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Regard sur "l'évolution créatrice"

De
108 pages
Que reste-t-il aujourd'hui de "l'évolution créatrice" de Bergson? Les progrès prodigieux accomplis par les sciences - biologie, physique, thermodynamique- semblent devoir marquer du sceau de la caducité un livre écrit alors que la théorie de la relativité vient de faire son apparition tandis que la biologie comme science n'en est encore qu'à ses débuts. Pourtant "l'évolution créatrice" surprend le lecteur à plus d'un titre. A l'heure où une "Réforme de la pensée" s'impose de plus en plus, la réconciliation de la science et de la philosophie est devenue urgente.
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Jean BARDY

REGARD

SUR
«

L'EVOLUTION CREATRICE»

Priface de François Béal

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-3944-X

A la mémoire mon père.

«

Il Y a là tant de choses absolument nouvelles qu'il faudra
»

bien du temps à

vos contemporains pour venir à bout de les assimiler. W. James à H Bergson le 15 juin

1907 (Mélanges. page 724).

«

Je ne suis certainement pas lepremier à avoir senti que cettespatialisation
évolutif que nous observons ou il n'est rien Ce fut d'ailleurs le point de départ du
«

du temps était incompatible tant avec tunivers qu'avec notre expérience humaine. philosophe Henri Bergson, pour qui

le temps est invention

du tout»
Ilya Prigogine: La fin des certitudes. Odile Jacob 1996 page 67.

«Une science empirique privée de réflexion comme une philosophie purement spéculative sont insuffisantes. Conscience sans science et science sans consciencesont radicalement mutilées et mutilantes. Edgar Morin: page 24. Science avec conscience. Fayard 1982. Avant-propos

Sigles et abréviations

Œuvres de Bergson: Edition du centenaire P.U.F 1959

E.D.I M.M E.C

Essai sur les données immédiates de la conscience. Matière et mémoire. L'évolution créatrice. L'énergie spirituelle. La pensée et le mouvant. Les deux sources de la morale et de la religion. Mélanges (P.U.F 1970).

E.S
P.M D.S M

PRÉFACE

Je ne suis ni grand ni petit philosophe. La philosophie est restée pour moi comme une langue étrangère. Mal apprise, peu

pratiquée, presque oubliée. Il m'arrive seulement de « philosopher ».
Formé aux sciences de la vie

-

et l'âge venant

-

je me pose souvent

des questions sur le sens de l'existence et sur ce « moi» qui m'invite
chaque matin à vivre une journée de plus, avant de m'emmener dans l'immense nuit souterraine, où l'Homme enfouit tous ses rêves et trouve, sans conteste, sa plus sûre actualité. Bien léger bagage pour préfacer ce « Regard» que jette Jean Bardy sur rEvolution créatricede Henri Bergson, mais on doit compter avec le poids de l'amitié. Une amitié nouée sur les bancs du Lycée, dans ce monde des internes décrit par P. Bourdieu. Plus qu'un regard, c'est une remarquable exégèse faite par un homme, imprégné de l'œuvre d'Edgar Morin, familier des écrits d'Ilya Prigogine et pour qui la philosophie est comme une langue maternelle dans laquelle il parle, écrit et pense. Au fil des pages, il m'est apparu qu'entre Science et Philosophie existait en plus d'une différence de «niveau de langue », une différence de méthodologie. D'un mot, la science se construit par addition, suivant des voies qui se révèlent si larges et si spacieuses que l'emprunt de toute déviation peut apparaître comme une démarche hérétique. Ainsi du petit monastère de Brno, où Mendel inventa la Génétique jusqu'aux modernes laboratoires où s'étudient les séquences du génome humain, y a-t-il peu de discontinuité. La philosophie en revanche me semble procéder davantage par juxtaposition, explorant, essayant, comme si la boussole était déréglée, de multiples itinéraires dont aucun n'est dénué d'intérêt. Ce qui faisait dire à Niels Bohr que «le contraire d'une grande vérité philosophique, c'est une autre grande vérité philosophique. » En montrant combien « l'intuition de la durée» constitue le pivot de l'Evolution créatrice, Jean Bardy nous présente Bergson 9

comme un initiateur. Il n'ose écrire précurseur. Pourtant peu de penseurs, jusqu'en 1907, s'étaient livrés même à la simple évocation

de « la flèche du temps» et à celle d'une durée psychologique, qui relève du qualitatif: image d'une multiplicité interne, « au dedans de
nous », qui trouve sa source dans le changement et surtout remarquable par sa dimension cosmique. Les sciences du XXO siècle nous ont montré que chacune de nos existences n'est qu'un maillon d'une longue chaîne de vies déposées, pour un temps, sur une planète bleue, à entropie croissante, et qui a forgé ses premières molécules dans les creusets stellaires, il y a plusieurs milliards

d'années.

