Quatre saisons de la société marchande

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EAN13 : 9782296280700
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QUATRE SAISONS DE" LA SOCIETE MARCHANDE

Grégoire MADJARIAN

QUA TRE SAISONS DE

.

LA SOCIETE MARCHANDE

Editions L'Hannattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75 005 Paris

@

L'Harmattan, 1993
2-7384-2075-3

ISBN:

Du même auteur:

- La

question coloniale et la politique du Parti Communiste Français, Maspero, 1977.
pouvoirs et société à la Libération, 10/18, 1980.

- Conflits,

- Le complexe Marx, Editions L'Hannattan, 1989. - La passion de Marie Cadière, ROMAN, Editions Ramsay, 1990. - L'invention de la propriété, Editions L'Hannattan, 1991.

- L'été

indien de Cristobal Colomb, ROMAN,

Editions Ramsay,

1992.

PRÉLUDE

Marquée par la prolifération de l'écrit, la civilisation moderne offre au sociologue .et à l'anthropologue comme matériau de choix, l'histoire des idées. A travers cette histoire se joue l'émergence d'une configuration particulière de valeurs et de relations sociales. Dans une approche sociologique ou anthropologique, l'idéologie n'est pas de l'ordre de l'illusion ou de l'apparence, simple obstacle à la science, version moderniste de ce que la philosophie des Lumières. L'idéologie - ou plus exactement UNE idéologie donnée - d'un point de vue éthique ou politique peut être objet d'adhésion ou de condamnation. Mais en tant que telle, l'idéologie n'est pas l'opposé ou, au sens photographique terme, le négatif de la science. L'idéologie est de l'ordre de la valorisation, de l'orientation des attitudes et des activités, de la constitution d'un horizon par lequel les hommes donnent un sens à leur vie et légitiment leurs choix existentiels. On ne peut lui appliquer à proprement parler, pour autant qu'on la saisit dans sa réalité spécifique, les valeurs du VRAI ou du FAUX. Elle ne se réfute pas. Elle se dévalorise. C'est pourquoi des idéologies - le racisme - qu'on a pu croire dépassées dans une perpective spontanément positiviste, peuvent connaître des résurgences inattendues. L'idéologie apparaît aussi comme le lieu privilégié des procès intellectuels. Il est toujours loisible de suspecter universellement et de trouver dans l'histoire des Idées de quoi alimenter une recherche de l'origine de telle ou telle idéologie dont on veut prouver la nuisance - à moins qu'il ne s'agisse de 7

régler des comptes. Parlez d'idéologie et c'est comme si vous ouvriez un procès où doivent défiler et prouver leur innocence tous ceux qui ont eu le malheur de penser et de le faire savoir. En matière d'idéologie, comme de l'air que l'on respire, ce qui importe, c'est la distribution, la place de chacun des composants. On peut voir ainsi dans l'actualité récente la suspicion se porter sur la valorisation de la Nature dans le mouvement écologique, en oubliant que la société moderne s'est créée sous les costumes et le combat pour le Droit naturel. La Nature fonctionnait au profit de valeurs individualistes avant que d'être le costume des valeurs du romantisme allemand. L'enquête sur un cOIpus théorique, sur un mouvement social ou sur une civilisation donnée consiste D10ins à mettre en évidence la présence de valeurs déterminées qu'à situer leur place relative, l'ordre hiérarchique à l'intérieur duquel elles fonctionnent. L'idéologie se définit comme un ensemble ordonné de valeurs investies dans une représentation théorique, dans une mise en scène avec décor, costumes et personnages qui visent à la légitimer sur un plan rationnel et émotionnel. Le propre de l'idéologie - en tant que phénomène spécifiquement moderne -, par rapport aux mythes et à la religion, c'est de reposer sur la passion de la Raison, la rage de démontrer et de convaincre, la volonté de trancher comme entre le VRAI et le FAUX, l'espoir de créer de l'Absolu avec les instruments de la Raison. Le propre des valeurs est de ne guère supporter d'exister comme simples valeurs, avec la fragilité et la relativité qu'implique ce mode de vie. Les valeurs ne supportent guère d'être de l'ordre de l'artefact et de montrer qu'elles relèvent toujours de choix "arbitraires" en regard de la Religion ou de la Science. Les Anciens les projetaient dans la représentation d'un Cosmos et de Dieux, les Modernes ont voulu restaurer l'unité entre l'être et le devoir-être en inscrivant les valeurs dans le devenir historique, le sens de l'existence étant donné par la marche de l'Histoire - progrès des Lumières, succession des états, ou développement des forces productives. Les théories du Droit naturel ont eu en quelque sorte une position charnière entre le Cosmos des Anciens et les sciences huniaines - histoire,

