Philosophie de la réalisation personnelle

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Un livre personnel et engagé qui rend à la philosophie son rôle le plus essentiel : nous aider à vivre mieux.




Dans Se réaliser, Michel Lacroix avait utilisé les richesses de la philosophie et de la littérature occidentales pour définir le concept de réalisation de soi et trouver les moyens de s'épanouir. Avec ce nouvel ouvrage, il prolonge et élargit sa réflexion, et partage ses convictions intimes sur cette question fondamentale...
Pour le philosophe, l'un des premiers à s'être intéressés au phénomène du développement personnel venu des États-Unis dans les années 1960, l'individu se réalise en avançant sur le chemin de la vie. Ce chemin n'est pas unique, il n'y a pas une seule voie dans la réalisation de soi, mais une pluralité de voies. L'homme libre, tout au long de sa vie, devra choisir la sienne : il sera tout d'abord confronté à l'alternative entre contemplation et action ; puis entre autoréalisation et épanouissement. Ces choix faits, il lui faudra se confronter à autrui – car il est impossible de s'épanouir sans l'estime de ses semblables, leur compréhension et leurs encouragements –, puis à la communauté. Loin d'être une affaire strictement personnelle, le projet de réalisation de soi recèle donc une dimension sociopolitique. Ou comment transformer les communautés d'appartenance en communautés de choix.
Par son approche originale et personnelle, Michel Lacroix nous montre comment une philosophie de la réalisation de soi n'a de sens que si elle est une émancipation pour l'individu.










TABLE DES MATIERES




Prologue



Première leçon : Les vertus de l'action
Le règne de la vita contemplativa

La vie sous tension
Le principe d'action
Les dérives de l'action
Le fantasme de la grandeur
La pluralité des styles d'existence
L'action modeste
Le souci de soi et le souci écologique


Deuxième leçon : Libérer son potentiel
Sous le signe de la transcendance
L'idéal d'autoréalisation
Défendre la liberté de conscience
Un autre regard sur autrui
Les deux moteurs de la réalisation personnelle
La force du désir
Adler contre Freud
Le temps de l'introspection
Briser nos chaînes intérieures
Notre " niveau d'aspiration "
La tyrannie de l'excellence
Le Surmoi et l'Idéal du moi
Le danger de la dispersion
Le baptême du choix


Troisième leçon : La place d'autrui
Se réaliser aux dépens d'autrui ?
Le splendide isolement
Les nutriments psychologiques
La leçon de Victor Hugo
La réalisation de soi, outil de transformation sociale


Quatrième leçon : L'enracinement et la liberté
Du traditionalisme au multicommunautarisme
La communautarisation du moi
L'anthropologie universaliste
Manifeste pour la liberté



Épilogue : une idée du bonheur







Publié le : mardi 7 mai 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221134139
Nombre de pages : 67
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Cover

 


 

« RÉPONSES »

Collection créée par Joëlle de Gravelaine,

dirigée par Nathalie Le Breton


 

Du même auteur

De la politesse(Julliard, 1991 ; Grand Prix Moron de l’Académie française).

L’Humanicide. Pour une morale planétaire(Plon, 1994).

La Spiritualité totalitaire. Le New Age et les sectes(Plon, 1995).

L’Idéologie du New Age(Flammarion, 1996).

Le Principe de Noé ou l’Éthique de la sauvegarde(Flammarion, 1997).

Le Mal(Flammarion, 1998).

Le Culte de l’émotion(Flammarion, 2001 ; Marabout, 2011).

Le Courage réinventé(Flammarion, 2003 ; Marabout, 2010).

Le Développement personnel(Flammarion, 2004 ; Marabout, 2008).

Le Fabuleux Destin des baby-boomers(Éditions de l’Atelier, 2005).

Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ?(Flammarion, 2007 ; Marabout, 2009).

Se réaliser. Petite philosophie de l’épanouissement personnel(Robert Laffont, collection « Réponses », 2009 ; Marabout, 2010).

Paroles toxiques, paroles bienfaisantes. Pour une éthique du langage(Robert Laffont, collection « Réponses », 2010 ; Le Livre de Poche, 2011).

Éloge du patriotisme. Petite philosophie du sentiment national(Robert Laffont, 2011).


