Tocqueville ou l'intranquillité

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On voit aujourd'hui en Tocqueville le penseur du monde libre. On admire cet éclaireur du modèle américain, échappé du coeur des ténèbres révolutionnaires. Pouvons-nous à notre tour devenir sages parce que libres, libres parce que citoyens, dans cet espace de l'échange ? Le croire serait oublier que la société marchande ne tient qu'au prix de la dénégation de nous-mêmes et des autres, que le raisonnable est un mur qui s'écroule chaque jour sous la pensée de l'intranquillité et qu'il faut rebâtir c'est à dire déposséder pour accumuler. Tocqueville ne dit pas autre chose. Le dit-il vraiment ? C'est en le lisant qu'on le découvre.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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EAN13 : 9782296354678
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TOCQUEVILLE OU L'INTRANQUILLITE

Collection L'Ouverture Philosophique dirigée par Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux Sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions Françoise D'EAUBONNE, Féminin et philosophie (une allergie historiqueJ, 1997. Michel LEFEUVRE, Les échelons de l'être. De la molécule à l'esprit, 1997. Muhammad GHAZZÂLI, De la perfection, 1997. Francis IMBERT, Contradiction et altération chez J.-J. Rousseau, 1997. Jacques GLEYSE, L'instrumentalisation du corps. Une archéologie de la rationalisation instrumentale du corps, de l'Âge classique à l'époque hypermoderne, 1997. Ephrem-Isa YOUSIF, Les philosophes et traducteurs syriaques, 1997. Collectif, publié avec le concour de l'Université de Paris X, Objet des sciences sociales et normes de scientificité, 1997. Véronique FABBRI et Jean-Louis VIEILLARD-BARON (sous la direction de), L'Esthétique de Hegel, 1997. Eftichios BITSAKIS, Le nouveau réalisme scientifique. Recherche Philosophiques en Microphysique, 1997. Vincent TEIXEIRA, Georges Bataille, la part de l'art. La peinture du non-savoir, 1997. Tony ANDRÉANI, Menahem ROSEN (sous la direction de), Structure, système, champ et théories du sujet, 1997. Denis COLLIN, Lafin du travail et la mondialisation. Idéologie et réalité sociale, 1997. Alain DOUCHEVSKY, Médiation & singularité. Au seuil d'une ontologie avec Pascal et Kierkegaard, 1997. Joachim WILKE, Les chemins de la raison, 1997.
L' Hannattan, 1997 ISBN: 2-7384-6146-8 @

Philippe RIVIALE

TOCQUEVILLE OU L'INTRANQUILLITÉ

I. 'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - PRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saini-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

Du même auteur:

La ballade du temps passé; guerre et insurrection de Babeuf à la commune; Anthropos; 1978. La Conjuration; essai sur la Conjuration pour l'égalité dite de Babeuf, L'Harmattan, La Philosophie en commun; 1994. Tocqueville, liberté et démocratie; Documents pour l'enseignement économique et social (DEES); La documentation française; octobre 1995. Le libéralisme, doctrine introuvable du progrès comme effet émergent; DEES; mars 1996. Utopie, totalitarisme, autonomie; DEES; septembre 1996. Fourier et la civilisation marchande; L'Harmattan, 1996

Contribution: La révolution sociale, in Le XIXème siècle; sciences, politoque et tradition; préface d'Alain Corbin; Berger-Levrault; 1995.

