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Qu'est-ce que l'humanisme aujourd'hui ?

De
150 pages
Qu'est-ce que l'humanisme aujourd'hui ? Les sciences de la vie répondent à cette question en prenant le contre-pied de la métaphysique traditionnelle. A partir des caractéristiques qu'elles trouvent dans le système nerveux humain, les neurosciences cognitives montrent que le sujet est la résultante d'une des fonctions organiques. Il faut dont voir dans les sciences de la vie une lecture réaliste de l'humain, et comprendre que le corps n'est pas absent des conditions rendant possible l'émergence "de la raison, de la liberté et de la volonté".
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de
P
Issoufou Soulé MOUCHILINJIMOM
QU’ESTCE QUE L’HUMANISME AUJOURD’HUI ? Vers une tentative « biocentrique » ?
Préface de Charles Romain Mbele
Qu’est-ce que l’humanisme aujourd’hui ?
Issoufou Soulé MOUCHILINJIMOM
Qu’est-ce que l’humanisme aujourd’hui ?
Vers une tentative « bio-centrique » ? Préface de Charles Romain Mbele
Du même auteur
Penser la philosophie à l’ère des technosciences,L’Harmattan, 2012 Philosophie et développement. De la philosophie de questionnement du développement aux perspectives de l’émergence,(en codirection avec Antoine Manga Bihina), L’Harmattan, 2015.© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08110-6 EAN : 9782343081106
PRÉFACE
Qu'est-ce que l'humanisme aujourd'hui ? Vers une tentative "bio-centrique" ?d’Issoufou Soulé Mouchili Njimom s’ajoute à une vaste littérature sur la place des sciences de la vie et de la santé dans les sociétés actuelles. Que dit Mouchili Njimom dans ce livre ? Qu’il est préoccupé par les avancées de la science, de la technique -notamment avec les manipulations génétiques, la thérapie génique, la fécondationin vitro, la congélation des embryons (qu’il désigne comme des « existences humaines suspendues par le froid »), la gestion sociale de la stérilité, l’homme symbiotique qui émerge des marchés, des réseaux de communication et des autoroutes électroniques, etc. Mouchili Njimom dit aussi qu’il veut regarder ces questions en fonction du droit, de la responsabilité, et non en termes de « coûts/avantages ». Aussi s’interroge-t-il sur les mutations sociales en cours et leur impact sur la métaphysique traditionnelle. Celle-ci était nourrie par lapaideiagrecque et l’humanistaslatine qui culminent dans le projet des lumières. Leur vision de l’homme est désormais contestée - car il se dit en elles le besoin d’affirmer l’homme en ses propriétés (la raison et le langage, l’activité politique) contre la volonté anti-humaniste de déshumanisation. Adoptant un ton désabusé et quelque peu rousseauiste, Mouchili Njimom observe que les nouveaux pouvoirs humains apportés par les sciences échappent de plus en plus aux considérations éthiques, politiques ou juridiques. Il souligne que le danger qui guette l’homme, c’est oublier que la technique n’est qu’un instrument auquel il doit donner une fin déterminée – notamment, une vie bonne, digne, heureuse, épanouie, agréable. Il estime qu’une telle perspective s’oppose au nihilisme qui veut « maîtriser pour maîtriser, dominer pour dominer » la nature - selon une formule qu’il
reprend de Luc Ferry parlant de la nature de sociétés animées par la compétition. Celer ceteloshumaniste – comme le fait Francis Fukuyama fantasmant « la fin de l’homme » pris désormais dans le tourbillon des biotechnologies -, c’est se désintéresser des risques apportés par la technoscience et les biotechnologies. Il y a des risques parce que celles-ci veulent – suprême imposture pour Mouchili Njimom ! - réduire tout le vivant en une chose transformable, programmable et reproductible industriellement. Il y aurait là - dit Mouchili Njimom - l’abandon des principes d’autonomie et de diversité culturelle, tout comme « des fondements de la société civile [de] la nature des relations humaines [de] la dynamique d’une économie mondialisée ». De telles considérations dépassent une approche strictement positiviste, voire néopositiviste, car elles en appellent à un fondement et à une justification philosophiques et moraux. Parce que l’homme est un être plastique, Mouchili Njimom affirme qu’il ne sera jamais transformé en « organisme génétiquement modifié » ou en « une machinerie cellulaire ». Mouchili Njimom énonce par là une peur, voire une panique et une angoisse face au nouvel « anthropocentrisme » qui veut exclure l’homme des valeurs : l’homme échappe en effet au déterminisme biologique parce qu’il pense en termes de dignité, d’identité personnelle, d’autonomie de la personne humaine, de responsabilité personnelle. Ces questions éthiques sont - si nous suivons l’enseignement de Platon - de l’ordre de « la science du meilleur et du pire » qui permet de sortir de l’approche purement scientifique qui décrit les lois des phénomènes et est incapable d’attribuer à l’intelligence « la moindre responsabilité quant à l’arrangement des choses », car la science s’en tient aux « actions des airs, des éthers, des eaux … des os et de muscles », sans se préoccuper du respect des lois, des coutumes, de la vie civique [Phédon, 98 b-e].
