Robespierre - Oeuvres LCI/52 (Annoté)

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Ce volume contient 104 discours de Robespierre, ainsi que des oeuvres diverses.


Version 1.2


Contenu de ce volume :

LISTE DES 104 DISCOURS DE ROBESPIERRE PRESENTS DANS CE VOLUME

ŒUVRES DE ROBESPIERRE

OEUVRES PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE — MÉLANGES

DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE FEVRIER 1791-11 JANVIER 1792

DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE 7 AVRIL 1792-27 JUILLET 1794

DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE — 21 OCTOBRE 1789-1ER JUILLET 1794

OPINION SUR LES SUBSISTANCES

PROJET DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE DE 1791

LE CARNET DE ROBESPIERRE

REPRODUCTION, DU CARNET DE ROBESPIERRE TROUVÉ SUR LUI AU MOMENT DE SON ARRESTATION



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Publié le : vendredi 22 avril 2016
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782918042471
Nombre de pages : non-communiqué
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ROBESPIERRE
ŒUVRES LCI/52

 

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Version de cet eBook : 1.2 (22/04/2016), 1.1 (04/03/2015)

 

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SOURCES

 

–La source des textes présents dans ce livre numérique se trouve sur le site Project Gutenberg

 

–Couverture : circa 1790, Musée Carnavalet. Wikimedia Commons.

–Page de titre : Ludwig Gottlieb Portman, 1805, Amsterdam. Rijksmuseum Amsterdam

 

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LISTE DES TITRES

MAXIMILIEN MARIE ISIDOREDE ROBESPIERRE (1758-1794)

LISTE DES 104 DISCOURS DE ROBESPIERRE PRESENTS DANS CE VOLUME

 

  • ŒUVRES DE ROBESPIERRE
  • OEUVRES PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE — MÉLANGES
  • DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE   FEVRIER 1791-11 JANVIER 1792
  • DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE  7 AVRIL 1792-27 JUILLET 1794
  • DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE — 21 OCTOBRE 1789-1ER JUILLET 1794
  • OPINION SUR LES SUBSISTANCES
  • PROJET DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE DE 1791
  • LE CARNET DE ROBESPIERRE
  • REPRODUCTION, DU CARNET DE ROBESPIERRE TROUVÉ SUR LUI AU MOMENT DE SON ARRESTATION

