Petit Guide de la préhistoire

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Petit guide de la préhistoire


D'Australopithèque en Homo erectus, de Cro-Magnon en âge de fer, et de gravures rupestres en pierres taillées, la préhistoire rassemble de nombreux champs de recherche distincts parmi lesquels le profane a souvent l'impression d'avancer comme vers le fond d'une grotte obscure.





C'est un précieux fil d'Ariane que lui donne ce petit guide accessible et clair. Ses multiples illustrations et son déroulement chronologique lui permettront de replacer dans leur contexte ses propres connaissances ainsi que les découvertes les plus récentes sur l'origine et l'évolution de l'homme.





Un guide indispensable pour comprendre le long et fascinant cheminement de nos ancêtres préhistoriques.








Jacques Pernaud-Orliac


Docteur en préhistoire, il est conservateur du musée de Tautavel (Pyrénées-Orientales).


Publié le : jeudi 21 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021295344
Nombre de pages : 190
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couverture

0.0

Avant-propos


En 1991, sur un glacier du Tyrol, des randonneurs trouvent le corps d’un homme. Ils viennent de faire une des plus formidables découvertes préhistoriques récentes en Europe. Cet homme est mort il y a plus de 5 000 ans, sans doute assassiné ! Il a un arc, des flèches, une hache en cuivre, des vêtements, des chausses, un bonnet… Il est tatoué. Son étude va nous fournir des connaissances que jamais ne permettraient les fragments d’os ou de dents analysés en général par les chercheurs.

Depuis vingt ans, les trouvailles ont été nombreuses dans le domaine de l’histoire de l’homme et de ses proches parents. Des découvertes qui ne concourent pas toujours à nous rendre cette longue histoire plus simple à comprendre. Ainsi, les espèces se sont multipliées, les fossiles aussi. Et parfois l’inattendu survient ! Qui aurait cru trouver un jour les restes des petits hommes de Flores, cette espèce qui semble avoir évolué marginalement sur son île, avant de disparaître tout bonnement ?

Les nouvelles connaissances ont remis en cause nombre d’idées : les australopithèques seraient nos cousins plus que nos ancêtres, Toumaï au Tchad pourrait être un des premiers bipèdes de notre famille, et plusieurs espèces peuvent prétendre être à l’origine de l’humanité actuelle…

Finalement, plus on trouve de fossiles, et moins on comprend notre passé ! La belle ligne allant du plus vieux au plus jeune, du plus petit au plus grand, du plus restreint des cerveaux au plus volumineux n’existe pas.

L’évolution humaine est un parcours qui ressemble à un cheminement dans un buisson, où l’on passe de rameau en rameau pour monter au grand jour ; ce n’est pas un tronc unique que l’on remonte. Elle n’est pas encore bien connue ni comprise. Alors il faut retourner sur le terrain et multiplier les fouilles afin d’accumuler les fossiles qui nous renseignent comme ils peuvent, si l’on sait les interpréter.

La mise à jour de ce petit guide permet de faire un nouvel état de la question.

0.1

Le temps dans la préhistoire


La notion de temps est essentielle à toute étude préhistorique. Mais l’échelle de temps utilisée par les préhistoriens n’est pas celle de la vie quotidienne, ni même celle du siècle. La préhistoire parle en millénaires, en centaines de millénaires, voire en millions d’années.

Le genre humain est un des plus récents connus chez les mammifères. Les premiers hommes ne datent que de 2,5 millions d’années, ce qui est pratiquement négligeable dans l’histoire de la vie terrestre. En effet, les mammifères existent depuis environ 170 millions d’années, les vertébrés aériens depuis près de 300 millions d’années et les premières formes de vie sur Terre sont datées de 3,8 milliards d’années. La Terre et le Soleil, ainsi que la plupart des autres planètes de notre système solaire, se sont formés il y a 4,6 milliards d’années. L’Univers, quant à lui, aurait environ 15 milliards d’années.

Si l’on se réfère à l’âge de la Terre, l’histoire de l’humanité n’en représente que la deux-millième partie. Et si toute l’aventure humaine n’avait duré qu’une année, la période historique ne représenterait que 14 heures.

0.2

La chronologie de la préhistoire


(Sauf précision particulière, les dates sont données avant le présent.)

La préhistoire débute avec les premiers hommes. Les connaissances actuelles permettent de faire remonter l’humanité à 2 500 000 ans au moins. Les espèces humaines se sont succédé relativement rapidement, le genre humain étant sans doute l’un des genres de mammifères qui évoluent le plus vite. Le premier groupe humain, rassemblé sous le nom d’Homo habilis, n’est connu qu’en Afrique de l’Est et n’est représenté que par quelques rares vestiges.

Il y a 1 900 000 ans, un autre groupe humain, les Homo erectus, se développe en Afrique de l’Est et du Sud. Ces hommes sont plus évolués que les Homo habilis dont ils dérivent peut-être. Ils se déplacent de ce que certains appellent le « berceau africain de l’humanité » et se répandent dans toute l’Afrique, mais aussi en Europe, en Asie et en Indonésie. Ils perfectionnent l’outillage et modernisent leur habitat.

