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Production de la transcendance (volume I)

De
210 pages
Cet ouvrage a pour objectif de revenir aux racines des problèmes posés par la science instrumentale en étudiant comment la spécialisation a remodelé la rationalité. Ce premier volume est consacré aux origines de l'Homme, non seulement à l'émergence de l'Homme comme objet de connaissance mais aussi à l'ensemble des métamorphoses qui l'ont rendu possible.
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N° d'Imprimeur: 52748 - Dépôt légal: septembre 2008 - Imprimé en France

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par Corlet Numérique

- 14110

Condé-sur-Noireau

LA PRODUCTION DE LA TRANSCENDANCE
Volume I Les origines de l'Homme et « le créationnisme »

(Ç) L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www 0Iibrairieharmattanocom
diffusionoharmattan@wanadooofr harmattan 1@wanadooofr

ISBN: 978-2-296-06416-4 EAN : 9782296064164

Lionel MOUTOT

LA PRODUCTION DE LA TRANSCENDANCE
Volume I Les origines de l'Homme et « le créationnisme »

Préface de François Dagognet

L'Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par JP. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Lionel MOUTOT, La production de la transcendance, vol. II, Lafabrication de l'Homme rationnel, 2008. Marlène PARIZE, La part de l'autre, 2008. Christophe de BROUWER, Le problème de la santé au travail. Protection des travailleurs ou nouvel eugénisme? 2008. FAURE Alain et GRIFFITHS Robert (sous la dir. de), La Société canadienne en débats. What holds Canada together, 2008. LAGAUZÈRE Damien, Robot: de l'homme artificiel à l'homme synchronique ?, 2008. RULLAC Stéphane, Le péril SDF. Assister et punir, 2008. QUEME Philippe, Vertus et perversions françaises du discours politique... Plaidoyer pour un discours « vrai », 2008. BOFFO Stefano, DUBOIS Pierre, MOSCA TI Roberto, Gouverner les universités en France et en Italie, 2008. BERTRAND Christine (dir.), L'immigration dans l'Union européenne,2008. D'ARGENSON Pierre-Henri, Réformer l'ENA, réformer l'élite, 2008. STEIWER Jacques, De la démocratie en Europe, 2008. GARDERE Elisabeth et Jean-Philippe, Démocratie participative et communication territoriale. Vers la microreprésentativité, 2008. PARANQUE Bernard, Construire l'Euro-Méditerranée, 2008. SA YES Christian, Sépulture de la démocratie. Thanatos et politique,2007.

A mes grands-parents

PREFACE

Le travail que Lionel Moutot a élaboré frappe par son originalité, dès les premières lignes. En effet, le philosophe a renoncé aux questions

traditionnelles tant de l'épistémologie que de la philosophie des sciences (la hiérarchie des sciences, leur classification, leur unité et, plus particulièrement, la dualité du matérialisme et de l'idéalisme). Il a retenu l'analyse et la fécondité d'un principe, celui de l'analogie, assez peu retenu par les Classiques. Or cette analogie (ou l'autre inséparable du même) ou encore une certaine ressemblance ou parenté (à nouveau, ni unité, ni dualisme, car cela évite toujours la dislocations) vont permettre des « rapports de rapports », des liens

insoupçonnés entre des éléments séparés. Leibniz se trouve au centre de cette heuristique, parce qu'il a théorisé le principe voisin de « l'entre-deux» ou celui de l'entre-expression. On notera que la notion de méthode n'est plus privilégiée - ou encore que Descartes n'a pas été fêté, parce qu'il est demeuré dans l'enfermement de la pensée, alors que l'analogie nous ouvre sur des parallélismes ou même des réciprocités. D'un bout à l'autre de son exposé, M.Moutot a reconnu l'importance et la puissance de l'analogie qui assure le jeu des correspondances mais aussi le saut d'un registre à un autre. Nous y insistons: les règles unitaires de la méthode en perdent leur exemplarité, car elles ne se consacrent qu'à une pensée qui se recommence ou qui ne peut se soustraire à elle-même.

