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PROGRAMME D'UN COURS COMPLET DE PHILOSOPHIE

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions John Stuart MILL, La psychologie et les sciences morales (1843), 2006. A. BINET, Introduction à la psychologie expérimentale (1894), 2006. Dugald STEWART, Esquisses de philosophie morale (1793), 2006. Joseph DELBOEUF, Etude critique de la psychophysique (1883), 2006. Th. FLOURNOY, Etude sur un cas de somnambulisme (1900), 2006. A. GARNIER, Précis d'un cours de psychologie (1831), 2006. A. GARNIER, La psychologie et la phrénologie comparées (1839), 2006. A. JACQUES, Psychologie (1846),2006. G. J. ROMANES, L'évolution mentale chez l'homme (1888), 2006. F. J. GALL, & G. SPURZHEIM, Des dispositions innées (1811), 2006. Th. RIBOT, L'évolution des idées générales (1897), 2006. Ch. BONNET, Essai analytique sur les facultés de l'âme (1760), 2006. Bernard PEREZ, L'enfant de trois à sept ans (1886), 2007. Hippolyte BERNHEIM, L'hypnotisme et la suggestion (1897), 2007. Pierre JANET, La pensée intérieure et ses troubles (1826),2007. Pierre LEROUX, Réfutation de l'éclectisme (1839), 2007. Adolphe GARNIER, Critique de la philosophie de Th. Reid (1840), 2007. Adolphe GARNIER, Traité des facultés de l'âme (1852) (3 voL), 2007. Pierre JANET, les médications psychologiques (1919) (3 voL), 2007. J.-Ph. DAMIRON, Essai sur l'histoire de la philosophie (1828), 2007. Henry BEAUNIS, Le somnambulisme provoqué (1886), 2007. Joseph TISSOT, Théodore Jouffroy, fondateur de la psychologie, 2007. Pierre JANET, Névroses et idées fixes (vol. 1,1898),2007. RAYMOND, & P. JANET, Névroses et idées fixes (vol. II, 1898), 2007. D. STEWART, Philosophie des facultés actives et morales (2 vol.) ,2007. Th. RIBOT, Essai sur les passions (1907), 2007. Th. RIBOT, Problèmes de psycho logie affective (1910), 2007. Th. RIBOT, Psychologie de l'attention (1889), 2007. P. JANET, L'état mental des hystériques (3 vol., 1893,1894,1911),2007

A. F. GATIEN-ARNOULT

PROGRAMME D'UN COURS COMPLET DE PHILOSOPHIE
(1830)

Préface de Serge NICOLAS

L'HARMATT AN

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion. hannattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04383-1 EAN: 9782296043831

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
Gatien Arnoult : professeur de philosophie

Biographie d'un professeur de philosophie Adolphe-Félix Gatien-Arnoult est né à Vendôme (Loir-et-Cher) le 30 octobre 1800. Il fit ses études à Orléans puis à Paris où il fut l'élève de Victor Cousin (1792-1867). Après son agrégation, il fut nommé régent de 6e (27 septembre 1817) puis régent de 5e (12 décembre 1821) à Nevers, régent de 2e à Auch (8 novembre 1823) et régent de rhétorique à Vienne (10 décembre 1823). C'est à cette date qu'il soutient sa thèse de doctorat sur le livre des psaumes (23 août 1823). Il devient ensuite professeur de 6e à Bourges (16 octobre 1824). C'est le 22 octobre 1825 qu'il est nommé agrégé de philosophie à Paris. En décembre 1826 il obtient un poste à Reims avant d'être nommé à Nancy (29 novembre 1827) où il restera jusqu'en octobre 1830. C'est à cette époque que paraissent deux ouvrages révélateurs de ses tendances (politiques et philosophiques) : Le ministère expliqué et justifié (1830) et son Programme d'un cours complet de philosophie (1830) à Paris chez Hachette. Ce dernier ouvrage eut de nombreuses rééditions. Le 9 octobre 1830, il est chargé du cours de philosophie à l'Université de Toulouse (il sera titulaire de sa chaire le 28 mai 1831). À partir de cette époque, il va beaucoup s'intéresser aux questions psychologiques en rapport avec la philosophie sociale et religieuse. Son ouvrage intitulé Doctrine philosophique paraît en 1834 à

Toulouse chez Martegoute et à Paris chez Hachette qui va en donner une seconde édition en 1835. Son Cours de lectures philosophiques qui fait suite à son premier ouvrage philosophique paraît en 1838 à Paris chez J. B. Paya. Il s'engage alors dans le champ de l'histoire de la philosophie et publie ses Éléments généraux de l 'histoire comparée de la philosophie, de la littérature et des événements publics depuis les temps les plus reculés jusqu'à nous (1841). C'est à cette époque qu'il donne à la Faculté des lettres de Toulouse son cours de philosophie supérieure où il examine, sous le double point de vue de la théorie et de l'histoire, les principales questions de philosophie morale, politique et religieuse agitées dans quelques ouvrages récents tels que l'Esquisse d'une philosophie par Lamennais et l 'Humanité par Pierre Leroux. À cette date, on commence à parler au plan national de Gatien-Arnoult qui était un des chefs du parti libéral, fondateur du journal l'Émancipation. Le 10 février 1842 paraît une lettre de l'archevêque de Toulouse, Mgr d'Astros, contre son enseignement et un mandement épiscopal de carême contre sa doctrine anti-religieuse et anti-sociale. Le ministre de l'Instruction publique est saisi, mais il est défendu et obtient un congé durant les années 1842-1845 pour ses activités politiques. En 1843 sa popularité le fait entrer au conseil municipal de Toulouse où il devient maire-adjoint, mais est suspendu en décembre 1844 puis révoqué pour ses tendances républicaines en janvier 1845. On songe à le remplacer dans sa chaire de philosophie, mais le gouvernement hésite à cause de son caractère ombrageux et de sa popularité. En 1848, il devient maire de Toulouse puis il est élu député le 23 avril 1848. Il va ensuite se renfermer dans son enseignement à partir de 1851 et sera mis à l'index de l'Université. Le ministère le supporte mais ne cherche qu'à se débarrasser de lui; on lui reproche un enseignement vieillot, sa nature tournée à l'opposition systématique, son amour de la popularité, son peu de soumission à la règle et à la défense hiérarchique, dans son cours de perpétuelles allusions politiques, etc. Il donne plusieurs écrits philosophiques intéressants à cette période mais de peu d'ampleur sur Laromiguière et Cousin. Dès la proclamation de la République à Toulouse, il exerce la fonction de président de la commission municipale et en même temps celle de vice-président de la commission de défense instituée dans cette ville. En 1871, il est nommé député à l'Assemblée nationale. En octobre 1870, le recteur de l'Académie de Toulouse est gravement malade et Gatien-Arnoult demande sa place. Il est nommé Recteur par Jules Simon le 15 avril 1871. VI

II fut mis à la retraite le 1er août 1873 par décret du 18 septembre de la
même année. II avait entrepris d'écrire l'histoire de l'Université de Toulouse et fait paraître plusieurs articles dans les Mémoires de l'Académie essentiellement entre 1877 et 1882. Il meurt à Mont-deMarsan le 18 janvier 1886. (Archives Nationales F/17/20802) Un ouvrage classique de philosophie (1830-1864) Comme on vient de le voir, Adolphe-Félix Gatien-Arnoult (1800-1886) fut l'élève de Victor Cousin et un personnage important au plan académique et politique. On peut suivre l'enseignement de philosophie qu'il a donné à ses élèves et plus largement sa pensée philosophique dans les années 1820-1830 en se reportant principalement à son Programme d'un cours de philosophie élémentaire (1830). La première édition de son ouvrage intitulé « Programme d'un cours de philosophie élémentaire» (1830)1 constitue la substance de son enseignement philosophique aux Collèges royaux de Reims et de Nancy (1826-1830). Adolphe Garnier (1800-1864), dans la revue Lycée2, note un peu sévèrement que « Gatien-Arnoult n'a rien mis de lui dans son livre; il a recueilli de part et d'autres les matériaux de son enseignement; son érudition ne remonte pas au-delà du XVIIf siècle, mais il a mis à contribution tout ce qu'on a publié d'important depuis cette époque. » Puis le critique poursuit néanmoins en soulignant que « l'auteur a porté dans ce choix un esprit très remarquable d'ordre et d'analyse, et nous connaissons peu de livres classiques mieux faits que celui qu'il vient de mettre au jour. » (p. 373) Gatien-Arnoult divise la philosophie en deux parties: l'une d'observation, c'est la philosophie expérimentale (pp. 21235), l'autre de raisonnement, c'est la philosophie transcendante (pp. 236-333). Dans la première partie (philosophie expérimentale), il range:
l

Gatien-AmouIt, A. F. (1830). Programme d'un cours complet de philosophie. Paris: L. F. C. Hachette (xxviii-340 pages). Cet ouvrage eut de nombreuses rééditions à Toulouse sous le titre Programme d'un cours de philosophie à l'usage des collèges (2e édition en 1833 chez Paya, 3e édition en 1835, 4e édition en 1841 chez Bon et Privat, 5e édition en 1849 chez Privat) puis sous le titre Programme développé du cours de logique, à l'usage des lycées (6e édition en 1852 chez Privat), Cours de logique (7e édition en 1855 chez Privat, 8e édition en 1861 chez Privat & Hachette), et Cours de philosophie classique - Éléments de philosophie suivant le plan d'étude des lycées (ge édition en 1864 chez Privat & Hachette). 2 Garnier, A. F. (1830). Programme d'un cours complet de philosophie par Gatien-AmouIt,

professeur de philosophie au Collège royal de Nancy. Le Lycée, 7, n° 51, 16 décembre, 373374. VII