AVANT -PROPOS

Ecrire .sur Tocqueville? Cela n'a-t-il pas été fait, et magistralement déjà? Je veux avertir ici le lecteur du projet qui a guidé cette réflexion, et donner à voir le complet renversement de la perspective historique à quoi aboutit l'analyse qu'on va lire à présent. Car Tocqueville constitue le troisième homme d'une trilogie que j'avais commencée par Babeuf et poursuivie avec Fourier. l'ai intitulé cette trilogie: le révolté, le rêveur, le sage. On remarquera la progression des termes, qui est régression en actes. Fourier, au centre de la réflexion, donne la clé de lecture par sa thèse centrale sur le caractère composé, c'est-à-dire double, de l'homme, qui ne se révèle à lui-même que par refus de l'apparence, et tout d'abord bien sûr, de l'apparence d'ordre. Le révolté, c'est-à-dire Babeuf, vient en son temps. Qu'est-ce à dire? Qu'il ne parla pas pour les générations futures; qu'il ne fut ni prématuré, ni archaïque (communiste primitif, ont dit de lui des gens bien intentionnés). Qu'il découvre le contrat social au moment même où cet édifice à peine fondé est mis à l'encan, pour être livré au pillage. Et cette scène là, du partage du bien public en lots privés mis en dispute entre les plus roués, constitue la fondation de l'ordre libéral, c'est-à-dire un affreux marché d'accaparement. Pauvre Babeuf, qui n'a pas compris qu'on doit tirer parti de ses dons pour accumuler, construire des petites républiques à part, pour soi, sa famille et ses amis. Pauvre révolté qui, avant que l'édifice de la société marchande soit seulement en place, a cru pouvoir avertir ses concitoyens du désastre et, faute d'y parvenir, s'est résigné à la violence pour imposer aux puissants, et à tous ceux qui vivent des puissants, le bien commun. Il mourut dans sa révolte, sans avoir pu méditer si son projet était réalisable, sans jamais douter de ce monde autre qu'il avait entrevu. Le rêveur, Charles Fourier, a débuté en prenant part aux spéculations, aux jeux ignobles du marché et de la concurrence. Son dégoût de la spéculation marchande (ce qu'il
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appelle commerce) l'a tiré de lui-même, homme ordinaire, sergent de commerce, et l'a fait le plus prodigieux penseur des passions. L'accaparement privé, que Babeuf voulut détruire de vive force, Fourier découvre le levier, naturel et pourtant mystérieux, puisé dans la nature composée, pour le rejeter aux abîmes du temps. Là où Babeuf a vécu la passion de la révolte contre les puissants, leurs commis, leurs dupes mêmes; là où Babeuf jeté dans l'action ne put seulement voir l'état des forces en présence, et meurt sans avoir pu méditer sur les connivences secrètes (que verront un peu plus tard Balzac, et Dickens) qui font tenir ensemble le fabuleux désordre émergent; Fourier trouve les ressorts pour refonder le monde et débarrasser les hommes de ce qui leur paraît être leur nature, c'est-à-dire l'évidence imposée par la marche au hasard (évidence que théorisera plus tard Hayek sous le nom plaisant d 'ordre catallactique, dans lequel tous gagnent du fait de l'efficacité garantie par l'expérience, d'un système dont les propriétés n'ont été voulues ni prévues par personne, et qui procure l'abondance dans la liberté.) Or Fourier parle de Babeuf, et c'est pour le rejeter; pour voir en lui un partisan de la violence qui ne pouvait que vouloir un ordre tyrannique. Fourier le rêveur ne songe pas à l'urgence où vivait Babeuf. Est-ce à dire que Fourier ignore le temps? L'édifice de sa cosmologie suffit à démentir cette idée; mais le temps du rêveur n'est pas celui du désespéré. Le temps de Fourier s'arrête; autrement dit, Fourier arrête le temps au jour de la mise en oeuvre de son projet d'Harmonie. Rien n'est perdu jusque là; on peut toujours s'accommoder des erreurs déjà faites, qui contiennent en germe une splendeur composée. C'est pourquoi il n'est, selon lui, que de donner le départ, et tous les coeurs adonnés au jeu des passions vivront un temps nouveau, composé; un temps échappé aux contraintes de Fortune, c'est-à-dire fondé sur ce qui passe, mais ne s'altère pas; un temps du choix absolu entre partenaires produisant le désirable au sein de ce qui n'est que passager. Alors on choisira, non pas un destin pour l'humanité (ce qui serait de l'irréversible, c'est-à-dire du tyrannique), mais des chemins multiples, entrecroisés, partant à l'aventure, menant à la 8

rencontre des autres et de soi; non pas des autres et de soi comme ils.étaient avant de s'être lancés, mais telles et tels que l'aventure les révèle a chacun et a tous, passionnés et emplis du désir . d'autrui.

Mais Tocqueville? Il fut ce qu'il s'efforça d'être: un

sage. En d'autres termes, il convint avec lui-même (et avec qui d'autre aurait-il pu convenir?) de fermer son coeur a l'inaccessible; il convint que le passé était mort et qu'il ne fallait plus se souvenir. Ses. propres Souvenirs ne disent rien ou presque de lui-même, et font voir une manière de spectre de la sagesse,. parcourant les rues et siégeant aux tribunes, écoutant des harangues, toujours stupéfait de se trouver au fond si indifférent a la sottise, la vanité, la veulerie, c'est-a-dire a la petitesse de ses contemporains. Tocqueville écrit pour eux; il ne lutte pas contre l'injustice; il n'a découvert aucun secret de l'humanité; il constate ce qui advient et déduit ce qui peut en résulter. Connaît-il Fourier? Oui; mais c'est pour le rejeter du côté des fous, des insensés auteurs de tous ces systèmes bizarres qui sont le symptôme de la maladie des temps démocratiques. C'est pour lui opposer la tyrannie a quoi mène nécessairement son utopie, car tous ces systèmes ont la tyrannie pour point de convergence. En cela, Tocqueville est aussi empli de préjugés que nos plus illustres contemporains; mais il a des excuses que ceux-ci n'ont pas; il est totalement sans illusions sur le goût pour la liberté de la classe moyenne, tout comme il n'accorde aucune confiance a l'ordre émergent du marché. Nos illustres contemporains en revanche croient, les uns très savamment, les autres moins savamment mais tout aussi doctement, que tout: progrès, liberté et bien-être, viendra, un peu pêle-mêle mais « c'est la vie », de l'acceptation du marché. Du moins disent-ils le croire, et pourquoi mentiraient-ils donc? Alors, pourquoi Tocqueville a-t-il place dans cette trilogie? Remarquons d'abord les limites chronologiques (car l'imagination n'a pas encore rendu le temps réversible). La Révolution française a détruit des structures politiques, sociales, religieuses, mais avant tout elle a jeté a bas un imaginaire. Elle a rendu possible l'édification. d'un monde 9

