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PHILOSOPHIE ET EXISTENCE

De
262 pages
La philosophie a-t-elle en sens pour l'existence ? Cet ouvrage élabore d'abord une genèse de la perte du sens de la philosophie pour l'existence puis réhabilite ce sens, comme réconciliation de l'individualité et de l'universalité. En s'affrontant à cette question, l'auteur esquisse un nouveau départ pour la réflexion philosophique par-delà le préjugé de la " fin de la philosophie ".
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Philosophie et existence

Mahamadé SA VADOGO

Philosophie et existence

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-0597-9

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Le mythe de la fin de la philosophie

Il semble aujourd'hui, inutile, voire absurde d'envisager ne serait-ce que l'esquisse d'un nouveau départ en philosophie, tant le sentiment universel de l'achèvement de la philosophie s'impose avec force. Toute tentative de renouvellement de la pensée philosophique qui se donnerait pour sérieuse est accueillie avec ironie parce qu'elle serait l'expression manifeste de l'inculture de son auteur ou plus simplement, l'indice d'un orgueil trop grand pour ne pas être le signe même de la sottise. Il est ainsi de bon ton de s'épancher sur "la mort de la philosophie" tout comme l'on commémore "la fin de l'histoire" et les hommes les plus intelligents se reconnaissent à leur refus catégorique de penser ou, pour être moins sévère, leur acharnement à exhumer les cadavres de la pensée, à les entretenir, plus salutairement, à les adapter à l'air du temps! Cette conviction que l'ère de la philosophie est révolue se justifierait d'une part parce que les doctrines philosophiques seraient désormais tellement nombreuses qu'il paraît impossible de concevoir qu'un thème n'ait pas encore été abordé, d'autre part parce qu'aucun ouvrage récent ne s'assigne, quant au fond, la vocation d'instituer un nouvel élan pour la philosophie dans son ensemble. En dehors de l'histoire de la philosophie, de l'exégèse des grandes œuvres du passé qui évolue d'ailleurs significativement vers la biographie pure et simple des auteurs, la réflexion philosophique en est à s'orienter vers la discussion de questions ponctuelles et spécialisées: le langage, le droit ou la bioéthique pour ne citer que ces exemples. Bref: le fait trahirait la règle. La philosophie est morte parce que ceux qui se désignent eux-mêmes comme philosophes se préoccupent essentiellement d'histoire de la philosophie: ils réduisent leur sujet à une dépouille 9

dont ils se partagent les éléments, chacun s'attachant farouchement au lambeau qu'il est parvenu à arracher aux autres! Mais de l'absence ponctuelle d'une doctrine philosophique nouvelle, il est manifestement illégitime de vouloir déduire l'impossibilité fondamentale d'un renouvellement de la pensée philosophique. Le nombre de systèmes philosophiques apparus au cours de l'histoire ne comporte en lui-même aucune indication sur le destin de la philosophie et doit ainsi rester sans signification pour celui qui se préoccupe de la situation actuelle de celle-ci. Combien de doctrines l'idée de la philosophie admet-elle? Il est évident qu'il est impossible de répondre à cette question sans s'interroger au préalable sur le sens même de la philosophie. L'histoire de la philosophie, l'étude des systèmes élaborés dans le passé, reçoit sa justification de l'intérêt actuel pour la philosophie, de la résolution présente de philosopher. Elle sert de matière au philosophe qui s'en empare pour bâtir sa réflexion. Coupée de cette motivation, abandonnée à elle-même et cultivée pour elle-même, elle condamne la pensée philosophique à demeurer un vain mot. Pour mériter d'être écouté, le refrain de l'achèvement de la philosophie se doit de désigner la doctrine qui le rend concevable. Il est ainsi fréquent de retrouver des œuvres telles celles de Hegel, Marx, Nietzsche ou Heidegger indexées comme la pointe ultime de la pensée philosophique. La diversité de ces œuvres en les-quelles la philosophie est censée s'exténuer est cependant révélatrice en elle-même. Le lieu d'inhumation de la philosophie dépend en définitive du penchant personnel de l'historien de la philosophie!