Un événement majeur de l’histoire de l’humanité est la domestication du feu. Si les causes en sont difficiles à préciser, les avantages du feu sont nombreux : chaleur, lumière, cuisson des aliments… La domestication du feu pourrait remonter à près de 800 000 ans. Pendant plus des deux tiers de leur existence, les hommes ont donc vécu sans utiliser le feu de façon régulière.

Les premiers hommes modernes, Homo sapiens, datent d’environ 200 000 ans. Ils sont alors connus en Afrique de l’Est. On les retrouve au Proche-Orient aux alentours de 100 000 ans. Ils y vivent aux côtés d’hommes de Neandertal, Homo neanderthalensis, qui disparaissent il y a environ 25 000 ans.

Depuis cette date – au moins – les hommes modernes se répandent dans le monde entier. Partant du Proche-Orient, ils colonisent sans doute l’Europe (35 000 ans), mais, sans que l’on connaisse précisément leur lieu d’origine, ils se rendent aussi en Asie, en Indonésie et dans des territoires vierges de toute présence humaine jusqu’alors, comme les îles du Pacifique (Australie : 42 000 ans, Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Zélande). Depuis l’Asie, par le détroit de Béring, les hommes passent en Amérique du Nord, puis en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Ces hommes inventent les civilisations du Paléolithique supérieur qui voient les développements de l’art et des outils en os, par exemple.

Le Néolithique se développe depuis 8 000 à 10 000 ans suivant les régions, et se répand en Europe depuis le Proche et le Moyen-Orient. Changement notable : la civilisation devient agro-pastorale.

Il manquait aux hommes, pour entrer dans l’ère moderne, la métallurgie. Elle est inventée durant le Chalcolithique, au IIIe millénaire av. J.-C., et se développe surtout pendant l’âge du bronze, entre la fin du IIIe millénaire et le VIIIe siècle av. J.-C.

L’âge du fer succède immédiatement à celui du bronze et assure la transition entre la fin de la préhistoire et le début de l’histoire. Il se situe entre le VIIIe siècle avant av. J.-C. et l’adoption de la pratique de l’écriture. En France par exemple, cela se situe entre la fin du IIe siècle et la moitié du Ier siècle av. J.-C.

Généalogie de l’Homme

Généalogie de l’Homme

D’après À la recherche de la préhistoire, M. Saint-Ambert et J. Pernaud, musée de Tautavel

1.

DES AUSTRALOPITHÈQUES ET DES HOMMES



Les primates apparaissent à la fin de l’ère secondaire, il y a environ 70 millions d’années. Mais il faut attendre la dernière partie de l’ère tertiaire pour que des primates marchent debout de manière permanente. Ce sont les Hominidae (ou hominidés). Le rameau des bipèdes et celui des singes quadrupèdes se seraient séparés il y a au moins 7 millions d’années. Le premier hominidé connu pourrait être Toumaï, daté justement d’environ 7 millions d’années. Beaucoup d’hominidés fossiles sont appelés Australopithèques, c’est-à-dire « grands singes du Sud » ; il s’agit du sud de l’Afrique, bien sûr. Ces premiers bipèdes ne sont connus qu’en Afrique, surtout de l’Est et du Sud, et maintenant au Tchad aussi.

Les australopithèques sont connus depuis la découverte de l’enfant de Taung, en Afrique du Sud, par Raymond Dart. Il y a trois grands groupes d’hominidés non humains : les australopithèques « graciles », les australopithèques « robustes » et d’autres hominidés, parfois plus anciens mais plus proches des premiers hommes.

Enfant de Taung

Enfant de Taung

Lucy, une jeune femme de 3 500 000 années, de D. Johanson et M. Edey. © Éd. Laffont, 1983

1.1

Les hominidés anciens


Plusieurs fossiles très anciens ont été découverts en Afrique. Ils ont des âges géologiques compris entre 7 et 4 millions d’années.

Toumaï, Sahelanthropus tchadensis, est le plus vieux d’entre eux. Le crâne de Tournai est assez étroit, les orbites sont surmontées d’un épais bourrelet. Le trou occipital, en avant du crâne, montrerait une station bipède déjà maîtrisée. Trouvé au Tchad en 2001 par Michel Brunet, il daterait d’environ 7 millions d’années. Il serait donc très proche de la divergence entre le groupe de primates bipèdes et les chimpanzés.

Orrorin, Orrorin tugenensis, est daté de 6 millions d’années. Il a été découvert dans les collines Tugen, au bord de la Rift Valley au Kenya, par Brigitte Senut. Ses dents ont des caractères très proches des dents humaines. Ses fémurs sont longs ce qui est typique des bipèdes.

Les ardipithèques – Ardipithecus kadabba, daté de 5,8 millions d’années et découvert en Éthiopie par Yohannes Hailé-Sélassié et Ardipithecus ramidus, daté de 4,4 millions d’années et découvert en Éthiopie toujours par Tim White – sont des espèces présentant à la fois des caractères les rapprochant de l’humanité et d’autres plus simiesques. Ils devaient se déplacer en utilisant le mode bipède tout en étant également arboricoles.