nouveau. Juin 1848 a achevé dans un bain de sang une époque où beaucoup avaient cru à un arrangement imaginaire, c'est-àdire une manière de prise en charge des destins individuels, sous l'impulsion bénévolente d'entrepreneurs pacifiques, et par le biais d'une prospérité collective pacificatrice. En d'autres termes, le capitalisme, ou tout autre vocable qu'on préférera pour dire la même chose, apparut en ce temps comme un trésor à partager, trésor qui aurait eu la propriété magique de croître avec le nombre de ses propriétaires, sans qu'on pût comprendre le processus de cette croissance, que les économistes sérieux, Malthus, Ricardo, jugeaient impossible sur le long terme. Or Tocqueville, clairvoyant autant qu'il fut dédaigneux, veut avertir ses contemporains de l'erreur qu'ils commettent. Le trésor n'a rien de magique; il est, tout au contraire, le gouffre aux malheurs nouveaux. Et ces malheurs seront d'autant plus inextirpables que les hommes s'y jettent, et s'y jetteront plus encore, dans l'espoir insensé de la jouissance, à la poursuite d'un fantôme: celui d'une image dont ils ont précisément aboli le modèle, le fantôme de la richesse légitime, le fantôme de l'aristocratie, dont les fantoches de la classe moyenne croient pouvoir s'approprier les qualités. Cette quête, sans objet autre que des oripeaux qui ne vont à personne, en ce monde d'égalité, produit tout de même un résultat effectif: elle fait des perdants. Et cette masse de dépossédés hante les consciences, trouble les appétits et la digestion. Que faire de ce peuple? Je veux dire, des uns, ceux qui se croient presque pareils, et les autres, dont on ne parle pas, et qui n'ont pas droit à la parole? Qui voudra la liberté; et si personne ou presque ne la veut, comment l'avoir quand même? Machiavel avait exposé les voies et moyens de la prospérité publique en dépit des citoyens. Tocqueville sait que, du fait même de l'advenue du temps de l'égalité, il n'y a plus rien à attendre du tyran. Tocqueville n'est pas poussé à la révolte; il n'en a pas les moyens, car son monde idéal est mort. n n'a pas l'ardeur du rêve, car il s'est mis en retrait de sa propre personne, et il craindrait trop la folie de celui qui s'éveille, effrayé de son rêve, ainsi qu'il en est advenu de ceux qui avaient fait la Révolution française. n a tenté d'être le sage, JO

celui qui renonce, et indique aux autres, ni révoltés, ni rêveurs, ni sages, le moyen de surmonter l'angoisse d'être libres. Mais peut-on être le sage des temps démocratiques? Tocqueville n'appartient pas à la tradition libérale. Sa filiation est bien. celle des esprits rebelles, qui n'ont pu trouver dans la mise en place de la société des modernes (les droits de l'individu et l'ordre marchand) l'évidence d'un ordre naturel, le souhaitable légitime, l'accomplissement mystérieux d'une destinée voulue par Dieu, ou par la Nature. Qu'avons-nous à apprendre de lui?