1° la description des états ou opérations de l'esprit, c'est la psychologie expérimentale (pp. 23-154) ; 2° les moyens propres à éviter l'erreur et à connaître la vérité, c'est la logique expérimentale (pp. 155-173) ; 3° l'exposé des devoirs, c'est la morale expérimentale (pp. 174-232). Dans la seconde partie (philosophie transcendante), il place des considérations: 1° sur la nature de l'esprit, c'est la psychologie transcendante (pp. 239255); 2° sur la légitimité des facultés intellectuelles, c'est la logique transcendante (pp. 256-273) ; 30 sur la légitimité du sens moral, c'est la moralité transcendante (pp. 274-276) ; 4° sur Dieu, c'est la théodicée (pp. 277-333). Dans les prolégomènes qu'il donne à son ouvrage, il nous fournit un tableau synoptique des sciences humaines qu'il divise en sciences d'observation ou expérimentales et en sciences de raisonnement ou transcendantes. C'est parmi les sciences d'observation que l'on trouve placées les sciences psychologiques (psychologie générale et psychologie particulière avec la logique, l'esthétique et la morale) et les sciences physico-psychologiques traitant des rapports du physique et du moral et de l'histoire. Bornons-nous ici à l'analyse de la psychologie expérimentale. L'objet de la psychologie expérimentale est de définir les modes de l'esprit, ses facultés et ses rapports avec le corps. L'auteur indique bien que les facultés, qui ne sont que des puissances d'être de telle ou telle manière, ne peuvent être connues avant les manières d'être elles-mêmes, qui sont ce qu'il appelle modes, phénomènes et faits. Il faut observer les modes dans lesquels l'esprit est passif, avant ceux dans lesquels il est actif; les modifications (pp. 26-110) avant les opérations (pp. 111-129). Gatien-Arnoult met au nombre des modifications de l'esprit divers types de perceptions, sensations et sentiments. Toutes les perceptions se divisent en perceptions intérieures, perceptions extérieures, perceptions du passé ou souvenirs, perceptions morales, perceptions du mérite et du démérite, perceptions du beau et du laid, perceptions de rapport. 1 La perception interne ou de conscience nous fait connaître le mode de notre esprit ou le phénomène intérieur qui se passe en nous. Il distingue dans cette perception trois éléments, qui sont: a) la notion du fait intérieur; b) la connaissance que ce fait doit être affirmé comme existant ; c) l'affirmation mentale que le fait existe réellement. 2° La perception extérieure ou du témoignage des sens nous fait connaître ce qui se passe au-dehors de nous. La perception extérieure est ou naturelle ou acquise. La perception naturelle est la connaissance immédiate de deux faits qui se passent hors de nous, ou de deux solidités
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qui s'opposent l'une à l'autre. Toute perception de ce genre contient les cinq éléments suivants: a) la notion de solidité perçue, b) la connaissance que cette solidité doit être affirmée comme existant actuellement; c) l'affirmation mentale telle qu'elle existe en effet, d) la croyance que cette solidité existait antérieurement à la perception ; e) la croyance qu'elle existera postérieurement à la même perception. La perception acquise est la croyance que la cause des sensations de la vue, de l'ouïe, etc., réside dans les solides, à la présence desquels nous apprenons par expérience que ces perceptions correspondent. 3° La perception du passé ou le souvenir est la connaissance d'un fait intérieur qui n'est plus. Cette perception contient les mêmes éléments que la perception interne. 4° La perception morale est présentée par l'auteur de la manière suivante: « Auteurs ou témoins d'une action faite avec intention, nous connaissons qu'elle est ce qu'elle doit être ou ce qu'elle ne doit pas être, c'est-à-dire moralement bonne, ou moralement mauvaise, juste ou injuste. Cette connaissance du caractère des actions libres, en tant que conformes ou opposées à la justice, est la perception morale.» 5° La perception du mérite et du démérite. «Auteurs et témoins d'une action faite avec intention, nous connaissons encore que celui qui l'a faite mérite une récompense si elle est moralement bonne, et un châtiment si elle est moralement mauvaise.» 6° Laissons de même parler l'auteur pour la perception du beau et du laid. «La perception de certains objets extérieurs, tels qu'un fleuve rapide, une montagne élevée, ou un riant valon, etc., est quelquefois accompagnée dans nous d'un fait sui generis, appelé sentiment du beau. Un fait contraire, appelé sentiment du laid, accompagne aussi quelquefois la perception de certains autres objets. Des sentiments analogues accompagnent encore la perception de certains modes de l'esprit, tels qu'une détermination généreuse, ou une résolution désintéressée, etc. (...) Quand ces sentiments ont lieu en nous, nous savons que nous ne sommes pour rien dans leur production directe, ou que leur cause réelle et efficiente est tout à fait distincte de nous. Nous ignorons quelle est cette cause; mais connaissant qu'elle existe, et que les effets qu'elle produit sont simultanés à la perception de certains modes intérieurs ou extérieurs, nous supposons naturellement qu'elle existe dans les sujets de ces modes.» 7° La perception de rapport comprend: premièrement, les rapports existants entre tout phénomène et une substance, entre tout phénomène commençant et une cause, entre toute substance corporelle et l'espace, entre toute existence et le temps, entre IX

toute cause et l'activité intelligente, entre toute activité intelligente et une loi morale, entre la connaissance et l'existence, et de plus les rapports appelés axiomes. La perception de ces rapports est dite intuitive, parce qu'elle est immédiate, non déduite du raisonnement. Les rapports qu'elle nous fait saisir sont universels et nécessaires. Secondement, la croyance que tout se fait dans la nature en vertu de 10is stab les et de 10is générales; c'est ce que l'auteur appelle la perception inductive. Son objet est universel, mais non nécessaire. Troisièmement, les rapports qui existent entre un genre et une espèce, entre une espèce et un individu, entre un individu considéré dans toutes les parties de l'espace et de la durée, et le même individu considéré seulement dans une de ces parties. C'est la perception déductive. Quatrièmement enfin, les rapports de distinction ou d'identité, de ressemblance ou de différence, de supériorité ou d'infériorité qui existent entre les choses. Toutes les sensations se divisent en externes et internes. Les externes se divisent en cinq classes; les internes en deux. Toute sensation suppose une impression et amène une perception. Tous les sentiments se divisent en plaisirs, peines et désirs. Tous les plaisirs et peines se divisent en physiques ou du corps, intellectuels ou de l'esprit, du cœur, morales et religieuses. Tous les désirs se divisent de même. Ils supposent tous une peine et amènent pour la plupart une opération ou action. Parmi les opérations de l'esprit l'auteur compte l'attention et la volition. 1 II définit l'attention de la manière suivante: «Désirant connaître un objet quelconque, nous faisons souvent effort pour acquérir cette connaissance ou perception. Cet effort de l'esprit pour percevoir est ce qu'on appelle l'acte d'attention. » 20 Il explique la volition ainsi qu'il suit: «Désirant que notre corps, ou simplement une de ses parties soit éloignée, rapprochée, ou détournée d'un autre corps, nous faisons souvent effort pour déterminer le mouvement nécessaire à cette fin. Cet effort de l'esprit pour déterminer un mouvement dans le corps est ce qu'on appelle acte de volonté (...) La cause réelle et efficiente de toute volition, est l'esprit lui-même, au pouvoir duquel il est toujours de commencer ou de cesser l'acte de vouloir, comme de le continuer ou de le suspendre. » La volition est libre, suivant l'auteur, lorsqu'elle est accompagnée de délibération et toute volition libre a nécessairement été précédée d'une
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volition instinctive, dont le caractère est d'être produite par l'esprit comme d'une manière fatale3. Ayant observé les modes dans lesquels l'esprit est passif, avant ceux dans lesquels il est actif; les modifications avant les opérations, Gatien-Arnoult propose dans son supplément à la première partie de la psychologie (pp. 146-153) une théorie des facultés de l'âme. Il y souligne que la stabilité des lois qui régissent les esprits une fois admise, il s'ensuit non seulement que l'esprit, qui est actuellement le sujet de certains modes, a été ou aurait été le sujet des mêmes modes, à tous les moments antérieurs, s'il se fût trouvé dans les mêmes circonstances; mais encore qu'à tous les moments postérieurs, les mêmes circonstances étant reproduites, il existera invariablement de cette manière. Or, dire de l'esprit que, moyennant certaines conditions, il sera le sujet de tels ou tels modes, c'est dire qu'il peut en effet être le sujet de ces modes ou qu'il en a le pouvoir. Et comme ces pouvoirs considérés dans l'esprit reçoivent le nom de facultés, on voit aussitôt qu'à bien prendre, il y a autant de facultés que de modes. Mais de même qu'après avoir observé les modes de l'esprit nous les comparons et les classons eu égard à leurs différences, désignant tous les modes semblables par un nom commun; ainsi nous ne reconnaissons dans l'esprit qu'autant de facultés que nous reconnaissons de classes de modes4. D'où il suit: 1° que si l'on peut dire que les facultés préexistent aux modes, on doit dire aussi que sans la connaissance des modes nous n'arriverions jamais à celle des facultés; 2° que la classification des facultés de l'esprit est subordonnée tout entière à la classification de ses modes; au point que le système de ceux-ci est en même temps le système de celles-là; 3 ° qu'ayant exposé le système des modes de l'esprit, le système de ses facultés ne peut p lus nous présenter aucune difficulté; mais en découle nécessairement et naturellement. De
Gatien-Arnoult ne distingue pas les actes instinctifs des actes volontaires. La plupart des philosophes de l'époque considéraient la cause de toute volition dans l'esprit lui-même, au pouvoir duquel il est toujours de commander ou de cesser l'acte de vouloir, comme de le continuer ou de le suspendre. 4 Pour Gatien-Arnoult : « 1 cette différence entre les systèmes sur les facultés de l'esprit est ° un résultat nécessaire des manières différentes dont on classe les faits; 2° toute classification est nécessairement arbitraire et variable, tant que les faits qu'on veut classer ne sont pas parfaitement connus; 3° les modernes ne s'occupent tant des facultés de l'esprit que parce qu'ils comprennent que la philosophie, comme toute science, repose uniquement sur des faits; 4° au contraire, les anciens les négligeaient parce qu'ils n'avaient pas saisi cette vérité; 5° enfin tant de personnes n'attachent une si grande importance aux facultés et ne s'efforcent de les connaître avant tout que parce qu'ils leur attribuent ce qui n'appartient qu'aux faits. 3