 

MICHEL LACROIX

 

 

 

 

PHILOSOPHIE
DE LA RÉALISATION
PERSONNELLE

Se construire dans la liberté

 

 

 

 

 

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ROBERT LAFFONT


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2013

ISBN 978-2-221-13413-9

En couverture : Route principale et routes latérales, peinture de Paul Klee, 1929, Wallraf-Richartz Museum, Cologne © Luisa Ricciarini / Leemage


 

 

À mes chers petits-enfants

Marwan, Iskander, Côme,

Nadim, Virgile, Elvire

 

 

Prologue

Une image vient spontanément à l’esprit lorsqu’on évoque la réalisation de soi ou, si l’on préfère, le « développement personnel ». Cette image est fréquemment utilisée par les psychologues, coachs, formateurs, thérapeutes qui s’intéressent à ce sujet. Elle est empruntée au domaine de la vie organique,et plus spécialement de la vie végétale. C’est l’image de la plante, de la fleur, de l’arbre. Se réaliser,nous expliquent les spécialistes du développement personnel, ce serait croître, grandir, s’épanouir à la manière d’un organisme végétal.

Au premier regard, cette image est séduisante ; elle paraît aller de soi. Et, pourtant, je la crois profondémenttrompeuse. Elle ne peut que nous induire en erreur sur le sens véritable de la réalisation de soi. Car dans l’idée de développement organique, il y a toujours, qu’on le veuille ou non, une notion depréprogrammation. Un organisme, qu’il soit animal ou végétal, se développe selon un schéma préétabli. On sait d’avance comment seront la plante, la fleur, l’arbre une fois qu’ils seront parvenus à maturité.

Or le propre de l’existence humaine est de dépendre de laliberté. L’être humain possède une faculté qui le distingue de tous les autres êtres vivants : le libre arbitre. Et qui dit « liberté » dit forcément « incertitude », « imprévisibilité ». Nul ne peut savoir à l’avance ce que deviendra un être humain. Nul ne peut prédire comment il conduira son existence. C’est pourquoi, aux métaphores végétales qu’affectionnent les psychologues du développement personnel, je préfère la métaphore duchemin. Je me représente la personne qui se réalise comme « s’avançant sur le chemin de la vie ». Cette métaphore est juste, éclairante, satisfaisante, mais à condition d’ajouter immédiatement la précision suivante : le chemin dont il s’agit n’est évidemment pas unique. Il n’y a pas une voie, et une seule, pour la réalisation de soi. Il y a une pluralité de voies. Il y a unemultiplicité de styles d’existence. Telle est l’idée centrale du livre que le lecteur a dans les mains. Je m’intéresserai dans cet ouvrage à la diversité des styles d’existence, et je défendrai le droit pour chaque personne de choisir, en toute liberté, son propre style.

La multiplicité des styles d’existence résulte du fait que, sur le chemin de nos vies, des bifurcations se présentent sans cesse à nous. Des choix existentiels nous sont offerts. Et notre réalisation personnelle, c’est-à-dire la manière dont nous allons construire notre vie, dépendra des décisions que nous prendrons à chacun de ces moments cruciaux.

Quelles sont ces bifurcations ? Quelles sont ces alternatives ?

 

Première leçon

Les vertus de l’action

Une première alternative se présente à moi. J’ai le choix entre deux « manières d’être ». Je peux chercher à me réaliser par unedétentede mon être, ou par unemise en tensionde mon être. Je peux être dans le lâcher-prise, ou au contraire mobiliser mon énergie. Je peux privilégier le repos ou le mouvement. Pour parler de façon plus classique, je peux avoir face au monde une attitude contemplative ou bien une attitude active.

 

Le règne de la vita contemplativa

Afin de mettre en relief l’opposition de ces deux styles d’existence, situons-les d’abord dans une perspective historique. Considérons les trois mille ans de notre histoire. On distingue aisément deux grandes périodes dans l’évolution des idées et des mentalités du monde occidental. Schématiquement, on peut dire ceci : l’Antiquité, le Moyen Âge, et l’âge classique jusqu’auXVIIIe siècle constituèrent une premièrepériode, relativement homogène, au cours de laquelle c’est, indiscutablement, la première option qui a été privilégiée. Au cours de cette période, lavita contemplativaétait considérée par la plupart des philosophes, des sages, des moralistes, des maîtres spirituels, comme ayant plus de valeur que lavita activa. Elle était jugée plus profonde, plus riche, plus épanouissante.Voyez, par exemple, le sage antique. Ce dernier était essentiellement un contemplatif, ainsi que le montre très bien Platon dans le mythe de la caverne, qui est, au fond, une allégorie de la réalisation de soi. Platon explique que le sage doit quitter le monde ténébreux de la caverne afin de s’élever par degrés vers ce qu’il appelle le ciel desidées. Or que fait ce sage une fois qu’il est parvenu dans le monde de la transcendance ? Ilcontempleles vérités éternelles. Pour Platon, la contemplation répondait donc aux plus hautes aspirations de l’homme.Elle constituait sa véritable destination. Elle était la clé de la réalisation personnelle.

