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QUESTIONS PHENOMENOLOGIQUES
SUIVIES DE

LECTURES FREUDIENNES

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PATRICK NERHOT

QUESTIONS PHENOMENOLOGIQUES
SUIVIES DE

LECTURES FREUDIENNES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-1962-7

A Maria Catalina Segovia Nerhot Case

SOMMAIRE

PREMIÈRE PARTIE

Page Il

QUESTIONS

PHENOMENOLOGIQUES

Questions phénoménologiques Introduction: Qu'est-ce qu'un littéralisme?

15 17 33 34 49

Chapitre I - VERITEET MONSTRATION
1. La métaphore du jeu et le principe de rationalité 2. La notion de règle: 1 Chapitre II

- LA REPONSE HERMENEUTIQUE DE
67

L'AILLEURS A LA QUESTION DU SENS

1. La notion de règle: 2 2. La question de méthode
Chapitre III - LE CONCEPT DE TEMPS ET

69 83

LA QUESTION PHENOMENOLOGIQUE

103

DEUXIEME

PARTIE

LECTURES

FREUDIENNES

137

LE PETIT HANS
Chapitre l - LA QUESTION DE LA MONSTRATION ET LE RAISONNEMENT FREUDIEN

141

143 143 150 180

1. 'Introduction' 2. 'Histoire de maladie et analyse' 3. 'L' épicrise'
Chapitre II

- L' «APRES-COUP»

FREUDIEN

201

Chapitre III
FREUDIEN

- LA FIXATION ET LE RAISONNEMENT

227

LA NECESSITE DE LA MONSTRATION DE LA THESE DE LA SCENE ORIGINAIRE
Chapitre

239

l - Au PRINCIPE DE LA THEORIE FREUDIENNE:
DU DESIR EN ANGOISSE 243

LA TRANSFORMATION

Chapitre

II

- LA

MONSTRA TION DE LA SCENE ORIGINAIRE

COMME ECRITURE DE L'ORIGINE DU MONDE

287
383

Chapitre Conclusion

III - HISTOIRE, SENS ET «APRES-COUP» - LA CASUISTIQUE

413

10

PREMIERE

P ARTIE

QUESTIONS PHENOMENOLOGIQUES

Ce livre se compose de deux parties distinctes. La première porte sur la question générale de la connaissance et est affrontée dans une perspective phénoménologique qui vient à être définie. La seconde partie se veut une seule expérimentation des concepts et notions divers qui ont été construits au cours de la première partie à partir de textes freudiens où est construite la dogmatique de la névrose. Nous entendons souligner, ce faisant, que cette partie n'entend aucunement correspondre à une étude de psychanalyse, d'hier ou d'aujourd'hui, pas plus qu'elle n'entend être un essai sur «Freud». Cette étude se veut seulement l'analyse de certains textes de Freud mais de textes, cependant, qui auront été essentiels à la construction de sa vision de la psychanalyse de 1905 à 1915. Quoiqu'il en soit et bien que d'une extrême importance, ces textes ne représentent pas dans son intégralité la psychanalyse freudienne et ce que nous dirons dans ces pages se limitera aux seuls textes affrontés. Toute extrapolation serait par conséquent mal venue. Par cette expérimentation nous ne faisons qu'une incursion dans le monde freudien, notre question principale demeurant la phénoménologie.

13

QUESTIONS PHENOMENOLOGIQUES

1

Il est d'usage, depuis maintenant de longues décennies, d'affirmer que tout est question d'interprétation. Une phrase s'interprète, la nature s'interprète, la politique s'interprète, tout «s'interpréterait» En même temps, est devenue évidemment insupportable l'idée qu'il puisse y avoir un principe de mesure qui ne porterait pas à interprétation, un principe de mesure universel, l'idée en d'autres termes qu'il puisse y avoir quelque chose de supérieur, de général, et qui fixerait tout discours en un discours de vérité. Un tel refus semble du reste le grand acquis méthodologique de la seconde moitié du vingtième siècle. Le problème reste que pourtant si aucun principe n'est investi d'aucune autorité, alors c'est tout et n'importe quoi qui peut prétendre être
1 Ce travail est la continuation de notre ouvrage publié il y a trois ans: La fenomenologia della filosofia analitica dellinguaggio ordinario, Cedam, Padova, 1998. Ce que nous y construisions, à peine écrit, ne nous satisfit qu'assez peu et, l'ouvrage à peine achevé, nous nous remîmes donc au travail. Est alors venu ce texte. Sa première forme écrite fut pourtant l'anglais car ce texte fut le support à nos séminaires tenus au Georgetown Law Center, Washington DC, en automne 1999 et nous pensions du reste le présenter au comité de publication de cette Université. Mais nous n'en fûmes toujours pas pleinement satisfaits et nous procédâmes à une autre écriture intégrale de ce texte mais en français cette foisci, plutôt qu'en italien qui est notre langue première de travail, car cette version

servit de support à une Universitéd'été, Juillet - Août 2000, tenue en langue
française et qui s'adressait à nos étudiants turinois mais aussi à tout étudiant européen intéressé. Que ce texte ait d'abord été conçu pour un public américain explique que des références, à partir desquelles nous raisonnons parfois, appartiennent aux débats universitaires américains mais elles ne sauraient constituer un quelconque handicap dès lors que ce texte s'adresse à un public principalement francophone; nous avons ainsi laissé ces références.

une autorité, être un principe; c'est tout argument qui sera irréfutable, parce qu'interprétation, on dira aussi point de vue, et, sous la forme de l'égalité absolue, parfaite, entre individus, opinions, etc., les pires violences seront commises. Aussi par ce texte est-ce que nous réaffirmons le principe de rationalité, cette possibilité, en d'autres termes, de contester au nom du vrai, au nom du faux, un argument avancé et nous procéderons à la formalisation de ce prInCIpe. Nous l'avons dit, devant présenter ces réflexions devant un public anglophone, nous nous étions appuyés sur des auteurs de langue anglaise afin de rendre ces réflexions plus accessibles à ce public. Bien que, cette fois-ci, nous nous adressons à un public francophone, nous maintenons ces références puisqu'elles renvoient à des auteurs connus assez généralement en Europe et dont les œuvres, par ailleurs, sont traduites pour la plupart en français 1. Matériau servant de support initialement à des conférences puis à un cours-séminaire, la forme orale que parfois ce texte revêt à été maintenue.

1 En particulier, Stanley Fish, Doing what comes naturally, Duke University Press, Durham and London, 1989. John Austin, How to do things with words?, Oxford University Press, nous nous sommes appuyés sur la seconde édition de 1975. Enfin, John Searle, Speech Acts, An Essay in the philosophy of language, Cambridge University Press, nous nous sommes appuyés sur la dernière édition, datant de 1980.

16

INTRODUCTION: QU'EST-CE QU'UN LITTERALISME?