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même donc que tous les modes de l'esprit se divisent en modifications et opérations, ainsi ses facultés se divisent en facultés passives et facultés actives. L'ensemble des facultés passives est quelquefois dite passivité; et celui des facultés actives, activité. Division des facultés passives. De la sensibilité et de l'intelligence. De même que les modifications se divisent en sensations, sentiments, perceptions; et les opérations en volitions, actes d'attention; ainsi les facultés passives se divisent en faculté d'avoir des sensations et des sentiments ou de sentir, et faculté d'avoir des perceptions ou de connaître; et les facultés actives, en facultés de produire des volitions ou de vouloir; et faculté de produire des actes d'attention. La première de ces facultés est dite Sensibilité; la seconde, Intelligence ou Entendement; la troisième, Volonté; la quatrième n'a pas de nom particulier. Subdivision de la sensibilité. De même que le sentir se divise en sensations, plaisirs et peines physiques; plaisirs et peines intellectuelles; plaisirs et peines du cœur; plaisirs et peines morales; plaisirs et peines religieuses; avec les désirs qui les accompagnent; ainsi la sensibilité se divise en physique, intellectuelle, affective, morale et religieuse. Subdivis ion de l'intelligence. De même que les perceptions se divisent en intérieures, extérieures, du passé ou souvenirs, du bien et du mal moral, du mérite et du démérite, du beau et du laid, de rapport; ainsi l'intelligence se divise en faculté de percevoir les faits intérieurs; faculté de percevoir les faits extérieurs; faculté de percevoir les faits passés; faculté de percevoir le bien et le mal moral; faculté de percevoir le mérite et le démérite; faculté de percevoir le beau et le laid; faculté de percevoir les rapports. La première est dite Sens intime et Conscience; la seconde, Sens externe, Perception externe et Témoignage des sens; la troisième, Mémoire; la quatrième et la cinquième, Sens moral et Conscience; la sixième, Goût; et la septième, Raison. Division des facultés actives. Subdivision de la Volonté et de la faculté de produire des actes d'attention. Enfin de même que les volitions et les actes d'attention se divisent en actes spontanés et libres, et ceux-là en instinctifs et habituels; ainsi la volonté et la faculté de produire des actes d'attention se divisent en spontanéité et liberté; et la spontanéité en instinct et habitude.

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Cette théorie des facultés a été reproduite dans la seconde édition (1833) et dans la troisième édition (1835) de son ouvrage5 recommandée par le Conseil de l'instruction publique en 1836. La raison en est certainement dans le fait que cet ouvrage préfigure le programme réalisé par Cousin en 18326.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université de Paris Descartes. Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Psychologie et Neurosciences Cognitives, FRE 2987 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

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Gatien-Arnoult, A. F. (1833). Programme d'un cours de philosophie, à l'usage des

collèges et des autres établissements d'instruction publique (2e édition augmentée d'un abrégé de l 'histoire de la philosophie et des réponses aux questions proposées pour l'admission au grade de bachelier ès lettres). Toulouse: 1. B. Paya. 6 Cf. Nicolas, S. (2007). Histoire de la philosophie en France au X/X siècle. Naissance dela psychologie spiritualiste (1789-1830). Paris: L'Harmattan. - Vermeren, P. (1995). Victor Cousin. Le jeu de la philosophie et de l'état. Pads: L'Harmattan. (p. 167).

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PROGRAMME
D'UN

COURS COMPLET
D.E

PHILOSOPHIE,
PA.R
J)OCTEua Ès

JI. GATIEN" ARNOULT
AG1t.ÉGÉ A-UX CHAIRES PROFESSEUR DE DE PIIILOSOFHIE

,
DE AU COLLÉGE

LETTRES,

P.HILOSOPRrE

.t.r'AGADÉMIE DE PA1US,

ROYAL DE :NAliCI.

PARIS,
A LA LIBRAIRIE CLASSIQUE DE L. F. Ca HACHETTE,
RUE PlBlU\E-SARRAZIN,

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N.o 12.

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MESSIEURS,

Au 11\Omcntoù., après avoh- passé de longues années dans l'iùtérie,u~ d'un CoUége et p:\rcouru les d'iffér~ns périodes de la vie tlassique, 'Vou~ VOt'IS trouv~z ënfih \pa~enu8' au dernier et' portés dans la cl~S5e de pllil~sopbie, 'votr~ 'première pensée est sans Idout~ de vous 'dernander à vo'us mêmes et de deman,der aux: autres: qu"est-ce que la philosophie? qu'ap~ prèndr~ns-notts dan~ cette classe ?' quelles leçons' no1.1S don~ Y' nera':"t-on r' Mais avant d~. répo~dre à: ces demandes 'aussi sages,'qüe naturelles, nous croyons itnportant pou~ vous d'axa,miner ce qu'ont été les classes pl'écédentês, ce que vous y ~vez àppris et les leçons qu'on vous y a données; en un inot ~~ que vous .êtes~Ainsi.. I~rsque teportant les yeux "enarrière le voyageur mesure l'étendue dll trajet qu'il a déjà tfai~ ~t " qu'il sait'~'ailleurs' où il.Yeu~, arriver, il apprécie' pl~s stAre-. ment ce qui lui réséél~(parcourir"
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Où veulent donc arriver tous ceux qui entrent dans Jes CoIl(~ges?' hut (lésirent-ilsatteindre f ~ Si nous les inteltroquel geons eux:...ri1~dt~s, plupnrt corriprèndront à péirte notre la

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ce n'~st pas le m9yen de~faire une réponse satisfe-savons-nous

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demandez-le à ceux qui ~~us y ont envoy~s sans nou~ consuIter. » Et ceux.ci : « De plusieurs"tâclles que nous inlpos~it )a nature, nous en avons rempli quelques-unes; mais nous avons voulu nous décllarger sur les hommes de Collége de )a plus Îrt1portante et de la plus difficile de toll~es.. Former des corps, donner des êtres à respèce et des enfans à )'état; voilà ce que nous avons fait. Formcl' des intelligences 1 donner des membres it la société' et des hommes à la patrie;

voilà ce 'que nous leur avons laissé à faire. )}' VOIlSconfie Je
71~Oll, fils, écrivait Pllilippe à Al'istote, pour que VOlts le rellclle.z digne des 1J1acédolliells et digne de 1no;. C'est en style royal la pensée de tous les peres. Ils veulent tOllSqu'on dresse leurs cnfàns à être des lloultnes.
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parente, ét~i~plus sage que ta~t de fous avec tout l'attirail de ce qu'Us appellent leur sagesse. Il ,roulait faire cOlnprendItè que, pour appartenir à 1~11umanité, ill1e suifit pas d'être sans plllmej~ et de n1archer su.r d8UX 'pieds; Jnajs que la pensée es~ le signe distinctif') le car~tctère. prC?pre de P'}1o,lnme; ceJui .pal' lequel il ~Sl,vrajlnent grand, vraiment noble, et VraÎnlent digne (J'être apl)elé le roi ~e la création; de sorte que forlllcr tIcs ]lolnrnes , c'est cultiver ce qui pell~e en eux, ou leur apP~'~ndl~cJe grau(1 ~11't I)cnscr. de !\rIais(IP'cst~cc,que .l}enscr? -:-- J)ans P~cception la .plus ~tendue du mot') c?est sentir, connaître, voyJ,oir. On n~apprelld pas il senlÎl' : il ue peut donc en être question ici. Les hOU1UICS n'ont rien it fairc olt la nature s'est l'(:servé tous les droits. Qunnt h connaître et à vou]oir, celte rnêlne ,nature semble all contraire nous avoir abandolll1és il Ilous-mêules. Pour l'un

AVANT-PROPOS'. vij p.ollr l'autre, ses enseignemens se réduisent a bien p'eu da 'et those: il faut nécessairement y joindlte les enseignemens des maîtl'es'. 'Ainsi Pan lIe peut méconnaître le but proposé a leurs leçons. Dans les unes, faire connaître ce qui es.t vrai ~ dans les autres, faire vouloir ce qui est bien, voilà leur tâche. Lei premières forlne~t proprement ce.qu8lonappelle PINSTRUCTION; et les secondes, P]~DUCATION': deux cll0ses , comme on voit, que la na~ure mêrne Je la pensée apprend it distinguer. Examinons les progrès (lue vous y avez faits.
Et d~aborà rÉ:OUCATION.-- Car si 1 cOlnlne le dit l\1ontaigne,

'C hien .vi,rre; et 'que le l)rincipa~ ne soit pas: sçait jl du « gro£ ou du .Iatin f escril-il en vel~sou en pl'ose P mais s'il 'C en est deveuu IneiUeUi': '» c'cst aussi la tH'incil)ale cllose

<.les prclI.liers discours de quoy on doibt abru,rel' Pentende« ment 'de l'enfant, 'ce doibveut eslre ceulx qui règlent S'Ci « m(~urs ') et qui luy 31)pl'endront il sç'avoir bien ITIOl1riret

-

~o~t on doit s'enquérir, et la l)rern\ère qui appelle Pexarnen. Puisse-t-il fouruir dtts motifs de VOllSféliciter avec vérité.! lVlai~ est-il perrnis d~ Pcs'pérer; ou rnaintenant encore', dans ce siècle taut vanté des IUl.nières, f11ut-il pensei' de notre institution ce qu'on en pensait aux siècles de ténèbres et sa bonne d'ignorance? Et pOlU' citer de nouveau lYloulaigne
"

foy

en porlerait-cHe

le lHêrnc jugcll1cnt Cj\l'alors? Il est ce8Alo c: Notrc iniljtut~on
" .disait-il 1

pendant

~el'rible: écoutons-Je.

