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POSITIVISME DE DAVID HUME (LE)

De
256 pages
Etablir que l'empirisme de David Hume est la formulation philosophique anticipée du positivisme qu'Auguste Comte va systématiser au XIX siècle, tel est le dessein de l'auteur de cet ouvrage. En effet, sous l'influence de John Locke et, dans une certaine mesure, de Georges Berkeley, David Hume repense la philosophie de la connaissance de manière à bien baliser le terrain épistémologique sur lequel se sont aisément déployés non seulement le positivisme de Comte, mais aussi et surtout le néopositivisme que le Cercle de Vienne a élaboré de telle sorte qu'Alain Boyer puisse, à juste titre, considérer ses membres comme "les fils de Hume".
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Lucien AYISSI
Le positivisme de David Hume
ÉTHIQUE, POLITIQUE ET SCIENCE
Le positivisme
de David Hume
Éthique, Politique et Science Collection dirigée par Lucien Ayissi Cette collection offre une plage intellectuelle à tous ceux qui sont déterminés à soumettre à la sanction philosophique les questions relatives à l’éthique, à la politique et à la science. En prenant, à travers des publications, part aux divers débats relatifsau devenir des valeurs, au sens du pouvoir politique et au rapport de la science à l’aventure existentielle de l’homme dans le temps et dans l’espace, ils pourront ainsi contribuer au renouvellement d’une infrastructure conceptuelle qui risque de se pétrifier si elle n’est pas constamment revisitée. Déjà parus Lucien AYISSI,Hume et la question du sujet de la connaissance, 2015. Roger MONDOUÉ et Philippe NGUEMETA,Vérificationnisme et falsificationnisme. Wittgenstein vainqueur de Popper ?, 2014. Joseph NZOMO-MOLÉ,Penser avec Descartes, 2013. Charles BIWOLE ATANGANA,Cameroun. Amorçage raté d’une démocratie promise, 2013. Ciriac OLOUM,Max Stirner, contestataire et affranchi, 2012. Serge-Christian MBOUDOU,L’heuristique de la peur chez Hans Jonas. Pour une éthique de la responsabilité à l’âge de la technoscience,2010.
Lucien AYISSI
Le positivisme
de David Hume
Du même auteur Corruption et pauvreté, 2007. Corruption et gouvernance, 2008. Gouvernance camerounaise et lutte contre la pauvreté : interpellations éthiques et propositions politiques, 2009. Penser le sida : analyses croisées d’une pandémie(coédité avec Hubert Mono Ndjana), 2010. La prière de Yakob(roman, Grand prix littéraire ANELCAM 2012), 2010. Rationalité prédatrice et crise de l’État de droit, 2011. Regards croisés sur les cinquantenaires du Cameroun indépendant et réunifié(coédité avec Daniel Abwa et Christian-Célestin Tsala Tsala), 2012. Penser les représentations(sld.), 2014. Hume et la question du sujet de la connaissance, 2015. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11457-6 EAN : 9782343114576
AVERTISSEMENT
La dynamique réflexive déployée dans le cadre de cet ouvrage reprend, pour le prolonger et l’actualiser, le concept philosophiquement constitutif de notre thèse de Doctorat d’État en philosophie. En effet, bien qu’Auguste Comte (1798-1857) distingue le positivisme de l’empirisme et du mysticisme, assimilés par lui à de « funestes aberrations » qu’il faut tenir à une distance respectable de cette doctrine philosophique, nous avons établi que le positivisme de David Hume (1711-1776) est la formulation anticipée de celui de Comte. Car, en plus du fait que l’empirisme humien est déjà régi par les principes méthodologiques qui gouverneront épistémologiquement la philosophie positive de Comte, nous avons également pu vérifier l’existence du positivisme de Hume dans sa théorie des affects. La philosophie morale et politique de l’auteur duTraité de la nature humaine, aussi bien que la critique qu’il mobilise contre la mentalité théologico-métaphysique se comprennent bien à partir de ce positivisme avant la lettre.