Seulement, pour pouvoir se consacrer ainsi à lavita contemplativa, il fallait bénéficier de conditions particulières. Le sage antique avait besoin deloisirs, que les Grecs appelaientschôlé. Il avait besoin d’être dégagé de l’obligation du travail, lequel, dans cette économie antique encore fondée principalement sur l’agriculture et l’artisanat, était de nature manuelle. Les Anciens estimaient donc, tout à fait logiquement, que le travail manuel était incompatible avec la sagesse. Aristote l’affirme de façon catégorique dans laPolitique : « Le travail manuel empêche l’individu de parvenir à la perfection. » Sous l’Antiquité, on le sait, c’étaient les esclaves qu’on chargeait d’accomplir les travaux manuels et, justement, on déniait à ces esclaves la qualité d’hommes. Ils étaient considérés comme une population quasiment infrahumaine. D’après les critères de la sagesse antique, les esclaves étaient, si l’on peut dire, « interdits de réalisation personnelle », non pas tant, en définitive, à cause de leur statut d’esclaves, qu’en raison de l’obligation qui leur était faite de travailler de leurs mains.

Cette prééminence de la vie contemplative s’est maintenue tout au long du Moyen Âge. Dans leur échelle de valeurs, les femmes et les hommes du Moyen Âge plaçaient le moine, le clerc, le mystique, c’est-à-dire ceux qui se vouent à la contemplation, plus haut que le chevalier exerçant le métier des armes, et, a fortiori, plus haut que le paysan, l’artisan ou le négociant. Il est vrai que, par ailleurs, dans cette époque profondément imprégnée par le christianisme, le travail jouait un rôle important, rôle qui découlait en droite ligne de la théologie de la rédemption. Le clergé insistait sur le fait que, conformément à l’enseignement de la Bible, il fallait « travailler à la sueur de son front » en réparation de la faute commise par Adam et Ève. Lavita activaconstituait donc un élément incontournable de la condition humaine. Mais ce régime de vie laborieuse, qui résultait du péché originel, n’était qu’une étape transitoire de la destinée humaine. Car du point de vue de cette même théologie chrétienne, lafin de l’existence humaine, autrement dit le terme du processus d’épanouissement de l’homme, était d’entrer dans le royaume de Dieu. Une fois franchi le passage de la mort, l’aboutissement ultime et glorieux de notre destinée consisterait à ressusciter dans la Jérusalem céleste. Or, dans cette vie surnaturelle, la créature humaine se verrait à jamais libérée de l’obligation du travail qui avait été attachée à sa condition terrestre. Il lui deviendrait enfin possible de s’abandonner, dans une sorte de lâcher-prise sublime, au face-à-face avec son Créateur.

Fait significatif, au sein des ordres monastiques médiévaux, la primauté des contemplatifs était bien établie. La piété de Marie qui, selon l’Évangile, se contente de regarder Jésus et d’écouter ses paroles dans une espèce de ravissement était tenue pour un modèle de piété supérieur à celle de Marthe, laquelle s’active et s’affaire autour du Seigneur. L’Évangile soulignait cette supériorité : « C’est Marie, lit-on dans saint Luc, qui a choisi la meilleure part. »