PAGINATION

Ce volume contient 425 462 mots et 1 075 pages

1. ŒUVRES DE ROBESPIERRE

273 pages

2. OEUVRES PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE — MÉLANGES

155 pages

3. DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE   FEVRIER 1791-11 JANVIER 1792

261 pages

4. DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE  7 AVRIL 1792-27 JUILLET 1794

114 pages

5. DISCOURS PAR MAXIMILIEN ROBESPIERRE — 21 OCTOBRE 1789-1ER JUILLET 1794

210 pages

6. OPINION SUR LES SUBSISTANCES

8 pages

7. PROJET DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE DE 1791

12 pages

8. LE CARNET DE ROBESPIERRE

18 pages

9. REPRODUCTION, DU CARNET DE ROBESPIERRE TROUVÉ SUR LUI AU MOMENT DE SON ARRESTATION

11 pages

LISTE DES DISCOURS

  1. 21 octobre 1789
  2. 25 janvier 1790
  3. 22 février 1790
  4. 13 mars 1790
  5. 7 avril 1790
  6. 28 avril 1790
  7. 15 mai 1790
  8. 18 mai 1790
  9. 25 mai 1790
  10. 20 juin 1790
  11. 27 septembre 1790
  12. 23 octobre 1790
  13. 9 novembre 1790
  14. 14 décembre 1790
  15. décembre 1790
  16. 5 février 1791
  17. 27 mars 1791
  18. 5 avril 1791
  19. 6 avril 1791
  20. 7 avril 1791
  21. 27 avril 1791
  22. 9 mai 1791
  23. 11 mai 1791
  24. 16 mai 1791
  25. 18 mai 1791
  26. 30 mai 1791
  27. 8 juin 1791
  28. 19 juin 1791
  1. 21 juin 1791
  2. 22 juin 1791
  3. 14 juillet 1791
  4. 11 août 1791
  5. 11 août 1791
  6. 23 août 1791
  7. 23 août 1791
  8. 2 janvier 1792
  9. 11 janvier 1792
  10. 19 mars 1792
  11. 19 mars 1792
  12. 26 mars 1792
  13. 26 mars 1792
  14. 26 avril 1792
  15. 27 avril 1792
  16. 2 mai 1792
  17. 5 mai 1792
  18. 10 mai 1792
  19. 10 juillet 1792
  20. 6 août 1792
  21. 13 août 1792
  22. 15 août 1792
  23. 22 août 1792
  24. 15 octobre 1792
  25. 28 octobre 1792
  26. 5 novembre 1792
  27. 2 décembre 1792
  28. 3 décembre 1792
  29. 4 décembre 1792
  30. 16 décembre 1792
  31. 28 décembre 1792
  32. 30 mars 1793
  33. 3 avril 1793
  34. 3 avril 1793
  35. 10 avril 1793
  36. 17 avril 1793
  37. 24 avril 1793
  38. 8 mai 1793
  39. 10 mai 1793
  40. 26 mai 1793
  41. 28 mai 1793
  42. 31 mai 1793
  43. 7 août 1793
  44. 25 août 1793
  45. 4 septembre 1793
  46. 17 septembre 1793
  47. 25 septembre 1793
  48. 9 novembre 1793
  49. 18 novembre 1793
  50. 21 novembre 1793
  1. 28 novembre 1793
  2. 5 décembre 1793
  3. 5 décembre 1793
  4. 25 décembre 1793
  5. 26 décembre 1793
  6. 7 janvier 1794
  7. 28 janvier 1794
  8. 5 février 1794
  9. février 1794
  10. 16 mars 1794
  11. 20 mars 1794
  12. 21 mars 1794
  13. 31 mars 1794
  14. mars 1794
  15. 15 avril 1794
  16. 15 avril 1794
  17. 7 mai 1794
  18. 26 mai 1794
  19. 8 juin 1794
  20. 8 juin 1794
  21. 10 juin 1794.
  22. 11 juin 1794.
  23. juin 1794
  24. 1 juillet 1794
  25. 5 juillet 1794
  26. 27 juillet 1794

 

ŒUVRES DE ROBESPIERRE

273 pages

TABLE

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION HISTORIQUE

SUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE[48]

SUR LE DROIT DE TESTER

SUR L’ORGANISATION DES GARDES NATIONALES

SUR LE SUFFRAGE UNIVERSEL [52].

SUR L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT

SUR LA GUERRE

SUR LE PARTI À PRENDRE À L’ÉGARD DE LOUIS XVI

OBSERVATIONS SUR LE PROJET ANNONCÉ AU NOM DU COMITÉ DES FINANCES, DE SUPPRIMER LES FONDS AFFECTÉS AU CULTE, ADRESSÉES À LA CONVENTION NATIONALE.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LE PROJET D’INSTRUCTION PUBLIQUE PROPOSÉ À LA CONVENTION NATIONALE.

DISCOURS SUR LA PROPRIÉTÉ, SUIVI DU PROJET COMPLET DE DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN.

SUR LA CONSTITUTION

SUR LES PRINCIPES DE MORALE POLITIQUE QUI DOIVENT GUIDER LA CONVENTION NATIONALE DANS L’ADMINISTRATION INTÉRIEURE DE LA RÉPUBLIQUE.

SUR LES RAPPORTS DES IDÉES RELIGIEUSES ET MORALES AVEC LES PRINCIPES RÉPUBLICAINS ET SUR LES FÊTES NATIONALES.

PREMIER DISCOURS AU PEUPLE RÉUNI POUR LA FÊTE DE L’ÊTRE SUPRÊME.

SECOND DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA CONVENTION, AU MOMENT OÙ L’ATHÉISME, CONSUMÉ PAR LES FLAMMES, A DISPARU, ET QUE LA SAGESSE APPARAÎT À SA PLACE AUX REGARDS DU PEUPLE.