Il

INTRODUCTION
On a redécouvert en France, à l'occasion du grand renouveau libéral, la pensée de Tocqueville. Les philosophes, on va le voir, ont accepté comme l'un des leurs cet écrivain. Raymond Aron cependant, précurseur, lui avait fait place parmi les fondateurs de la sociologie; et de nos jours, les spécialistes des sciences sociales voient en lui une référence, parfois une caution. Continuateur avoué de Montesquieu, il permet à nos contemporains d'effacer en plein XIXème siècle la rupture provoquée par la critique sociale, celles des « utopistes» comme celle des « scientifiques ». C'est que la pensée de Tocqueville, mais aussi son action, et même sa personne, semblent conforter la manière de restauration d'aujourd'hui. Homme d'ordre, progressiste en un sens, épris de liberté, il annonce la société ouverte et éclaire de ses lumières l'individualisme alors naissant, chéri des libéraux d'alors, vitupéré des conservateurs; il le montre triomphant de l'oppression, du fanatisme et de la guerre sociale. Méthodologue, il décrit avant les théoriciens le fonctionnement des effets de composition, énonce l'individualisme méthodologique, montre en actes l'indétermination radicale de l'histoire, ainsi libérée des systèmes philosophiques. Cependant, la lecture attentive de ses écrits, ceux qu'il a fait publier et les autres, ouvre bientôt des espaces de doute, et finalement un abîme de perplexité. Il faut convenir qu'il a été fait de cet auteurs des lectures contradictoires; il est non moins vrai qu'il n'est pas d'herméneutique absolue et, certes, il vaut mieux reconnaître des niveaux de lecture, plutôt que d'opposer des argumentaires qui n'ont rien à se dire. r aurai à revenir sur les principaux commentateurs. Schématiquement, Raymond Aron y a vu l'anti-Marx, en un temps où le marxisme était bien porté; il a aussi trouvé en lui un modèle contre le sociologisme à la française aussi bien que contre l'économisme dominant. Il a salué en lui le champion d'une démocratie modérée, plus modérée que démocrate 13

d'ailleurs.! Plus récemment, Pierre Manent partage cette lecture, au nom de la défense des contenus moraux préexistants à la démocratie, seules protections contre le vide ouvert par l'affirmation de l'indépendance individuelle.2 D'un autre côté, nous trouvons Claude Lefort et Marcel Gauchet, qui reprochent à Tocqueville ses résistances à l'égard de la démocratie comme altérité reconnue du social. Ces deux auteurs, par des voies distinctes et des analyses dont la richesse résisterait à toute réduction, mettent l'accent sur l'impossibilité, ou le refus, manifestes chez Tocqueville, de concevoir et d'accepter l'idée que la démocratie n'est autre que l'indétermination radicale de tout ce qui fonde la vie sociale; en d'autres termes, qu'elle porte avec elle le déchirement de tout sens du collectif, qu'en aucun cas il ne faut tenter de restaurer par un ferment d'unité, nécessairement factice, et qui ne pourrait qu'être source d'oppression. Ici se trouve posée la question du totalitarisme.3 On laissera ici de côté les approches « sociologistes » qui recherchent erreurs et défauts de méthode, tout en assurant la réappropriation de l'auteur par la discipline grâce à la démonstration apportée de la conformité de son oeuvre aux canons appropriés.4 Mais qu'en est-il de l'accusation jadis portée contre lui, d'être penseur réactionnaire, d'avoir provoqué à l'union des possédants contre la classe ouvrière? C'est là bien autre chose que matière à dérision aujourd'hui, après avoir été affaire de dogme précédemment. Tocqueville déteste la foule, et craint les mouvements populaires; il l'a écrit. Il dit pourquoi: parce que c'est de là que viendra la destruction de la liberté. Qu'il le dise prouve sa maîtrise intellectuelle, non sa bonne foi. Mais pour en juger, que supposons nous donc que renferment, et la foule,
lRavmond Aron,Essai sur les libertés, Calmann-Levv, 1965. 2 Pi~rre Manent ]ocquevilleet la nature de la démo~ratie, Paris, Julliard, 1982. 3 Claude Lefort, Essais sur le politique, Esprit/Seuil, 1986; et Marcel Gauchet, Tocqueville, l'Amérique et nous, Libre n° 7, Payot, 1980. 4 En particulier, la référence est ici Pierre Birnbaum, Sociologie de Tocqueville, Paris, PUF, 1970. 14

et les soulèvements populaires, comme ferments de liberté, sinon par une ruse de la Raison, dont nous avons appris à nous détourner comme d'une dangereuse illusion? Tocqueville, intellectuellement et affectivement, n'a pas franchi les limites que lui traçaient son milieu et son éducation; aussi bien juge-t-il qu'il a, en quelque sorte, outrepassé son temps.5 Lui même, aristocrate et philosophe, constitue le point fixe, etc'est la société entière qui, sous ses yeux, va au hasard, entraînée par le courant irrésistible de la démocratie. De sorte que, loin de s'aveugler sur l'humanité, il parvient à saisir dans les mouvements désordonnés qu'il observe, en se donnant l'hypothèse que le sens du courant est celui de l'égalisation des conditions, quelque chose d'essentiel, mais qui ne se voit bien que dans une humanité lancée dans le nouveau. J'appellerai ce quelque chose: l'intranquillité. Quand la société, de stable et structurée, est devenue mouvante et polarisée, les hommes perdent leurs repères, mais s'efforcent d'y transporter leurs différences. Pour y réussir, et puisque les valeurs qu'ils connaissaient sont mortes parce qu'ensemble ils les ont rejetées, ils se sont rués sur quelque chose qui était présent, qui avait lancé leurs esprits sur des chemins barrés jadis, mais sans encore paraître à la surface du monde. Aux valeurs anciennes, unifiantes, la foi, le roi, l'honneur, etc., ils ont substitué ce qui leur tenait à coeur : l'envie. On comprend que ce principe avait été forgé dans le déclin de la vieille société; c'est ce qu'il nous montre dans ses études de L'ancien régime et la révolution. Mais prenons garde qu'il ne parle pas des anciennes valeurs pour en déplorer l'abolition; l'ancien régime, écrit-il, a été jugé; on n'y reviendra plus. Aussi ne peut on échapper à l'intranquillité; la seule recherche est de savoir comment n'y pas succomber. Ceci suffit à poser l'évidence; Tocqueville a scandaleusement outrepassé une autre limite, celle qui borne le territoire de .la sociologie, du moins celle d'aujourd'hui. Cette limite constitue d'ailleurs l'unique critère identitaire de cette discipline qui, pour se séparer d'autres registres de la pensée, et
5Lettre à Reeve du 27 mars 1837; citée dans les Oeuvres complètes, correspondance anglaise, VI, 1; NRF Gallimard. 15

