Science Non-Science et Fausse Science

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L'homme ne se satisfait pas de ce que la science lui enseigne; il s'interroge aussi sur le sens de sa vie et fait pour cela appel à la philosophie et à Dieu lui-même. Son insatisfaction le pousse en outre à tenter de recréer le monde dans lequel il vit, et c'est là toute la raison d'être de l'art. Sa curiosité l'a de plus conduit à concevoir un langage abstrait qui exprime des vérités absolues et que sont les mathématiques. Philosophie, religion, art et mathématiques sont des créations du cerveau humain. L'auteur s'efforce de préciser les limites et la spécificité de chacun de ces chemins de la connaissance et fait apparaître que c'est de la confusion des genres si caractéristique des pseudosciences que naît la confusion des esprits.
Publié le : mercredi 1 avril 1998
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EAN13 : 9782296360631
Nombre de pages : 134
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Science, non-science
et fausse science
Réflexion Sllr les chemins de la connaissanceHenri-Géry Hers
Science, non-science
et fausse science
Réflexion sur les chemins de la connaissance
ESSAI
Préface de Christian de Duve
Prix Nobel
L 'Harmattan Inc.L'Harmattan
55, me Saint-Jacques5-7, rue de l'École Polytechnique
Montréal'(Qc) - CANADA H2Y lK975005 Paris - FRANCEcg L'Harmattan, 1998
ISBN: 2-7384-6455-6A mes anciens étudiants,
à mes enfants et petits-enfants,
pour susciter leur réfleJYionPRÉFACE
Géry Hers est un scientifique heureux. Des prix presti-
gieux - les prix Francqui en Belgique, Gairdner au Canada,
Wolf en Israël, pour n'en citer que trois - ont couronné son
oeuvre. Son nom figure dans de nombreux traités, avec, no-
tamment, suprême consécration pour un docteur en méde-
cine, la "maladie de Hers". Ses élèves occupent des postes
académiques importants aussi bien au Nord qu'au Sud de
notre pays et ailleurs dans le monde. Ses travaux, depuis les
premières recherches que nous entreprîmes ensemble au
lendemain de la libération pour redécouvrir le glucagon,
connu aujourd'hui comme une deuxième hormone pancréa-
tique, dans une préparation d'insuline américaine - don de la
US Army! -jusqu'aux dernières trouvailles de ceux qu'avec
l'affectueuse fierté d'un père il appelle son "groupe",
témoignent d'un esprit méthodique et objectif, qui pèse les
faits sans idée préconçue, les évalue sans passion, tire les
conclusions que la logique impose et conduit son expéri-
mentation en conséquence. Les nombreuses publications qui
relatent ses découvertes, dont toutes ont été confirmées, sont
écrites en un style sobre qui allie précision et concision
d'une manière exemplaire. Ses leçons, suivies par des géné-
rations d'étudiants en médecine, furent des modèles du
genre. Aujourd'hui admis à l'éméritat, il peut jeter un regard
satisfait sur cinquante années d'activité féconde et envisager
l'avenir avec confiance et sérénité.
Mais Géry Hers ne s'est pas enfermé sa vie d'urant dans
l'univers clos de la science. Ce regard lucide et impartial qui
lui a permis de débrouiller l'écheveau complexe des régula-
tions métaboliques, il l'a porté également sur le monde qui
l'entoure. C'est le fruit de cette contemplation et de la ré-
flexion qu'elle a suscitée qu'il nous livre dans cette plaquetteScience, non-science etfausse science10
dont la minceur ne devrait pas être prise pour de la mai-
greur. Chaque mot y est porteur et aucun n'est inutile.
Des origines de l'Homme au développement des cul-
tures et des civilisations, des technologies aux sciences, de
la biologie fondamentale à la médecine clinique, de la théo-
rie darwinienne aux philosophies et aux religions, des arts
aux directives éthiques, de l'astrologie aux médecines paral-
lèles, tous les "chemins de la connaissance" sont passés en
revue avec le même souci de clarté et d'objectivité, la même
absence de prétention.
