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Questions à la phénoménologie

De
176 pages
Un médecin psychiatre s'interroge sur la Phénoménologie, relit Husserl et ceux qui s'en réclament. Sont-ils vraiment si phénoménologues que cela ? Qu'ont-ils à attendre de la Phénoménologie ? À quels préalables, ascèse ou entraînement doivent-ils se livrer ?
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QUESTIONS À LA PHÉNOMÉNOLOGIE Robert Michel Palem
ou
Candide à Fribourg-en-Brisgau
Un médecin psychiatre s’interroge sur la Phénoménologie,
relit Husserl et ceux qui s’en réclament. Sont-ils vraiment
si phénoménologues que cela ? Qu’ont-ils à attendre de la QUESTIONS À LA
Phénoménologie ? À quels préalables, ascèse ou entrainement
doivent-ils s’y livrer ?
Retour aux « choses mêmes » (blosze Sachen) ? Oui, mais PHÉNOMÉNOLOGIE
chaque chose en son temps et à son propriétaire : la chose
du mathématicien (Husserl), du mystique (Scheler, Henry), du
philosophe (Platon, Heidegger, Sartre), du médecin psychiatre ou (Ey) n’est certainement pas la même pour tous.
Ce pourrait être une Introduction à la Phénoménologie, un Candide à Fribourg-en-Brisgausiècle après les Ideen de Husserl (1913), son avènement, sa
déclaration de guerre au positivisme, sa marque, ses traces,
ses engouements, son piétinement, ses dérapages et ses
désillusions ; ses espérances aussi, ou bien plutôt les espoirs
que met en elle une psychiatrie du Sujet, étranglée par le DSM
(le bottin mondialisé de l’American psychiatric Association).
Robert Michel Palem est Neuropsychiatre et
Docteur en Psychologie, membre et lauréat de la
Société Médico-Psychologique, de l’Association
K.Popper, et de l’Évolution psychiatrique.
Fondateur et président de l’Association pour la
fondation Henri Ey ; haut personnage sur lequel il a écrit plusieurs
ouvrages.
philosophiques
ISBN : 978-2-343-04975-5
Commentaires
17
QUESTIONS À LA PHÉNOMÉNOLOGIE
Robert Michel Palem
ou Candide à Fribourg-en-BrisgauQuestions à laPhénoménologie
ouCandide àFribourg-en-BrisgauCommentaires philosophiques
Collection dirigée
parAngèle Kremer Marietti etFouad Nohra
Permettre au lecteur de redécouvrirdesauteursconnus,
appartenant à ladite “histoire dela philosophie”, à travers leur
lecture méthodique, telle est lafinalité des ouvrages de la
présente collection.
Cette dernière demeure ouvertedans le temps et l’espace, et
intègre aussi bien les nouvelles lectures des “classiques” par
trop connus que la présentation de nouveaux venus dans le
répertoire des philosophes à reconnaître.
Les ouvrages seront à la disposition d’étudiants,
d’enseignants et de lecteurs de tout genre intéressés par les
grands thèmes de la philosophie.
Dernières parutions
SteeveElvisELLA,Altérité et transcendance dans le Mvett.
Essai de philosophie pratique, 2014.
Fatma MOUMNI,Aux sources de l’anthropologie positive,
AugusteComte lecteur deDavid Hume, 2013.
Lucien-Samir OULAHBIB,Hors des chemins qui ne mènent nulle
part, Ou comment sortir, libre, de la non philosophie, 2013.
Robert Michel PALEM, HenriEy et la philosophie. Les racines et
référents philosophiques et anthropologiques d’HenriEy, 2013.
Constantin SALAVASTRU,Cinq études sur la rhétorique
cicéronienne, 2013.
AngèleKREMER-MARIETTI,Merleau-Ponty.Larelationau
langageetausens,2013.
AngèleKREMER-MARIETTI,Autrui,soiettoutlereste,2013.
Yvette CONRY, Matières et matérialismes, Etudes d’histoire et de
philosophiedessciences,2013.
Jean-PierreCOUTARD,Lesoi,letempsetl’autre,2013.
Soundouss EL KETTANI, Une dynamique du visuel, L’ondoyante
réalitédesRougon-MacquartdeZola,2013.RobertM.Palem
QuestionsàlaPhénoménologie
ou
CandideàFribourg-en-Brisgau©L’HARMATTAN,2015
5-7,ruedel’École-Polytechnique;75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04975-5
EAN : 9782343049755À E u gè ne MINKOW SKI et He nri EY
ps ychiatr es e x emplair es et parfaits h umanistes
À Michel BERGOUIGNAN et Marc BLANC
qui suscitèrent tant d e vocations psychiatriques
À Benjamin FONDANE
martyr d e la « conscience malheureuse »martyr d e la « conscience malheureuse »
À A n gèle KR EM ER-M ARI ETTI
l’infati gabl e ens ei gnant e.