se proclamer scientifique, l'a dressée autour d'un vaste champ au sein duquel, à vrai dire, on peut faire pousser ce qu'on veut. Certes, il est sociologue, et pas seulement en ce qu'il prend en compte le quantitatif, pas seulement non plus parce qu'il élabore des modèles conceptuels; il l'est d'abord par clairvoyance et liberté d'esprit. Ce dernier trait n'aura guère de poids, je le crains, auprès des garants. de l'objectivisme scientifique. C'est pourquoi je préfère voir en lui un philosophe et un moraliste. Je crois savoir que la seconde profession de bien des penseurs d'aujourd'hui est celle de moraliste (parfois c'est la première). Hélas, n'est pas moraliste qui veut; ou, pour dire autrement, tout le monde croit l'être, alors qu'il faut beaucoup de discernement pour ne pas infliger aux autres sa propre morale, généralement héritée. Si Tocqueville échappe à ce travers, c'est bien à raison de cette rupture qu'il opère entre ses passions, qu'il tient pour mortes, et celles des hommes de son temps, auxquelles il ne dénie pas le droit d'exister. Ainsi reconnaît-il à ceux des temps démocratiques d'avoir acquis la notion juste de la liberté; quoiqu'il redoute également de les voir succomber au despotisme qu'ils lui auront préféré. Tout aussi bien, devenu à peu près agnostique, il affirme la nécessité d'une foi indiscutée comme rempart contre la tyrannie des opinions, chez ceux là dont les passions ne sont pas mortes. De la même façon enfin, il déclare la propriété privée des biens unique voie de la société pacifique et libre, alors qu'il a pu constater le désarroi des hommes livrés à la poursuite des jouissances du bien-être matériel. Il n'est pas pourtant, et en dépit de ce qu'en dit Aron, un philosophe classique. A la différence de Léo Strauss, il admet que les valeurs du passé sont mortes, et juge que les hommes du présent sont tout-puissants, de par leurs faiblesses mêmes, sur leurs destins. Nulle transcendance ne permet de prédire l'avenir; celui ci sera produit par une marche à tâtons, et seul un patient apprentissage pourra enseigner la sagesse de renoncer à la servitude volontaire.

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Raison, progrès, tyrannie de l'égalité Pour comprendre Tocqueville, je crois qu'il faut le situer entre la pensée optimiste du XVIIIème siècle, telle que la résume Condorcet, et l'irrationalisme romantique à prédominance allemande du XIXème siècle. Si la première époque a fondé trop d'espoir dans la raison humaine et dans l'individualisme capable de fonder la liberté, la seconde a prétendu abdiquer en faveur de forces échappant il la raison. Tocqueville en ce sens aurait tenté de sauver la liberté dans un univers apparemment voué à la soumission à des forces historiques, elles mêmes hors de portée des volontés humaines. A la différence de Condorcet, il a pris acte de la force des « préjugés », c'est à dire de la capacité des hommes à suppléer aux préjugés détruits, par d'autres, qui, bien sûr, ne leur apparaissent pas comme tels. Ainsi en irait-il de l'égalité des conditions. C'est pourquoi il fonde toute sa philosophie sur la tentative (désespérée?) de combattre le « préjugé» de son temps, à savoir l'idée d'une marche inéluctable de l'histoire, par la recherche de la liberté, dont on verra qu'elle n'est anhistorique que pour partie, car si seul un petit nombre la souhaitent, on peut la rendre efficace par quelques expédients, eux mêmes situés dans et rendus possibles par la marche même vers l'égalité. Son refus de la nostalgie, en contraste avec les romantiques chez qui elle est si forte, frappe le lecteur. Voici un aristocrate personnellement attaché aux valeurs d'autrefois, et qui estime que l'Ancien régime est jugé, et ne reviendra pas. C'est que les hommes n'en voulaient plus; et de ce fait, en dépit qu'on eût pu l'amender, il était condamné. La page est tournée, il faut tâcher d'aménager le présent selon la raison, qui ne l'emportera jamais spontanément. Il faut trouver les voies pour canaliser le préjugé nouveau (qui est aussi humain que l'ancien, et qu'aucune vérité extérieure supposée ne permet de dire aberrant); il faut le faire servir à la quête de la liberté, puisque le mouvement déclenché permet pour la première fois que ce bien devienne accessible. Quoi de plus éloigné de la pensée hégélienne, selon laquelle l'histoire des hommes se fait en dépit de leurs 17