Aucun étalage inutile d'érudition n'embrouille l'ana-
lyse, qui reflète avant tout le regard de "l'honnête homme"
sur le savoir de son temps, quitte à effacer parfois les
incertitudes et les divergences d'opinion que les spécialistes
ne manqueront pas de souligner. Les citations qui émaillent
le discours témoignent de l'éclectisme de l'auteur, auquel
d'aucuns reprocheront peut-être son engouement pour la
figure emblématique du philosophe Karl Popper. Tout au
long de son cheminement, notre guide reste en contact étroit
avec la vie de tous les jours.
Toutes les faiblesses d'une société qui se réfugie trop
souvent dans le conformisme et la paresse intellectuelle, si-
non dans l'hypocrisie ou l'irrationnel, sont disséquées avec
un mélange de rigueur et de bon sens d'autant plus convain-
cant qu'il ne laisse percer aucun parti pris affectif autre
qu'une certaine sympathie indulgente pour notre lot com-
mun, avec parfois une pointe d'humour. On n'y trouve ni
rancoeur, ni hostilité - sauf à l'égard de la malhonnêteté in-
tellectuelle qui, elle, est intolérable - ni non plus aucune
complaisance. Seule compte la rigueur de la pensée. Et les
conclusions sont énoncées sans ambages ni précautions
oratoires, même lorsqu'elles vont à l'encontre de préjugés
fortement enracinés. Tout cela dans un style simple et dé-
pouillé, accessible à tous.
Certains lecteurs n'accepteront sans doute pas la totalité
des idées de l'auteur. Mais rares seront ceux ou celles qui,
quels que soient leur formation, leur mode de pensée et leurs
partis pris, ne s'arrêteront pas à l'un ou l'autre moment dePréface Il
leur lecture pour se dire: "Tiens, je n'avais pas pensé à cela.
Maintenant qu'on me le montre du doigt, cela saute aux
It
yeux .
Quant à ceux que certaines opinions de l'auteur pour-
raient heurter, qu'ils réfléchissent bien avant de rejeter le
message qui leur est offert. Il leur est recommandé de lire -
et de relire - ce livre sans idée préconçue et d'en peser les
argumentations avec la même honnêteté que celle mise par
l'auteur à les développer. Celui-ci y a condensé la sagesse
d'une vie. Il mérite d'être écouté avec un esprit ouvert et, s'il
n'est pas suivi, de ne pas être condamné pour des raisons
étrangères à la raison.
Christian de DuveAVANT-PROPOS
Qui comprend pénètre dans de l'éternel (Spinoza)
L'homme est bien le seul animal venant au monde dé-
pourvu, en grande partie, de l'instinct qui dicte leur compor-
tement aux représentants des autres espèces, dépourvu donc
de l'information concernant les gestes à faire pour assurer sa
survie. Ces gestes, il se doit de les découvrir lui-même en
prenant connaissance du monde qui l'entoure et en cherchant
ensuite à le dominer.
Les chemins de la connaissance sont multiples.
L'homme a initialement développé de manière empirique
toute une technologie de survie qui a caractérisé la préhis-
toire, laquelle a duré environ deux millions d'années. Puis il
inventa l'écriture qui, en lui permettant de conserver, de
transmettre et d'échanger ses connaissances, les a considéra-
blement amplifiées. C'est ainsi que sont nées la science, les
mathématiques, la philosophie et la littérature, bref, ce qui
fait notre culture. La connaissance est donc ce que l'homme a
de plus précieux, ce par quoi Dieu l'a fait semblable à Lui.
Nous disposons aujourd'hui de deux sources de connais-
sance. D'une part, l'observation du monde extérieur, aidée de
la réflexion, mais aussi soutenue par une technologie de plus
en plus efficace, nous apprend comment ce monde fonc-
tionne, et le savoir ainsi acquis est ce que nous appelons la
science. Depuis près de trois mille ans, celle-ci n'a fait que
grandir, au point qu'aujourd'hui nous croyons avoir compris
de quoi l'Univers est fait et même la nature et l'origine de la
vie. Elle nous a de plus permis de développer une technologie
qui a changé la face du monde.