Fish reposerait sur cette vérité d'évidence que le sens
littéral n'existe pas. Ce sens inexistant empêcherait tout projet linguistique ou philosophique qui serait formaliste ou conventionnaliste et obligerait à concevoir la question du sens ainsi que le fera Stanley Fish dans sa rhétorique. Le juriste-philosophe écrit: «Meaning cannot be formally calculated, derived from the shape of marks in a page; or to put it in the most direct way possible, that there is not such thing as literal meaning, if by literal meaning one means a meaning that is perspicous no matter what the context and no matter what is in the speaker's or hearer's mind, a meaning that because it is prior to interpretation can serve as a constraint on interpretation» 2. L'idée est traditionnelle, sinon banale: un sens littéral serait ce sens qui s'impose de lui-même, sans qu'il ne soit nécessaire d'invoquer une «intention», un «contexte» ou quoique ce soit. Le sens littéral traduirait une évidence première qui imposerait le sens et qui introduirait nécessairement au projet analytique. A cette prétention du sens littéral, ainsi défini, entend s'opposer le projet de S. Fish, fondé, encore une fois, sur l'inexistence de tout sens littéral 3.
l Stanley Fish, Doing what comes naturally, op. cit. 2 S. Fish, op. cit., p. 4. 3 Ainsi par exemple, p. 358: «But, of course, this entire picture of things, and the possibility of being a conventionalist, depends on the assumption that explicit or literal meanings do in fact exist, and it is my contention that they do not.», p. 359: «The moral is clear: someone who stands on a literal or explicit

1

La pertinence du projet philosophique de Stanley

INTRODUCTION

Nous voudrions, dans cette introduction, nous poser

une première question - qui restera, d'une certaine façon,
présente tout au long de notre réflexion, nous verrons

comment et pourquoi - qui est celle de savoir ce que
signifie un «sens littéral». Le problème n'est pas tant celui d'une simple définition que celui de la formalisation d'une question épistémologique, sans doute même la grande question épistémologique pour qui tente de comprendre la Modernité. Le «sens littéral», ainsi que nous allons le démontrer, n'est pas ce sens qui proviendrait d'une stricte définition des mots que, par exemple, comprend une phrase. Le sens «littéral» renvoie à une question bien plus complexe que cela! C'est, du reste, faute de ne le percevoir, nous démontrerons cela aussi, que l'auteur cité pense que la question du sens est nécessairement une

question d'interprétation 1. Plus que de la question de
l'interprétation, il conviendrait sans doute mieux de parler de la culture de l'interprétation qui, si elle s'oppose évidemment à ce que seraient les pensées formalistes, ne signifie pourtant pas que ces dernières ne soient qu'une illusion philosophique et qu'aurait fait disparaître, précisément, cette culture de l'interprétation! Autour de la question du «littéralisme» s'enroule toute la question philosophique du sens: que signifie, pour la pensée occidentale moderne (par cette expression nous nous référons à l'écriture philosophique qui formalise le
meaning in fact stands on an interpretation, albeit an interpretation so firmly in place that it is impossible not to take as literal and unassaisable the meaning it subtends.». 1 Ainsi S. Fish de s'appuyer sur l'autorité de Unger lorsque ce dernier proclame: «Those who dismiss formalism as a naive illusion... do not know what they are in for... They fail to understand what the classicalliberal thinkers saw earlier: the destruction of formalism brings in its wake the ruin of all other liberal doctrines of adjudication». S. Fish, op. cit., p. 5. 18

INTRODUCTION

principe de rationalité par la représentation d'un temps historique, les trois-quatre derniers siècles) un sens

«littéral»? Cette longue liste que propose Stanley Fish 1,
faite de seize énoncés qui traduiraient ce qu'implique un sens littéral, est une expression erronée du problème épistémologique posé. Ce à quoi aurait pu penser Standley Fish lorsqu'il réfléchissait au sens littéral, c'est à la métaphore de la «clarté» que suscite toute référence à un

sens littéral. Que nous indique une telle métaphore - la lumière - dès lors qu'est posée la question du sens à partir
d'une interrogation sur le langage? Cette réflexion n'a pas effleuré la pensée de Stanley Fish et c'est dommage car une telle métaphore exprime qu'un sens n'est pas équivoque dès lors que ce qui est de l'ordre du perceptible n'ouvre à aucune contestation. C'est cela qu'il va nous falloir comprendre, cette question du «perceptible» et en particulier lorsque l'on parlera de langage. Notre juriste-philosophe n'a pas perçu le problème épistémologique que pose le littéralisme et, ainsi, a développé de nombreuses analyses, exprimé maints jugements, proposé une foule de raisonnements qui ont tous en commun de ne pas traiter correctement la lumière, de la clarté, dès lors qu'est avancé ce que serait un «sens littéral»? Elle nous indique, tout simplement, qu'un littéralisme montre, qu'il est une rnonstration bien spécifique et grâce à laquelle un sens, en toute certitude, s'affirme. Mais en quoi consiste une telle rnonstration?
1 Stanley Fish, op. cit., p. 6. 2 Sur cette question de la métaphore, voir Patrick Nerhot, La Fenomenologia della filosofia analitica deI linguaggio ordinario, op. cit.; également, infra note 61. 3 Par exemple, p. 9: «Meanings that seem perspicous and literal are rendered so by forceful interpretive acts.. .».

2

question du sens 3. Que nous indique la métaphore de la

19

INTRODUCTION

Avant que de répondre à cette question, disons déjà ce que cette métaphore nous enseigne: que les paroles ne se suffisent pas à elles-mêmes dès lors que l'on dit attester du sens. C'est déjà l'opposé de ce que traditionnellement l'on pense lorsque l'on évoque un sens littéral. La vertu de ce sens, c'est en effet la «clarté». Ainsi, et pour revenir à notre question, nous poserons que, par définition, un littéralisme montre, est une monstration. Cela signifie, par conséquent, que le mot fait sens par ce surplus de sens qui n'est pas le mot, qui est un au-delà du mot (la «clarté»). Nous démontrerons que c'est par cette monstration (la «clarté» du sens littéral) qu'est rendu possible le jugement vrai-faux: s'il y a un sens attesté et sans qu'aucune contestation ne soit possible, c'est parce que le mot est «clair» et non pas parce que le mot est mot. Le sens littéral est I'herméneutique la plus achevée de la pensée occidentale moderne et qui justifie que l'on parle de positivisme philosophique: un sens «littéral» est sens parce qu'un «ce-qui-se-voit» - et c'est à cela que se réfère la littéralité - est un effet de surface, un sens donc, ce qui veut dire qu'il s'identifie totalement à un «ce-quise-lit». La relation est totalement réversible: la lecture, par laquelle s'obtient le sens, est ce seul regard qui court à la surface des mots. La surface des mots révèle - au simple regard - le secret des choses: à partir de ce qui se voit on accède totalement, directement, au sens, à ce sens qui se révèle donc à la surface des mots, tout comme le monde offre ses secrets à la surface des choses 1. Pour cette raison, et pour cette raison seulement, il ne peut y avoir
1 Les travaux d'épistémologie sont nombreux qui traitent de cette question, en particulier pour ce qui concerne la botanique ou la physique. Voir, par exemple, les travaux de F. Dagognet et plus particulièrement Faces, Surfaces, Interfaces, Vrin, Paris, 1982. 20