intentions, par des « ruses de la Raison» qui détournent chacun de leurs actes des buts que les acteurs individuels croyaient poursuivre? Tocqueville se tourne vers l'avenir, mais un avenir qui se peut construire. D'où les interventions qu'il opère au long de La Démocratie; d'où sa remarque fondamentale du second volume, selon laquelle il n'a entrepris cet ouvrage que parce qu'il croit que la marche au despotisme n'est pas inéluctable. Aux institutions formées par une « croissance naturelle », il oppose l'artificialisme des constructions de la raison, qui bien évidemment supposent des acteurs en surplomb, et qui veulent le bien. La rupture d'où part l'analyse de Tocqueville, c'est à dire la Révolution française, est décisive; le passé ne se prolonge pas dans le présent; l'innovation est devenue nécessité. Mais en même temps que nécessité, c'est le moyen de la liberté. Les hommes savent à présent qu'ils peuvent construire hors des traces laissées par le passé, et ils s'y sentent d'autant plus libres qu'ils savent ne pas bâtir pour l'éternité; ce qu'ils ont accompli comme transgression, leurs descendants le feront aussi, En construisant du nouveau, on détruit la croyance en un ordre immuable et providentiel. Seulement, à la différence de Condorcet qui croit au progrès, Tocqueville a vu à l'oeuvre la force du préjugé en action (et non pas hérité, comme l'apercevaient ceux des Lumières), c'est à dire l'égalité comme absolu. Le temps de Condorcet n'est plus, de l'innocence des hommes enfin libérés de la superstition. C'est pourquoi le combat paraît si difficile. Ainsi s'explique la thèse qui sous-tend L'Ancien régime; les hommes, les Français en l'espèce, ont pu pour un temps oublier leur égoïsme et leurs préjugés, et ils ont fait la Révolution française. Mais ces hommes là, instruits et à l'abri de la nécessité, ont été submergés par l'irruption des pauvres, indifférents à la liberté, avides de reconnaissance et de satisfactions matérielles. C'est du moins la lecture qu'on nous propose aujourd'hui du gauchissement de ce mouvement sublime. On le verra, la question est autre pour Tocqueville; et le problème qui surgit à la lecture de ses analyses est de savoir dire si la rupture vient de là, ou si la peur professée à l'encontre 18

des classes dangereuses n'est pas le subterfuge qui permet d'attribuer aux « classes moyennes» les vertus dont elle veut se parer. Ceci sera examiné; en tout cas, la préférence pour l'égalité signifie le triomphe des passions égoïstes, le refus de l'espace du débat public, qui demanderait à chacun des concessions à sa raison. Poursuivant le parallèle avec Condorcet, on voit chez celui-ci l'histoire confirmer l'idée de marche irrésistible du progrès. En d'autres termes, l'idée selon laquelle les hommes apprennent à discerner la vérité de l'erreur; et, telle est la force de la raison, sachant discerner, ils vont vers la vérité. Pour Tocqueville, le problème est tout autre. D'une part, parce que ce n'est pas la vérité que voient les hommes, mais un préjugé, irrésistible pour un temps historique donné, et qui leur apparaît comme vérité; d'autre part, parce que, par intermittences seulement, en de dramatiques occurrences, se manifeste la capacité de vouloir aller là où paraît être le bien. Encore ces périodes sont elles suivies de longues phases d'apathie et de repli sur soi, pendant lesquelles triomphe la peur des autres et de soi. Et s'il en est ainsi, c'est bien que les passions, négatrices de l'autre en ce qu'elles ne sont pas assumées ni connues pour ce qu'elles sont, supplantent la raison. Encore faut il distinguer la Raison du temps de Condorcet, guide de l'humanité, providentielle, et la raison raisonnable des temps de restauration, attribut des seuls hommes supposés avoir surmonté en eux la nature. On y reviendra. Ainsi. la dimension proprement sociologique, et principalement comparatiste, de l'oeuvre de Tocqueville, me paraît seconde (mais non pas secondaire). En effet, si nous envisageons la question dans les termes ci-dessus, qu'avons nous? Au lieu qu'une marche irrésistible et homogène au progrès s'accomplisse, l'écart se creuse entre, d'un côté, une société où les instruments de la liberté politique ont pu être mis en place à l'occasion d'un épisode de changement contrôlé (la guerre d'indépendance de l'Amérique); d'autre part, une société enfermée dans son passé, c'est à dire qui revit en permanence l'épisode de sa fondation. Tel est bien l'argument 19