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Coup de maître, lorsque l'auteur illustre sa thèse avec le vieux problème de Molyneux. On pourrait croire que nous allions apercevoir ici un problème de psychologie comparative ou ses sensations qui se suppléent les unes les autres, alors qu'il s'agit d'une victoire d'une analogie ontologisante. La vue et le toucher d'un cube parviennent, en raison d'une sourde parenté géométrique, à s'autocorrespondre. La question de Molyneux - qui retenait les penseurs plus ou moins inféodés à l'empirisme - a été vue comme ce qui permet de rapprocher les différents, susceptibles d'occuper le même échelon dans une série ou un système, l'inverse de l'habituel.

Mais l'originalité de ce livre - outre le recours à la puissance inventive de l'analogie

- vient de ce qu'elle

va être mise en pratique dans deux champs de la

culture scientifique qui ont été rarement théorisés ( nous disons «rarement» mais ces champs ont été délocalisés). Le lecteur s'en avisera vite: le premier de ces territoires porte sur la

paléontologie ou l'étude des fossiles. Soit une illustration élémentaire: celle d'une pierre taillée et polie (au temps de la préhistoire). Elle implique à la fois la géologie et l'homme attaché à la fabrication lithique - deux branches parallèles qui se correspondent, nous pouvons passer de l'une à l'autre. Elles se réciproquent. Le travail de M.Moutot tourne ici, avec passion, autour de la stratigraphie (les lignés évolutives et concordantes). L'auteur a été obligé de contester le récit biblique ainsi que celui du Déluge, tout ce qui relève de l'unicité. L'analogie victorieuse impose l'inverse: la convergence des étapes, leur correspondance. La biologie, buissonnement structurale. l'anthropologie, la paléographie parviennent à recréer le

des étapes et des lignées, mais, plus encore, leur parenté

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Rien, dans la démonstration, n'a été omis: ainsi, le philosophe nous livre avec passion comment s'opère «la datation»

-

grâce à la radioactivité,

la

dendrochronologie (les cernes de croissances des arbres, l'adn mitochondrial, la constitution de l'argile, etc.). A ce moment, l'information et l'analyse atteignent leur sommet. Le second domaine étudié surprendra encore plus le lecteur, car M.Moutot entre dans l'arène de l'anthropologie criminelle. Le cas Lombroso sera d'abord envisagé, pour de nombreuses raisons, dont celle-ci: il traduit le retour à un état antérieur (l'atavisme, la dégénérescence), une inversion de la marche en avant. Le fou et le criminel appartiennent à la

même « strate» inversée. Les historiens - entre parenthèses - ont été particulièrement sévères relativement à la théorie de Lombroso, mais Lionel Moutot a su rappeler que le médecin légiste avait renoncé à ses positions
racistes (la lecture des crânes) et même rejoint le camp des spiritistes. On retrouve ici - outre de beaux développements sur la bioéthique - la thèse d'un développement qui a été arrêté, mais qui, grâce à l'analogie, servira (le degré zéro) les disciplines, attachées à la positivité. Nous simplifions, nous caricaturons. Et si nous n'émettons pas de réserves sur cet ensemble (et sa vastitude), nous serons catalogué comme « complice », ce qui n'est pas le cas. Le lecteur sera perpétuellement instruit et réveillé. Mais parfois, le philosophe pèche par son érudition. Il a choisi des champs en jachère (la préhistoire, la folie). Il lui faut assurer le négatif: communiquer à son lecteur ce qui lui permet de comprendre ce que comprennent et signifient ces territoires délaissés. Le lecteur sera parfois désorienté. On lui offre un fleuve, mais avec tous ses méandres et même parfois quelques débordements.