« Une preuve que l’homme n’a pas été fait pour trop regarder le ciel:de
même qu’il risque une mélancolie à trop regarder vers en bas, à trop regarder
vers en haut il attrape un torticolis.
Moralité : plutôt que trop regarder vers en bas ou vers en haut, il vaut mieux
regarder autour de soi.
Des fois qu’en bas et en haut ça serait ici... »
AndréAUZIAS,Agrégé de l’Université.
Portaparole,Roma, octobre 2013I
RetourdelaPhénoménologie…
1QuellePhénoménologie ?
Le 21 avril 1969,JeanGILLIBERT écrit àHenriEY :
« …L’apparaissant du monde est le monde. Il me semble que
vos Etudes psychiatriques (47) s’inscrivent dans l’ouverture de
cette pensée ».On a dit, en effet (ce qui serait à préciser) que
H.EY a introduit HUSSERL et la phénoménologie en
psychiatrie. Lui a bien précisé qu’il était beaucoup plus près
(« ou je crois être plus près... », a-t-il ajouté) de la
phénoménologie des Ideen de HUSSERL que de
HEIDEGGER.Que doit-on en penser ?
D’autres, d’A.HESNARD en 1959 (73) à J.ROUX en
1990 (124) et à Ph.PRATS en 2012 (120), trouvent qu’il est
bien phénoménologue quand il s’agit de décrire les états de
conscience (vécus), mais qu’il ne l’est plus quand il s’agit de
penser la constitution du champ de conscience. ROUX le
trouve plutôt structuraliste, PRATS organodynamiste... mais
Ey en est bien d’accord (47) : Il n’est pas question, sous
prétexte d’ « analyse existentielle » de ne parler que de
langage et d’intersubjectivité, trop facilement réductibles à
un seul plan où « se dilue la conscience dans ses
explicitations thématiques ».C’est que, dit-il, il n’est pas parti
des descriptions philosophiques de la conscience mais de
« ce qu’ont réellement perdu les malades quand ils tombent
dans l’inconscience » [il pense l’ICS]. Et « la déstructuration
de la conscience renvoie nécessairement à son organisation
comme à une structure fondamentale, à une région
ontologique de l’être ». L’homme ne se réduit pas à être
conscient ou inconscient ou raisonnable... «Le grand
1 Cette note de mise à jour sur le sujet a été engagée en 2002, à
propos du congrèsBiologie et conscience (Paris, 25-27 avril 2002. et de
quelques publications remarquées (CahiersH.Ey n°8-9, nov.2002,
173-176).
7problème de la nature de l’homme est celui de son
organisation dont le champ de la conscience constitue le
centre ».C’est une « perspective hiérarchisée et génétique ».
Dix ans plus tard (1979),DanielDENNETT, chef de
file de la Philosophie de l’esprit aux USA, publie un article
intitulé « Sur l’absence de phénoménologie » (39a) et, ironiquement,
écrit : « …bien qu’il y ait des zoologues, il n’y a pas
réellement de phénoménologues ».Mais il critique aussi ceux
qui « veulent préserver pour la conscience la distinction entre
apparence et réalité », les tenants du « théâtre cartésien » en
particulier, jugé « sans assise scientifique » (39b). Parle-t-on
bien, ici et là, de la même chose ? nous y reviendrons plus
loin.
2Il semble que vingt ans après, on n’en soit plus là et
que l’on observe même une certaine mauvaise conscience à
l’égard des attitudes antérieures trop avantageusement
qualifiées de « scientifiques », à savoir :
-la recherche d’ « objets », dont l’objet physique est le
prototype (sciences dures) et le préjugé dualiste et
« représentationnaliste », inévitable…
3-et la « conception augustinienne » de la langue .
MichelBITBOL (à qui nous empruntons ces distinctions) en
fait une analyse approfondie dans son livre (13), tout en
marquant sa préférence pour une approche
neowittgensteinienne et pour la Neurophénoménologie deFrancisco
VARELA (143).
«La distinction, couramment utilisée, entre conscience
phénoménale et conscience cognitive ne saurait être une
2Déjà, avecNicolaïHARTMANN nous verrons queEY trouve un
recours, une médiation ou un stade intermédiaire acceptable.