INTRODUCTION

équivoque, ambiguïté, interprétation, ou bien discussion: le sens est simple regard, chacun peut percevoir ce qu'il y a d'immédiatement, de directement visible et qui est tout le sens. Formaliser le principe de rationalité a toujours consisté à construire, concevoir, l'invisible et le visible. Ainsi, avec la Modernité, un signe est déjà tout le sens dès lors qu'il est regard de surface. C'est cette puissante herméneutique qui est au principe de cet effet de sens si particulier et pourtant si central au mode de connaître de la Modernité qu'est le sens littéral. Il s'exprime de la même manière pour une expérience en sciences de la nature ou pour cette expérience qu'est parler un langage: montrer signifie démontrer, la démonstration procède de la monstration. Par l'accession à un visible, un sens s'atteste. La question du littéralisme est singulièrement plus vaste que ce que, en particulier, Stanley Fish croit (qui ne fait, du reste, que répéter un sens commun) lorsqu'il considère, notamment, qu'il ne s'agit là que d'une seule théorie du langage. Le sens littéral est la forme la plus achevée, disions-nous, de l'herméneutique par laquelle se formalise le principe de rationalité. Ce sens appartient à l'ensemble

des savoirs 1; son herméneutique dispose que voir c'est
lire (le secret du monde). C'est là le projet de la philosophie positiviste lorsqu'elle recherche la formulation abstraite d'un principe qui qualifierait la formation de la pensée scientifique moderne pour l'ensemble des savoirs.

1 L'herméneutique de l' «evidence» du droit anglo-américain en est, pour notre perspective, un très classique exemple. Nous ne reprendrons pas dans le cadre de cette étude les travaux d'épistémologie juridique que nous avons abordés ailleurs. Voir en particulier notre lecture de John Austin in La Fenomenologia della filosofia analitica dellinguaggio ordinario, op. cit. 21

INTRODUCTION

Nous nous proposons, par ce texte, d'étudier précisément cette herméneutique: tout le secret du monde se révèle à la surface des choses. Le sens littéral présuppose que l'au-delà de la parole, l'au-delà de la phrase (la «clarté»), et par lequel on accède au sens, par la parole ou par la phrase, est rapporté, ramené, exactement à ce qui serait son espace originaire et qui retient le sens. Par le sens littéral, en effet, s'affirme cette certitude métaphysique que ce qui n'est pas perceptible, saisissable par le regard, et qui est au principe du sens, demeure en un lieu d'où il n'a jamais fui; il s'agit seulement d'identifier les évidences qui nous l'indiquent, qui nous y portent. Ces évidences consistent en ceci que la perception est déjà lecture, lecture d'un texte dont on peut tout ignorer mais que l'on sait pourtant lire car son sens se révèle par un simple regard. A titre d'exemple, rappelons que John

Austin faisait valoir que des actes de langage peuvent
signifier des choses différentes alors même qu'ils sont constitués de signes identiques. Par cette observation le philosophe entr'ouvrait, à son insu pourtant, la question qui porte aux similitudes grâce auxquelles les choses se mesurent et qui expliquent que deux énoncés semblables puissent néanmoins recouvrir un sens différent, et inversement 2. Si, en effet, deux sens différents peuvent se manifester à travers une même forme, à partir de quoi, comment, un sens s'indique-t-il? Quel est donc ce regard qui traverse les fausses similitudes, quels sont les signes qui indiquent le sens, mais aussi qu'est-ce donc qu'une itérabilité et qui soit la conservation d'un sens? C'est à tout cela que répond un sens «littéral»! Analyser ce qui
1 John Austin, How to do things with words?, op. cit. 2 Par exemple, «j'approuve», se demandait John Austin, est un performatif explicite ou plutôt un descriptif?

1

22

INTRODUCTION

ordonne ces signes par lesquels se parle une langue, ce n'est pas seulement développer ces raisonnements que l'on regroupe sous le nom de philosophie du langage, c'est d'abord et avant tout ouvrir une enquête épistémologique sur tel monde et qui parle ainsi telle langue. Parler une langue, comme pour tout savoir, c'est effectuer les mesures par lesquelles s'établissent les équivalences qui disposent les identités et les différences. Pareillement, nous aurons l'occasion d'expliquer que nommer n'est pas accéder aux choses mais se référer à une monstration. Les mesures, ou similitudes, sont la toute première question que doit savoir affronter toute philosophie et donc une philosophie du langage. Le langage ne nous transporte à aucun originaire, une étude sur une langue révèle les mécanismes essentiels à partir desquels nous nous (auto)identifions. La question épistémologique, qui vaut pour tout savoir, est celle d'une enquête sur les signes par lesquels une connaissance s'établit et sans qu'il n'y ait d'autres supports phénoménologiques possibles à l'acte de connaître que l'ordre propre que cette connaissance dispose. Revenons quelques instants à la question du sens littéral et de la monstration et, afin d'illustrer quelque peu notre formule qui pourra sembler un peu abstraite, citons, toujours à titre d'exemple, John Searle 1: «Paradigms refering expressions in English fall into three classes as far as the surface structure of English sentences is concerned

...»

2

Egalement 3: «. .. even though the syntactical

representation of the semantical facts will not always lie in the surface of the sentence». Souvenons-nous aussi de
1 John Searle, Speech acts, An essay in the philosophy of language, op. cit. 2 John Searle, op. cit., p. 28, nous soulignons. 3 Op. cit., p. 30, nous soulignons.

23

INTRODUCTION

tous ces «indicatorsthat show» 1. John Searle, construisant
ce qui se voulait une œuvre toute analytique, raisonnait pour ce faire phénoménologiquement et, parfaitement à son insu, lui-aussi témoignait en toute ignorance de ce que signifie connaître depuis la Modernité. L'effet de surface est cette herméneutique qui conçoit le sens comme quelque chose qui se donne, totalement; le sens est effet de surface pour autant qu'un «extérieur» indique totalement un «intérieur», c'est-à-dire un «caché» (et qui retient la vérité des choses). Un sens, «littéral» par exemple, est la lecture de cet extérieur, il est ce regard plein, total, à l'égard duquel rien ne reste caché. Un effet de surface est ainsi une construction positiviste du monde: un sens s'acquiert par la réception de ce qui est donné, on parlera alors de description. S'appuyant sur ces «grammatical forms of surface», «structure of surface», etc., John Searle retrouve le plus puissant aphorisme qu'a su susciter la philosophie positive et qui veut que la vérité du monde se dévoile à la surface des choses. Comprenons donc que la «surface des choses» est ce texte qui s'offre à une lecture qui porte au secret du monde: encore une fois, voir c'est lire 2. Pour John Searle, dans la structure syntaxique d'une phrase nous pouvons sémantiquement distinguer ces «indicators» qui sont des témoignages apparents et qui s'inscrivent en des traces sémantiques: ces «indicators» font sens en ce qu'ils sont des phénomènes sémantiques, c'est-à-dire quelque chose qui se voit et qui indique (et dont la simple vue porte au sens). Un tel phénomène,
1 Ibidem. 2 Les similitudes seront ainsi construites très spécifiquement par John Searle, elles seront une expression philosophique de la méthode descriptive selon laquelle un «ce-qui-se-montre» est déjà un «ce-qui-se-lit». Pour une analyse systématique de cette herméneutique voir, Patrick Nerhot, La Fenomenologia della filosofia analitica dellinguaggio ordinario, op. cit. 24