La prééminence de la vie contemplative subsista jusqu’auXVIIIe siècle. Dans son grand livre sur l’idée de bonheur auXVIIIe siècle, l’historien des idées Robert Mauzi remarque que, d’une façon générale, le repos était préféré au mouvement comme source du bonheur à l’époque des Lumières1. Rien n’est plus instructif, à cet égard, que la lecture de la cinquième promenade desRêveries du promeneur solitaire. Rousseau y fait le récit d’une expérience existentielle qui n’avait jamais été décrite jusqu’alors en des termes aussi précis. Au cours de l’année 1765, Jean-Jacques, qui a alors cinquante-trois ans, séjourne pendant près de deux mois, seul, sur l’île Saint-Pierre, située au milieu du lac de Bienne. Partageant ses journées entre la promenade, le « farniente » au bord de l’eau et l’herborisation (une de ses grandes passions, avec la musique), Rousseau découvre que l’on peut atteindre une forme deplénitude d’existencedans l’inaction. On peut, affirme-t-il, s’élever à un maximum de vie dans et par l’oisiveté. Au milieu de cette nature solitaire, « l’âme se repose tout entière, écrit-il. Elle n’éprouve aucun sentiment de privation, de jouissance, de plaisir ni de peine, que celui de sa seule existence ». Pendant ces deux mois, qui eurent tant d’importance dans la vie de l’écrivain et qui restèrent profondément gravés dans sa mémoire, Rousseau parvint à se maintenir dans un état psychologique particulier, rare, précieux, que l’on peut définir comme lepur sentiment d’exister, sans désirs, sans passions, sans projets. « De quoi jouit-on dans une pareille situation ? demande l’auteur. De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence. » Et c’est là, confie Rousseau, le gage même du bonheur : « Je compte ces deux mois pour les plus heureux de ma vie », conclut-il.

Lecteurs, hâtez-vous de vous plonger dans la cinquième promenade desRêveries. Peut-être êtes-vous de ceux qui pensent qu’il faut nécessairement se tourner vers les philosophies de l’Orient, le bouddhisme, l’hindouisme, le yoga, le taoïsme, pour trouver le secret d’une vie tranquille, sereine, apaisée ? Certes,l’Orient recèle d’inestimables richesses. Mais en lisant lesRêveries, vous découvrirez que nous avons, nous aussi, des trésors de sagesse ! Nous avons à portée de la main, dans notre culture occidentale, ce que nous allons si souvent chercher ailleurs : des écrivains, des maîtres à penser, des sages qui ont beaucoup à nous apprendre sur la méditation, le lâcher-prise, la présence à l’ici et maintenant, la vie intérieure...

 

La vie sous tension

Mais revenons à notre parcours historique. Durant la longue période qui s’étend de l’Antiquité auXVIIIe siècle, lavita contemplativaconstituait la voie royale vers le développement personnel. Or tout a changé à partir duXIXe siècle. On est entré alors dans une deuxième période. Un renversement de la hiérarchie traditionnelle s’est produit. Lavita activaest passée au premier plan. LeXIXeet leXXe siècle peuvent être considérés, à cet égard, comme l’apogée de latension de l’êtreconçue comme moyen de la réalisation de soi. Comment s’est manifesté ce renversement de valeurs ? Et pourquoi a-t-il eu lieu ?

Il s’est manifesté d’abord, très simplement, très concrètement, par le surgissement sur la scène sociale de nouvelles professions. C’est auXIXe siècle, en effet, qu’apparurent l’ingénieur, l’entrepreneur, le capitaine d’industrie, l’homme de presse, l’homme politique,sans oublier la cohorte des arrivistes et des parvenus dont la figure ne tardera pas à envahir les romans. Ces acteurs nouveaux de la vie sociale avaient un trait commun : ils étaient résolument engagés dans l’action. Et ils mettaient au service de leur action une énergie sans bornes, en raison même de l’effondrement de l’Ancien Régime.

La chute de l’Ancien Régime en 1789 avait profondément modifié la donne sociale. Elle avait rebrassé les cartes. Sous l’Ancien Régime, il était quasiment impossible à un individu de sortir de sa condition. Chacun était appelé à exercer la même occupation professionnelle que ses parents. Or la Révolution française décréta l’abolition des ordres qui encadraient les individus et fixaient à l’avance leur sort. Elle proclama le droit pour toute personne d’occuper n’importe quel emploi, d’exercer n’importe quel métier, à la seule condition d’avoir la compétence requise. De ce fait, la Révolution libéra les ambitions individuelles, des ambitions qui jusqu’alors avaient été pour ainsi dire comprimées. Elle déverrouilla les aspirations. Elle inocula en chaque individu un appétit de réussite qui eût été inimaginable auparavant. Elle déclencha un puissant mouvement de « mobilité sociale ascendante ».

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