3 Soit (selon la lecture Wittgensteinienne) celle qui tient les mots
pour un correspondant des choses, la forme des propositions
pour une description des états de chose, et le lien entre les deux
comme un isomorphisme des figures de deux plans distincts.
8dichotomie…Il n’y a pas d’expérience phénoménale sans
structure cognitive, ni de représentation consciente sans
expérience phénoménale » (Jean DELACOUR (37)).
G.CANGUILHEM (20) parlait déjà, avec P.NELSON, de
« l’insatisfaisante objectivité » du type d’explication qui
confond le ressenti et le logique. «Il y a la vie en deça de la
dualitésubjectif/objectif » renchérit Varela.
«L’étude scientifique de la conscience peut et doit tenir
compte des aspects subjectifs de celle-ci. Les qualia ne
doivent être ni éliminés de cette étude, ni considérés comme
irréductibles à toute connaissance objective »
(J.DELACOUR). Il faut élargir l’ontologie des sciences de la
nature aux propriétés expérientielles (D.J.CHALMERS (26)).
«Décrire les conditions neuronales nécessaires et
suffisantes de la conscience n’est pas la même chose que les
vivre » dit Michel BITBOL, soulignant l’ « écart entre vivre et
théoriser », à la relecture d’EDELMAN et TONONI. «Décrire,
opération de distanciation, n’équivaut pas à vivre, acte
4d’identification » .
Il faut donc rendre compte de l’expérience phénoménale;
intégrer l’étude de l‘expérience et de ses propriétés (les
qualia ; aspects intrinsèques des représentations, qualité
spécifique) à l’étude de la cognition (B.PACHOUD et
T.ZALLA (115)). « L’expérience phénoménale elle-même est
en partie notre objet d’étude » dit EDELMAN, qui a une
conception élargie des qualia : les qualia ne sont pas
seulement des qualités primaires, élémentaires et ineffables
de la conscience.Subjectives, elles peuvent, surtout quand le
langage s’en mêle, apparaître comme«des catégorisations de
niveau supérieur effectuées par leSoi à partir des expériences
conscientes de ce soi et elles sont médiatisées par les
interactions entre la mémoire axiologique et catégorielle et la
perception » (G.EDELMAN etG.TONONI (45)).
Le problème le plus urgent n’est pas, selon VARELA celui
de l’émergence de la conscience à partir d’éléments étrangers
4AuCongrèsBiologie et conscience (Paris 25-27 avril 2002) et dans le
Cahier HenriEy n°8 (nov.2002).
9à elle, mais celui des ponts à établir entre des classes de
phénomènes antérieurement distinguées, d’une mise en
conformité mutuelle, de l’ « établissement d’un corpus
systématique de contraintes réciproques entre les
compterendus d’expérience en première personne et leurs
contreparties objectivées neurocognitives ».
L’expérience phénoménale n’est pas, comme l’ont dit
certains sceptiques, « imprimée sur des billets non
5convertibles » , mais « leur conversion demande certains
préalables »... dont l’un est ambigu puisqu’il s’agit, selon
EDELMAN de « ne pas nous laisser distraire par sa
phénoménologie, si riche ».
«L’expérience phénoménale dépend du fait d’avoir un
cerveau et un corps individués ».L’incarnation dans le corps
individuel est le prix à payer pour accéder à l’expérience
qualitative des qualia (ibid). Lire là les développements du
regretté F. VARELA (143) et relire par la même occasion
H.EY (TraitéII, p1250).
Pourtant,EDELMAN et TONONI nous disent « rejeter la
phénoménologie et l’introspection » parce que « le
subjectivisme ne peut être le fondement d’une connaissance
6scientifique correcte de l’esprit » . Il faut comprendre
comment l’expérience subjective dépend de certains
événements qu’on peut décrire objectivement, ce que
A.SCHOPENHAUER appelait le «nœud du monde » (128),
« comprendre les différents états subjectifs - les qualia - en
termes neuronaux » ; ce que ni le grand neurophysiologiste
5 Voir, déjà, Karl KLEIST(1951) qui pensait qu’il y avait une
correspondance, « pas donnée généralement ni de prime abord »,
entre les qualias et les analyseurs cérébraux ; s’opposant sur ce
point à son maîtreDUBOIS-REYMOND qui affirmait l’insolubilité
du problème psycho-physique (86).
6 Dans son premier grand ouvrage, Biologie de la conscience (45), à
propos du courant de la Phénoménologie depuis Edmund
HUSSERL,EDELMAN parle de « considérations délibérément non
scientifiques sur la conscience » (p207).