INTRODUCTION

encore une fois ainsi que le conçoit John Searle lorsqu'il construit sa philosophie du langage, est accessible au premier regard, au regard novice, il est simple regard et qui perçoit le sens. Il s'agit là, encore et encore, d'une conception des actes cognitifs qui relèvent de la philosophie positiviste et non pas d'une quelconque originalité searlienne en matière de philosophie du langage. Si le texte du philosophe peut sembler pertinent, c'est en ce qu'il renoue précisément avec les aspects méthodologiques essentiels de la pensée positiviste et non pas parce qu'il innoverait dans le champ de la méthode. La philosophie analytique du langage est inscrite au sein de notre épistémé positiviste. C'est, du reste, de n'avoir pas assez compris cette question épistémologique que résulte l'échec de John Austin 1.En effet, l'échec du philosophe est dû à l'absence d'une analyse sur les médiations par lesquelles seulement nous inscrivons du sens (par l'absence, donc, d'une réflexion sur la question de la représentation, ce qu'il entrevit en partie lorsqu'à la fin de ses conférences il en appela à une phénoménologie). Ainsi par exemple, si le puissant philosophe parlait de «constatif» - par opposition au «descriptif» - c'est parce qu'il prétendait qu'un sens s'obtient dans l'immédiateté d'un geste et de ce qu'il, intrinsèquement, indique, parce qu'il prétendait implicitement qu'un acte de langage révèle son sens dans l'instantanéité d'une action qui se réalise et de la parole qui l'accompagne, prononcée en la circonstance 2. Par
1 John Austin, How to do things with words?, op. cit. 2 Comme nous l'avons déjà indiqué plus haut, nous ne traiterons pas dans le cadre de cette étude directement de l'épistémologie juridique. Nous avons démontré dans notre Fenomenologia della filosofia analitica deI linguaggio ordinario que le mode juridique de raisonner était intime aux constructions austiniennes (et searliennes). Nous renvoyons à ce livre pour cette 25

INTRODUCTION

définition, dans cette immédiateté de la parole à l'action (qui veut traduire encore une fois la question du sens), John Austin écartait toute idée de médiation (et donc de représentation). Le philosophe maintenait une spéculation toute positiviste en ce que nécessairement il supposait que ce qui appartient au sens, ce qui indique le sens, est de l'ordre de l'immédiatement perceptible et qui se révèle dans une intégrale extériorité. Le constatif présuppose tout cela sinon nous ne comprenons rien. Le sens est un donné, le sens est tout donné; il se réceptionne, il se reçoit, se recueille par une perception pleine et totale de ce qui fait sens. Le constatif, sur ce point, ne se distingue pas du descriptif: ils relèvent tous deux d'une philosophie . .. 1 posItIvIste. La négation de la médiation, de la représentation, au principe de la question du sens, aura, du reste, engagé le philosophe de Oxford dans une construction de la notion de «texte» dont les approches qui s'en inspirent n'ont sans doute pas fini d'en subir les effets aujourd'hui. Puisqu'en effet dans l'instantanéité d'un geste (extériorité) et d'une intention (intériorité) se perçoit totalement le sens (de ce qui se voit, en d'autres mots, instantanément, nous accédons à une lecture du monde vraie), ce qui se donne à lire est donc un texte qui ne souffre d'aucune ambiguïté sinon l'instantanéisme serait impensable: cela s'appellera chez John Austin un «contexte» et il consistera à recomposer l'intégralité d'un geste. Mais ce contexte-ci est très exactement ce que la méthode positiviste

démonstration. 1 Le constatif se distinguera, évidemment, du descriptif en ce qu'il signifie que le sujet connaissant participe nécessairement à l'énonciation du vrai, qu'il n'est pas le simple spectateur, en d'autres termes, du spectacle offert par la nature ou la société. 26

INTRODUCTION

présuppose: à savoir que le simple regard est au principe de la lecture du monde, d'une part, que tout est offert, dans sa totalité au simple regard, pour ce qui appartient au sens, d'autre part. Le «contexte» de John Austin n'est sûrement pas un dépassement conceptuel du «positivisme», le «contexte» de John Austin est une reformulation de la notion de «texte» de la méthode positiviste. Le contexte de John Austin est ce texte qui montre une «situation totale», pour reprendre son expression. Ainsi nous développerons plus avant une critique philosophique à

cette conception - lorsque le philosophe en appelait au
contexte, il n'échappait pas au piège du réalisme dans lequel il était, du reste, déjà tombé lorsqu'il utilisait sa notion d'agir (le fameux «1 do»). Le contexte, en effet, ce n'est pas ce qui va donner sens à un «texte» qui refuserait de délivrer son sens, le contexte chez John Austin est la médiation par laquelle on montre ce qu'un texte dit: un contexte est une représentation par laquelle on accède à un phénomène qui indique ce qui reste caché et qui retient le sens, que retient le texte 1. Voilà ce qu'il faut comprendre et que le philosophe n'aura pas compris. 2 En sciences sociales en général et en sciences juridiques en particulier, connaître signifie toujours travailler à partir de deux choses: la chose «règle» et la

1 L'échec de John Austin aura porté, évidemment, sur cette question de la monstration. Dans sa recherche sur l'illocutoire, le philosophe voulait parvenir à une observation conçue comme le voir d'un agir et qui ne se serait pas écrit comme le montrer d'une description. Ce n'est que dans sa toute dernière conférence qu'il fit allusion à la phénoménologie mais sans toutefois préciser en quoi cette dernière eût été nécessaire. Mais le pouvait-il, lui qui niait la question de la monstration, c'est-à-dire de la médiation quand il recherchait la formulation de l'instantanéité. 2 Il serait au reste tout à fait légitime ici de parler de tout acte de savoir, sciences sociales ou sciences de la nature. 27