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sociologie - qui ont eu raison des prétentions à déduire les valeurs modernes d'un Ordre de la Nature. A partir de Locke, s'affinne un nouveau principe de légitimité, marqué par la subjectivité: le travail, en tant qu'action de l'individu, et la propriété, en tant que résultat de cette action. Avec ce principe, les valeurs de stabilité cèdent la place à la valeur de la mobilité, en même temps que l'Homme sous sa fOffi1ede la Raison, de l'Intérêt, du Travail ou de l'Échange, devient mesure de légitimité. S'interroger sur le droit de propriété ne signifie rien d'autre que s'interroger sur l'individu. La propriété n'est que la projection sur les choses des valeurs individualistes. De notre point de vue, elle n'est pas le socle sur lequel s'élève la société marchande-capitaliste, mais une des fonnes de réalisation des valeurs de la société moderne, une des fonnes d'inscription dans le droit de l'individu en tant que qu'institution. Pour juger de cette institution, il ne suffit point de l'observer dans sa réalité juridique: la propriété conserve, certes, mais elle ne conseIVe que le droit sur la valeur d'usage d'un bien. Dans une société dominée par l'échange, ni la valeur de la propriété, ni celle du travail de l'individu ne sont garanties par la loi. Les biens comme le travail se valorisent ou se dévalorisent selon le jeu de la production e du marché. L'économie mobilise en pennanence, redistribue les richesses, indépendamment du Droit, dépossède ou enrichit selon des mécanismes invisibles par ce dernier. Le marché socialise la propriété comme l'individu, en les soumettant à la sanction ou aux gratifications de la société. Dès lors que la propriété d'un bien se confronte à la valeur relative des autres biens, elle n'est pas plus souveraine que l'individu qui, vendant son travail, doit le confronter à celui des autres individus. On verra à quel point des esprits comme Proudhon sont sensibles à cette instabilité des droits dans l'univers du marché moderne, et s'efforceront de porter remède à l'instabilité plutôt qu'à l'institution juridique.

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CHAPITRE I

L'INSTITUTION

POLITIQUE

(HOBBES)

"Richesse, c'est pouvoir"

Hobbes

Qu'en est-il du rapport de l'homme à l'homme et du rapport de l'homme aux biens dans le modèle de société construit par Hobbes? La République de l'auteur du Léviathan est-elle déjà le cadre général des modèles de l'économie politique, classique, voire celui de Marx ? Renvoie-t-elle à une société dominée par le marché des biens et du travail, à la société marchande-capitaliste considérée comme une société de marché généralisé et à ses conditions institutionnelles d'existence, dont la propriété est une pièce majeure ? Il Ya dans cette vision de l'univers de Hobbes 1 un rabattement sur le discours écono1 Cette thèse est celle que Mac Pherson a défendue et développée dans son ouvrage The political theory of possessive individualism (Oxford press, 1962), traduit en français en 1971. Il

mique qui oblitère toute originalité et irréductibilité à la fois du regard politique sur le rapport des hommes aux choses et des mécanismes spécifiquement politiques par lesquels s'opèrent l'appropriation et la distribution des choses. En bref, l'oubli d'un univers ou d'une sphère de la société où richesse et pouvoir ne se présentent pas comme indépendants, ni celui-ci dérivé de celle-là. Notre démarche vise à faire un inventaire des différences de fonctionnement du modèle de Hobbes, moins avec la société marchande-capitaliste qu'avec sa représentation unidimen-sionnelle, économique et, à travers cet inventaire, d'apercevoir, de manière toute limitée par ce terrain concret, que le rapport des hommes aux choses n'est pas nécessairement, y compris dans la société moderne, celui qui est présupposé, et qu'il s'établit au niveau du marché.