«

Un courant~dit Bergsol\ qui naît en un point de l'espace, t e

traversant les corps qu'il a organisés,se divise entre les espèceset s'éparpille entre les individus ». Cette réflexion inspira sans nul doute M. Yourcenar, lorsqu'elle décrit Zénon découvrant l'insecte fossilisé dans l'ambre de la Baltique: «Il avait regard~ comme à travers une lucarne~cette bestiole enfermée dans un âge de la terre, où il n'avait point accès... C'était comme si toutes les cloisons du temps venaient soudain d'éclater. » Ainsi Zénon sur la plage, «sentaitpasserà traverslui, comme à travers ses vêtements usés, le vent du large, le flot des milliers d'êtres qui s'étaient déjà tenus sur cepoint de la sphère, ou y viendraient, jusqu'à cette catastrophe qu'on appelle la fin du monde. Ces fantômes traversaient sans le voir le corps de cet homme qUI: de leur vivant,
n'étaient pas encore ou lorsqu ~ilsviendraient, n ~existerait plus.
1 »

Voilà qui devrait ramener l'homme à plus grande humilité et qui donne à la mort une authentique signification. Et peut-être le héros shakespearien eut-il été plus avisé de dire: continuer à être ou ne pas être, telle est la question. Bergson l'initiateur serait-il venu trop tôt. Jean Bardy se pose la question et ne manque pas de faire observer combien le progrès des sciences, au cours du XXO siècle, nous conduit à revisiter certaines thèses bergsoniennes. Il y a vingt ans déjà, Maurice Schuman, homme politique, écrivain, philosophe, procédant à un état des

1

M. Yourcenar:

L'œuvre au noir.

10

lieux, écrivait

« qu'à force de fouiller ses décombres, ce siècle a renouvelé le

mythe de la vie, l'image de la mort et la soif de liberté. Sa cruauté l'a rendu absurde. Son absurdité l'a désespéré.Auparavant, il avait commencé 2 dans le doute et la quiétude, il s'achèvera dans la certitude angoissée. »

Aux cotés des mots matière et énergie, familiers de Bergson, l'acuité de la microscopie électronique, en même temps que la précision de l'analyse chimique, révélant en particulier les ultrastructures cellulaires, ont amené, au milieu du siècle, le mot: information. L'idée a pris corps d'une matière qui s'organise, avec de l'énergie, selon un programme dissimulé, sous une forme codée, dans la séquence des bases d'une molécule d'A.D.N. capable de réplication.
«

Mécanisme

conservateur, et, selon

J. Monod,

unique privilège des êtres

vivants ». Seuls, des erreurs, des dérèglements fortuits ou provoqués lors de la duplication, en bref la mutation, quand elle n'est pas mutilante ou létale, d'emblée héréditaire fonderaient l'évolution. Mais la biologie moderne a montré aussi qu'à la reproduction stricte d'un programme, la sexualité oppose la diversité. Obligeant les programmes à parcourir toutes les possibilités de la combinatoire génétique, la sexualité fait naître des êtres à la fois nouveaux et uniques; porteurs d'une personnalité biologique. La sexualité impose le changement, la nouveauté, l'évolution. Ainsi chaque programme devient la propriété d'une collectivité et non plus d'une lignée. Bergson, venu trop tôt, eût trouvé beaucoup de choses à nous dire, ou à ajouter autour des thèmes de l'individu, de l'individuation, de l'association, et de la liberté. Q!land fut-il aisé d'être libre? demande encore Maurice Schuman. Et l'on pense une

fois de plus à Zénon à qui M. Yourcenar fait dire

«

Unus sum, ego
»

sum sed multi in me. Je suis un, je suis moi, mais beaucoup m'habitent.

Mais voici qu'à l'aube du troisième millénaire, l'actualité ne cesse de nous rappeler qu'avec la lueur d'Hiroshima l'homme est entré dans l'ère atomique. L'éventualité du «grand chambardement », qui avait échappé à la sagacité bergsonienne, s'est

2

M. Schuman:

Angoisse et certitude. Il

fait jour et en même temps celle de la troisième mort de l'Homme, non plus la sienne propre, ni celle de son espèce, mais bien celle du lieu de toutes les significations. Et cette certitude angoissée de l'Homme, qui lui laisse penser que l'évolution pourrait peut-être un jour se poursuivre sans lui, équivaudrait, je crois, à une faillite de l'intelligence. Une longue fréquentation de la Paléontologie, m'amène à partager l'idée, qu'en pareil cas, la Vie contournerait

l'obstacle pour courir sur d'autres rameaux, « d'autres branches de
la gerbe ». N'oublions pas que malgré le haut degré de ses systèmes intégrateurs, ses neurones cérébraux en particulier, l'homme reste, dans l'écosystème planétaire, d'une incroyable fragilité. Ses pauvres cellules n'ont pas su apprivoiser ou domestiquer, dans leurs ultrastructures, le chloroplaste ou autre transformateur d'énergie, qui leur conférerait l'aptitude photosynthétique.

Jean Bardy consacre aussi de très belles pages à « l'élan» que Bergson avait pris soin de présenter comme une image. Celle du courant qui avance dans un monde de contingence et qui baigne dans la multicausalité amenant
«

l'émergence des possibles », faisant

naître « d'imprévisibles nouveautés ». Néanmoins, si l'on écarte les diverses connotations religieuses ou spiritualistes, force est de constater que l'image recouvre une réalité qui nous échappe encore. Même si on l'habille d'un vocabulaire nouveau: dieu cosmique ou levain cosmique. On lira encore avec beaucoup d'intérêt, je crois, les analyses de Jean Bardy autour des textes d'Edgar Morin sur le thème de la causalité en boucles, aspect essentiel de la complexité et sur celui de la finalité, dépouillée de tout radicalisme et de tout

caractère anthropomorphe
jusqu'à apparaître comme

(<< Tout

semble se passer comme si... »)

«émergence », reposant sur la propriété d'auto-organisation des « systèmes ouverts ». Tous les lecteurs de ce bel ouvrage seront sensibles enfin aux vœux d'une collaboration étroite entre Science et Philosophie pour opérer

une

la « révolution paradigmatique Ainsi Jean Bardy, scrutant
«

»

et mieux « penser le complexe ».
«homme, 12 selon Bergson, d'utilité

des horizons visibles et invisibles », a-t-

il fait œuvre de philosophe,