INTRODUCTION

chose «comportement». L'erreur, cependant, qui toujours est commise et ce, quelles que soient les écoles de pensées et les méthodologies utilisées, est de toujours poser entre les deux termes un lien nécessairement immédiat et direct. Tous les raisonnements, dans leur immense diversité encore une fois, considèrent en effet qu'énoncer une règle c'est déjà traiter d'un champ social, c'est déjà fixer des comportements. Ceci quel que soit le domaine du savoir considéré: sciences économiques, sciences juridiques, linguistique... Ainsi, par exemple, John Austin avec son «constatif» pensait-il saisir immédiatement ce

comportement qui eût indiqué, alors, une règle 1. Le
raisonnement est faux, le passage de la chose «comportement» à la chose «règle» n'est pas immédiat, direct et c'est du reste la raison pour laquelle le philosophe fut contraint d'évoquer des «conventions» ou le «contexte». Ces deux termes ont tous les deux la même fonction. Qu'est-ce qu'en effet, et pour maintenir notre exemple, le contexte chez John Austin? Nous l'avons dit, le contexte est ce qui ne serait pas langage mais sans quoi le langage ne porterait pas à la certitude du sens. Ainsi, celle-ci serait accessible parce que le «contexte» plus le «texte» constitueraient une «situation totale», une entité, en d'autres termes, qui retiendrait totalement, pleinement, le sens. Cette conception est profondément erronée. Le contexte, nous y reviendrons, c'est d'abord et avant tout ces mots qui suggèrent, pour la condamner, ce que serait la défaillance du texte, la défaillance des mots, donc. C'est, par conséquent, toujours un travail du sens qui ouvre ce qui se conçoit comme texte, ce qui se conçoit au nom du
1 John Searle commettra la même erreur avec son impératif Pour cette démonstration, voir Patrick Nerhot, La Fenomenologia della filosofia analitica dellinguaggio ordinario, op. cit. 28

INTRODUCTION

texte. La contraposition, la distinction principielle entre ce qui serait un texte et ce qui serait un contexte est de l'ordre de l'introuvable; le «contexte» est toujours ce par quoi un «texte» est défini (par exemple à partir de ce qui serait ses lacunes, ses «obscurités»). Le contexte est un texte qui, d'une façon spécifique, s'autodéfinit par sa simple contraposition à ce que serait «le» texte. Un contexte, pourtant, n'est jamais un «dehors» du texte, il en est toujours un «dedans». En quoi, par contre, son évocation est-elle nécessaire? Pourquoi un contexte est-il évoqué? Pour affirmer un sens, certainement, mais comme monstration d'un texte. Un contexte est ce par quoi un texte montre, c'est-à-dire démontre, un sens. Un contexte, nous reviendrons longuement sur cette question, est la médiation par laquelle un texte montre ce qu'il faut voir et permet d'écarter ce qui n'est pas à voir. Un contexte sera par exemple la médiation qui fait passer d'une règle à un comportement, et vice versa. Il est une herméneutique, supplétive à l'herméneutique de l'effet de surface appelée «sens littéral» mais toutes deux permettent d'accéder à ce qui se voit et grâce à quoi se démontre en vérité un sens. Pour revenir à la question du sens littéral, nous pouvons dire en nous appuyant sur nos derniers propos qu'un tel sens est un contexte qui s'identifie parfaitement au texte en ce que ce qui est à voir - la surface des mots ne se détache pas de ce qui est à lire et qui fait sens - les mots. Le sens littéral est sens en ce que la monstration qu'il suscite - la «littéralité» - rejoint, et donc traduit, totalement le caché - le sens - par les seuls mots. Le sens littéral est emblématique de notre savoir qui pose un lien immédiat et direct entre ce qui se voit et le mystère des choses, il est l'expression même de cette représentation. Le sens littéral est, ainsi, essentiel à notre culture en ce 29

INTRODUCTION

qu'il prétend démontrer l'absence de toute médiation au principe de tout acte cognitif; c'est ce que proclame la méthode positiviste depuis la Modernité. Par un simple regard nous accédons au plus secret des choses, c'est-àdire au sens 1. Nous comprenons bien pourquoi Stanley Fish, et après tant d'autres auteurs en recherche de rupture, s'en prend exclusivement au «sens littéral» et la stratégie n'est pas mauvaise: le littéralisme est emblématique d'un mode spécifique de connaître. Le contester équivaut par conséquent à remettre en cause ledit mode de connaître. Mais l'acte de rupture sera subversif pour autant, bien évidemment, que l'analyse qui le supporte sera correcte. Or Stanley Fish n'a pas compris ce que signifiait le sens littéral (il n'est pas le seul). Assimilant la question du sens littéral à une sorte d'exégèse sémantique, lorsqu'il invoque le contexte c'est pour en faire ce qui serait l'exact opposé à cette exégèse, ce qui est une erreur. Ce faisant il se retrouve dans ce qu'avec force nous dénonçons sous le

nom de la culture de l'interprétation 2. A cette culture nous
1 Nous considérons véritablement que le littéralisme est emblématique de ce que l'on considère comme connaître et nous lui trouvons deux grands équivalents épistémologiques au sein de la culture occidentale moderne - le fait - et contemporaine - l'image. Un fait est une monstration qui porte

nécessairementau sens - on «constate des faits» avant que d'énoncer un
jugement - et l'image, tout comme le littéral, porte au sens, totalement, pleinement, car elle est le regard total et parfait par lequel on accède au secret des choses: par la seule monstration on accède au sens, on démontre donc. 2 Tout l'ouvrage de Stanley Fish est construit sur ce «contexte»: le contexte utilisé dans une perspective «linguistique» et comme le supplétif du texte, le contexte utilisé dans une perspective sociologisante (et nous aurons ainsi «the norms inherent in some community», p. Il), Ie contexte utilisé dans une perspective politique et qui, bien entendu, débouche sur un relativisme historique (they are no higher or more general constraints, only constraints, that are different, constraints built into parties...It is simply not possible even to conceive of a constraint (or rule, or law or principle) without already having assumed a context of practice in relation to which it is intelligible...» p. 13). 30

INTRODUCTION

nous opposons et toute notre réflexion consistera à réaffirmer, en le reformulant, le principe de rationalité, qui autorise le jugement vrai-faux.

(Suite de la note de la page précédente) Ainsi que nous l'avons déjà dit et nous allons le démontrer de nouveau, si un contexte rend intelligible quelque chose c'est en ce qu'il montre ce que le texte énonce: il est la monstration du texte et pour cela, pour cela seulement, démontre ce qu'énonce le texte.

31

CHAPITRE l

VERITE ET MONSTRA TI ON

Au fond, par cette opposition tranchée entre ce qui serait un «contexte» et un «texte», Stanley Fish renoue avec un mode traditionnel de penser, binaire, qui consiste à juxtaposer une «règle» et une «pratique sociale». Ainsi, et plus spécifiquement pour ce qui a trait à la notion de contexte, si le sens du texte (<<règle»)nous échappe, c'est le contexte («pratique sociale») qui nous permettra de le saisir. De façon plus systématique et relativement à l'acte

de connaître en général -

où deux choses sont

invariablement évoquées, la «règle» et la «pratique sociale» - nous observons que la solution à une question posée provient toujours de l'inscription d'un Ailleurs, qui fait preuve de cette vertu incomparable de toujours occuper l'espace qui nous faisait défaut et qui maintenait pour cette raison la question posée dans son halo de mystère. Par exemple, dans l'opposition «règle» et «pratique sociale», ou «texte» et «contexte» si l'on veut aussi, la «règle» est ce qui est recherché et la «pratique sociale» est un Ailleurs qui répond, exactement, à ce qui est recherché par la simple observation des choses. Ainsi, cette simple observation est-elle ce grâce à quoi nous parviendrions à la «règle» qui n'est donc que la simple formulation, plus ou moins abstraite, d'un quelque chose qui se donne. La question du sens, pourtant, nécessite un

travail de formalisationbien plus complexe!