« elle.a eu pour (S~fin de 110US faire, non bons et s'ages 1 .«.Inais sç<tvauts; elle y est arrivée: elle ne nons a pas apprins -« de suyvre et cnl-brasser la vertu et la prudence., tuais elle < no.us en a irnprirné la dérivation et l'élyn101ogie; nous ~ ,sçav,ous décliner vertu, si nous ne sçavons failHel' ; si nous 'C ne sçavons que c'e~l que prudence par clIect et IJar expé« l"ience, nous Je sçavons par jargon tt })al' cœur. j)e vray 4:~1~despelJse de. nos pères ne vise (!U'Ünous lllcuhlcr la test.e

viij

A'YANT- PROP OS.

e: de science; de]a vertu., pen de nouvelles. Voyez un de « ces latineul~s de co]lége revenir de là, aprez quinze Olt seize « ans enlployez; tont ce que vous y recognoissez davantage .. c c~est que son latin et son grec Pont rendu plus i;ot et pré.." « Sll111ptncllX qu'il n'cstait part)' de la rnnison TIne bonne « institution, e]le c]lânge les mCCl1rset dresse Pâme,à àller « un nlciIleur brans1e. Qui a jarnais senti un tel efIect de
f

« nostrc discipline? » Ain~iparlait-on, il

y'

a environ trois

cents ans. Ce langage sévère n'aurait-il vieilli que pour les mots;. et pour les Cl10SCSerait-il encore (j'usage aujourd'hni ? s C'est à vous, MessietlrS, it répondre; nous Il'avons pas mission l)our cela. C'esl à vous, à la génération présente des

Colléges ') à décider de la puissance actuelle de cette institution pour former, à la vertu; Pappel à des 1101nlnes (1'U11 autte âge est tidicule. Car qui sait mieux que celui qui écoute s~jI comprend ce qu'on lui dit? Et de même qui sait mieux que Pélève s'il airne ce qu"on lui dit être aimable; s'il lIait ce qll'on lui dit être 11aïssable ; et si les leçons qu~il a reçues l'ont accoutumé à sc représenter la vertu, selon l'expression du même Montaigne, comrne « logée dans une belle l)laine .. « fertile et fleurissante, 0\1 penIt-on y arriver, qui en sçait

c: Paddressc ~ par des toutes o,nbrageuses , gazonnées et doux
« flcurantés, plaisatnment, et d'une pente facile et polie comme

.c:est celte des vou]tes célestes; ou au rebours 1 ~lse Ja feindre
« sotte image, friste, quere1leusc, despite, nlenaceuse, mineuse, 4;et plàntée a la teste 'd'un mont coupé, rabotteux et inac-;c:cessible, emmy des ronces, fantosmc à estonncl' les gens P )J -Repliez-vous donc sur .,TOt1S-m~Incs, our cxalnincr }'état de p votte cœur, et répondez. En même tClnps que votre ré-ponse sera l'apologie la plus bellc, ou l'~ccusation la ,plus sévère de I~~méll10de de ".05 mahrcs, eHe nOllS apprendra ce qui a déjà été fait pour votre éducation, et conséquemment ce qui reste il faire, et le langage. que nous devons you, tcuir.

AVANT~PROPOS.



A ceux qui ne pourraient 5~emp(~Cl1er e s'avouer à eux.."... d mêmes et d'avouer aux autres que., c.1cpuis leur entrée au Collége, ils sont' loin d'être meilletlrs, nous dirons: «:..Les vices sont les maladi~s et la gapgrènc de l'âme: vous en êtes atteints'; il y ,a 'nécessairement de votre faute. Nous pourrions vous en faire des repl'OClleS sanglans; Inais nous lle nous en sentons pas la force. A volre A.gesuttout, le mécIlant est plus digne de conlpassion que de llaine: et voqs êtes déjà trop l11alllcureux. Nous nous bornerons donc l\ vous plaindre et à faire des ,rœux pour que vous éprouviez bientôt la vérité de ce que disait" Cicéron, que le véritable midecin de ['ânlc ., c'est la philosophie. Les leçons' que ,rous recevrez cette année auront principalement pour but de vous le prouver, de vous le' l)ersuader et de vous en convaincre; non IJas sculclnent par de beaux raisonnemens et de,bellcs })arolcs, tuais bien plutôt. par lei 11cureux cllangemens, que ,l'on s'efforcer!l ,d'opérer en vous et (le vous faire remarquer et airnrr. Tous les soins.. tous les efforts tendront à vous guérir. Puissèrit-ils ne pas être perdus! :» Et nous Jeur l~acont("rons à ce sujet ce que les Anciens nous ont appris de ce débaucllé donll"aventure vous 'est sans doute déjà connue. Mais il est des cl10ses qu'on ne lJeut troll répéter; et ,nous la répéterons. C'était après une l1Uit de débaucl1e. Il venait de quitter ses compagnons, et rentrait cI1ez lui pour réparcr' ses fOI.ces et chèrc11er, dans le sornmeil ~u jour, de quoi suffire aux. llOU" velles faligues qu'il ie promettait pour la nuit suivante. Mais en pàssant devant"l'enceinte où .de nombl.eux disciples écou-, taient les leçons d'uu austère pllilosop}le) il )tli semble plaisant d'aller quc1ques instans se mêler à eux, s'en mOfIuer , et con1me tIn vainqueul' insolent, l)orter Pétendar(l du vice jusque dans le sanctuail~e de la vertu. 'III entre; son entrée bruyante excite rindi~nation de l'assemblée; il r~pond pa»:

X

A.VANT~.Pl\OPos.

des injures: il s'efforce de troubler et d'int.errompre le matt..a

par... es éclats de rire 'I (1esgestes insultans.. des plaisanteries, d
deS sarcasmes. C'était un pctit-ITlaltre esprit fort assistant a"ll serlnon~ Obligé cependanl de prendre 11aleine, il est soudain frappé ,de certains mOls; il se tait: il entènd que le maître parle de tempérance; il écoute: })icutôt son attitude lui senlble indi~ gne d'ull ]lonnêle hOlllme; il en cllange:. il s'aperçoit que sa poitrine est découverte; il .le juge. indéceot ~t s'enveloppe de son manteau: les fleur&qui couronnent sa tête sont arracllées presc{ue en, même temps: iJ'Ies~déjà disciple par' Pextérieur. La>,le.çon n'~tait pas finie qu~il Pétait aussi à l'intéL'ieur : et le soil', ses c9Dlpagnons de. tltbauclle Pnttclldireut' en vain IiUli~4 dit rende~-v.ous. .Polémoll s?était irrévocablement at.\a.cllé:à Xénocrate,

« Ainsi.') repr~udron's-:- nous, 1a pJlilosopllie n'eut beT'"
soin que
"

d'une

llcure pour fOl:cel' un clébaucIlé
.

it' abjurel~

dQJpngue~., anuées,~d~erreur$: et, à, renoncer

it des pl'ojets plus

lQQg&., epcore.. Puisse-:rt.eU~ ne pas avail" besoin de p.l~l~d'nne ~quéc pour .exercer le Inêule emph'c sur vous, qui avez ç1éjt~.. qUQique de, loil.l,,san~ ~out~, Il!al'cJlé ~Ul~ traces d.e, cet les Atllénien t ~. A ceux au conll'aire qui Il'al1font pas été forcés de rougir ~ll rCI1traut ell eux -Inêlnes, et (lui pe\lVent se l'e()dr~ le téln~ignage d'avoir faifquelques Pl'ogrès dans 'la vertu, nous d.irol1s: « De rnêlne que. Ja nourritw"e de ]~enfant ne suffit plus nu j~UI.1e, hom1r~e, ainsi les s()ins qu'on lui donne doi vcu t dcvoIlil' pl\Js aus~çr~~,.e~,~c~;llabitudes n1orules, I)lus graves,et plus
"él~jc Qses. iJ Q.$ij1}';.. .p,~~ço,t 'l?on .ne; ,v 91;15 a ~pilrlé .q ne de q uel,.ql1e~ ~~vf?irs lç pJu,s ~Ç)u.v~nt' faciles ." 'agrçables; et 011 HG VOt;IS

a f~nn~,qu~à des .vert~.s,,~Wus dirious volonlicrs eufimtÎnes;
~,t si <YÇ)\l~ ~.~~~ ,yo~It~.le b,ie~l

, ç'ét~\it

pal- senti.nlcnl,

!)ar 11~\Ou

pitude.,

et I)eut:-ê~l~e au.s,si'.par jt~"uorance n1êmc du l1lat

'Vous, élojgnait

9~, .viçe l)lu~ôt lJU'Oll ne vous, 31?prcJl&1itt\ le

AVANT

-PRO P 0 ~.

. Xl

vaincre. Mais il s'agit al1joufd~llUi de vous accoutumer il le combattre corps à corps, il le terrasser, et à pratiqner le bien en pleine connaissance de canse, par principes et par ré~exion. Il s'agit de vous façonner aux vertus sévèl'es de l'homme; de vous révéler quels' devoirs nobles, lnai~ terribles lui sont imposés; de VallSl)l)rendr~ qu'ils exigent SOlIa vent des sa.cl~ifices, des sacrifices quelquefo'is péniLJes; et cep~ndant vous en inspil'er l'nlnouf, et vous familia1"ise18 -avec' l'idée' et la résolution constan le de n~y jamais renoncel~. Quelques mois encore, et vous serez transportés, du silence de nos écoles, au milieu du tumulte et du fracas du monde. 'Là, parmi taQt d'intérêts op'posés, d'aI110UrS-})ropres rivaux, de sentÎmens ~d'idées, d'intentions et de v~ux 11ostiles, tous perfiden1ent adroits à se .parer de couleurs attrayantes, et à se

créer un langage séducteQr 1 vous pourriez être les dupes de
]eurs artifices. Là, sur un nouveau t11éâtre, voyant adorer ce

que vous aviez Plla])ilu(le de fouler aux picds ~ et fouler aux
pieds ce que vous adoriez; les mots I:1~a.yant qu'uue ,raleur plus incertaine, flottante, cllangeant au gré de ctlacun, selon Pintérêt du nl0f11cut, le caprice du jour ou ]a fàntaisic de la mode; et les clloses InêlIle n')ayant plus de nor.n ; vous pourriez y être trompés. Vous poufriez, tout 'en vous croyant toujours les amis. de la, vertu, n'ernOrasscl' d'abord (lue son ombre; bientôt 1~ méconnaître et la répudier e]le-m~rne; puis".faire cause comrnune avec ses enneInis; et vous tourmentant pénil?lement dans un cercle perpétuel de fautes, de vices et de crimes, devenu' ~nfiu de ces hOlnmcs insensibles à tout, 1101'1nis leurs à intérêts; qui sourient malignfUnent au nOlIl de vertu, lèvent les' épaules..à celui de justice, traitent de niais et de dupes ceux qui parlent de devoil~s; et n'ayant de principes que 'ceux d'un égolsulc u"bject\ to.mbent dans le dernier degré d'avilissement mora). C.'e6tà vous préserver d'un si grand mal.,... l~eur qu~ tClldr011lles leçons qu~on ~QU~donnera cette année..

xjj

AVANT-PRO P OS.