NOTES

ŒUVRES

DE

ROBESPIERRE

 

RECUEILLIESETANNOTÉES

 

PAR

 

A. VERMOREL

 

PARIS

F. COURNOL, LIBRAIRE-ÉDITEUR

20, RUEDESEINE, 20

1866

Tous droits réservées.

AVANT-PROPOS

 

 

Ce volume inaugure une collection des œuvres des principaux orateurs et écrivains politiques de la Révolution.

La Révolution n’a pas été seulement un grand fait historique ; elle a été toute une transformation sociale. Les principes de 1789 sont restés inscrits au frontispice de toutes nos constitutions : ils forment la base du droit moderne. Il importe donc de bien les connaître.

Ces principes dominent les hommes : ceux qui furent les acteurs du grand drame révolutionnaire relèvent aussi bien que ceux qui vinrent après eux de cette juridiction des grands principes, élaborés par le XVIIIe siècle et proclamés en 1789.

Peut-être faut-il regretter que tous ceux qui jusqu’ici ont écrit sur la Révolution se soient placés à un point de vue trop systématique, de façon à obscurcir son véritable esprit. Nous espérons que cette publication contribuera à familiariser le public avec les idées et les choses de cette époque, afin que chacun puisse les juger par soi-même, en connaissance de cause.

Enfin, de la Révolution date notre rénovation littéraire et morale, non moins que notre rénovation politique et sociale. Bossuet, Massillon, Bourdaloue ne répondent plus à nos aspirations, et n’ont plus guère pour nous qu’une valeur archéologique. La grande éloquence de Mirabeau et de Danton nous émeut, et stimule notre intelligence, en même temps qu’elle fait battre notre cœur. Les auteurs anciens conserveront toujours leur charme pour les lettrés. Mais les orateurs révolutionnaires, qui, les premiers, ont parlé le mâle langage de la liberté et de la justice, sont les véritables classiques de la démocratie.

Ce sont ces considérations politiques, historiques et littéraires qui nous ont fait entreprendre cette publication, et c’est sur elles que nous comptons pour lui obtenir un accueil favorable auprès du public.

INTRODUCTION HISTORIQUE

CONTENANT

 

L’INDICATION DES PRINCIPAUX DISCOURS ET DES PRINCIPALES

OPINIONS DE ROBESPIERRE

 

 

Maximilien-Marie-Isidore de Robespierre naquit à Arras, le 6 mai 1758. La généalogie de sa famille est assez mal établie : son grand-père et son père exerçaient la profession d’avocat au conseil provincial d’Artois. Quelques biographes prétendent que le nom doit s’écrire d’un seul mot : Derobespierre : c’est à la vérité l’orthographe qui se trouve dans l’acte de naissance de Maximilien[1]

Quoiqu’il en soit, il adopta lui-même la particule, jusqu’au jour où il l’abandonna tout à fait pour s’appeler simplement : Robespierre.

Il n’avait pas sept ans lorsqu’il perdit sa mère, et bientôt après son père, qui ayant pris en dégoût les affaires, quitta la France, parcourut successivement l’Angleterre et l’Allemagne, et finit par mourir à Munich, dévoré par le désespoir. Maximilien était l’aîné de deux sœurs et d’un frère. On le mit d’abord au collège d’Arras ; puis bientôt, par la protection de M. de Conzié, évêque de la ville, qui était très-attaché à sa famille, il obtint une bourse au collège Louis-le-Grand, à Paris, où il eut pour condisciples Camille Desmoulins et Fréron. Après avoir terminé ses études classiques, il fit son droit, toujours sous le patronage du collège Louis-le-Grand : il travaillait en même temps dans l’étude d’un procureur nommé Nollion, où Brissot était premier clerc. Avant de se séparer de lui, l’administration du collège voulut lui donner une marque publique de distinction, et elle prit, en date du 19 juillet 1781, la décision suivante, que l’on trouve consignée dans le Recueil de toutes les délibérations importantes prises, depuis 1762, par le bureau d’administration du collège Louis-le-Grand et des collèges réunis (Paris, chez Pierre-Guillaume Simon, imprimeur du parlement et du collège Louis-le-Grand. MDCCLXXXI. 1 vol. in-4°).