1

1 Il serait légitime de qualifier la méthode de Stanley Fish de méthode

VERITE ET MONSTRA TION

1. La métaphore du jeu et le principe de rationalité

Dans son chapitre Fish contre Fiss l, Stanley Fish conteste la notion de «règle» proposée par O. Fiss 2, en
particulier pour ce qui a trait à la compréhension d'un texte. Pour ce faire, le philosophe-juriste propose un «exemple» (nous verrons bientôt ce qu'il faut penser de cela), le basket. Par cet «exemple», donc, Stanley Fish veut démontrer qu'une règle n'est pas cette sorte de contrainte externe (ainsi que le croit O. Fiss) qui, parce que telle, serait à même de diriger et de contrôler l'interprète, au titre que ces contraintes, toujours selon Stanley Fish, ne sont pas des actes cognitifs distincts de l'interprétation proprement dite 3. L'herméneutique préconisée par Stanley Fish se présente, dès lors, ainsi: « ... rules, in law or anywhere else, do not stand in an independant relationship to a field of action on which they
vaguement sociologique. Toutes ses attaques contre ce qu'il nomme le

«littéralisme» - qualification qui entend notamment regrouper toutes les
approches formalistes, «dogmatiques» - partent de cet «externe au texte», l'Ailleurs ainsi que nous le qualifions, que seraient le «moment historique», la «communauté», le «contexte», les «circonstances différentes» ... qui sont des notions, encore une frois, vaguement sociologisantes, bien trop vagues, pourtant, pour pouvoir prétendre, en particulier, fonder une philosophie herméneutique. lOp. cit., p. 120 et sv. 2 Qui serait, pour le dire en deux mots, ce par quoi un lecteur, par exemple, est contraint. 3 Ce que serait le «consensus» autour de la question du sens - ce que O. Fiss nomme, de façon très traditionnelle, la «règle» - est remplacé par la «communauté» (<<interpretiveassumptions and procedures are so widely shared in a community that the rule appears to all in the same shape»). Nous avons, pour notre part, quelque difficulté à distinguer, méthodologiquement, le «consensus» de la «communauté». Ces deux notions, sociologisantes, restent vagues et mal définissables. 34

VERITE ET MONSTRA TION

can simply be imposed; rather, rules have a circular or mutually interdependent relationships to the field of action in that they make sense only in reference to the very

regularities they are thought to bring about» 1.
L' «exemple» du basket se veut alors l'illustration du mode de raisonner correctement: «Suppose you were a basketball coach and taught someone how to shoot baskets and how to dribble the ball, but had imparted these skills without reference to the playing of an actual basket game ...» 2. Dans un tel cas de figure, donc, le joueur ne saura jamais jouer véritablement au basket car, disons, ce terme nous appartient mais il ne trahit pas le propos de Stanley Fish, le joueur n'aura jamais l' «intelligence» du jeu. Seulement immergée dans son «contexte» (the «playing»), la règle aura un sens: «No set of rules could be made explicit enough to cover all the possible situations that might emerge within a field of practice» 3. Pour aller vite, nous dirons que cette phrase reste si ngulièrement ambiguë et ce, relativement à l'ensemble de la démonstration de Stanley Fish. D'une approche herméneutique sans aucun doute fort acceptable, à savoir qu'une «règle» ne se distingue pas de l'acte cognitif par lequel procède un sens, à cette idée que la «limite» de la «règle» est qu'elle ne peut tout prévoir, que le sens, donc, ne sera jamais une prévision parfaite, il n'y a absolument aucun passage logique. Les propos restent hétérogènes et le raisonnement péche par incohérence. Nous en tenons la cause dans ce que nous observions en amont; cette incohérence est en effet due à la représentation du sens comme une opposition de deux tennes: «règle» ici, «pratique
1 S. Fish, op. cit., p. 123. 2 Op. cit., pp. 123/4. 3 Op. cit., p. 124.

35

VERITE ET MONSTRA TION

sociale» là. L'auteur, pourtant, ne reste pas systématiquement prisonnier de ses incohérences, notamment lorsqu'il proclame qu'une «rule can never be made explicit in the sense of demarcating the field of reference independently of interpretation but a rule can always be received as explicit by someone who hears it within an interpretive preunderstanding ...» 1.Par une telle phrase, qui entend renouer avec la question herméneutique de l'anticipation (même si formulée en termes systémiques d'un «externe» et d'un «interne»), l'articulation entre «règle» et «pratique sociale» est repensée qui voit la «pratique sociale» au principe du sens, où la question de la règle devient un bon exemple de ce que nous appelons, pour notre part, la culture de l'interprétation. La critique à mener ici serait celle d'une «critique à l'herméneutique de

l'application» et nous allons démontrer, dans quelques
instants, en quoi cette approche, loin d'être rationnelle dans ses cheminements, est tautologique dans sa substance comme dans sa forme. Qu'est-ce qu'une règle? Nous l'avons déjà dit, les deux outils avec lesquels travaillent les spécialistes des
lOp. cit., p. 125. 2 En tracer les grandes lignes en serait aisé. La référence initiale serait évidemment celle à H. G. Gadamer et la lecture philosophique que fit celui-ci de I'herméneutique de M. Heidegger, point méthodologique initial qui devrait, ensuite, être inséré dans les mouvances «critiques» qui ont toutes pour axe principiel «l'opposition aux formalismes». Cette «herméneutique de l'application», ainsi que nous l'appelons, trouve, d'abord, ses adeptes en Europe, en philosophie du droit en particulier mais aussi de façon plus générale en épistémologie. L'autre point commun à l'ensemble de ces tendances est l'absence d'un travail philosophique spécifique, elles se contentent, en effet, de reprendre de façon a-critique quelques énoncés propres à la philosophie herméneutique (du type: «horizon d'attente», «communauté interprétante», etc.), reprises qui les satisfont pour entreprendre, c'est tout du moins ce que ces tendances croient, une critique «radicale». 36

2

VERITE ET MONSTRA TION

sciences sociales en général et les juristes en particulier sont la «règle» et le «comportement». Ceci vaut aussi pour Stanley Fish lorsqu'il nous propose sa critique, qu'il croit décisive, au «littéralisme» (ce formalisme conservateur). Pour manipuler ces deux outils, très souvent les théoriciens - au rang desquels les juristes, toutes

spécialisationsconfondues - disent raisonner à partir d'un
«exemple» et que serait le jeu. Ainsi John Searle, dans ses Speech Acts, avait pris deux «exemples», le baseball et les échecs et ce, afin d'expliquer ce qu'est une règle. Reprenons, très rapidement, la critique que nous

adressions à cette occasion au philosophe du langage 1. Si
les «règles constitutives» du baseball sont la possibilité même de pratiquer le jeu, comment fait-on pour distinguer, concrètement, une «règle» du «comportement» qui lui correspond? La question n'est pas spécieuse puisqu'un «comportement» est tel par référence à une «règle» et inversement (très exactement, du reste, comme le fait Stanley Fish, qui serait surpris, sans doute, de se trouver au même ban que John Searle pour se voir adresser une critique à leur notion de «règle»). La distinction de ces deux notions est évidemment essentielle; l'une ne peut, au risque que le raisonnement ne devienne absolument incompréhensible, dis-paraître dans l'autre. Disons déjà, et sans vouloir trop anticiper sur nos raisonnements à venir, que si ces deux outils sont inséparables, c'est en ce qu'un «comportement» est ce qui indique une «règle», ce qui veut dire qu'un «comportement» est ce par quoi se montre une «règle». La distinction de ces deux notions est donc tout à fait essentielle. Avec John Austin, le problème qui fit faillir son projet philosophique fut celui de la «règle»