:Nous espérons qu "e]les ne seront pas infructueuses; que vous ne les oub1icrcz jall1ais ; et que si quelquefois, au J}lilieu de la D1ersClnée d~écueils où votre n3ceIle va être lancée., vous êtes surpris par rorage , et que, pilotes inexpérimentés, v,ous ne s3cl}jcz de quel côté tourner les voiles, soudain leur souvenir sc présentant il votre esprit vous rétpprcndl'a. l./irlée seule lIe
Sl1101', a

- t - on

dit,

était !JOltr llenti

ce que la lJensée (le IllaÎtrc et

l' litre slllJr6ne est pOll" l'holn111ejuste; Utlfrei/lIJour. le niaI,
un ellCOltrllgclnenl IJoltr le bien. Que l'idée de votre il sera pal.vCl111à son but, de pllilosop]}je produ isc un jour l~ 111ême effet sur vous,

parce q.ue vous serez bon~ el ]lCU-

l'eux: el il aura obtenu sa })lus douce récompense, la seule qu~jl atnbitionne pOUf prix des soins que lui coûte votre éducation. >

Mais , Mc~sicurs , l'éducat.ion, dont Je but est de former à l'anl0nr et à la pratique de cc qui est bien, ne sufIit pas. Seule, elle est }nêlue irnpossiblc: C.U'(lue serait Pamour sans un o})jet airné? et ccnln1ent s\lccoulun1cr à la pratique de ce qui est bien, si Pon n'a IJ3Sappris à le connaître? Il fanl donc que PINSTRUCTH~N vienne s'y joindre; et c"est, COJnme nous l'a vons dit, l'autre tâcllc des JnaÎtres. Examinons' (~C que les vôtres en ont fait jusqu-'à ce jour. A peine l)ouviez-vous faire autre chose que I)lcurer et crier .. que déjà l'on cllercllait à vous instruire. Au dé{'aut de la Jnérnoirc , vous pouvez aisém~nt le 'conjecturer. Volre m.aÎtre alors c~élait ou ,rotre ulère, ou votre bonne, ou votre noutl~ice, ou peut-être taules trois ensemble.. Elles iC fesaient un oc,roir de fi~apper. constamment \,.os oreilles d'un certajn, nonlbre de sons,. qui n~avaient guère de s~n5 pour vous, dont la plupart n'appartenaient à aucune langue, et que par conséquent vous ayez été bientôt forcés (l'oublier. Cependant on vous tourmenta jusqu'à ce que vous ,cllssiez appris à -les

AVANT 0 POs. -PH

x1ij

l'etenil. et à les répéter. Et là s~cst arrêtée l)our la- plupart d'cnlre vous Pinstruction dOlnestique. C'est exactcm~nt au'tant de soins q\l~On en donne ord.inairement à instruire 'un perroquet ou une pic.,

Alors vous PQlIViezmarcher. On vous conduisit à récole

')

oit, vos oreilles et votre langue n'eurent plus le privilége exclusif de recevoir des leçons; on avait jugé que le tour des yeux était venu. Un ID.aÎtrc fut donc cIlargé de les fi'appel' constamment des mêmes objets, comme on avait fi'appé vos oreilles des" luên1cs sons; et de les tenir des 11curcs entières fixés et collés sur ]a mên1e page (]"U11ivre. C\~tait le tcrril)le l alpl1abet, 1,éunion confuse de figures el de sigll~s admira-bles, il est vrai, m'ais cXlraordinnires; et. qui l}our cet âge ne signifiaient encore rien, et ne correspondaient à rien. Aussi vous r3!)pclez-vow peut-êt~~eque vous fûtes long..tclnps avant de les distjnguer, de les reconnaÎll'C, et de IJouvoir appeler ou épeler toutes les lettres, cllacune par leur 110m, une à une') deux à deux, trois à trois. è'était un vrai sup}Jlice : mais le lnàîLre était pa~yé pour cela; ne fallait~il pas (l\l'il gagnât son salaire? D'ailleurs on s'en promettait dû gt.ands avantages pOlIr la suite .: il semblait qtl'OIl ne pût pas les fi\ire payer, trol) cIter. Sans sortir de cetle école, une autre partie {le vous-mêmes ful appelée, quelques anllées après.. à jouir aussi du bienfait de Pinstruction. On instruisit vos mains à retracer les nJêlnes signes que vos YClIXavaient appris à connaître: et cette DOUvclle étude vous occupa pendaht plusieurs autres années. Apl'ès quoi, parvenu lui-même aux èxtrénlités de son savoir, et n"ayant plus rien à vous apprendre, votre maître avoua (ju'il fallait voUs conGer à de ~lus Ilabilcs. En ce temps-là fut })l'ononcê le grànd rnot (Je Collége ; et il est impossible que vous rayez oublié. C'était ,'CI'S la IlUitièrnc a11née de votre vie. Deptlis six a11S, yous fl'équcntiez

xi v
les écoles'~

A. VANr--p B 6 POs.

qu'y aviez-vous appris?

A.

prononcer des mo'tst

à lire des mots, à écrire des IDotS, et peut-être encore à l~épéter de yi ve voix une certaine' suite d'lautres mots 1 qu'oB avait par force g'ravés dans votre mémoire; Inais auxquels vous ne compreniez rien, ou que' certainement vous compreniez mal. V oiH! tout; et pourtant ceux qui' vous avaient insti.uits étaient l'é.tdieux de vos progrès et s'en félicitaient; vous-mêmes peut-être vous en étiez fiers. Aujourd'hui vous trouvez sans doute qu'ill1~Y avait pas de quoi. Mais passons de récole au' Coll~ge. Su'r uri t11êAtreplus grand vous n'aurez peut-être pas trouvé les mêoles petitesses. V 3in espoir! Car" on chercllerait inutilement à le dissimu1er; au CQJlége aussi, des livres et des callicrs furent les

seuls objets qu'en entrant on D1Îtentre vos mains; des mots ')
la seule c]lose qu'on vous fit étudier; et la luélnoire , la seule faculté qu'on s'appliquât il cultiver. Vous auriez pu vous croire enèore a l~~col~.~MaisleS cno$es' qu~ôirv'ous f'orç~it de confier à votre mémoire étaient plus nombreuses et plus co~pliquées ; les mots qu'on vous fesaÎt ét~diel.,' plus diffi..,.. ciles et })lus inintelligibles; et les ']ivres qu')on mettait entre vos 'maius , 'plu~ gros et plus ~mbrOtlillés. VoiJà ce que cllacun de vous gagna d'abord à C~changement. Sans doule nous n'ignorons pas qu'nne longue suite de siècles antérieurs peut sembler donner force de loi ,à cet -, usage, et légitimer en quelque sorte la ,méthode suivie de temps îmménlorial pal' to.us les InaÎt-res. Ils ne rnanqueraient mên1e pa's"an besoin de raisonnemens pour la jüstifier : nous le savons encore. 1]5diraient: «'Que ceux' qui blâment notre conduite accusent le Créateur lui même: Ir a vo'u]u que 1'11onlme ne pût 61Tiver It la connaissance des choses qu'a travers les 111ots;' et l'on ne nous verra pas, nouveaux Ti~ tans, attaquer le ciel dans un accès de délire, cllercllel~ il
I

-

intervertir P'Ordre établi par S,fipro.vidence

~

forcer une terro)

AVANT-PROPOS.

XV

vunf;Lsaison, à donner les productions d'une autre, et deman~ der au pl'inten1pS les fruits de l'auto)~ne, Oll il Pcnf,,1nceles cennaissanccs d'un âge plus avancé. l'lais la connaissance qui lui convient véritablelnent est celle des ITIotS.Il faut donc exercer d'abord ]a faculté qui s~en océupe, la nlén1oire; et la cllarger de tout ce qu'elle peut porter, sans succornbcr. Alors c'est une ci!~eIDolle qui reçoit san:; })eine toutes les Îrnpressions; les organes souples et flexibles ne connaissent encore aucune résistance; et ce qui plus tard demanderait un travail long et opiniâtre') et à (!uoi souvent Pon ne parviendrait pas , n~est (Ju'un silnple jeu, une véritahle bagatelle. Quel non1 nlérÎte clone cette prétendue sagesse qui voudrait DOUS' cOndt\lnncr. à ne pas profitel" de cetle 11elll'~USe disposition, et D'OUSorcer de renoncer aux ayantagcs (!n'cl1e prof

met? D'ailleurs ces mots qu'on

nOllS ,reproch.eavec

taut (l'a-

mertume ~sont Ics êlémens nécessaires des sciences', qui })lus tard seront utiles à nos élèves et lcur donneront les lnoycns de servir leur patrie. Ce sont autanl de gcrn1cs précieux qui doivent produire les I)lus beaux fruits; et ceux qui nous accusent ne l'ignorent pas eux -111êlncs. Car qui peut ignorer que les leçûns de ce qu'on affecte de vouloir HélrÜ.:. 110m du de Rudinlent sont les fondemcns sni' lesquels il est indispensable de s'appuyel"', pour apprécier et juger ensuite les' c}lcfs-d'œuvI"e ùe la littérature? qu'cn incu}(!uant à nos élèves ,les notions élélnentaires ù~ géf'graphic") de .ipllèl"c.et de calcul") DQus'pliéludons à ~es rendre dignes. d'être initiés plus tal"d aux mystères des sciences exaotes r que la 'connaissance l)l'élitninail'c de -la.cllronologie el de ce qu'on peut 31)p(:]er le ITH~tél'ial e d
1711istoÏ1~e

, en

leur ;11)prenan t d"abord à lier par le iouvenir

les

'générations

et. les âges') les 31'nène illsensi])}elnent

ct, C0011'ne

par. degt~és.. à J)l'ètel'" une .or'eiJ1e .alt.eutivc aux leçons sévères d.e' celle qu ~on a si J.>icn appelée
jé1l.tQ~lt tk~" te.lnp$
1 .

l{t nlat"lresse cie la vie, le

itl lt~lnière {le III verité? que c'est ~nfin

::t.vi

AVANT PRO P OS.