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Mouchili Njimom observe que le nouvel anthropocentrisme se conjugue avec une « philosophie post-métaphysique » ou postmoderne qui irrigue le capitalisme libéral. Aussi ce dernier pense-t-il de plus en plus dans les termes d’ « un idéal d’homme » modifié par les sciences biotechnologiques sources de profit et de rentabilité. Dans son « moment nietzschéen », le nouvel anthropocentrisme veut accéder à une « posthumanité » qui veut « refaçonner » ou « refaire l’homme » avec les nouveaux moyens biotechniques disponibles. Pour l’auteur, ce posthumanisme en gésine reniera les acquis de l’humanisme traditionnel qui parle en termes d’une liberté qui crée tout à partir d’elle-même, se prend elle-même en main – ce qui se donne dans l’idéal baconien d’un « règne de l’homme », dans l’idéal cartésien d’être « comme maître et possesseur de la nature ». Assurément, Mouchili Njimom ne veut pas « céder au bio-catastrophisme » ou au « pessimisme apocalyptique » avec l’ingénierie génétique, mais il tient à s’interroger sur les risques de création de germes pathogènes nouveaux, des pratiques eugéniques, de dégâts causés à la nature animale, végétale ou humaine par une action humaine imprudente. Pour s’opposer à la volonté de l’homme de devenir un dieu accidentogène, l’auteur travaille à partir d’une réflexion pluridisciplinaire qui intègre la politique, l’éthique, les sciences humaines, car son dessein est « une possible fondation des principes de la maîtrise par l’homme de sa maîtrise du réel ». En termes prosaïques, sa question – qui est celle de la vie bonne, digne, heureuse, épanouie et agréable – se teint d’une interrogation angoissée : les sciences permettront-elles que la vie se poursuive ou qu’elle s’éteigne ? J’aurais seulement souhaité plus de chair et de vibration de notre milieu philosophique, car elles méritent discussions et débat. En effet, quelques tendances lourdes - paupérisation, affirmation égoïste, agressive et sans scrupule des individus
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acquis à l’utilitarisme et au darwinisme cyniques –y amènent certains à penser que « la vie est en danger », notamment avec le développement du rêve de posthumanité de l’ingénierie procréatique, les essais cliniques sauvages avec le VIH-Sida, la question des cellules souches, de l’embryon pour des buts curatifs ou préventifs, le brevetage du vivant, la sécurité alimentaire liée aux OGM. La filière cotonnière burkinabè – longtemps dopée à ceux-ci - se porte très mal aujourd’hui : la baisse de qualité de la fibre suscite en effet un moindre attrait sur le marché international. Est en accusation le recours aux organismes génétiquement modifiés qu’on conseille de façon suspecte aux agriculteurs camerounais. Leur accueil tarifé ou vénal – liés au développement d’une soi-disant « agriculture de deuxième génération » - cache une irresponsabilité historique qui fera disparaître l’agriculture paysanne qui nourrit, sans chimie et proprement, les villes, tout en protégeant la diversité végétale. Prenant appui sur les moyens financiers, humains, techniques souvent détournés des États,l’agro-business -monoculturale (coton, café, cacao, soja, maïs, palmier, etc.) – appauvrit les sols et la diversité végétale, empoisonne les nappes phréatiques. La marche forcée actuelle vers de nouvellesenclosures avec l’accaparement des terres rurales culminera probablement par la sanction de la famine. L’inflation éditoriale sur la question bioéthique dans le domaine sanitaire, biologique, signale une certaine inquiétude due à la détérioration de l’idée de la « vie bonne », du « droit à une vie digne d’être vécue » (selon l’expression de Jacques Derrida), avec la place que prennent le marché et le profit. Mouchili Njimom a décidé d’examiner cette question pour souligner que la vie de l’homme doit être au centre de nos soucis. Il veut en effet travailler « pour un humanisme bio-centrique ». En faisant une histoire des formes que l’humanisme a prises, il tient à s’éloigner de la volonté
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récente des sciences de refaire la nature de l’homme - pour satisfaire la rentabilité utilitariste des industries capitalistes. Quelques regrets toutefois. D’abord, la mise en abyme de la précarité sanitaire du grand nombre avec l’inflation d’assurances privées hors de prix et la cherté des soins depuis les ajustements structurels : on a par exemple vu des femmes qui, après l’accouchement, deviennent des prisonnières de l’hôpital tant qu’elles n’ont pas payé les frais d’hospitalisation. La dégradation de la santé publique -source d’une exclusion structurelle de toute vie digne à la suite de politiques d’austérité - mérite aussi une attention de l’épistémologie. Ensuite, il n’y a pas de confrontation avec la critique contemporaine de l’humanisme (Heidegger, Foucault). Enfin, la réflexion menée par Mouchili Njimom tient peu compte du débat philosophique local. Il aurait été souhaitable qu’il parte des discussions locales qu’on rencontre dans notre commerce quotidien pour montrer comment elles s’élèvent au niveau des questions universelles. Concluons avec Mouchili Njimom d’un mot qui résume sa pensée : « La clé du futur se trouve dans la maîtrise et la sauvegarde de la complexité et de la diversité du monde [face au] choc de la civilisation technique et biotechnique. L’homme doit pouvoir comprendre et dominer ce monde totalement transformé par les trente dernières années de progrès en sciences physiques et biologiques […]. L’épistémologie ne peut plus se passer de la réflexion transdisciplinaire [car] la méthode de compréhension du monde est peut-être mathématique, mais non absolument … » [p. 118]. C’est un appel à une réflexion philosophique dont le souhait est - pour le dire avec Platon - que « le bien soit le lien et tienne l’ensemble » [Phédon, 99c]. Charles Romain Mbele(Yaoundé-Mvog-Ada, le 30 octobre 2015)
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