10SHERRINGTON ni le philosophe B.RUSSELL ne pensaient
possible.
Paradoxe et problème autour des deux consciences selon
EDELMAN («conscience primaire » et «conscience de
niveau supérieur » : celle investie par le langage à laquelle
fait allusionE.M.FORSTER lorsqu’il dit «Comment savoir ce que
je pense avant de voir ce que je dis? ». Pourquoi les expériences
sensorielles conscientes sont-elles particulièrement vives,
alors que la pensée ne l’est pas ?Il serait vain de dire que la
pensée est incolore, inodore et sans saveur. Mais ce serait
prendre parti que de dire, sans autres preuves, que c’est bien
la preuve qu’il y a pluralité des (états de) conscience.
Mais EDELMAN déclarait aussi au Monde, en 1994 (45b) :
«Les progrès de la biologie ne peuvent dispenser de
l’approche philosophique de la conscience et de l’esprit ».
Philosophie de l’esprit ?…ASanDiego, ils ont leur idée sur
la question (les CHURCHLAND, pour ne point les
nommer)… qui n’est pas la nôtre. Comme dit notre ami
Jacques CHAZAUD, « modéliser la digestion d’une
blanquette de veau n’est pas la même chose que la manger » !
(29b)
*
11II
Prolégomènes d’une Phénoménologie pour
presque débutants. Ou le malentendu d’une
certaine psychiatrie soi-disant phénoménologique
(séduction,perplexité,résistances...).
Définition :
La phénoménologie au sens large est la somme de l’œuvre
Husserlienne et des hérésies qui s’en sont réclamées en lui
faisant suite (P.RICOEUR).
Au sens strict, la phénoménalité est son affaire (mais pas son
exclusivité puisque les présocratiques en parlaient déjà). « Un
phénomène, au sens le plus original du terme, c’est une
apparitio n ; aussi est-ce essentiellement quelque chose de
relationnel » souligne N.DEPRAZ (40). «Par sa définition
même, une apparition est en effet ce que quelque chose est
pour autre chose ; il s’agit d’un être-pour, par opposition à un
être en-soi [...] En fin de compte, définie ainsi, la
phénoménalité ne diffère que fort peu de la subjectivité... »
La phénoménologie est plus connue comme la discipline
marquant un intérêt tout particulier pour le « Véc u ».Mais les
7phénoménologues parlent moins de vécu - c’est pour le bon
8peuple- que d’expérience . «La connaissance naturelle
commence avec l’expérience (Erfahrung) et demeure dans les
limites de l’expérience » : c’est la première phrase qui ouvre
les Ideen (75).
7 Encore que EY en parle beaucoup en rendant compte de
HUSSERL (p701-702) et de HEIDEGGER (p702-703) dans l’Etude
n°27 (tome III). Mais je le soupçonne de parler un peu à leur
place.
8Ou de « datum phénoménologique » commeN.DEPRAZ (40f).
13Plus précisément elle sous-entend (N.DEPRAZ (40)) la
mise en suspension (pas la négation) de l’existence du
monde par le geste de l’épochè, au profit de la conscience du
sujet entendue comme seule source de sens : c’est
l’intentionnalité.
Il est aussi question d’éidétique : qui concerne la
connaissance, au sens large. Plus précisément, chez
HUSSERL, tout ce qui concerne les essences, par opposition
aux phénomènes sensibles.
Historique : On distingue trois ou quatre périodes, la
dernière étant marquée tout autant par un regain
d’intérêt que par une certaine confusion :
1-une première période : celle de la psychiatrie
phénoménologique descriptive, psychiatrie à visage humain,
qui est incarnée par Karl JASPERS (1883-1969) et sa
Psychopathologie générale (1913), àHeidelberg et àBâle.
2-une deuxième période : celle de la psychiatrie
phénoméno-structurale et anthropologique
(E.MINKOWSKI, 1885-1972, français) et L.BINSWANGER
(1881-1966), germano-suisse, considéré par beaucoup
comme le plus grand, le plus ambitieux, le plus complet
psychiatre de tous les temps, respecté deFreud.
3-La troisième période (qui chevauche en fait avec la
seconde, MINKOWSKI et BINSWANGER étant
contemporains) serait le développement de la Psychiatrie
phénoménologique Existentielle et de la Daseinsanalyse sur
la base philosophique - on n’ose plus dire anthropologique -
de « Sein un Zeit », L’Etre et le Temps (71), le monument d’
HEIDEGGER (1927).