La société de compétition générale
L'élément constitutif de la communauté politique chez Hobbes, c'est l'individu moderne, l'homme déraciné, sans attache à la terre, dont les droits inaliénables, naturels à l'égard du sol n'ont trait qu'à sa propre mobilité. Dans le dessaisissement général des droits de chacun, premier acte de l'institution .

du Léviathan, il est nécessaire à la vie humaine, écrit Hobbes,
de retenir certains droits, tels que "Celui de gouverner son corps, de jouir del'air, de l'eau, du mouvement, du libre passage d'un endroit à un autre, et de toutes les autres choses sans lesquelles un homme ne peut pas vivre, ou ne peut pas vivre commodément" 2. Le déséquilibre entre le droit d'usage de l'air et de l'eau, d'une part, et de la terre d'autre part est patent. Le seul rapport nécessaire du marchand à la terre réside dans la mobilité de l'un relativement à l'autre: c'est précisément la condition que remplit l'atome politique qui va composer le Léviathan. Mais ce rapport à la terre est aussi celui de l'homme dont le statut politique est d'être sujet, et ce rapport différencie le sujet de l'État moderne du citoyen antique.
2 Léviathan, chapitre XV, p. 154. 12

La nature de l'homme n'est pas pour autant d'être propriétaire, ni de lui-même, ni des choses. La nature de l'homme est d'être pouvoir, ou plutôt pouvoirs. L'homme est une somme de pouvoirs, acquis et naturels; pouvoirs de mouvement, de génération, de nutrition, de connaissance, de jouissance, etc. 3. Le rapport de l'homme à l'homme n'apparaît pas distinct du rapport de l'homme à la nature et aux choses: tous deux sont placés in1médiatement sous le signe de la puissance. La libeqé de l'homme ne se définit pas par la propriété, mais par le pouvoir 4. Le pouvoir sur les biens n'est qu'une forme de pouvoir. La compétition pour les biens entre dans un cadre plus général de la con1pétition pour la puissance. Cette compétition a la plus large extension possible, car les éléments en lutte ne sont pas des agrégats sociaux, mais le plus petit élément social possible, à savoir l'individu. Le propre du modèle de société construit par Hobbes, c'est d'être une société de compétition généralisée: la compétition ne se déroule pas sur un seul plan ou sur un plan privilégié, mais dans tous les domaines. Les affaires du monde ne consistent "à peu de choses près, écrit Hobbes en conclusion du Léviathan, qu'en une compétition perpétuelle pour l'honneur, la richesse, l'autorité" 5. La richesse n'est pas considérée comme l'unique ou le principal objet des ambitions humaines. D'autre part, la richesse n'est pas perçue sous le seul angle de la disposition des choses, mais essentiellement sous celui des rapports entre les hommes. "La richesse jointe à la libéralité est aussi un pouvoir, parce qu'elle procure des amis et des selViteurs" ; 6 en revanche, richesse sans libéralité expose à l'envie, ne protège pas. On voit ici que la richesse est pensée hors du monde de la production: elle est répartie, distribuée ou accumulée, mais n'a pas pour finalité l'investissement productif. C'est pourquoi la propriété sera elle-même pensée indépendamment du mouvement de la production.
3 Elements of law, chapitre 1, ~ 4 et 5. 4 Léviathan, chapitre XIV, p.218. 5 Léviathan, Cf. . Conclusion et chapitre XI p. 712. 6 Léviathan, chapitre X. 13