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En somme, la philosophie meurt en chaque doctrine philosophique! La mort de la philosophie qui se célèbre de nos jours à toutes les rencontres philosophiques est en fait loin d'être une découverte récente. Elle se répète en toute œuvre philosophique! Autrement dit, la mort de la philosophie ne l'empêche jamais de renaître. La philosophie ne vit que parce qu'elle ne cesse de s'ensevelir. Pour être plus précis, la fin de la philosophie est un simple préjugé dont il convient de se débarrasser. La circonscription de ce préjugé recèle pourtant le mérite d'imposer à la réflexion de s'interroger sur ce qui incite la philosophie, tel l'oiseau mythique, à renaître régulièrement de ses diverses sépultures, au grand dam de ses fossoyeurs! Il est manifeste que la discussion de cette question suppose une nouvelle élaboration de l'idée même de philosophie. Tel est l'objectif que s'assigne le présent ouvrage à travers le titre "philosophie et existence". Il s'agit ici de prendre pour thème de réflexion la question du sens même de la philosophie pour l'existence et de préparer ainsi le terrain pour un renouvellement de la pensée philosophique. De prime abord, l'intérêt du thème "Philosophie et existence" semble aller de soi et il apparaît inconcevable qu'il n'ait pas déjà été amplement traité. Face à cette impression qui pourrait élever un obstacle à la réception du propos qui s'esquisse, il convient d'indiquer que toute œuvre, dans l'exacte mesure où elle se donne pour philosophique se trouve concernée, en principe, par notre sujet. Il n'en découle néanmoins pas que celui-ci a été explicitement érigé en préoccupation principale pour la pensée philosophique. Bien que se profilant en toute réflexion philosophique, l'enjeu que vise le titre "philosophie et Il

existence" désigne une préoccupation dont il appartient au présent ouvrage d'élucider les conditions de thésaurisation. La confrontation avec cette tâche exigeait au préalable que soit sinon détruit, du moins ébranlé, le mythe de la fin de la philosophie qui domine notre époque. La remise en cause de ce mythe apparaît comme la démarche la mieux appropriée pour atteindre également celui de la fin de l'histoire qui l'accompagne généralement pour former l'esprit du temps. Contre cette idée de la fin de l'histoire, mise en avant à travers l'œuvre de Hegel, il est en effet vain d'objecter que des événements politiques de grande importance continuent de secouer l'humanité. La fin de l'histoire que conçoit Hegel est une conviction philosophique dont la signification se doit d'être appréciée à partir de la préoccupation directrice de son promoteur. La thèse de la fin de l'histoire permet à l'auteur de l'Encyclopédie des sciences philosophiques de justifier la suprématie de sa doctrine sur les autres, d'éviter l'écueil de l'historicisme qui proclame que toute vérité est relative à une époque.

Mais, Hegel néglige l'enracinement du projet philosophique dans la décision de l'individu concret. Après lui, il s'avère que la réconciliation du droit de l'individu sur l'acte de philosopher avec l'aspiration à l'universalité de la réflexion philosophique est le défi auquel la pensée philosophique se retrouve confrontée. Ce défi ouvre une nouvelle page de l'histoire de la philosophie sur laquelle s'inscrivent nombre de figures contemporaines. Sa discussion radicale demande cependant que soit ouvertement soulevée la question du sens de la philosophie pour l'existence. En assumant cette exigence, le présent ouvrage qui voudrait constituer l'esquisse d'un nou12

veau départ pour la pensée philosophique se donne également pour l'aboutissement de l'histoire de la philosophie contemporaine, posthégélienne. Il revient évidemment à son élaboration de confirmer cette assertion. Mais, contrairement à ce qui se produit habituellement en philosophie (habitude due encore à Hegel), il n'est pas nécessaire que cette confirmation intervienne seulement à la fin de l'ouvrage. Elle commence au contraire dès la réflexion sur les conditions de la formulation de la question du sens de la philosophie pour l'existence par laquelle il s'installe.

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ÉLUCIDATION DES CONDITIONS DE FORMULATION DE LA QUESTION DU SENS DE LA pmLOSOPHIE POUR L'EXISTENCE