1 Patrick Nerhot, op. cit., p. 245 et sv. 37

VERITE ET MONSTRA TION

qui achoppait sur la question de sa représentation l, le
«comportement» donc, et, concluant ses conférences, le grand philosophe regrettait de n'avoir procédé à une phénoménologie. John Searle, s'instruisant, aussi, de l'échec de son maître à penser, évitera cet écueil mais pour sombrer sur un autre: avec cette notion de «règle constitutive», le problème que le philosophe n'aura pas su surmonter aura été celui de la «règle», absorbée par la représentation, c'est-à-dire par le «comportement». La question qui en effet se pose avec cette notion de «règle constitutive» est celle de savoir distinguer un «comportement» qui montre une «règle» d'un comportement qui ne montre rien du tout, en d'autres termes d'identifier avec la plus grande sûreté une «règle». Quels sont donc les indices, les évidences, qui nous permettent de savoir que telle attitude est un

«comportement»qui montre une «règle»? Avec les deux
types de règles que proposait John Searle, nous sommes, d'une part, en présence d'une règle qui disparaît entièrement dans un comportement, c'est-à-dire qui est

2

1 Pour l'ensemble de ces raisonnements, voir: La Fenomenologia della filosofia analitica dellinguaggio ordinario, op. cit. 2 L'autre type de règle préconisée par John Searle, la «règle régulatoire» (invraisemblable expression), ne pose pas moins de problèmes. Une telle règle, en effet, est sans aucun lien avec ce qui serait un comportement, puisqu'elle lui est nécessairement postérieure; elle ne peut donc qu'être auto-évidente. Cela signifie principalement qu'elle pourra correspondre à toute espèce de «comportement», ce qui équivaut à dire que la «règle» se perd parce qu'indéfinie. Cette «règle», concrètement, correspond à une philosophie politique où l'ordre affirmé est simultanément une règle énoncée. Le mot de règle vient en effet ici exprimer une représentation autoritaire du monde; telle que, du reste, John Searle l'évoque, une telle règle tend à montrer le déviant, est «règle» une proposition qui dispose une normalité. Sur cette question, voir Patrick Nerhot, La Fenomenologia delle filosofia analitica del linguaggio ordinario, op. cit. 38

VERITE ET MONSTRA TION

comportement sans que l'on ne sache distinguer entre ce qui est comportement et ce qui n'est pas comportement (<<larègle constitutive»). Nous sommes, d'autre part, en présence d'une règle qui est toute détachée d'un comportement, qui s'annonce même comme la correction seulement d'un comportement (et qui se construit par une représentation de la déviance, «la règle régulatoire»). Notons, en passant, que ces conceptions - «linguistiques» - de la notion de règle recoupent les conceptions de la philosophie politique qui définissent le concept d'Etat libéral tout à la fois comme un «laissez faire» (du «comportement» naît la «règle») et un autoritarisme (de la «règle» naît le «comportement»). Ces conceptions de la notion de règle demeurent extrêmement insatisfaisantes car elles n'expliquent rien. Elles sont même, sans doute, un obstacle méthodologique à la compréhension de la question de la règle ainsi que l'indique du reste l'assimilation, que fait l'auteur, de jeux aussi divers que le baseball et les échecs lorsqu'il entend expliquer ce qu'est

une règle. Pour le dire très rapidement l, ce qui qualifie des
comportements comme légaux au baseball, football, etc., ce sont des décisions qui sont prises par une autorité: l'arbitre. Le jeu de football, par exemple, témoigne ainsi d'une société où l'ordre légitime est les décisions que prend la personne nommée à cet effet, que chacun reconnaît et respecte. C'est en cela que consiste - tout comme le baseball, le basketball - le football. L'arbitre énonce la règle, ce qui signifie que c'est l'arbitre qui qualifie un «comportement», c'est-à-dire qui déclare une attitude légale. S'il peut prétendre à une telle fonction, c'est parce qu'il est supra partes. Il énonce ce qui est légal et ce qui ne l'est pas et s'il peut se prévaloir d'une telle
1 Voir: La fenomenologia. . ., cit.

39

VERITE ET MONSTRA TION

compétence c'est parce qu'étranger au conflit. Un arbitre de ces sports exprime métaphoriquement notre modèle de justice, ces sports sont avant tout un théâtre, éducatif dans sa conception, où l'on joue les pratiques judiciaires: qui juge est maître de l'énonciation du droit. S'il en est maître, encore une fois, c'est parce qu'étranger au conflit. Assimiler la «règle» au «comportement» est l'erreur de raisonnement la plus grave qui soit. Si, par exemple, un joueur commet une irrégularité au regard des conventions qui définissent et organisent le jeu, mais que cette irrégularité n'est pas contestée par l'arbitre, une telle irrégularité se voit de facto reconnaître une valeur légale. Qui assisterait à la partie, ignorant tout des conventions du jeu, pourrait ainsi penser, très logiquement, que l'attitude observée est «comportement», c'est-à-dire acte de faire légal. Il ne serait ainsi pas en mesure de distinguer un «comportement» de ce qui n'est pas un «comportement», en deux mots il serait incapable d'accéder à la «règle». Le problème consiste à concevoir qu'un «comportement» est tel pour autant qu'est identifié, disons pour l'instant, ce qui fait sens. Une attitude quelconque, une gesticulation, ne signifie pas ce que serait le sens et que l'on exprime traditionnellement par le mot de «règle». Mais ce que la métaphore du jeu indique et qui n'est pas sans intérêt pour la notion de règle, est que si une attitude (quelconque gesticulation, avons-nous dit) n'est pas déjà règle - parce qu'elle ne peut, en elle-même, d'elle-même, montrer un

quelconque sens - de la même façon une «règle» n'est pas
toujours-déjà comportement (attitude différenciée, qualifiée et qui montre un sens que l'on peut si l'on veut appeler «règle») puisqu'elle demeure suspendue à une décision. La manipulation de ces outils que sont la «règle» et le «comportement» donne lieu souvent à une 40