François DAGOGNET Université PARIS I Panthéon -Sorbonne

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« Manger ou être mangé, telle est la loi de la jungle. Définir ou être défini, telle est la loi de l'homme. »

T. S. SW ASZ, Le péché second

INTRODUCTION

L'Homme est un monde. La philosophie est sa métaphore, la science, une tentative de rationaliser celle-ci. Les analyses présentées ici relèvent de la philosophie des sciences, au sens où l'expression est aujourd'hui communément admise, c'est-à-dire de l'étude et de la réflexion portant non seulement sur les méthodes de la science

- en l'occurrence

des sciences- mais aussi de ses objets,

de ses fondements, de son histoire et de sa logique, la prétention à embrasser ces savoirs étant compensée par l'unité des problèmes posés comme par l'univocité de la problématique à laquelle on s'est attaché: quels sont le rôle et le statut du raisonnement par analogie dans la découverte scientifique? La définition de la science conçue comme un état des connaissances, un système d'énoncés, une méthode de recherche ou une activité collective

pratiquée par des savants nous occupera donc moins que la question du fondement de la science. Le questionnement classique tiré de l'expérience et de la tradition propre à la philosophie des sciences jalonnera le parcours sans en

être pour autant l'axe directeur: cherchons-nous des régularités ou des causes? y a-t-il une historicité des lois scientifiques? Quel rôle joue la notion de ressemblance dans la constitution des concepts? La science est-elle un savoir ou bien un ensemble de connaissances? Ces connaissances se rapportent-elles à nos sens ou à la pratique d'un système hypothético-déductif? structuré par ce qu'il ignore? Le savoir est-il

Comment s'accorder sur un processus de

validation des connaissances? Les théories sont-elles des approximations de la vérité ou des fictions efficaces? Y a-t-il une vérité indépendante que notre science doit découvrir ou la science n'est-elle qu'une construction théoricolinguistique? Ainsi l'interrogation de Platon dans le Théétète qui fait dire à Socrate «la science, en quoi peut-elle bien consister? » ne sera abordée que dans la mesure ou les philosophes des sciences cités à comparaître y reviendront pour clarifier des concepts nécessaires à la démonstration.

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On ne trouvera pas non plus d'analyse opposant seulement réalisme et idéalisme (les théories scientifiques sont-elles vraies ou ne sont-elles que des

constructions intellectuelles ayant une capacité de prédiction ?), nominalisme ou positivisme, perspectives idéalistes ou matérialistes. L'identification des tiers inclus primera sur la simple logique d'exposition du tiers exclu.

Les différentes traditions issues de la philosophie des sciences ne seront présentées qu'à la condition de ne pas trahir la logique qui leur est propre, tant que faire se peut, et dans la limite d'une réflexion dans laquelle le dialogue transhistorique des auteurs est toujours un exercice d'équilibrisme, que la mort de la plupart d'entre eux - il y a toujours plus de morts que de vivants- rend cependant moins périlleux. Que Platon n'ait pas distingué entre philosophie et science ou qu'Aristote n'ait pas intégré la physique à la connaissance de la nature nous concerne moins, pour notre propos, que la vision du monde qui en découle et les principes axiomatiques ou fondements qui sont produits et nous stimulent encore. Sœurs siamoises définitivement séparées, philosophie et science sont redevables l'une et l'autre de problématiques et de méthodes, dont le second XIXe siècle verra l'accomplissement. Dès lors, on s'accordera sur une forme de neutralité méthodologique propre à la philosophie des sciences en s'interdisant un méta-discours de l'une sur l'autre, indiquant par là qu'il n'y a dans notre esprit aucune volonté d'annexer l'une à l'autre. Il ne s'agit pas de positionner la philosophie des sciences comme seconde par rapport à la science pas plus que de préserver un accès privilégié de cette dernière à une réalité plus originaire. Cette sorte de voile d'ignorance vise, en particulier, à neutraliser une conception venue de l'Antiquité et pour laquelle la science n'était, de Sénèque à Diderot, ce dernier évoquant «philosophie et science comme deux

synonymes », qu'un exemple des principes de la sagesse. Nous sommes alors au temps des Lumières.