Remarque préliminaire
Au seuil de cette première grande partie de notre ouvrage, il convient d'indiquer que les conditions visées à travers son titre ne désignent pas les circonstances économiques, sociales et politiques qui soutiennent la conception d'une entreprise. En d'autres termes, l'objectif des réflexions qui vont suivre n'est pas de donner un tableau de la situation historique dans laquelle se manifeste la question du sens de la philosophie pour l'existence. Cette observation est d'une portée décisive pour la suite de notre propos. Il n'est ni impossible, ni illégitime, de prime abord, de soupçonner derrière une œuvre philosophique la mentalité d'une époque, l'idéologie d'une catégorie sociale ou la psychologie d'un individu. Il est cependant important de relever qu'à travers toutes ces démarches la pensée philosophique n'est pas prise au sérieux; elle n'est pas tenue pour une exigence sensée. Ces manières d'aborder la pensée consacrent le triomphe des sciences sociales et entérinent en définitive le préjugé de la fin de la philosophie dont le procès a été entamé dans notre introduction. Il est fort aisé d'entreprendre la démystification de la philosophie, de la ramener à une réalité plus profonde qui serait l'esprit d'un temps, la culture d'une société, l'intérêt d'une classe ou le penchant d'un individu. Mais celui qui adhère à une telle entreprise s'interdit du même coup d'envisager la perspective d'un renouvellement de la pensée. Il dispose de préceptes dont l'application lui révèle la clé de toute théorie mais il se condamne à ne jamais entrevoir ne serait-ce que la possibilité de l'élaboration d'une théorie.
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Les précédentes remarques ne sont pas simplement destinées à rappeler ce qui s'est caractérisé à une certaine époque comme une "autonomie relative de la superstructure par rapport à l'infrastructure". L'idée de cette autonomie exprime certes la manière dont le souci qui nous préoccupe à présent est perçu à l'intérieur de la théorie marxiste. Mais l'enjeu des précédentes remarques est autrement plus radical. Il consiste à indiquer que les conditions de la formation d'une doctrine philosophique se doivent d'être dégagées de la philosophie elle-même. La philosophie se présuppose elle-même ou elle se condamne à ne jamais se retrouver. La philosophie ne se déduit ni de la structure d'une société, ni de la position d'une catégorie sociale ou du tempérament d'un individu. Si la pensée philosophique a une histoire, la matrice de cette histoire se désigne en elle-même. Les conditions qui se profilent à travers le titre de la première grande partie de cet ouvrage sont donc des conditions philosophiques. Elles se découvrent dans l'histoire de la philosophie elle-même et non dans une histoire politique qui la déterminerait en la transcendant. L'histoire de la philosophie ici visée se doit d'être distinguée à son tour de l'histoire positive de la philosophie, de l'exégèse désintéressée des doctrines. La succession des œuvres dans le temps est dépourvue de sens pour celui qui se propose de les appréhender de l'extérieur, de décrire leur élaboration comme il considérerait un objet. L'histoire de la philosophie telle qu'elle s'annonce ici est indissociable d'une motivation, d'une préoccupation philosophique. Il s'agit d'une histoire philosophique qui se dévoile les moments décisifs de l'élaboration du projet philosophique qui la fonde. La question de savoir qui de la motivation philosophique ou de l'histoire de la philosophie 18

précède l'autre est moins embarrassante qu'elle pourrait le sembler à première vue. La relation entre la philosophie et son histoire est circulaire: la philosophie se présuppose dans son histoire pour se retrouver. Cette circularité qui depuis Heidegger, s'appelle le "cercle herméneutique" est le propre de la pensée philosophiquel. La création en philosophie est une réappropriation de l'histoire de la philosophie. Contre une telle démarche qui s'en tient au sens de l'histoire, qui dispose librement des œuvres en les rapportant à un projet, il serait vain d'en appeler à la succession factice des doctrines. Cette succession factice est, littéralement, dénuée de sens alors que cette première grande partie de notre ouvrage se propose précisément d'élucider les conditions de formulation de la question du sens de la philosophie pour l'existence.

1 Ct: Être et temps, traduction F. Vezin, Paris, Gallimard, 1986. Ct: aussi H. G. Gadamer, Vérité et méthode, traduction P. Fruchon, J. Grondin et G. MerHo, Paris, Seuil, 1996. 19

Introduction
L'ambition originaire de la philosophie

A L'identité du commencement et de la décision La relation entre la philosophie et son histoire est certes circulaire, la philosophie se présuppose dans son histoire pour se retrouver comme il a déjà été indiqué. La réflexion a pourtant besoin d'un point de départ pour se mettre en mouvement et il semble incontournable de déternriner qui de la motivation philosophique ou de l'histoire de la philosophie doit précéder l'autre. Le problème auquel la réflexion se découvre ainsi conftontée n'est autre que celui du commencement de la philosophie. D'une part, il est indéniable que le philosophe commençant est héritier d'une histoire dans laquelle il s'inscrit, il ne surgit pas de rien, il s'est formé au contact de doctrines ayant devancé son propre projet, d'autre part, une innovation de la pensée philosophique n'est concevable qu'à la condition d'ignorer tout héritage, de tenir à distance l'emprise de toute doctrine, en résumé, d'accomplir ce que Husserl désigne sous le nom de "réduction transcendantale" . Il est intéressant pourtant de remarquer que Husserl lui-même a été entraîné à relativiser la radicalité de la réduction phénoménologique, à lui assigner une motivation à travers une méditation de l'histoire de la philosophie et, plus globalement, de l'histoire de l'humanité2. Il se dégage néanmoins du souci' de radicalité du projet husserlien une caractéristique essentielle du philosophe commençant: l'insatisfaction. Celui qui commence

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2 et: Husserl, Philosophie première: Histoire critique des idées, traduction A. L. Kelkel, Paris, P.D.F. 1970. ; Id., La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, traduction G. Oranel, Paris, Gallimard, 1972.