INTRODUCTION
La plupart des historiens de la philosophie ont coutume de rattacher le positivisme à la philosophie d’Auguste Comte. Ils ont également l’habitude d’associer la philosophie de Hume à l’empirisme et au scepticisme. Le caractère à la fois habituel et absolu de telles associations motive des réflexes intellectuels quasi irréformables qu’on se garde souvent de remettre en cause, sous peine de se rendre coupable de trahir, par des interprétations erronées, l’esprit des doctrines philosophiques concernées. Ainsi, parler du positivisme de Hume, même métaphoriquement, nous impose le devoir d’assumer la responsabilité philosophique de la double subversion de cette habitude de penser et d’associer chère à la plupart des historiens de la philosophie. Parler du positivisme de Hume peut même passer pour une hérésie philosophique quand on sait que Comte distingue nettement le projet empiriste du projet positiviste. D’après ce philosophe, le projet empiriste et le projet positiviste ne se distinguent pas seulement ; ils sont aussi incompatibles, tant dans leur esprit que dans leur but. Pour ce philosophe, l’opposition qui existe entre l’empirisme et le positivisme est si fondamentale que l’esprit de l’un est très éloigné de celui de l’autre. C’est pourquoi il affirme dans leDiscours sur l’esprit positif que « le véritable esprit positif n’est pas moins éloigné, au fond, de l’empirisme que du mysticisme. C’est entre ces deux aberrations également funestes qu’il doit toujours 1 cheminer. » e e Cette distinction à laquelle Comte procède déjà dans les 56 et 58 leçons 2 duCours de philosophie positive, est presque intégralement reprise non seulement dans la première partie duDiscours sur l’ensemble du positivisme, mais e 3 aussi dans lapréfaceduIV tome  au Système de politique positive et dans le deuxième entretien de la première partie duCatéchisme positiviste. Pour 1 - A. Comte,Discours sur l’esprit positif, Paris, Union Générale d’Éditions, collection « 10/18 », 1963, p. 80. 2 e e e -Idem,Cours de philosophie positive, Éditions Alfred Costes, 6 leçons.édition, 1934, 56 et 58 3 -Id.,Système de politique positive, préface au tome IV, Librairie des Corps Impériaux des Ponts et Chaussées et Mines, 1854, p. XI.
Comte, en effet, le positivisme qui est toujours subordonné à la recherche des lois qui régissent les phénomènes, « chemine sans cesse entre deux voies également dangereuses, le mysticisme qui veut pénétrer jusqu’aux causes, et 4 l’empirisme qui se borne aux faits. »
Si l’empirisme est à la fois aussi aberrant et funeste que le mysticisme, au point d’amener Comte à exiger que le positivisme soit aussi bien distingué de l’un que de l’autre, c’est qu’il est, dans ce cas, difficile de parler du positivisme de Hume tout en considérant ce dernier comme un empiriste. Pour Comte, en effet, l’empirisme se caractérise par l’accumulation anarchique des faits. Il s’agit également d’un mode de connaissance qui est trop dispersif pour pouvoir être systématique. Le mysticisme est défini par la prépondérance de l’imagination sur la raison. C’est pour cela qu’il résulte d’une spéculation non réglée sur l’observation et, par conséquent, sans référent dans l’expérience. Étant donné qu’il est plutôt caractérisé par l’observation des faits et la recherche de leurs lois, l’esprit positif est inexistant tant dans l’empirisme que dans le mysticisme. C’est aussi pour cela qu’il doit méthodologiquement « cheminer » entre ces deux écueils théoriques dangereux.
Après avoir opposé l’empirisme au positivisme, Comte situe l’« origine directe » de cette dernière philosophie dans le « mouvement déterminé dans l’esprit humain par les préceptes de Bacon, par les conceptions de Descartes 5 et par les découvertes de Galilée» . Le nouvel esprit philosophique qui caractérise le positivisme résulte, d’après lui, à la fois de « l’entière 6 rénovation mentalede la conception» et projetée par Bacon et Descartes scientifique du monde que Copernic, Kepler et Galilée ont élaborée en 7 astronomie .