-

en les exerçant à retenir les premiers principes du cl1ristia..... nisJnc, que nous les préparons à con}prcndre la beauté') la grandclu" et la sublitnité (les idées religieuses? }) Ainsi répondraient IJeut-être les CIlerSdes ColI(~gesà ceux qui leur feraient un crin1e de contraindre leurs jeunes élèves. à n~éludier jarnais que des l110tS et toujours dcs mots; et' à ceux qui s'il1digncraicnt de ]es yoir joindre cncore à l'étude des mots de Jcur langue l'étude des rnots de langucs étrangères, j]s diraient: « Lion ne peut guères cllarger Penfance de « la connaissance de trop ùe langues') qui d"iaillcnrssont utiles à. « toutes les conditions des IloIl1mcs et leur ouvrent égalem~nt « Pentrée à une l)rofonde ou il une facile et agréable érudition. « Si Pan rClnct celte élude à un ~ge plus avancé et qu~on al)« pelle la jeunessc., on n'a {Jasla force de l~enlbl'asscr par cl10ix, « ou Pon n~apas celle d'y 11crsévérer; c~est consumer i\ la re.. « cllcrcIlc des langues le l11ême tenlps qui est consacp.é à « l'usage qu"on en doit faire; c")cstborner à la science des 1110tS «un âge qui veut déjà aller plus loin et (lui demande des., « choses; c'cst au moins avoir perdu les premières et les «. plus belles années de sa vie. Un si grand fonds ne se peut « bien filire qUQlorsque tout s'ÎmprÎlne dans Pâme natl1reI« lement et profendétnent., que la méo10ire est prOfIlpte et « fidèle, ct que Pcsprj t et le cccur sont encore vides de pas« SiOllS,de soins et de désirs; et le petit notnbre d'}labiles ~u « Je gr~nd nOJnbre de gens superficiels vient de l'oubli de c: cette pratiqne. > C'est La BruJ'èrc du Dloins qui leur prêterait ces 11aroles; et peut-être que quelques-uns ne sc sentil'aient pas lè courage d~accuser !'auteur des Caractères de n~avoir pas connu PI10ll1J11C,el de n'avoir pas su distinguer cc qui convient ~lc]laque âge. I\lais si d:autres insistaient, Olt qu'empruÜta11t les expressions (f)un poëte '; ils vinssent leur denlandcr et les supplier en grâce, atl 110m de. le'urs élèves') de vouloir' bien au moins

AVANT"PROPO~.

xvij

les délivrér des Crees el (les Romains. c Etl! sans doute ~ s'écrieraient-ils ,peut-être alors, il ne faut pas êtr.e leurs esclaves, ni tremlJler SOllSleur joug. Et nous aussi nous' le répéterons avec VO,l1S: ui nOllS délivrera des Grecs et des Ron1.ains 1> q car et nous aussi nous souffrons ~ si nous n~entendons citer de tous côtés que tes nOITts (les hornines produits par la Grèce et rItalic: un concert exclusif de louanges nous fait peine; et no~ts sommes mécontents si nous voyons qu'on leur attribue le privilt5ge de la gloire. Mais, ajouteraient-ils aussitôt, faut-il pour cclà faire cause commune avec ceux (lui ailnent- à enten(1re le saint 110111 Anciens potlfSuivi par les sarcasmes" 011 des insulté 11arles décisions trancllanlcs de l'orgueilleuse médiocrité P 1,,010 de là, nous haïssons ces homnlcs qui, après s'{~tre nourris des Anciens, les avoir pressés, en avoir tiré Je plus (Iu'i]s ont IJU., en avoir renflé leurs onvragcs, fiers de leur titre cl~(}uteurs') et ero.rant Inarc]ler tout seuls, s-;élè,"ent contre eux et les maltraitent; semblables à ces enfans drus et fotl~ d~un bot). lait qu"ils ont sllcé" et qui battent leur nourrice. Et Racine notts pla1t ])ien davantage, lorsque flécl1issant et courbé sous' le I)oids des ]3urÎers il .'empresse de les déposer aux pieds (I~Eurjpide et de Sophocle, 011-d'cn faire Une couronne pour Icurs antiques statues. Ainsi, dans ces jeux farne~x o1i de nobJes rivaux aimaient à (aire voler en tourbillons la poussière ol.ympique, et fiers d~avoir cfficuié la borne a,'ec leur l'one brl1]:1nte marcIlaient les égaux des dieux,'"]a Grèce vit deux jeunes Rl10diens f~irc ]10Ull1J3gede leur victoire au vieux. père qui les avait instl"uits, et (léclai"er qtl'ils lat'devaient tout entière il celui qui; cl1anté lui-m(~me aütréfois sur là lyre de l)indare .. les avait forrnés par, ses Jeçons et par ses exemples. « Vous tous, continueraicnt-ils, qui venez élever la voix:
')

contre nos leçons ~ vous ne })ou,rcz cependant

VOltS ernpê-

cl1er de reconnaître que les leçons et les exemples des All~

,. xYl1)

.

Av ANT"

P fi 0 II 0 S

.

ciens ont aussi formé les modernes. A eux' seuls appartÎet1t
tout. ce que nou~ SOlnUleset tout pe que..nous avons; et J10US leur devons tout, C001me la. brallClte au tronc s'ur lequel ellê fut entée~ C'es't par eux que nous vivons; c'est lcu~~ inftuence qui nous a fait naître à la vie de Pespl'it i à la lumière des lettres; et I)ersoni1e.ne serait assez téméraire POUf"oser. dire qne sans eux. nous eussions pu nous dérob'er à l'empire de l'ignorance et de la barbarie" et que sans eu~ cette France..

aujourd'11uisi-,belle et si éclairée ~ jadis si sauvage et si llé--' rissée ; eut pu dcyesir la patrie des sciences et' des leltres ,.
\

et sa capitale, la èapitale du ~}ogde savant. En vain votre orgueil se révolterait; PJlistoire, c,e témoin des temps.. dépose' contre .VO~Sque si l~ot1 a vu r11onl1ne des' telnps' moderpes , selon l'expression d'un de nos auteurs, sortir en quelque Jna...J nière du néant par de nornbreux eflorts dissiper les térièbre9 1' (1ans lesquelles la nature l'avait enveloPI)é s"élcvel" au-dessus '1 de lui-même 1 sl)élançer, pa..' l'esprit jlfS<lue 'dans les régions célestes, parcourir à:pas -de'géant, ainsi que le soleiJ , la vasta étendue de l'univers.. et ce qui est e'nCOl'eplus g.-and et pluS" difficile, rentrer' en . soi pour y 'étudier }'}10Intne, et con~ naître sa' natur~ i son principe et sa fin; tous ces prodiges ont été créés ~ la voix, de. ces, 111:01'ts illustres qui conserven~ encore leurs droits jusque dans la tonl])e, et don't on a dit avec tant de raison que, ma]gré )es BOfIlbreuses années qui ont passé SUI'leur cendre, ils sont jeunê6 encore de gloip8 et d'ilnlnorlalllé. Pouvons-nous done, c'est à VOl1S-IIJt~lnei que 'flOUS dernandons, pOllvons nous 'aller .trop souvent le: ~ODt. coùJé taut p\lisel" à: oettet.source :fé~onde ,. d')où pour, D9US et de si précieux avanta'ges~f.;Etin~est..ilpas vrai (lue, si Pélude des Anciens a tiré nos pères de ]a barbarie l'étude des An-4 " ciens est un SÛt"moyen de' n.'y 'pas retornber? Dans le~.l'S'
I

Inains brûle élernellement.le flambeau du génie; et nou, n'~yauçous qu'un fait en disant que c')estune l1écessité po~r

AV .1 N T

-

P 1\0 P 0 S.

. X1X:

les medel'n~s d'a~ler lui emI)runter des lun1ières. Dell1~ndez plutôt à notre grand Corneille où il apprenai~ à composer ~es vers si magnifiques, qui nons font encore entendre ces , I an~iques Rom~ins, que depuis long-temps on ne retrouve plus que dans les tombe~\ux de ROI1)e. De.nandez à Racine qui lui i~spira Pllè~re et Ipl}jgénie;' qui lui ~pprit à IIOUS faire détester At]1alie, aimer :Britannicus et gémir a'~ec

Androlnaque. Demandez à Bossuet qui lui apprit à gDllS
effrayer })ar les éclats de sa fouùroyante éloquence; a ~lassillon, à nous charn1er et à nous séduire; à tous nos grands écrivains, à mériter que leurs noms soient inscrits au temple de mémoire. Interrogez-les: nous souscrivons d~avance à leuf répo:nse. « I..es Romains, dont les dépouil1es ont hlit une partie de nos ricllesses, rendirent autrefois la même justice à ceux qui les ,avaient précédés .dan? la ca~rière des Iet.tres. Vainqueurs dl! mondè' et de )a Grèce, ils reconnurent leurs nla'itres dans le.urs esclaves; et pleins d~admiration ils déclarèrent que") si

de . Rome devaient partir les décrets qui font trelnbler les
peuples et les rois, les peuples et les rois devaient aller' cl1ercher à A~11è~esles leçons qui les consolent. Ainsi régnait all Capit.ol~ le Dieu dO'Qtle tonnerre ébranle le Ino11dc; n1ais celui qui l'éclaÎl~e et le réjouit avait fixé sa delneure au m9nt Parnasse. Tous il.~ se pl'écipil~ient avec ardeur vers cette terre qui leur, offrait des trésors inconnus, et s')~u}pressaient d~.allei-y c]lerc}let- des sentimens, des idées et des iI:1spirations nO\lvellea. Ces modernes d'alors ne croyaient pas q~'il >~fûtbeau de dédaigue(- les Ancieus ; IJ amère était sans ~essc entre les mains de Virgile; Ilorace étudiait el méditait continuellement Anacréon, Pindare, Alcée; Térence imitait les comédies de Mén'andre ; et Cicéron.. g]orieux d'avoir été farIné à la double école de Dén10sthènes et de Platon 1 rc-

'Commandait à son fi-ère1 proconsul de la Grèce ~de rle pa)

1:X

A VANT" P R() !>0 g.