La complexité, le risque naturel de désordre, inhérents au monde des hommes, proviennent de la pluralité en même temps que de l'unité de l'objet des ambitions humaines. En effet, il y a d'une part unité des hommes du point de.vue de leurs aspirations, unité abstraite: "je mets au premier rang, à titre d'inclination générale de toute l'hUmanité, un désir perpétuel et sans trêve d'acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu'à la mort", énonce Hobbes 7. Mais il y a pluralité de pouvoirs: capacités personnelles, éloquence, savoir, prudence, mais aussi beauté, titres et fonctions, richesse, popularité, et toute qualité qui fait qu'on est aimé ou craint d'un grand nombre d'individus constitue des pouvoirs. La multiplicité des pouvoirs, leur non-réduction à un équivalent général comme en économie politique, rend toute comparaison, toute quantification difficile ou impossible: elle est un facteur essentiel de l'exaspération de la lutte pour les pouvoirs. Le pouvoir en effet n'a pas de grandeur en lui-même; il est de par sa nature relatif. Le pouvoir n'est que l'excédent sur le pouvoir d'autrui; il n'a pas une valeur stable; son importance dépend de l'époque, de la société, de la conjoncture. Hobbes prend l'exemple de l'habile général qui est d'un grand prix quand la guerre menace, et qui l'est moins quand règne la paix. Enfin, il dépend de la reconnaissance d'autrui. A quelque prix que l'on s'estime, on ne vaut que le prix auquel on est estimé par les autres. La métaphore marchande est présente dans le langage de Hobbes pour penser l'évaluation des pouvoirs. La détennination des pouvoirs d'un individu se réalise comme celle du prix des marchandises sur le marché: la valeur d'un homme n'est que la mesure de son pouvoir, et elle est égale, comme toute marchandise, à ce qu'il en coûte pour l'acquérir. La compétition pour les pouvoirs a quelque homologie avec la concurrence économique. L'accumulation n'a pas de tenne, ne s'achève jamais. Nul ne peut échapper à cette loi, se retirer pour jouir véritablement du pouvoir acquis. Aucune modération n'est possible.

7 Léviathan, chapitre XI. 14

On ne peut assurer un pouvoir acquis que par un surcroît de puissance. Il n'y a guère de moyen tenne entre gagner et perdre. La cause de l'accumulation de pouvoirs n'est pas nécessairement "qu'on espère un plaisir plus intense que celui qu'on a déjà réussi à atteindre, ou qu'on ne peut se contenter d'un pouvoir modéré, mais plutôt qu'on ne peut rendre sûrs, sinon en acquérant davantage, le pouvoir et les moyens dont dépend le bienêtre qu'on possède présentement" 8. C'est sur ce modèle que Marx pense la concurrence capitaliste. Si ce n'est la course au profit, c'est la nécessité de le maintenir face aux concurrents qui contraint à accumuler, à investir. Mais il ne s'ensuit pas que le modèle de Hobbes se réduise à celui du nIarché capitaliste au sens strict, à une représentation purement économique de la société moderne. n y a une homologie réelle mais limitée entre la fonction du pouvoir souverain dans le monde des hommes et celui de l'argent dans le monde des marchandises. "Compte tenu de la valeur que les hommes tendent naturellement à s'attribuer, de la considération qu'ils cherchent à obtenir des autres, et du peu de valeur qu'ils leur attribuent, situation d'où résultent continuellement panni eux les rivalités, les querelles, les factions et finalement la guerre... il est nécessaire qu'il existe... une appréciation officielle de la valeur" 9. Cette appréciation de la valeur, donc du rang, de la considération des individus suppose nécessairement pour Hobbes l'institution d'un pouvoir souverain. Dans la situation d'hommes qui n'ont d'autres lois que leurs propres appétits, il ne saurait y avoir de "règle générale des actions bonnes ou mauvaises" ; dans une communauté politique, c'est "la loi, la volonté et appétit de l'État, qui est cette mesure" 10. CODImela monnaie, le souverain est la mesure. Ce sont les marchandises particulières qui, pour se mettre en rapport entre elles et pour régler ces rapports, instituent l'une d'entre elles comme Mesure de leurs valeurs. La monnaie est, du point de vue de l'économie politique, instituée nécessairement par les marchandises. Le pouvoir souverain pour Hobbes peut être indifféremment le ré8 Léviathan, chapitre XI, p. 96. 9 Léviathan, chapitre XVIII, p. 187. 10Léviathan, chapitreXLVI, p.689.
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sultat d'une ..institution de la part des hommes assemblés ou d'une conquête, d'une prise de pouvoir par la force. Enfin, la monnaie est la mesure qui est à son tour mesurée dans l'exercice de ses fonctions. Elle reste pour l'économie classique, avant le papier monnaie à cours forcé, une marchandise particulière dont la valeur est contrôlée par les autres particuliers. Elle ne mesure les autres que parce qu'elle peut elle-mên1e être mesurée relativement à d'autres marchandises. Elle représente les marchandises les unes auprès des autres, mais elle n'a qu'un mandat impératif et révocable. Le pouvoir souverain, le Léviathan, est au contraire la n1esure qui n'a pas de mesure, qui, une fois instituée ou établie par la force, est ouverte à la démesure, au-dessus de tout contrôle; le monde des marchandises individuelles porte en lui-même le principe de la mesure. Leurs valeurs respectives relèvent de la substance commune à leur être, à savoir d'être produits du travailet objets du besoin. De ce point de vue, il y a communauté des marchandises avant l'institution de la monnaie. Les hommes, quant à eux, ne fonnent qu'une communauté négative: ils n'ont en commun que l'impulsion de nuire à autrui et la crainte de la mort. Il n'est pas inscrit dans leur être de quoi établir leur valeur; il n'y a pas d'après leur nature propre la possibilité de les comparer, de les ordonner. Le monde des marchandises est ordonné par le fait qu'elles se rapportent toutes à leurs valeurs d'usage et d'échange. Le monde des hommes, lui, ne connaît pas de valeurs spontanées, ni de hiérarchie naturelle des valeurs. Les hommes sont pouvoir, mais ces pouvoirs sont trop divers pour être cOll1parables. Il n'existe pas une valeur universelle qui pourrait les mesurer. La mesure ne peut que leur être imposée de l'extérieur. Précisément ce en quoi ils sont comparables, à savoir leur égale aptitude à donner la mort, rend impossible un ordre politique et social parce que, de ce point de vue, ils sont égaux: ils ne peuvent donc spontanément se classer, se hiérarchiser de manière stable. La nécessité du Léviathan provient de l'absence d'une hiérarchie intrinsèque, générale, entre les hommes.

