//img.uscri.be/pth/5919f8b494104dda47702afbaabb5539271b18ea
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Traités 38-41

De
416 pages
Ce volume contient les Traités : 38. Comment la multiplicité des idées s’est établie et sur le Bien 39. Sur le volontaire et sur la volonté de l’Un 40. Sur le monde 41. Sur la sensation et la mémoire.
Voir plus Voir moins
Plotin
Traités 38-41
GF Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
© Éditions Flammarion, Paris, 2007. Dépôt légal : février 2007 ISBN Epub : 9782081379022
ISBN PDF Web : 9782081379039
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081200753
Ouvrage composé et converti par Meta-systems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Né en Égypte au début du III e siècle apr. J.-C., Plotin s’installe à Rome en 246, en terre stoïcienne, pour y enseigner les principes d’une philosophie platonicienne et y inaugurer la tradition qu’on dit aujourd’hui « néoplatonicienne ». De 254 jusqu’à la veille de sa mort, en 270, Plotin rédige un ensemble de textes que son disciple Porphyre éditera vers l’année 300 en les distribuant en six « neuvaines » : les Ennéades. Dans ces traités, Plotin se propose de guider l’âme de son lecteur sur le chemin d’une ascèse qui doit la conduire vers son principe, « l’Intellect », et lui permettre alors de percevoir, pour s’y unir, le principe de toutes choses qu’est « l’Un ». La présente collection regroupera, en neuf volumes, les cinquante-quatre traités de Plotin, traduits et présentés dans l’ordre chronologique qui fut celui de leur rédaction. Ce volume contient les Traités : 38. COMMENT LA MULTIPLICITÉ DES IDÉES S’EST ÉTABLIE ET SUR LE BIEN ; 39. SUR LE VOLONTAIRE ET SUR LA VOLONTÉ DE L’UN ; 40. SUR LE MONDE ; 41. SUR LA SENSATION ET LA MÉMOIRE.
Traités 38-41
38.Comment la multiplicité des idées s'est établie et sur le Bien 39.Sur le volontaire et sur la volonté de l'Un 40.Sur le monde 41.Sur la sensation et la mémoire
REMARQUES SUR LA PRÉSENTE TRADUCTION
Ce sixième volume poursuit la traduction collective des traités de Plotin, dans l'ordre chronologique deleur rédaction. Commec'était lecas des cinq précédents (Plotin,Traités 1-6, 2002 ; puisTraités 7-27, 2003 ;Traités 22-26, 2004 ;Traités 27-29, 2005etTraités 30-37, 2006), letextedePlotin ici traduitest celui qu'ont établiet édité P. Henryet H. R. Schwyzer dans les trois volumes desPlotiniOpéraparus à Oxford,Oxford University Press, de1964 à 1982. Il s'agit delasecondeédition (diteminoret quenous abrégeons H.-S.) desPlotiniOpéra: les mêmes éditeursavaienteneffet publiéuneédition, ditemaior, de1951 à 1973, Pariset Bruxelles, Museum Lessianum. Les leçonset l'apparat critiquedecetteEditio maiorfontencoreautorité ; nous yavonseuparfois recours, tout commenous mentionnonsen noteles variantes textuellesempruntéesaux travaux d'autres éditeursoutraducteurs contemporains. Traduisant les traités 38 à 41, nous nenous sommes écartés dutextedelasecondeédition deHenryet deSchwyzer quesur les points suivants : Dans le traité 38 (VI, 7),au chapitrelign 2, e 55,en traduisantγενητός, suivantune correction de Harderet Theiler,aulieudeγεννήματοςqu'impriment H.-S. Dans letraité 38 (VI, 7),auchapitre5, ligne28,en traduisant lepronom démonstratifαὐτήν, qui était imprimé dans l'editio maior de H.-S.,au lieu du pronom personnelαὐτήν qu'impriment H.-S. dans l'editiominor. Dans le traité 38 (VI, 7),au chapitre 6, ligne 20,en retenant le nominatifδεντέρα,avec les manuscritset l'editiomaiordeH.-S.,aulieududatifτῇδεντέρᾳqu'impriment H.-S. dans l'editiominor. Dans letraité 38 (VI, 7),auchapitre6, ligne29,en retenant l'accusatifἄνθρωπоν,avec les manuscrits etavec l'editio maior de H.-S.,au lieu de la correctionδαίμоνα propoe par Volkmannet imprimée dans l'editiominordeH.