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en philosophie est héritier d'une histoÏre mais il ne se satisfait pas de celle-ci: de là l'exigence de la création. Partagé entre l'insatisfaction à l'égard de ce qui est déjà donné et la quête de ce qui n'est pas encore, le commencement en philosophie est, en définitive, décision, rupture avec le passé à travers le pressentiment d'un projet qui procure un sens à l'avenir. Il n'est ni un dogme, ni un principe ou une proposition mais un acte. B - Langage et philosophie L'acte qu'est le connnencement en philosophie se prolonge à travers une confrontation avec le langage qui est le fonds universel à partir duquel se développe toute doctrine, toute théorie, toute forme de savoir.. L'importance du langage dans la formation du savoir est généralement reconnue certes, mais elle n'est jamais assez soulignée en ce qui concerne le cas spécifique de la philosophie. Les autres formes de savoir admettent l'existence d'une réalité à laquelle le langage doit se rapporter pour recevoir une justification. Pour la philosophie par contre, rien n'est en dehors du langage. La réalité n'est que par et pour le langage. La réalité est langage, le langage est la réalité. L'erreur et la vérité s'opposent et se révèlent dans le langage. Il ne découle cependant pas de ces considérations que tout langage est philosophique, que la philosophie se manifeste dans tout langage. Cette remarque n'est pas seulement destinée à écarter la conclusion selon laquelle tout honnne serait philosophe parce que tout honnne parle. Plus radicalement elle suggère une distinction à l'intérieur du langage entre la langue ordinaire et la philosophie. La distinction visée ici ne se réduit pas à l'opposition habituelle entre une langue dite naturelle, accessible, simple et 24

une autre jugée artificielle, compliquée, une "métalangue". L'inaccessibilité dévolue à la langue philosophique n'est pas à comprendre comme l'expression d'une position de principe. Le philosophe ne se décide pas à se rendre incompréhensible pour protéger un privilège qui lui serait miraculeusement accordé par une force transcendante! Il se tient au contraire pour l'égal des autres hommes et s'adresse à toute l'humanité sans exception. Il n'existe pas une différence de nature entre l'individu philosophe et les autres. Ceci ne signifie pourtant pas qu'aucune nuance n'est concevable entre le philosophe et l'homme ordinaire. La nuance consiste précisément en ceci que le philosophe se considère l'égal de tous les hommes alors que l'homme ordinaire quant à lui refuse de se laisser identifier aux autres ; il se préoccupe de sa différence quelle qu'en soit la forme de manifestation. La distinction entre la langue ordinaire et la philosophie se fonde sur cette préoccupation. La langue ordinaire, objet d'étude de la linguistique, se présente comme une forme de manifestation de la spécificité d'un regroupement d'hommes, de l'identité d'une collectivité déterminée. Elle traduit non seulement la configuration d'une collectivité, son mode d'organisation et la vision du monde qui la caractérise, mais surtout elle contribue à entretenir le sentiment de la différence, voire de la supériorité, de ses représentants par rapport au reste de l'humanité. Par opposition à la langue ordinaire, la philosophie, elle, définit un projet qui s'adresse aux hommes par-delà les ftontières, elle achemine un message qui se veut universel. La thèse pourrait sembler, de prime abord, inutilement choquante. Il est en effet évident que toute doctrine 25

philosophique s'exprime dans une langue déterminée. La pensée philosophique et la langue paraissent tellement liées que traduire une œuvre philosophique est une gageure. Il importe cependant de relever qu'aucune philosophie ne se veut par principe intraduisible. Aucun philosophe ne destine son œuvre à ses concitoyens à l'exclusion de toute autre nationalité. La configuration d'une langue est certes susceptible de faciliter l'expression de telle ou telle idée mais le sens même d'une pensée philosophique ne saurait rester prisonnier d'une langue. En cela réside la différence entre la philosophie et une forme d'appropriation du langage comme la poésie. La logique à laquelle la langue se soumet à travers la pensée philosophique est affianchie de l'arbitraire du signifiant. Les conditions formelles dont l'observation confère un sens à une doctrine se rejoignent par-delà la diversité des langues. Elles sont accessibles à tout être capable de raisonnement. Cette universalité des règles organisatrices de la pensée est l'ultime fondement de toute communication entre les hommes, la suprême condition de possibilité de toute traduction. Les règles organisatrices de la pensée constituent une langue universelle, anonyme, qui prime la langue ordinaire dans laquelle se révèle l'identité d'un peuple. La philosophie est l'héritière de cette langue universelle. Cette expression ne signifie pas que le pressentiment d'une langue universelle précède la manifestation de la pensée philosophique. L'idée d'une langue universelle ne se découvre en fait qu'à travers l'avènement de la philosophie. La pensée philosophique est la conscience de l'exigence d'universalité. L'ambition fondatrice de la philosophie est de développer un savoir dans lequel tous les hommes sans distinction se reconnaîtront. L'enjeu de la pensée philosophique est de 26