central de L'Ancien régime; les Français, de par la violence et la profondeur de leur Révolution, ont porté la main sur ce qui aurait dû rester hors de portée, à savoir le mythe fondateur. C'est ce que Tocqueville désigne en parlant de la dimension religieuse de cette révolution. Ce faisant, ils se sont privés de l'autorité instituée et instituante qui garantit l'intangibilité du corps social. Mais ils n'ont rien bâti à la place, puisque la révolution a été clôturée par un despote, et non résolue par un nouveau contrat social. Aussi la société libre n'a+elle pas vu le jour. Abandonnant le projet, les Français, écrit~il, ont cessé d'être républicains sans cesser d'être révolutionnaires. C'est qu'il oppose les principes révolutionnaires, c'est à dire le goût pour la liberté, à l'esprit révolutionnaire, qui ne veut rien construire entre les citoyens, mais seulement entrer en possession de ce que les autres, du moins chacun le croit-il, détiennent. On comprend dès lors que la plus grande difficulté, mais aussi la plus grande richesse de cette oeuvre, reposent dans le concept d'égalité. S'agit-il de celle qu'annonce Rousseau, de l'égale dignité en droit de tous les hommes; ou bien est il question du nivellement, c'est à dire de l'égalisation qui ne peut résulter que de la contrainte? La première égalité ne peut résulter que de la coopération; l'isonomie en effet ne peut se décréter du dehors, et être maintenue sans que les citoyens en conflit en redisent sans cesse la nécessité. Tout au contraire les passions égoïstes renferment chacun en lui même, et l'opinion publique commande. Personne n'ose parler contre elle, de peur de briser .1'égalité; aussi le silence angoissé des individus s'imitant l'un l'autre appelle, pour le soulagement de tous, le despote nivellateur. Tocqueville ne peut croire à la perfectibilité humaine, doctrine-clé de l'optimisme du XVIIIème siècle. On rappellera les sarcasmes de Charles Fourier à propos de cette doctrine. Sa contribution à la question de la liberté est essentielle; j'en ai traité ailleurs 6. L'Ancien régime débute par un tableau des états d'esprit à la veille de la Révolution. Les hommes d'alors
6philippe RIVIALE,Fourier et la CÎvilisationlllarchande, égarement du libéralisme, L'Harmattan, 1996. 20

nous font penser aux idées de Condorcet, lorsqu'il écrit: "Ainsi, l'on n'osa plus partager les hommes en deux races différentes, dont l'une est destinée à gouverner, l'autre à obéir; l'une à mentir, l'autre à être trompée; on fut obligé de reconnaître que tous ont un droit égal de s'éclairer sur leurs intérêts, de connaître toutes les vérités; et qu'aucun des pouvoirs établis par eux mêmes ne peut avoir le droit de leur en

cacher aucune".7 .
La haine de l'Ancien régime, dit Tocqueville, était générale. Mais les hommes d'alors étaient pleins d'illusions sur eux mêmes, et lorsqu'il écrit L'Ancien régime, le reflux n'a laissé que des individus qui ont touché du doigt les richesses, qui ont tenu le haut du pavé. Les uns ont su saisir Jeur butin, Jes autres n'en ont eu que le fumet; et l'envie, que l'ancienne civilité aristocratique ne retient plus, a laissé ces hommes là face à face. C'est pourquoi il souscrit à l'avènement de la société démocratique. Son trait essentiel, ce n'est pas la prospérité, ni même l'égalité problématique entre ses membres, mais bien son caractère paisible. Il s'agit d'y faire advenir la liberté, en retenant les passions, puisque les temps de trouble font surgir les masses, figures de la passion déchaînée. Les Américains ont découvert, pense-t-iJ, Je principe de J'intérêt bien compris. IJs ajustent Jeurs comportements de façon à se concilier les autres; de la sorte, tolérance, négociations, contrats, permettent de nouer les liens d'une société civile autonome. Les Français n'ont pas trouvé cette voie. Les passions égalitaires sont ici trop fortes, et ce legs du passé révolutionnaire rend proprement impensable .l'immense écart entre, d'une part les citoyens qui ont les moyens de ces pratiques et savent en tirer profit, autrement dit la classe moyenne, et d'autre part la masse des exclus. Ceci apparaît il nettement dans La Démocratie? Non; Je niveau d'abstraction permet à l'exposé de reposer sur une hypothèse, l'égalité des conditions, qui n'est qu'en perspective.
7CONDORCET,Esquisse d'un tableau des progrès de l'esprit humain, éd. Prior, p.150-151. 21