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Elle tend aussi à repérer les montages techniques et linguistiques qui filtrent par le savoir scientifique, les valeurs d'une culture particulière (occidentale si l'on veut), à condition de conserver à l'esprit que, dans une situation identique à celle qu'a connue l'Occident, il y a fort à parier que chaque culture se serait approprié ce pouvoir d'inclusion universelle sur le monde. La question de la relation et de l'identification au cours de l'histoire «des sciences générales et des sciences particulières» pourra être abordée mais de façon latérale, dans la mesure même où l'étude des trois disciplines choisies pour notre sujet (préhistoire, anthropologie criminelle et géométrie) suppose aussi une perspective historique. Pour autant, il ne s'agira aucunement de s'interroger sur le lien entre les sciences particulières et la forme générale de la connaissance (l'astronomie, la géométrie et la physique sont-elles des

applications particulières d'un pouvoir de connaître ou bien des savoirs appliqués à un objet ?), ni même d'en analyser le contenu dans une perspective comparatiste sur le modèle classique de l'évolution des savoirs de la physique d'Aristote à la physiologie d'Epicure jusqu'à la Naturwissenschaften du XIXe siècle en passant par la philosophia naturalis de Newton. En un mot comme en cent, l'ordre et la hiérarchie des sciences les unes par rapport aux autres ne sont pas notre objet d'étude, comme chez Comte, pour qui il fallait« considérer chaque science fondamentale dans ses relations avec le système positif tout entier, et quant à l'Esprit qui le caractérise sous le double rapport de ses
méthodes et de ses résultats principaux» 1

.

En revanche, ce travail a pour objectif moins l'analyse de la construction d'une image rationnelle de l'Homme dans les sciences au XIXe siècle, que l'étude de l'identification de lafigure de la rationalité à l'Homme.

I

COMTE A. Philosophie positive. Paris, Anthropos, 1968. 17

Le cycle 1860-1914 sera privilégié, sans exclusive. En effet, au cœur du processus qui aboutit au détachement de la philosophie comme entité séparée de la science, il semble y avoir un renversement de la rationalité sur elle-même qui, pour des raisons propre à l'état des sciences au XIXe siècle, se dédouble à mesure qu'elle se spécialise. La spécialisation implique ici une analyse par embranchements successifs à partir d'un tronc commun. Le programme de la science moderne de représentation vraie de la réalité devient effectif, non seulement parce qu'il atteint sa masse critique mais aussi parce qu'il prend l'Homme pour objet d'étude. C'est alors que le curseur de la réflexion se déplace de l'analyse de la nature de la réjlexivité présente dans la science (quelle est la nature de la connaissance et comment distinguer un énoncé scientifique d'un énoncé métaphysique? dans la tradition de Frege, Russel et Wittgenstein ou dans celle de la recherche des processus de rationalité de la science en acte chez Bachelard, Canguilhem et Foucault) à la nature de la réjlexivité qui est commune à la philosophie et à la science. Ici la position

d'Hugo sur L'art et la science au moment où la tension se fait vive entre positivisme et romantisme nous semble toujours valide: « La poésie comme la science a une racine abstraite.. la science sort de là chef-d'œuvre de métal, de bois, de feu, ou d'air, machine, navire, locomotive, aéroscaphe.. la poésie sort
de là chef d'œuvre de chair et d'os, Iliade, Cantique des Cantiques, romancero, Divine Comédie, Macbeth. Rien n'éveille et ne prolonge le saisissement du

songeur comme ces exfoliations

mystérieuses

de l'abstraction

dans la double

région, l'une exacte, l'autre infinie, de la pensée humaine. Région double, et une pourtant.. l'infini est une exactitude (...) Désormais tous les progrès se

feront dans l 'humanité par le grossissement

de la région lettrée. »2

2

HUGO V. L'art et la science. Paris, Actes Sud, 1985.