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L'acquisitioll-conquête tion limitée.

,. la propriété

comme domina-

Acquérir n'est pas un acte qui se déroule inévitablement dans le cadre du marché. Pour Hobbes, l'acquisition est synonyme de conquête; elle renvoie à la guerre plutÔt qu'à
l'échange. L'auteur du Léviathan emploie to acquire, acquirere dans le sens de conquérir, acquisition, acquisitio dans le sens de conquête. C'est ainsi qu'il distingue la République d'institution, communauté politique où le pouvoir est créé par une convention d'hommes assemblés, de la République d'acquisition, civitas per acquisitionem - où le pouvoir souverain est acquis par la force Il. Par ailleurs la possession légitime est désignée par le tenne dominion, traduction du latin dominium; elle renvoie à l'empire sur les hommes aussi bien qu'à la domination sur les choses. Un chapitre entier du Léviathan est consacré au dominion paternall and despoticall 12. Le propriétaire (owner) et le dominus sont même donnés comme équivalents. Le pouvoir sur les choses n'apparaît pas comme séparé du pouvoir sur les hommes. La domination sur les hommes entraîne la domination, le droit illimité d'usage sur les biens qui leur appartiennent: "celui qui exerce la domination sur la personne d'un homme l'exerce aussi sur tout ce qui appartient à cet homme" 13.Le dominium est le rapport suprême, souverain de l'homme aux hommes et aux biens. Et c'est à partir du modèle de la famille au sens antique, de la domus, c'est-à-dire enfants et serviteurs inclus, que Hobbes pense le pouvoir politique et ses droits sur les biens des individus: la famille est "pour ce qui est des droits de souveraineté, écrit-il, une petite ll10narchie, dont le père ou le maître de maison est le souverain" 14.

Il Léviathan, 12 Léviathan, 13 Léviathan, 14 Léviathan,

chapitre chapitre chapitre chapitre

XX, p. 207 de la traduction Tricaud. XX. XX, p. 210 de la traduction Tricaud. XX, p.214. 17

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