oublier qu'il cOlnlnandaÎt aux. desccncJans de ceux à qui P\.üJTId devait toutes les lumiÔrcs qU.'c1icposs(~dait.. « Et si nous voulons rernonter plus lIant et1cor'e, nous Verrons les Grecs cux-nlêrnes , alors (1l1~jlstaient des pcuples é n()l.r"~caux, s'empresser d~aller écouter les anciens, et. mériter P:U4cette docilité que le sceptre du génie paSS[lt entrd leurs 111ains.Car, ne nous abusons l)as 1 ]es Grecs ne furent pas toujours conll)lés des faveurs du cÎel , et les l\1uscs 11'1]1a~ ])itèrcnt pas toujours sur leurs montagnes, ni les dieux dang leurs plaines. Il y eut U11ternps où l€urs oreilles n'étaient l)as d(~s Penfilnce accontulnécs à PJlar!nonie par les '''crs d'Jlo]nère; et avant qT:!C fils de Calliope el\t cntraÎné les arbres le 1)(11" r10uceur de scs cl1ailts; la Grèce était couverte d')é-... ]a paisses fOl'{~ts tl quelques pallvrcs falniJ]cs passaient le joUi" o il pourstli yre des bêtes féroces, et la nuit sous de Inisérahlc& cabanes, en attendant qÙe des vjlles superbes s'élevassent nux sons de la l~yre (l'l\'mpllion. Alors des ]){3tcsfauves établissaient leur rel)airc Otl fut depuis le sanctuaire des -dieux; des troupeaux. rnugissaient au tl1éâll'e et au gY'11nase; ~es reptiles imfl10ndes llabilaicnt le jardin d~11cadé\11US; et les vagn(.\s que Jiarànglla DélIJostl1ènes ne hattaient folIelllcnt qu ~un rivage inculte et désert. La Grèce était alors barhf\re, COlnlne Pétait rltalie a''"ant les ten1pS {le Saturne, et l)lus (lue la Gaule sous les cl1efs de ces }~rancs qui défendaic11t à leurs cnfans d~apprendre il lii~e et ne voulaient que du fer l' des co'n1hats et du sang. Des combats et du sflng! c~était aussi le senl cri que Pon entendît parlT1Îles Grecs barbares; et dans ces lieux 0\\ la tradition nous re11résentc Ilol'nère dispu tant a ,llésiode le l}rix de la po(~sic, Oil SO}1110cle ainv quit Escll}ïlc., quelques 1100l111CS disputaient avec acllarse l1cnlcnt une 110urriturc grossière. «. Dans ce temps-Ut Pon aurait etl vain cIlerché dans touE f'Occidcnl quelques étiucelles du feu sacré; les lieux' Otl le

,AV ANT*'PROP,OS.

xxi

~olcn se lève, en étaient seuls dépositaires. Sur ces hords, oil la vie fut donnée au prernÎer'llomlne, ses desccndans n'a'Vaient pas encore désappris ~s:élever par la l)cnsée , au-dessus des bêtes auxquclles il est ne pour Gommandel~ ; .et cette terre '. 0'\\ )cs traditions de l)resque tous les peuples s'accor--, dent à l)lacer le berceau de ]a création, savait ,seule en con~

.n'aîtreet en célébrer les merveilles. .t'OfÎent était aussi l"école
-de-I'.univers : et c'est )~l) dans ces contrées d'où sont partis tous Jcs grands .n10UVemens itnprilnés à respèce 11umaine , que les Grecs, p]cins:(le respectpoùr .l')anliqt]jlé~allaient chercIler eles111aÎtres. ~~stlà (lu'étaÎtceltc grave et sél'icus~Égypte I C
-qui d'ourta tout -au-reste du monde, ses fOAdateurs, ses roi~ ., ses 'PQëtes, sès Iégislatet~rs , ses pllilosopl1cs et ses sryges, tout, ju~qn:à ses dieux. Ûrp]léé, IIomère, Pytl1agore, Lycurgue,

'

'Solon et le su})Iinle élève de Socrate ~ s',cn1pressèrent
vjsiter : lOus, ils voulaient Êg,yptiens, vra'imèut les précepteurs être instruits

de ]a dans la science des

et form~s pal" les leçons de ~eurs prêtres, qui étaient du lDonde : to~s, ils l~s priaient

de

Icur ol}vrii. les t.résors de leur sagesse; leÜr patl'je'~ olt, selon l'exprcssion

et après qu 'i~s avaient
',.

été initiés aux secrets de leurs nlystères plti$sans etl.;Jaroles et en œU~Jres. ...
è: Ainsi, continueraient
. ' ,

ils revenaIent dans
ils ctaient

dc' P~:criture,

encore ces défçnscurs

br111ans de la
I

é,ausc des CQUégcs, 'sur quel(lu-e éroque de l'hislbire littéraire que nous arrêtions nos regards, 4'tdujours nous ,royons les nations ilnplorer les .secours et ]es IUI11ièresde celles llui les ont précédées, COlnme un enfant, le secours de sa ,nourrice. Et .s'il est vrai que la voix de [' univers 1'l," J)as till pré-: est jugé, He sommes ....:. pas fondés à 10voqùei. contre VOUS cetl~ llab.il~de constante du genre l~unlain; contre vous-, qui nous faites un reproche cle forCCl;'les' rnodernes il étudier )e.s anciens; cop.tre vous, qui. ,accusez d'linutilité, pour ne rien dire de plus, les soins que lions prenons de graver dans 2.

,

u

XX1)

l.VANT--PIOPOS.

la mémoire, de nos élèves les mots employés pât les Grecs et les La tins? » A cette apostropl1é véhémente; que répondraient ceux-ci?

nous-mêmes 1 Messieurs, que téporidrînns-o!Jus? -Car vous
Vous croirez peut..être en droit de noUs denlandèr une réponsei vu que notre langage a pu donner lieu de soupçonner que nous n'étions pas éloignés de partager, sUr ce point, les idées des partisans de Con~illac et de ,It.ousseâu. Mais que 'l'on soupçonne ce qu'on voudra, nous n'en dirons pas davanta~e. Un niat de plus, et 'nous' le jugerions déplacé. Notre devoir Jl~.estpas en effet de rech~rcller ici quels blâmes ou quels éloges mérite l'usag<: adopté .1dans les Colléges, et s'il est digne d'amour ou de ~ainl1. Qu'importe à celui t'qui vient de traverse~ 1;1n bras 4e mer 1 où' il ne doit plus jamais revenir, (le savoir si Je pilote ~vait bien ou niaI pris ses dispositions P Nous craignons même qp.e cette digression ne soit déjà' trop lo~gue, et q~'oIlne ï;aècuk~ d;être étra<ngèr~à' notre sujet~ Mais ,nous nous sommes lais~és'aIl~r à l'idée qu'~lle pourrait n'être' pas tout- à- fai~ inutile pour v~us,' Messierirs', qui. êtes destinés. à fàÎJ:e l;»ientô~'partie d'un monde essentiellement' fi'ondeur; et qu'elle pourrait v~us servir ,de pl~éservatif j ..èn vous apprenant que, s'il est toujours fac~)e de 'trouver des argume~s spécieux popr attaquer ce qui est, il Ile l'est~'pas . . '''I autant de tI:ouver des raisonnemens solides, pour. renverser les .rajson~ (lui J'ont fait établir. Nous sommes..nops trompés? on nous pardoDnel"a du ~Oil1Spour l'intention. 'Toutefois qu. 'I ceux qui 110,:\5 jugent tl'oublicnt pas qu'on ~e "peut faire .un crÎlne il un guid~ d'~vC?ir~n'/ i~nst:ant détourne'les voyageurs

de la l'out~, pour leur fai.recueillir un fruit utile'~surto~t s'il y reutre bieutot; et voil~ 'q~e ~OU~ rentrons' dan~ notre sujet.
De tout ce (lui pt~écèâe.. il résult~ donc, comme une chose .~contestable, que SUl'les ba.ncs,du coliéoe, ainsi qùe sur ceu~

.. tit

A.v. NT~
.

Pl\O

POSe

XXII)

dè l'école, ~vous n'avez d'abord appris que des tnots. On
tâchait, il est vrai, de les déguiser et de les ennoblir à vos yeux., par des dénoIIlinations. différentes et pornpcuses. Ce qU'011VOU$. apprenait, c'était la grarnmaire, Phistoire et la géograpllle; c'était du latin et d it grec; des vers et de la prose. Mais sous ces formes \Tariées, le fonds restait toujours le même; et c'étaient. toujours des mots.. ce n'était rien que des mots, audelà desq uels on'ne vous apprenait guère à découvrir les C}loses. Cependar.lt que cette étude d~s langues fl'ait été constamment pour VOu!:qu'une étude de mots; qll'en ayant sans cesse entre les mains les autcul.S greC$ et latins, vous n'ayez fait jUiqu'a:ce jour'que r,etenir des synonyules et devenir des dictionnaires vivans; que la lecture des princes du Parnasse n'ait jamais })résenté àcvotre esprit qu'ul1e Jleureuse cOlnhinaison de brèves et 'de longues.; et qu'enfin les livres des llistoriens rie vous aient àpp'ris qu'une nOlnenclatul'c de faits adaptés à une écllelle chronologique; ce sont là des assertions qui trouveront ~toujoilri et partout UlI grand nOlnbl'e I]~incrédules. [~*)llOm(ne cllagrin les hasarde; 'nIais l'lloinme raisonnable ne leur ac....... corde qu'un soul'ire , et regarde comme une c110se Îlnpossibl~, qu'après un nonihre d'anrlées plus ou moins conlidél~able, ,vous n'ayez pas t;cssé d'être OCCUIJés recllcl'cllel' à .exclusivement et péniblelnent dans ces auteurs, Je sens de 'Chaque expression.. et l'application des règles d'une 5Y11taxe étrangère, et Je rétablissement des mots dans un ordre propre à notre langue, et autres. choses d'une égale im'portance. C'est à vous à dire s'il se trompe, et à quelle époque votre entendement fut délivré des langes de Perifànce. Alors la Blémoire ne fut plus.sa reine unÎclue, et vos n1aÎtrcs admi~'ent l'imagination à l'égner avec elle. l'lais d'étranges abus signalèrerlt les premiers actes de son règne. Comme ravie d'èssaycl' son jeune pouvoir et curieuse d'en connaître toute l'étendue'2 elle se laissait cnlporter il son ardeur-, çt nt: ~oo-

1:)civ

AVANt"PROP

(tg.