Mais l'homme ne se satisfait pas de ce que la science lui
enseigne; il s'interroge aussi sur le sens de sa vie, sur les14 Science, 1lon-science et fausse science
bases morales de son comportement et fait pour cela appel à
la philosophie et à Dieu Lui-même. Son insatisfaction le
pousse en outre à tenter de recréer le monde dans lequel il vit,
et c'est là toute la raison d'être de l'art. Sa curiosité l'a de plus
conduit à concevoir un langage abstrait q'ui exprime des véri-
tés absolues et que sont les mathématiques. Philosophie, reli-
gion, art et mathématiques sont de pures créations du cerveau
humain, notre seconde source de connaissance. Ce cerveau,
tout merveilleux qu'il soit, est cependant le même depuis que
l'homme est devenu sapiens sapiens, soit depuis au moins
50 000 ans, et ne nous met donc pas en meilleure position que
ne l'était l'homme de Cro-Magnon pour réfléchir sur le sens
de notre vie, pour distinguer le bien du mal ni même pour
créer une oeuvre d'art. La question que l'on se pose est donc
de savoir si la science et la technologie, qui, elles, sont en
constant progrès, peuvent venir en aide à notre réflexion
philosophique ou religieuse, à nos choix éthiques et à notre
création artistique.
Pour répondre à cette question et parce que les chemins
de la connaissance sont si divers, il est important de connaître
non seulement les règles propres à chacun de ceux-ci mais
aussi de rechercher les lieux privilégiés où ils se croisent. Ce
sont' ces règles et ces lieux qui font le propos de ce livre.
Nous commencerons par faire une distinction claire entre
science et technologie, que l'on a trop souvent tendance à as-
socier et même à confondre à cause des services qu'elles ne
cessent de se rendre mutuellement, mais dont les principes et
les ambitions et surtout l'influence que chacune d'elle a exer-
cée sur les autres disciplines sont très différents, voire oppo-
sés. On ne manquera pas par exemple d'être frappé par le fait
que l'art doit beaucoup à la technique et rien à la science, l'in-
verse étant vrai pour la philosophie, alors que l'éthique ne fait
appel ni à l'une ni à l'autre.
L'originalité du présent essai est qu'il donne le point de
vue d'un homme de science dans un domaine généralement
réservé au philosophe et utilise donc ce vocabulaire simple et
concis qui relève d'un mode de pensée formé à une rigueur
extrême par une longue pratique de la recherche scientifique.Avant-Propos 15
Dans chacun des domaines étudiés, je me suis efforcé de dé-
finir des repères qui devraient pennettre au lecteur de faire le
bilan de ce qu'il est raisonnable de croire et de connaître.
C'est en effet la méconnaissance de ces repères qui a conduit
beaucoup de nos contemporains, déracinés moralement et
intellectuellement par une trop rapide évolution de leur cul-
ture, à toutes sortes de pratiques et de croyances qui sont une
régression de la pensée et de tout ce que la société possède de
plus précieux: son savoir et sa raison. J'ai écrit cet essai sans
intention de convertir le lecteur à l'une ou l'autre opinion,
mais avec le seul désir de l'informer et de susciter ainsi sa ré-
flexion.
Le fait que ce livre débute par une analyse de la science
et de la technologie qui lui est associée ne doit en aucune fa-
çon être interprété comme le signe d'une volonté d'attribuer
une plus grande valeur à ce mode de connaissance. Cet ordre
de présentation résulte de ce qu'il est important de connaître
les limites étroites dans lesquelles la connaissance scienti-
fique est confinée, car ce sont elles qui déterminent le champ
d'action d'autres approches. Cette réserve étant faite, chaque
chapitre est essentiellement compréhensible par lui-même de
telle sorte que le lecteur peut aborder le livre par le chemin de
la connaissance qui lui est le plus familier.
Ottignies Louvain- La-Neuve
15 décembre 1997

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