Pour pouvoir donc établir la thèse du positivisme de Hume, il nous faut prouver que son empirisme n’est pas concerné par le jugement de Comte. Dans ce cas, il nous faut aussi justifier l’absence du nom du philosophe écossais de la liste des prédécesseurs de Comte. En effet, aucune œuvre de Hume ne figure dans le registre de la Bibliothèque du Prolétaire dressé par
4 - A. Comte,Catéchisme positiviste86 : « Tel est,, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. mentalement, le positivisme, qui, poursuivant toujours l’étude des lois, chemine sans cesse entre deux voies également dangereuses, le mysticisme qui veut pénétrer jusqu’aux causes, et l’empirisme qui se borne aux faits. » 5 - A. Comte,Discours sur l’esprit positif,pp. 80-81. 6 e -Ibid», inde philosophie sociale 4 Opuscule 207. Cf. aussi le « 142 et ., pp. La Science sociale, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1972, pp. 80-81. 7 -Ibid., p. 248.
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8 Auguste Comte dans leCatéchisme positiviste. C’est fort incidemment que le nom de ce philosophe apparaît dans le onzième mois du calendrier positiviste, le moi Descartes, contrairement à ce qu’affirme Jean-Michel Muglioni. Ce dernier prétend, au grand mépris des textes, que « Comte désigne constamment Hume comme son principal précurseur e e philosophique et l’inscrit au 28 jour du mois Descartes, 11 mois du 9 calendrier positiviste, consacré à la philosophie moderne. »
Que l’absence du nom de Hume parmi les précurseurs de Comte soit due à un oubli, à une omission ou même à une exclusion, il est clair que l’empirisme de Hume n’existe pas dans le registre des conceptions que le philosophe français situe à « l’origine directe» de la philosophie positive, c’est-à-dire celle qui est entièrement dégagée de l’alliage théologique et 10 métaphysique .
Parler donc du positivisme de Hume surprendrait tous ceux qui réduisent habituellement la philosophie humienne à l’empirisme que Comte oppose radicalement au positivisme. Dans le cadre d’une telle réduction, le positivisme de Hume apparaît soit comme une contradiction dans les termes, soit comme une association conceptuelle inconvenante, soit comme une impropriété philosophique. Prendre l’empirisme humien pour le positivisme serait même anachronique, lorsqu’on sait que le positivisme ne e commence réellement à exister dans l’histoire de la philosophie qu’au XIX siècle. Pour éviter cet anachronisme, il serait peut-être plus pertinent de parler du pré-positivisme de Hume. Mais le problème du rapport de la philosophie de Hume au positivisme n’est pas pour autant résolu par cette formulation euphémique, dans la mesure où Comte, le fondateur du positivisme, ne cite pas Hume parmi ses précurseurs. La question demeure donc toujours : peut-on parler du positivisme de Hume sans subvertir la tradition philosophique ni se rendre coupable de méprises conceptuelles ou de graves confusions de doctrines, notamment la confusion entre la doctrine empiriste et la doctrine positiviste ? Nous pouvons déjà faire remarquer que la conception comtienne de l’empirisme est trop schématique, voire trop caricaturale pour convenir à l’esprit de cette doctrine philosophique qui pose d’évidents problèmes d’homogénéité conceptuelle. Certes, l’empirisme est généralement défini 8 - A. Comte,Catéchisme positiviste, pp. 51-55. 9 - J.-M. Muglioni, « Hume (1711-1776) ou l’enquête sur la croyance », in Léon-Louis Grateloup (sous la direction de),Les Philosophes de Platon à Sartre, Paris, Hachette, 1985, p. 272. 10 e - A. Comte, « 4 Opuscule de philosophie sociale », inLa Science sociale, p. 81.
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