Si la lutte des classes en est absente, c'est que le biais choisi permet d'en faire l'économie. Comme on le verra plus loin, Tocqueville est aujourd'hui un peu trop accaparé, et appelé à témoigner de ce qu'il n'a pas vu. Ses interlocuteurs sont Constant et Guizot; ses modèles, Montesquieu et Rousseau. N'oublions pas cependant que cette société démocratique nous est présentée comme avant tout mouvante et dénuée des certitudes que seule apporte la conviction de vivre un monde immuable. Ici, la préférence pour le présent, la capacité reconnue à chacun de s'enrichir selon ses mérites, la mobilité des fortunes et des positions acquises, produisent ensemble un désordre nouveau. Tout cela peut être subsumé sous le nom d'industrialisation. Tocqueville, évoquant cette société démocratique, la décrit comme toujours agitée et toujours semblable, par la répétition monotone des activités fébriles des hommes en quête de bien-être. Oui, mais c'est mettre l'accent sur l'apparence, car l'industrialisation est, elle aussi, un processus irréversible et qui induit des transformations sociales dont l'importance et la signification sont, pour le contemporain, difficiles à apprécier. Or cette industrialisation est beaucoup plus marquée alors en France qu'en Amérique, et plus encore en Angleterre; d'ailleurs, au début des années 1830, beaucoup pensent que l'Angleterre va connaître de grands bouleversements révolutionnaires. Tocqueville y a cru, puisqu'il est allé voir sur place l'Angleterre avant que la catastrophe n'advienne. L'Amérique, elle, est rurale, paysanne, prospère. La "classe opprimée", ce sont les esclaves noirs, et ce groupe est si manifestement hors société, qu'il n'est pas problématique pour l'avenir de celle-ci, sauf à long terme. En France, l'industrialisation puise dans une classe pauvre déjà constituée, qui se développe aux lisières de la société; ce sont les "barbares qui campent aux portes de nos cités". Comment parler d'eux, sans toutefois leur donner la parole? Il résulte de cette industrialisation deux conséquences majeures. L'une, que les capitalistes font appel à l'Etat, comme nous le verrons, et contribuent ainsi grandement à l'emprise du politique, que Tocqueville nomme pouvoir social, sur cette 22

sociéte désengagee du politique et de ses luttes. Les économistes libéraux du temps reprochent vivement ces demandes, qui ouvrent la voie à celles des classes laborieuses.8 L'autre conséquence est que se constituent face à face l.me classe prolétaire, salariés et sans-travail, et cette nouvelle aristocratie, plus dure, dit-il, quec.elles qui l'ont .précédée. Ainsi se dessinent les conditions d'un affrontement central, décisif pour le devenir du rapport social. Celui-ci n'est pourtant pas évident a priori. S'il se met en place, c'est précisément sur le terrain de ce palliatif sécrété par la société démocratique, sans qu'aucun choix collectif l'ait consacré, à savoir l'économie. C'est là, dans ce vaste domaine du travail, de la production, de la circulation et de l'accumulation des capitaux, que les citoyens paisibles ont transporté cette agitation fébrile dont le thème traverse La Démocratie. Or, en ce monde exonéré des contraintes sacrées de la conscience, nulle autorité ne vient légitimer l'appropriation des ressources par tels groupes, telles personnes privées. Qui plus est, en France, les possédants ne peuvent dissimuler, à eux mêmes comme aux autres, que leur fortune trouve sa fondation dans cet acte destructeur des valeurs éternelles, qu'il faut chasser des mémoires, et qui y revient toujours, ainsi qu'on peut en juger en lisant les discours de Guizot, par exemple. Pire encore; possédants actuels ou virtuels, tous éprouvent par moments ce vertigineux sentiment d'indifférence pour ce qu'ils possèdent, ou en vue de quoi ils se sont tant agités. Et lorsque Tocqueville, plus tard, à la fin de la Monarchie de Juillet, rappelle aux Français de la classe moyenne que le droit de propriété, qu'ils croient éternel et indestructible, idée repêchée des théories du droit naturel moderne, est lui aussi pure convention; que la folie des hommes pourrait bien le balayer, comme l'ont été les privilèges; que veut il faire comprendre? Que les possédants doivent s'occuper de la politique pour prévenir une révolution dirigée contre eux par les pauvres, au nom de la guerre à la propriété? Ou bien
8ainsi l'article de F.BASTlA T, propriété et loi, du 15 mai 1848;Journal des économistes, cité par Pierre MANENT,Les libéraux, t.2,p.227-246; Pluriel. Hachette, 1986. 23

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