Ces lointains hominidés sont encore peu nombreux. Certains sont sans doute très proches des premiers hommes.

Carte de la vallée du Rift, répartition des principaux sites

Carte de la vallée du Rift, répartition des principaux sites

99 Réponses sur la préhistoire, CRDP/CDDP. © Musée de Tautavel

1.2

Lucy


Lucy fut découverte par Yves Coppens et Donald Johanson lors de la série de campagnes de recherches menée dans le Territoire des Afars en Éthiopie, et plus particulièrement sur le site de Hadar, découvert par Maurice Taïeb. Il s’agit d’un squelette en assez bon état de conservation. Des parties de tout le corps sont présentes.

Lucy était d’assez petite taille : 1 à 1,05 mètre. Elle est le type même de l’espèce Australopithecus afarensis. La bipédie ne semble pas maîtrisée complètement : certes Lucy marchait debout, mais le gros orteil était détaché de l’ensemble des autres, et, lors de son déplacement bipède, elle devait avoir une forte rotation du bassin, peut-être de l’ordre de 40 à 45° à chaque pas. La forme générale de son bassin en ferait un individu du sexe féminin.

Les restes de Lucy, datés de 3,2 millions d’années, étaient associés à un grand nombre de mammifères fossiles. Les pierres aménagées, également trouvées dans les formations d’Hadar, semblent ne dater que de 2,4 millions d’années ; elles ne peuvent donc pas être associées à Lucy. Ce sont toutefois parmi les plus anciens témoins d’activités de taille trouvés en stratigraphie dans le monde.

Les Australopithecus afarensis font partie des australopithèques anciens découverts avec les restes d’Australopithecus anamensis, et ceux de quelques Australopithèques indéterminés qui pourraient dater de plus de 6 millions d’années. Des traces de pas trouvées par Mary Leakey sur le site de Laetoli en Tanzanie sont sans doute des témoins de déplacements de certains de ces australopithèques des Afars, il y a 3,8 à 3,6 millions d’années. De nombreux restes d’australopithèques furent découverts à Laetoli. Mais tous les spécialistes ne sont pas d’accord pour en faire des Australopithecus afarensis, comme Lucy.

Le squelette de Lucy

Le squelette de Lucy

99 Réponses sur la préhistoire, CRDP/CDDP. © Musée de Tautavel
Lucy rêvée par le dessinateur Liberatore

Lucy rêvée par le dessinateur Liberatore

Le Rêve de Lucy, P. Pelot, T. Liberatore, Y. Coppens, Éd. du Seuil, coll. « La Dérivée ». © Éd. du Seuil, 1990

1.3

Les australopithèques graciles


Plusieurs espèces d’australopithèques sont regroupées sous l’appellation de graciles. Les Australopithecus anamensis connus entre 4,2 et 3,8 millions d’années, auraient marché debout, quoique certains auteurs les rapprochent de Lucy (Australopithecus afarensis) qui n’était pas une bonne marcheuse.

Une équipe franco-tchadienne, dirigée par Michel Brunet, a découvert en 1995 au Tchad, une mâchoire inférieure d’un australopithèque qui fut appelé Abel (Australopithecus bahrelghazali). Les dents présentent un caractère archaïque. Ce spécimen a un âge de l’ordre de 3,6 millions d’années.

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Les membres de l’espèce Australopithecus africanus ont vécu entre 3 et 1,2 millions d’années. Ils étaient plus grands que leurs prédécesseurs. Leurs mâchoires proéminentes et leurs dents semblent témoigner d’un régime omnivore. Ils ont coexisté avec les autres australopithèques et les premiers hommes.

Crâne (Sterkfontein, Afrique du Sud) et reconstitution d’

Crâne (Sterkfontein, Afrique du Sud) et reconstitution d’Australopithecus africanus

Le Singe, l’Afrique et l’Homme, Y. Coppens. © Librairie Arthème Fayard, 1983

1.4

Les australopithèques robustes


Les australopithèques robustes, ou paranthropes, vivaient en Afrique entre 2,7 et 1,2 millions d’années. De grande taille, 1,40 mètre environ, ces australopithèques (baptisés Australopithecus aethiopicus, Australopithecus boisei ou encore Australopithecus robustus) possédaient une crête sagittale permettant l’accroche de puissants muscles masticateurs. Ils étaient strictement végétariens. Ils avaient un bourrelet au-dessus des yeux (torus sus-orbitaire) assez développé. Leurs faces étaient larges et très projetées vers l’avant.

Il est difficile de savoir si les australopithèques sont nos ancêtres. Il semblerait que les hominidés les plus anciens soient anatomiquement plus proches des hommes que les australopithèques. Les robustes sont peut-être trop spécialisés (végétariens) et trop récents pour être nos ancêtres.

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Crâne (Olduvai, Tanzanie) et reconstitution d’
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