« Sur le compte rendu par M. le principal des talents éminents du sieur de Robespierre, boursier du collège d’Arras, lequel est sur le point de terminer son cours d’étude, de sa bonne conduite pendant douze années et de ses succès dans le cours de ses classes, tant aux distributions des prix de l’Université qu’aux examens de philosophie et de droit :

» Le bureau a unanimement accordé audit sieur de Robespierre une gratification de la somme de six cents livres, laquelle lui sera payée par M. le grand-maître des deniers du collège d’Arras, et ladite somme sera allouée à M. le grand-maître dans son compte en rapportant expédition de la présente délibération, et la quittance dudit sieur de Robespierre. »

Ses études terminées, Robespierre revint exercer ses fonctions d’avocat à Arras. Sa sœur Charlotte nous a laissé dans ses Mémoires (publiés en 1835 par Laponneraye) un tableau détaillé du genre de vie qu’il menait dès cette époque : vie réglée, sobre, toute d’études. Carnot était alors en garnison dans cette ville, avec le grade de capitaine du génie. Robespierre plaida pour lui, et il parait avoir eu avec lui des relations suivies, quoique cela soit contesté par M. Carnot, dans ses Mémoires sur son père.[2]

M. de Conzié, évêque d’Arras, fut si charmé des succès du jeune avocat, que, dès sa seconde année d’exercice, il le nomma juge à son tribunal civil et criminel[3]. Dans cette position, il eut le courage de repousser, au nom des principes et de la souveraineté du peuple, dont on ne se souciait guère alors, les édits de Lamoignon, auxquels les tribunaux supérieurs n’opposaient que des formes. Cela résulte du moins des explications qu’il donna lui-même dans sa réponse aux discours de Brissot et de Guadet, prononcée aux jacobins, le 27 avril 1792. Mais il ne conserva pas longtemps cette judicature. Sa sœur Charlotte rapporte qu’ayant, un jour, été obligé de condamner à la peine de mort un assassin contre lequel s’élevaient les charges les plus accablantes, il fut obsédé comme d’un remords de l’idée d’avoir ainsi disposé de la vie d’un de ses semblables. Il rentra chez lui le désespoir au cœur ; et quand sa sœur entreprenait de le consoler, lui rappelant l’énormité du crime du condamné, il répétait toujours : « Sans doute, c’est un scélérat, mais faire mourir un homme ! » Dès le lendemain, il envoya à l’évêque sa démission de juge, et rentra au barreau, où il s’était fait une position honorable quand la Révolution vint l’y chercher pour le lancer sur la scène politique.

Robespierre partageait tout son temps entre le barreau et l’Académie d’Arras, dont il était un des membres les plus actifs. On a de lui un Éloge de Gresset[4], et un Éloge du président Dupaty. Il était aussi membre d’une société chantante, connue sous le nom de société des Rosati. Il avait, paraît-il, la versification facile, et, il écrivit tout un poëme sur le Mouchoir du Prédicateur qui souvent remplit en chaire un rôle fort important. On peut citer comme spécimen de son talent poëtique, le madrigal suivant, adressé à une dame d’Arras :

Crois-moi, jeune et belle Ophélie,
Quoi qu’en dise le monde et malgré ton miroir,
Contente d’être belle et de n’en rien savoir,
Garde toujours ta modestie.

Sur le pouvoir de tes appas
Demeure toujours alarmée,
Tu n’en seras que mieux aimée
Si tu crains de ne l’être pas.

La lettre suivante, citée par M. Ernest Hamel, pourra donner une idée de la direction de son esprit, à cette époque :

Mademoiselle,

« J’ai l’honneur de vous envoyer un mémoire dont l’objet est intéressant. On peut rendre aux Grâces mêmes de semblables hommages, lorsqu’à tous les agréments qui les accompagnent elles savent joindre le don de penser et de sentir et qu’elles sont également dignes de pleurer l’infortune et de donner le bonheur.