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On voudrait souligner que la fertilité des débats sur l'induction, la nature des lois scientifiques, la portée des théories, les buts de la science, ses résultats, ses limites ou ses méthodes ne sont pas seulement en jeu. En effet, pour prendre un exemple classique, si la distinction de Kant reprise par Hegel entre connaissance d'entendement et connaissance dialectique se calque sur la distinction entre une vérité qui viendrait des facultés de connaître du sujet et une vérité qui surgirait de la réalité de l'objet, il n'est pas certain que cette problématique soit dépassée par l'évolution des sciences comme le pensaient les néo-kantiens. Il est même possible que ces distinctions problématisantes -qui créent une problématique tout en enfermant le concept qui l'éclaire dans ses propres limitessoient des moments irréductibles à l' interrogation

philosophique elle-même. La production de ces concepts, comme d'autres, nous préoccupera ici en tant qu'elle dit quelque chose du remodelage de l'idée de rationalité au XIXe siècle. Il faut aussi le souligner, la naissance de la philosophie des sciences au XIXe est contemporaine de la fabrique d'une image rationnelle de l'Homme dans la science. L'Homme est ici étudié en tant que figure du savoir. Etre de langage qui dématérialise le monde par la

représentation qu'il en a, il est aussi celui qui le « rematérialise »3 en instaurant un rapport à soi qui est aussi « extériorité du monde avec les mots» 4. Comment la science a-t-elle, au XIXe siècle, conceptualisé, rematérialisé puis reconstruit l'antique image du corps et de l'esprit de « l'Homme» ? Comment les disciplines scientifiques, dont le tissu de connaissances a donné une première approximation interdisciplinaire de la figure de l'Homme au XIXe siècle, ont-elles donné à voir la relation du corps et de l'esprit chez l'Homme? Comment la rationalité s'est-elle prise elle-même pour objet afin de décrire le processus par lequel la pensée a jailli ? Voilà la problématique qui est la nôtre et

3 DAGOGNET F. Rematéria/iser. Paris, Vrm, 1972. 4 LEGENDRE P. Ce que l'Occident ne voit pas de ['Occident. Paris Mille et une nuits, 2004.

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qui sera traitée à travers la constitution de trois disciplines, savoirs ou sciences: la préhistoire, l'anthropologie criminelle et la géométrie. Il s'agit donc de réaliser une étude précise de ces sciences afin de répondre à des questions d'épistémologie. Mais pourquoi ces trois champs d'exploration? C'est peut-être qu'en toute chose la difficulté tient à ceci qu'il est impossible d'entreprendre une réflexion de quelque nature qu'elle soit en se basant sur l'origine des choses, puisque le travail de la pensée consiste en partie à arracher hypothèses, idées et concepts du monde indifférencié dans lequel se situe l'objet à étudier. Archimède fait écho à cette interrogation première lorsqu'il

s'exclame: «Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le Monde ». Il est par conséquent nécessaire de prendre en compte cet état premier d'indifférenciation même. Cependant, il semble bien que puisse exister une question non posée, quelque chose d'impensé et qui débouche sur la question suivante: peut-on élaborer une réflexion sans admettre l'existence d'une indétermination première qui en constitue la condition même de possibilité? D'une certaine manière, il n'y a pas de fondement; il y a du symbolique en friche. C'est dans cet interstice que se loge le raisonnement par analogie et qu'il faut donc s'attacher à en décrire le rôle et le statut dans la production scientifique. En effet, entre l'intention scientifique et le travail scientifique, existe un espace que la raison de la connaissance que l'homme a de la nature et de lui-

n'appréhende pas. Cet espace où s'articulent les deux rapports de l'Homme à la science (celui de l'homme aux choses, touchant les sciences exactes, et celui de l'Homme à l'Homme touchant les sciences humainesi est celui qui s'ouvre au XIXe siècle, lorsque le programme d'exploration du réel et de compréhension du monde aborde le rivage de la figure humaine comme figure du savoir.

5

MORIN E. Le paradigme perdu. Paris, Le Seuil, 1973. 20