protocoles, la vérification par les pairs sont là pour l’y aider. La science doit traiter des faits, établir des lois, expliquer les choses qui sont ; elle n’est pas censée donner un « avis » ou tenter de mettre en avant « sa » vision du monde. Pourtant, il est également banal de remarquer que les scientifiques ne chaussent pas les mêmes lunettes. La biologie et la sociologie peuvent toutes les deux regarder un être humain, elles ne « voient » pas la même chose. Elles ne voient pas la même chose car elles neveulentpas voir la même chose. Il s’agit bien là d’une « promesse » et non pas d’un « reproche », promesse contenue dans le titre de biologiste ou sociologue. Ainsi, ce qui est vu de l’objet regardé dépend de celui qui regarde. Bien plus, l’objet vudans son ensembledépend du sujet qui l’observe : un système biochimique complexe d’un côté, un être social de l’autre. Autrement dit, la démarche scientifique commence par une construction d’objet, qui est d’abord construction du regard, de la pensée.  On peut attribuer cela à la modernité scientifique : avec l’explosion des savoirs, l’accumulation constante des connaissances des derniers siècles, l’omniscience (ou ne serait-ce que quelque chose d’approchant) n’est plus envisageable. Il est communément admis aujourd’hui que la 1 BANKSRussel (1991),Le Livre de la Jamaïque(trad. Pierre Furlan), Paris, Actes Sud, p. 203.
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ChloéDELAPORTE, LéonorGRASER, JulienPÉQUIGNOT
science se décline en de multiples disciplines (et elles-mêmes en sous-disciplines ou champs), qui elles-mêmes s’organisent peu ou prou selon des objets ou types d’objets. D’où la nécessité d’user de lunettes différentes : la sociologie ne s’occupe pas (n’est pas censée s’occuper) de la reproduction cellulaire et la biologie n’a pas (n’est pas censée non plus avoir) grand-chose à dire sur la socialisation. Pour résumer, la science serait une forme de pensée qui catégorise pour penser. Le monde n’étant pas appréhensible dans sa totalité par un seul individu ou même une seule discipline, chaque discipline découperait sa tranche ou strate, chaque individu s’attellerait à un petit morceau de chacune de ces tranches ou strates. Si les objets vus ne sont que ceux dont on a voulu qu’ils soient vus, c’est parce qu’ils sont objectivés par le processus de la recherche, la puissance opératoire des résultats étant l’aune de validation de l’objectivation. Dire cela implique deux choses : d’une part, que la démarche scientifique est synonyme de maîtrise complète des catégories mobilisées et, d’autre part, que les lunettes sont des œillères ; faire de la sociologie ne serait pas seulementvoirdes êtres sociaux, mais également ne pasvoirdes systèmes biochimiques. La « promesse » d’objectivation des objets par leur catégorisation (objective) protégerait ainsi le·la scientifique du « reproche » de la subjectivité. L’écueil serait alors précisément de faire de l’objectivation la spécificité de la démarche scientifique.  En effet, regarder un tableau « de Van Gogh », c’est l’avoirdéjàregardé, puisque c’est regarderquelque chosequin’est pas autre chose(un Gauguin, une Ferrari, un nuage dans le ciel). Bien avant donc de pouvoir rencontrer l’objet, il est déjà vu, pensé – ou il a déjà été vu et pensé pour le sujet –, jugé, classé, catégorisé et ce d’innombrables manières. Rencontrer, c’est donc d’abord objectiver, « placer devant » ; regarder, c’est bien regarder ce qu’on a mis devant soi,pourle regarder, quand bien même sans en avoir l’air. Ainsi, regarder impliquetoujours d’objectiver, qui impliquetoujoursde catégoriser. La spécificité scientifique n’est pas à chercher dans la méfiance de la subjectivité et donc dans l’objectivation, mais justement dans laméfiance de l’objectivation, autrement dit dans la méfiance de la catégorisation.  Qu’est-ce que catégoriser, au-delà du simple mécanisme d’inclusion-exclusion ? D’où viennent les catégories ? Naissent-elles, migrent-elles, disparaissent-elles ? Comment fonctionnent-elles, quels sont leurs effets, comment les mesurer ? Peut-il y avoir des catégories qui ne soient pas performatives ? Peut-on penser sans catégorie ou plutôt que penser d’un sujet qui prétend penser sans catégorie ?Penser les catégories de pensée est tout l’objectif de cet ouvrage, qui fait suite à un colloque éponyme,
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De l’objet à l’objectivation
organisé à Paris les 11 et 12 juin 2015. Soutenue par le Labex ICCA (Industries Culturelles & Création Artistique), les laboratoires CEISME, CERLIS et IRCAV, et l’UFR Arts & Médias de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, cette rencontre a réuni un éventail de chercheur·e·s de divers horizons au sein des sciences humaines et sociales : sociologie, philosophie, sciences de l’information et de la communication, histoire, droit, anthropologie, études littéraires, histoire de l’art. Tou·te·s se sont arrêté·e·s un moment pour accomplir un travail réflexif sur la nature, le fonctionnement et l’effet des catégories à l’aune de leurs usages et de leurs pensées dans les champs des arts, des cultures et de leurs médiations.  En effet, autant la pratique que l’étude des arts et des cultures impliquent la construction de catégories pour se saisir des objets concernés, pour les objectiver, que cette objectivation soit pratique, réflexive et analytique, inconsciente d’elle–même ou dans le cadre d’une démarche heuristique, indigène ou purement déductive dans une visée modélisatrice. De même, si toutes les disciplines sonta prioriconcernées (et ce au-delà des champs des arts et des cultures), toutes non seulement ne catégorisent pas de la même manière, mais ne pensent pas les catégories, l’acte de catégorisation de la même manière. Croiser les perspectives, comparer et confronter les objectivations, parfois de « mêmes » objets, permet d’abord à chacun·e de mieux appréhender les siennes, de requalifier, de recatégoriser ce qui semblait acquis, aller de soi, « être là », alors que, toujours, l’objet est placé devant.  Si le besoin de penser et repenser encore les catégories est crucial dans le cadre de la démarche scientifique, cela est peut-être plus prégnant encore dans les sciences humaines. Autant le physicien a abandonné depuis longtemps la dimension tangible de ses objets – on ne « voit » ni ne « touche » le gluon ou le boson, on « sait » qu’il est là, qu’ildoitêtre là et c’est suffisant –, autant le sociologue ou l’anthropologue doit toujours s’extraire, s’abstraire du bain quotidien. Tant pour les chercheur·e·s que pour les sujets étudiés, les objetssont là. Certes, le·la sociologue objective le monde en décidant de ne pas y voir un système biochimique mais des êtres sociaux, mais quand il fait passer un questionnaire sur l’appréciation d’un « tableau de Van Gogh », prend-il·elle garde à l’objectivation qui est alors à l’œuvre, processus qui aboutit à cet « être-là » et en exclut d’autres ?  Tout « être-là » ou « être-ça » n’est, rappelons-le, jamais rien d’autre que du « placé-là ». Tout le monde a beau sourire et acquiescer lorsque l’on évoque dans ce casLa Trahison des images, on y pense et puis on oublie. Et la pipe de Magritte revientse placer devantzones de des
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