« À propos d’un objet si sérieux, mademoiselle, me sera-t-il permis de parler de serins ? Sans doute, si ces serins sont intéressants ; et comment ne le seraient-ils pas puisqu’ils viennent de vous ? Ils sont très-jolis ; nous nous attendions qu’étant élevés par vous ils seraient encore les plus doux et les plus sociables de tous les serins : quelle fut notre surprise, lorsqu’en approchant de leur cage, nous les vîmes se précipiter contre les barreaux avec une impétuosité qui faisait craindre pour leurs jours ; et voilà le manège qu’ils recommencent toutes les fois qu’ils aperçoivent la main qui les nourrit. Quel plan d’éducation avez-vous donc adopté pour eux, et d’où leur vient ce caractère sauvage ? Est-ce que la colombe, que les Grâces élèvent pour le char de Vénus, montre ce naturel farouche ? Un visage comme le vôtre n’a-t-il pas dû familiariser aisément vos serins avec les figures humaines ? ou bien serait-ce qu’après l’avoir vu ils ne pourraient plus en supporter d’autres ? Expliquez-moi, je vous prie, ce phénomène. En attendant nous les trouverons toujours aimables avec leurs défauts. Ma sœur me charge en particulier de vous témoigner sa reconnaissance pour la bonté que vous avez eue de lui faire ce présent, et tous les autres sentiments que vous lui avez inspirés.

» Je suis avec respect, mademoiselle, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »

« DE ROBESPIERRE. »

« Arras, le 22 janvier 1782. »

 

Il faut aussi mentionner, parmi les travaux antérieurs de Robespierre, une dissertation sur les peines infamantes, composée pour prendre part à un concours ouvert sur ce sujet par l’Académie de Metz. Robespierre n’obtint que le second rang : le premier prix fut remporté par Lacretelle aîné, alors avocat au barreau de Paris [5].

Les aspirations démocratiques de Robespierre se font déjà sentir dans ce travail : il s’élève très vivement contre le préjugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels l’infamie attachée à leur supplice, et l’un des plus puissants moyens, suivant lui, d’avoir raison du préjugé qu’il combat, c’est d’établir l’égalité des peines pour tous les citoyens, de ne pas accorder le privilège d’un supplice spécial aux nobles, dont les crimes sont toujours moins excusables que ceux de malheureux poussés au mal par la misère. L’infamie semblait dépendre de la forme du supplice ou du crime. Et en conséquence, le jeune orateur propose qu’on étende à tous les citoyens le genre de supplice réservé jusqu’ici aux seuls nobles, — c’est-à-dire l’échafaud, parce qu’il lui paraît le plus doux, le plus humain et le plus équitable. Il ne va pas du reste jusqu’à l’abolition de la peine de mort.

On peut citer un passage de ce discours où, après avoir flétri le forfait de César s’asseyant victorieux sur le trône de l’univers, il le condamne à d’éternels remords pour avoir violé ce précepte : Ce qui n’est point honnête ne saurait être juste. « Cette maxime, vraie en morale, dit-il, ne l’est pas moins en politique, les hommes isolés et les hommes réunis en corps de nation sont également soumis à cette loi. La prospérité des États repose nécessairement sur la base immuable de l’ordre, de la justice et de la sagesse. Toute loi injuste, toute institution cruelle qui offense le droit naturel, contrarie ouvertement leur but, qui est la conservation des droits de l’homme, le bonheur et la tranquillité des citoyens. »

L’année 1789 trouva Robespierre directeur de l’Académie d’Arras. Il entra résolument dans l’arène politique ouverte par la convocation des États généraux et il rédigea une Adresse à la nation artésienne sur la nécessité de réformer les États d’Artois. — Il y avait, on le sait, dans les pays d’état une sorte de représentation. Mais la plupart du temps cette représentation était tout illusoire, les membres qui composaient les états n’ayant pas été librement élus par leurs concitoyens. C’était là un des principaux griefs de Robespierre contre les états d’Artois. Appréhendant que pareil abus ne s’étendît du particulier au général, et que les états généraux ne devinssent également une duperie, il proposait de couper le mal dans sa racine et de commencer par réformer les assemblées provinciales.

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