naissait :lncun frein, aucune Joi. Rien ne potlvait ]'arrêter 1 on aurait dit un jeune despote voulant épuiser ]a ~oupe dll bon plaisir. Ellé sc perdait dans de funestes écarts; il fàllait la J iriger : cHe menaçait d\~gar~~ 1e goût;' il fallait le prémunir COl1tl'c danger. ce Ici, 1\Iessieurs, se présenterait naturel1elnent le tableau de ce quc ""OS Inaîtres Otlt t:,it pour atteinùre ce but. l\Iais le temps, oÙ vous receviez ces leçons, n'est pas encore assez éloigné pour être effacé de volre souvenir; et quelques instans de réflexion vous les r~ppclleront n1icnx qne lous nos discours. Puissiezvous seu}elnent, après les avoir ral)pelécs 1ne pas être oblig~s (le paraître devant nous., tristes 1 llulniliés, conros, et fesant }4)rtffiigctfntaveu que toutes vos journées ont été perdues. lIcurenx vos Jl1:l1lrCs,plus llcurcl1Xvous.mêmes, .si ces leçons ont enfin cessé d'être l)uét'iles et frivoles; si l'étude de l'art de bien dire n'a pas encore été ponr vous une étude de' n10ts rninutieuse et PapprcDtlssDge de Part méprisable d~étalcl~une vaine !)ornpc de langage') de Inettre des artifices de rhéteur à la place des c]loses utiles; et d'attirer' J'attention sur l~ forme 1)lus que sur le fonds'l sur les tl10ts I)Ius que SU!les I)cnsées ! Jleureux encore, si vous avez contracté Phabittlde de"regarder le bon sens et la raison cor.nnJe le fondement de tou te bonne con}positi~n ; si les principes en ont ét~ suhst,itnés pour YOUS ceux d'une rllétorique artificielle et schoà ,Iastique, véritablem"ent propre à favoriser. Ja corruption du S,"'\t, plutôt qu'à en ]}âter les progrès; enfin si vous avez apI1t'1s;l connaitrc ce qt.Ji est ,ri"aiulent beau, à radnlirer, et à le d.istingnt~1' de tous "ces t:111X ornemens, ces vains briIlat;Js" J)eautés fardées et Incnsongères qui font tant de dupes! l'lais eu fcsant 111ê'Hecette supposition, que qtlclques-uns se cl'oirnnt et se~ont pf'nt-ftl"e en droit de juger gratuite, .que
de chOSt)S encore VQUS reslent il connaître!

-

(~e beau lui-

111ème, dont le SCUtiUlt.:llt'~Ol1S inspire sans doute des penser"

AVANT-PROPOS.

XXV

d'orgueil, le connaissez7vous? VOU8' saTcz'le distinguer dans les cOlnlJositÎons lîttéraires; nous Paccordons: mais le distingueriez-:-vous de même dans les ou,rrages 'de la nature et dans les })caux-arts? Savez-vous quels en sont les principes P Pourriez-.vous expliquer la l1ature du noble instinct

qui nous le fait sentir ~ et dire dans quellcs~ circontances nous
POUV?OS êtl~es\\rs que ce sehtÎrneijt ne nous tl'Jotnpe pas? Ces mots aussi, dont rétuae date de si. lOIn, "OllS'sont-ils bien connus? Connaissez-vous leu~"nature, ]enr origine, les rapports'qu'ils Qnt avec les c]loses, les avantr.ges que nous en l"etirons, et les ob5tacle~ qu'ils nOllSprésenlent sotrvcnt f Portez vo~. regards plus loin; voyez l~unjvers tout entiel' se présenteJ; à vous,, et dérouler il vos J'eux ses ~lages nJa.,. gnifiques : savez-vous les lire r La pl~5 noble et la }J]us £ë, . Of

conde de 'vos facultés n'est-.cllc pas, jusqu'Ü présent,

restée sans

culture r "Votre méJDOirca été Dlcublée., il est vrai; voll'c
imagination dirigée et v:.otregOllt pcrfectionué, nons le YOll10115:mais quels soins a-t-on donnés,à votre raiS(}11? 'Elle a élé, abandonné~ à eJle-ttlêtne : et si clic a fHit quelques progrès, clle les doit t.out cntiers tt d~I1f~ureu5csirconstances et surtout c it SO~é~ergic naturf:lle; c~mtnt HÙ terrain rertilc qU,iproduit des fi.uÎts sans culttli"e. I~'est-il 'pas .tefnps enfin de la ,cultiver et de l'initier à la connaissance des cl10sesP Jusqu'il })l'é.. sent, YOUSJi'aYeZ appt'Îs il lire qu'c dans les livres des hOll1nlCS : il est tcnlps de lire aussi dans le-gra~d livre de la nature. Cette terre que TOUSfoulez, ce fcu qui ,rous éC]13uffèet vous 'éclaire 1 ces caux (lui TOUSentourent, cet air que ,rous respirez, totI~ ces corps au milieu desquels vous :vivez, ont une nature; il {hut ]a. connaître. Ils ont des .lois'Qtlxqllclles . ils obé~ssent; il faut les c}lcrcllcr. Ils ont entre eux et avec vous des râpports q.ui peuvent vous être utiles ou nu.isihles ; 'il ne faut plus les ignorer.' - C'esautres êtres scnll)Ia}?'e~i\ V01ISet .\1~quels VÇ>'QS ~nis par les l~ens <.lusang, de PaHlltit, de êles

~xvi

AV ANT-PROP'OS.

l~llabitt1de ou seulement de la ressemblance, ont anssi des lois auxquelles ils sont. soumis ; quelles sont-elles? Ils exigent certaines cIloses.de :vous; ont~ils ce droit? V ous..mêmes avez.vou~ le droit d'exiger d'eux. quelque cllose? quels sont vos dev.oirs lDut.ue!s? De plus, qui vous impose ces devoirs et ces ~o.is ; ou vous les êtes-vous imposées à vous-mêmes ~Vous êtes-vouS aussi donné l'exislence; ou P~vcz...vous reçue,? E.x.iste.,-t-ilune cause première de qui tout émane? quelle est-elle? quelle est sa nature f quels rapports. avez-vous avec elle P Écoutez encore: ce.qui suit n'est pas lDoins digne de toute votre attention. Pouvez.-yous trouver jamais la solution des questions que ~ous venons de proposer? L'!1onlme peut~i\ connaître toutes cés c}loses? A-t-il un moyen d'y parvenil~? quel est~il? quel es~ cet art précieux de découvrir la vérité, de connaître ce qui est? Quel qu'il so-it,il appartient certaine-ment à une intelligence. Mais cette inteJligence ell.e..même, queHe est~elle'? quelle èst son origine ftt -sa natuJ:e? Con~ d~H1111êsl'ignorer, ne serions-nous pas JJ1é'contensde nous-, à mêmes; et ne devons - nous pas être plus jmloux d'être. adrnis à cet uuique mystère 1 qu'ambitieux de pt10étrer .tous les autres r Ainsi, Messieurs, vous voyez une carrièt--eimmense s"ouvrir et se prolongel' devant vous. Sans doute vous ne conceVe:lt 1)(15e fol espoir qu'on vous la fasse ,parcourit" tO\.lt entière en l UHe année. Mais jusqu'où)a philosophie vous conduira-l~lle? Enfin, denlanderez-vous peut-~tre encore: QlI.'~st-ce que la, pl, ilosoph.ie? Qu.'lllJprencll'ons-nous dans celle classe? Quelles

-

-

leçons nous y donnera-t..on r

C'est quoi nous allons main~ à tenant essayer~de répondre en quelques mots., Autrefois ce nlot de Philosophie n'était pas eonnu, L'.univers saluait dll nonl de Sagès (a~CfO()ceux. qui c}lerc]1aient la so]utiofl des .grandes et belles questions que nous avons iudi.. quees, ou seulem.ent de quelques-unes d'entre elles. Mais il~

A..VANT~P,ROl}()S,

~x'7ij

renollcèr(jnt bieplôt ',e~~-mêmes il ~n titre trop pompeux pour Ja"faiblesse Ilqmaine; et çonyaincus, par une triste expér~ence" , . que l~ 'sagesse se déroQai.t SO\lVent à IC1.1l's :vœux. et à teu~s effol:ts, jl~.,yqql"rent qu~on ~es ~ppelât silnplcD1ent ses amis~,
C,e titre .,de Philosophf!s (tptÀo;".aoeptt:l..) était encore ass~ beau

t

mais to~s ç~ux qu~ 1e portèrent fi'en ~reut ,pas dignes. Plus tard l'ol'acle de Delpl1e~ voulut çiu'on le donnât scu~ement à oeux ({Qic]lerçhai~nt à se connaître eux-mêmes, ou. ~ s'instruire sur leur nature, leur principe et le:ur-fio; et qu~ le désir de parvenir à ce~te conna~ssance, fût seul~ rcgat~d~ comme le vél'ita~le amour de la sagesse: et ~ette ~onnaissance ço~me ]~.sellle vraie Phi19~oph~e. Les m()dernei se ~Ol}tsou~ :mis à l'oracle 4e Delpl1es; elle sens t{u'il. voulait qu 'OD~l~ac.l1â~ ;tu mot q~ pl)ilosQP4ie \ est ,celui qne l1QUS .at~acIlo~s. y J\ins~ VQ':1Soyez vous~qlêm~s. çe qq'on doit répondre Il v vos ~çalan~C5~ Qu'est-cc q14C philospp~~er q,'e~~~3:~ci~nce la de l'homme con~idéré dans sa natuJ;e, son pl'ÎQcipe et sa Hu. Qu' app.rendr()n$-nolt~ llt;lns l~ne .classe {le philosophie? it çonnaîlre l'}lo~nme sous ce triple rapport.. Quelles leçons nous r dOlÛ1ef4-~-on f celles. qui se~<?n~propi'Cs à vous révéler les sccre~s de votre prol1re nature, et ~\vous inspirer \a. \"olon~é ferrne de ne ~'i~n fait~equ~ en soit indigne. ~n pes~nt avec soin cllaçune de ces rép~~ses, vous déçouvrirez f~cilemcn~ vo.~~s--mêt11eSon1.b.i de clloses vcus serez ç en, ~ppelés cettc.n~,né~ à examiner; et peut~çtre spupço~nerez~ leurs vous avec surpl'i~e qu'QJ;l,r r~soudl"a., Si(l<?~~~ns ~o.':1s ~étail.s, nI:!mOIIlSqans ICQfsprincipes ~t leurs\ premières con.. séq~ences., ~a plupal~t des questions que ~.ous offrions rêccm~len.t à votre e~amen. Mais il faut vous abandoDI)Cl' à VOs ):éfle;i~~s part\clllières.~ Si nous eu disions davanlage, nouS çl'aindri(1)S de n'être pas cOlnpris.. et de porter le désordre
\

dans votre. esprit t au ~ieu de Pordre lJue nous voulons y é\ablir. On a dit avec 'rajson que les jeunes intel1jgruces né

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