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Pour une autre philosophie de l'environnement

De
146 pages
Face aux sauts progressifs de l'intelligence qui a entraîné un accroissement vertigineux des puissances technologiques et industrielles menaçant la natureŠet l'humanité, une réaction s'avère nécessaire en vue d'en limiter les dégâts. Réaction propre à ressusciter en l'homme les valeurs proprement humaines.
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Jean-Pierre Nakhlé
Pour une autre philosophie de l’environnement Le statut paradoxal de l’intelligence vis-à-vis de la nature
Pour une autre philosophie de l’environnement Le statut paradoxal de l’intelligence vis-à-vis de la nature
Du même auteur La reconquête de l’être– Essai sur la marginalisation de la conscience dans l’œuvre de Joseph Abou Rizk, Paris, éd. L’Harmattan, coll. « Pensée religieuse et philosophique arabe », 2012.
Jean-Pierre Nakhlé
Pour une autre philosophie de l’environnement
Le statut paradoxal de l’intelligence vis-à-vis de la nature
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03063-0 EAN : 9782343030630
Introduction  Leprogrès rapide et vertigineux de la technologie et de l’industrialisation ainsi que la poursuite haletante de la croissance e économique, soulèvent pour la première fois, à partir du XIX siècle, et d’une façon pressante, de nouveaux problèmes qui exigent des solutions immédiates. S’il semble urgent de prendre en considération ces problèmes, c’est parce que la vie des espèces vivantes et particulièrement celle de l’homme de laquelle jaillissent des dimensions proprement humaines, sont menacées de déformation, voired’anéantissement.  Lesproblèmes dont il s’agit nécessitent, pour être traités, le recours à une approche d’ordre éthique, vu qu’ils concernent directement la situation concrète de l’homme, son rapport avec ses semblables et avec la nature environnante. Une telle approche, qui vise à faire assumer à l’homme ses responsabilités, s’avère donc indispensable. Puisque c’est la manière dont l’homme se conduit à l’égard des autres et de la nature est en jeu, il revient à l’éthique d’élaborer un ensemble de valeurs et de jugements évaluatifs dont l’objectif est de formuler des proscriptions et des prescriptions.  Notreétude ne porte pas sur les différents problèmes qui menacent la vie et l’existence humaine. Elle se concentre plutôt sur l’analyse d’un problème qui met en danger la nature. Lequel danger entraîne inéluctablement des conséquences fâcheuses sur la situation de l’homme dans cette nature. Ce problème auquel se trouve donc confrontée la majorité des sociétés humaines est la détérioration de l’environnement naturel. Phénomène qui se produit non à la suite d’une certaine évolution naturelle, mais en raison d’une intervention nuisible de la part de l’homme. Intervention qui se concrétise soit d’une façon directe par la voie du déboisement et d’une mauvaise exploitation des sources
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d’énergie, soit d’une façon indirecte par les effets néfastes qu’entraîne l’industrialisation forcenée.  Entraitant le problème écologique, nous ne visons ni à l’envisager à partir d’uneétude purement scientifique ni à l’analyser d’après ses éléments biochimiques ou physiques, mais nous cherchons à redéfinir et à repenser le rapport de l’homme avec la nature. Autrement dit, notre objectif est d’étudier les fondements de ce problème et ses répercussions sur l’existence humaine, en le posant d’une façon philosophique, surtout morale, tout en lançant un appel à travers lequel nous espérons remédier à ses conséquences désastreuses. Il n’y aurait pas eu besoin d’établir une éthique de l’environnement en l’absence d’une crise écologique effective dont les retentissements doivent être pris au sérieux. Notre rapport avec la nature ne saurait plus être déterminé par notre pouvoir technique, mais devrait être réglé par de nouveaux préceptes moraux.  Lasphère de l’éthique cesse d’être restreinte au rapport direct de l’homme avec ses semblables et à la façon avec laquelle il doit traiter avec autrui. Cette sphère doit être élargie avec le surgissement de nouvelles données qui compromettent la vie et l’existence de l’homme, à savoir le progrès inouï de l’industrialisation et le déferlement de la technologie. L’agir humain ne peut plus omettre ces nouvelles données qui désormais en font partie intégrante. L’élargissement du domaine de la morale s’impose en vue de mettre l’homme devant son fait, de le prévenir des dangers auxquels lui-même et la nature tout entière s’exposeront. Plus que jamais, nous avons aujourd’hui besoin d’un contrôle normatif de nos activités dans la nature. Si les commandements moraux traditionnels ne doivent pas être délaissés, ils devront prendre une dimension plus profonde et plus vaste. Ils viseront à englober la totalité de la manière d’agir de l’homme non seulement à l’égard de l’autre, mais aussi à l’égard de la nature dont il doit se rendre également responsable.
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 Ceproblème ne se posait ni pour l’homme des sociétés primitives ni pourl’homme des sociétés agricoles et artisanales qui vivaient en symbiose avec la nature. L’homme de ces sociétés ne traitait pas cette dernière selon la mentalité d’un conquérant tyrannique qui cherche à l’abattre pour satisfaire ses désirs égoïstes. Le problème écologique s’est déclenché à partir de la Renaissance e européenne au XVIsiècle, surtout à la suite du développement remarquable de l’intelligence humaine quia entraîné des découvertes scientifiques et des inventions technologiques. Tout cela a rendu l’homme, selon le mot de Descartes, comme « maître 1 et possesseur de la nature» .Mais ce problème n’a connu son e acuité qu’à partir de la Révolution industrielle du XIXsiècle où le rapport de l’homme avec la nature prenait le caractère d’exploitant à exploité. À partir de cette étape de l’histoire, l’homme s’est aperçu de l’apparition de nouveaux besoins que l’industrie et la technologie ont créés. Il s’est également trouvé doté d’une puissance intellectuelle illimitée lui permettant d’inventer les moyens susceptibles de satisfaire ces besoins. Prenant ainsi parti presque exclusivement pour la poursuite des désirs corporels et égoïstes, sans se soucier des conséquences fâcheuses qui en résultent, l’intelligence humaine entraîne actuellement l’humanité dans la voie qui assurera à l’homme la satisfaction du plus grand nombre de ces nouveaux besoins aux dépens, non uniquement de son titre humain, mais de sa survie. L’homme des sociétés industrielles et postindustrielles se trouve ainsi déterminé à s’emparer des moyens capables d’alimenter les instincts humains immédiats. En revanche, se soucier de son statut humain, de l’existence des autres, de l’avenir de l’humanité, de la perpétuité même de la vie, est relégué à l’arrière-plan des préoccupations d’un grand nombre d’individus et de sociétés. 1  Descartes,Discours de la méthode, Paris, Bordas, 1984, p. 146.
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