On discute de la réalité et de l’ampleur de la dette de ces
deux médecins psychiatres vis à vis de ces deux philosophes
allemands que furent HUSSERL et HEIDEGGER, l’un
chassant l’autre. HEIDEGGER avait-il raison de vouloir
décourager BINSWANGER en lui faisant remarquer que
14« l’analyse existentiale (Daseinzanalytik) était une entreprise
ontologique issue d’une interrogation sur l’être et que,
comme telle, elle ne pouvait intéresser le médecin » ?On sait
que Médard BOSS (à Zollikon, Suisse) oeuvra à leur
rapprochement (16d).
Mais lorsque Roland KUHN (92) développa l’idée qu’il
fallait expérimenter le monde dans la perspective
heideggérienne pour avoir chance de rencontrer le patient
comme un « partenaire existentiel (Daseinspartner) » et de
« réunir deux destins », beaucoup pensèrent que là on allait
trop loin, confondant guérison (de la maladie) et salut (de
l’âme). Les mêmes trouvèrent choquant qu’on puisse être
amené à demander « des honoraires en échange d’une
communication existentielle », pour reprendre la mise en
garde cinglante deK.JASPERS (79).
On n’oubliera pas à côté des trois grands (JASPERS,
MINKOWSKI, BINSWANGER) : KUHN, STRAUSS,
GEBSATTEL, BLANKENBURG, TELLENBACH,
TATOSSIAN,MALDINEY...
-La quatrième période offre heureusement d’autres
référents philosophiques que HEIDEGGER (fortement
dévalué) : RICOEUR, LEVINAS, MALDINEY, HENRY...
et de nombreuses écoles et instituts fleurissent en Europe,
9enAmérique du nord et du sud, auJapon .
La phénoménologie se veut une science rigoureuse, ce qui
ne veut pas dire une science exacte, ditSergioBENVENUTO
(10) ; et une science est rigoureuse quand elle est adéquate à
la chose qu’elle vise. Mais que vise donc la
phénoménologie ?La véritable nature de l’être humain,
ditelle. Le seul fait que ce soit un mathématicien (HUSSERL,
9 On en trouvera l’inventaire aux pp.21 à 25 du tome I de la
« Psychiatrie phénoménologique » de Paul JONCKHEERE (81) et in
« Two millenia of psychiatry in west and east » de T.HAMANAKA et
GE.BERRIOS, 2003 (68).
151859-1938) qui se pose cette question nous laisse deviner les
difficultés et surprises à en attendre.
Abstrait, concret. Expériences et
vécus...
Il y a là comme une certaine équivoque, d’origine
ellemême incertaine, qui nous conduit à nous poser l’étrange
question qui suit : HUSSERL est-il aussi abstrait qu’il
s’en défend? ou bien aussi peu concret qu’il se
revendique ? c’est ce que nous allons examiner plus en
détail.
On a longtemps opposé leRéel, intangible, et leSujet, sain
ou malade.Ce dernier ayant perdu (le sens de) la réalité, dont
le psychiatre se devait d’être auprès de lui « l’ambassadeur ».
Jacques ROUX (124) résume la situation ainsi : «Le réel était
jadis la garantie du Saint Homme (celui qu’on hallucinait
comme n’hallucinant pas). Il est aujourd’hui celle de
l’homme sain qu’on imagine. Vrai ou pas, le réel est une
institution, un dispensaire d’hygiène mentale ; c’est du moins
la façon dont l’utilisent Henri EY, bien d’autres, et nous
derrière eux.Garantie de non-folie, il nous concerne et nous
définit.
C’est à un discours sur les phénomènes qu’Henri EY a
voulu confier le soin de le relativiser ». On dit aussi sur les
«vécus » (vus de l’intérieur) : mais n’est-ce pas la même
chose que les phénomènes (vus de l’extérieur) ? dira le
10profane . EY (47a) n’est pas contre, mais il insiste sur le fait
qu’il y a « une architectonie du vécu » et il commente, entre
l’admirable MERLEAU-PONTY (et son « fameux ouvrage »
sur la Phénoménologie de la Perception) et le très consciencieux
HUSSERL et ses arides Ideen.Examinons cela de plus près et
développons (comme disent les professeurs).
Ey (12b) est intéressé par cette approche du vécu et
ce « procès-verbal portant sur le vécu du vécu », se saisissant
du réel vécu pour aboutir aux synthèses logiques de la
10 Michel HENRY dit que le phénomène est le concept qui unit
l’être et l’apparaître (72).
16