VERITE ET MONSTRA TION

manipulation maladroite qui n'évite pas, entre autre, le piège du réalisme. Ainsi John Searle mais aussi Stanley Fish, après tant d'autres, lorsqu'ils parlent de «comportement», entendant ainsi affronter la question du sens ou de l'énonciation de la «règle», pensent déjà saisir dans sa spécificité, dans sa «réalité», un acte social alors, pourtant, qu'ils ne construisent qu'une représentation. Un «comportement» relève, par ailleurs, d'une décision et c'est dans l'acte

même de la décision - qui reporte alors à l'énonciation de
la «règle» - qu'un «comportement» est manifesté. Mais, jusqu'à présent, nous n'avons parlé que de football, de baseball, etc. Par la métaphore du jeu d'échecs, l'analyse à mener des notions de règle et de comportement est radicalement différente. La médiation entre les deux notions, que nous avons appelée la décision, n'est plus de même nature: la «règle» ne demeure en rien suspendue à la décision d'un arbitre et ceci parce que les antagonistes épousent nécessairement des attitudes prédéterminées. La «règle», par conséquent, telle qu'elle s'exprime par la métaphore du jeu d'échecs traduit un processus radicalement différent de celui que nous venons de présenter. Les adversaires ici ne se meuvent pas sur des superficies quelconques, déterminées seulement par des limites comme dans les cas précédents, mais ils se meuvent sur des «échiquiers», sur des surfaces très précisément dessinées. Ainsi, la conventionnalité d'un déplacement d'un pion est-elle immédiatement, directement et par quiconque identifiable. Elle s'apprécie de façon absolument certaine. Mais est-ce à dire que nous détenons déjà le «comportement»? Sûrement pas. Nous pouvons seulement dire qu'un comportement se représente, se montre, par l'effectuation d'un parcours 41

VERITE ET MONSTRA TION

défini antérieurement.

L'erreur

banalement

commise

ICI

est de parler de règle

1. L'arbitre

est celui qui regarde le

parcours effectué, parcours que par convention l'on doit suivre fidèlement. Il n'y a pas ici à qualifier des actes comme des «comportements» puisque tout est prédéfini, conventionnellement. La «règle» et le «comportement» proviennent donc des conventions, c'est tout ce que l'on peut dire pour l'instant, le jeu est orienté par une conclusion incontournable: échec. Ce n'est pas par une décision que nous parviendrons à une règle, ici tout est déjà écrit; les attitudes sont qualifiées: les conventions disent comment bouger les pièces. Chaque déplacement effectué, ou convention activée, n'est que le parcours d'un espace prédéfini. L'arrivée, fin de la partie, est nécessairement solidaire du déplacement initial, du début de la partie. Nous ne trouvons rien de semblable dans la métaphore du jeu, par exemple, de baseball. Les «comportements» aux échecs, nous verrons comment les définir bientôt, pourront être aussi ingénieux que l'on veut, aussi surprenants et mystérieux dans leurs diverses phases que l'on veut, ils ne sont jamais que la répétition d'une convention préalable et qui dit comment un pion doit être déplacé. Pour en revenir aux propos de John Searle, la «règle» ici n'est donc constitutive de rien et dans le sens où l'entend le philosophe, c'est-à-dire comme ce qui fait que le jeu est possible. C'est, en effet, la convention qui rend le jeu possible. Par ce raisonnement sont confondues la «règle» et la convention. Il convient de parler de
1 Cette erreur est celle qui est souvent commise par un raisonnement juridique dogmatique lorsque est énoncé un sens. La convention est assimilée à la règle, ce qui a pour effet de prendre pour la règle ce qui n'est qu'une représentation. Le philosophe du droit, hélas aussi, commet ce type d'erreur. 42

VERITE ET MONSTRA TION

convention car, et alors même que tout est écrit, nous ne savons encore rien de ce que sera la partie proprement dite. Quant au «comportement» au jeu d'échecs, sans doute se manifeste-t-il alors que tout est déjà écrit mais tout de même pas avant que les antagonistes ne s'affirment! Car si tout est tracé, formellement défini, le jeu, pourtant, consiste à inventer des projections qui accèderont au statut de «comportement» (alors même, encore une fois, que tous les parcours possibles sont parfaitement balisés). Le «comportement» n'est pas la convention - qui énonce comment bouger une pièce - tout comme la convention n'est pas déjà la «règle». Au jeu de basketball, les acteurs se meuvent comme ils l'entendent, rien n'est balisé en ce sens que l'on peut courir comme on l'entend. La confrontation ici est physique, une force s'oppose à une autre force, mais il s'agit d'une force légale; et c'est, évidemment, en cela que consiste le jeu et qu'y réside une vertu éducative. Pour les échecs, les acteurs ne peuvent bouger ainsi qu'ils le veulent, chaque déplacement est balisé. Mais la confrontation, dans ce cas, n'est pas physique, elle n'est pas celle d'une force contre une autre, la confrontation ici est stratégique: il s'agit d'inventer des modes de se mouvoir à travers des voies déjà toutes tracées. Il s'agit d'une confrontation de voies légales. La force légale est un mode de justice où un pouvoir express est reconnu à une autorité qui a le pouvoir - le devoir - de décider de la légalité d'une attitude (l'on parlera alors de «comportement»). La voie légale est une forme de justice qui s'oppose à la précédente, elle est une forme de justice objectivée où un pouvoir de décider de la légalité d'une attitude n'est plus l'acte de justice par excellence. L'arbitre se transforme en simple garant: par sa présence est garanti que les conventions ont été 43

VERITE ET MONSTRA TION

scrupuleusement suivies. Ainsi l'arbitre du jeu d'échecs garantit par sa présence que tous les déplacements réalisés par les pièces ont été des déplacements conventionnels: le jeu se développe sur un espace prédéterminé, se construit

autour de la notion de déplacement, les déplacements en eux-mêmes montrent leur légalité. La métaphore du jeu
d'échecs renvoie ainsi au rêve du jugement «pur» - ce qui

signifie tout pareillement du langage pur - où un
«comportement» serait toujours-déjà «règle». Seulement, par la métaphore du jeu d'échecs, ce qui appartient au jugement ne se défait pas de la convention: le déplacement, ce que la convention prédispose, montre toujours-déjà sa légalité. Le piège de la métaphore est ainsi de porter à confondre règle et convention, convention et comportement, règle et comportement. Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent sur le jeu d'échecs ne nous a pas encore permis de dire quoique ce soit sur la «règle» et le «comportement» mais nous a néanmoins permis d'éviter certaines erreurs de raisonnement. La plus grave, qu'aura également commise John Searle, conçoit le «comportement» comme l'évidence d'une «règle» au titre que la «règle» serait constitutive (d'un «comportement»). Suite à ce que nous venons de dire, nous pouvons déjà poser que si un «comportement» est l'évidence d'une «règle», ce n'est pas parce que la «règle» est constitutive d'un «comportement» mais parce qu'une «règle» s'énonce à partir d'un «comportement constitué. Le problème herméneutique auquel nous sommes confrontés reste, donc, entier. Avec le j eu de football, baseball, etc., la «règle» est ce qui reste suspendu à une décision (et par définition la «règle» n'est constitutive de rien, seule la décision a une telle capacité). La métaphore de ces jeux nous porte directement à ce qui 44