-S. Dans le traité 38 (VI, 7),au chapitrelign 6, e 32,en traduisantδαημóνων, suivantune conjecture de Harder qui était imprimée dans l'editio maior de H.-S.,au lieu de la leçon des manuscritsδαɩμóνων qu'impriment H.-S. dans l'editiominor. Dans le traité 38 (VI, 7),au chapitrelign 8, e 30,en traduisant le nominatifπλєίων des manuscrits EBRUQ, imprimé dans l'editio maior de H.-S.,au lieu de l'accusatifπλєίω des manuscrits AJec qu'impriment H.-S. dans l'editiominor. Dans le traité 38 (VI, 7),au chapitre 13, lignes 45-46,en plaçantun pointaprèsπᾶσα,au lieu de la virgule qu'impriment H.-S.,etune virguleaprèsɣϒῆ,au lieu du point qu'impriment H.-S., suivant P. Hadot, Plotin,Traité 38, p. 123, n. 134. Dans letraité 38 (VI, 7),auchapitre16, ligne33,en retenant l'articleτὸ,avec les manuscrits,aulieu dupronom relatifτε, quiestuneconjecturedeIgalaccepté par H.-S. Dans letraité 38 (VI, 7),auchapitre17, ligne40,en traduisant ledatifέκστάσεɩ, qui fait l'unanimité des manuscrits,aulieududatifέκστάσεɩquiestuneconjecturedeTheileracceptéepar H.-S. Dans le traité 38 (VI, 7),au chapitre 41, ligne 26,en retenant le datifαὐτῷ de la famille des manuscrits xaulieudunominatifαѵτόdeplusieursautres manuscrits qu'impriment H.-S. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre1, ligne38,en lisantκάκεῖѵοaulieudeκάκείѵῳ. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre4, ligne38,en lisantὁρώμεѵοѵaulieud'ὁρμώμεѵοѵ. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre7, ligne49,en lisantοѷтɩaulieudeὃтɩ. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre10, ligne2,en lisantεἴтɩεἴηaulieud'εἰтίεἴη. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre10, ligne3,en lisantεἴтɩςaulieud'εἰтίς. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre12, ligne13,en traduisantaulieudeοὖ. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre13, ligne16en retenantἑαѵтῇaulieud'ἑαѵтῷ. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre17, ligne2,en lisantεἰ(Ficin)aulieudusecondὡς. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre17, ligne4,en retenantοὕтωςaulieudeοὕтος. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre18, ligne29,en lisantѵοῦѵ(Ficin)aulieudeѵοῦς. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre18, ligne37,en lisantтύχῃaulieudeтύχη. Dans letraité 39 (VI, 8),auchapitre20, ligne2,en lisantтὸμὲѵέαѵтὸѵ,aulieudeтῷμὲѵέαѵтὸѵ; et ligne3,тὸδ'αǘποɩεῖѵaulieudeтῷδ'αǘποɩεῖѵ. Dans letraité 40 (II, 1),auchapitre1, ligne14,en lisantημδέтɩavec lesAddendadeH.-S.,aulieudu μηδέтὸdes manuscrits.
Dans letraité 40 (II, 1),auchapitre1, ligne14,en lisantμηδέтɩavec lesAddendadeH.-S.,aulieudu μηδέтò des manuscrits. Dans le traité 40 (II, 1),au chapitrelign 1, e 36,en lisantκαтὰтòтόδεavec Igal dans sa traduction espagnoleetavec H. R. Schwyzer, « Corrigendaad Plotini textum », p. 196,aulieuduκαìтòтόδεdes manuscrits. Dans letraité 40 (II, 1),auchapitre2, ligne11,en lisantκαɩνòνἢλɩоνavec lesAddendadeH.-S.,au lieuduκαìтòνἢλɩоνdes manuscrits, retenupar H.-S. Dans le traité 40 (II, 1),au chapitre 3, ligne 13,enajoutantδʋσκίνηтоςκαὶσтερεὰavec Igal, «ObervacionesalasEnéadasI-II dePlotino: textoy fuentes », p. 243-245. Dans letraité 40 (II, 1),auchapitre3, ligne20,en conservant leἐѵтῇψʋχῇqueH.-S. éliminent dans leursAddendaen suivant leconseil deMüller. Dans letraité 40 (II, 1),auchapitre4, lignes 14-15,enadoptant laleçon deCreuzer, reprisedans les Addenda de H.-S.,ἀρίσтоɩςκεɩμένηνδʋνάμεɩθανμασтῇκɩνоʋμένηνau lieu duἀρίσтоɩςκɩνоʋμένην δʋνάμεɩθανμασтῇκεɩμένηνdeH.-S. Dans letraité 40 (II, 1),auchapitre5, ligne23,en lisantσʋλλαμβανоμένηavec lesAddendadeH.-S. et plusieurs manuscrits,aulieudeσʋνεκλαμβανоμένη. Dans le traité 40 (II, 1),au chapitrelign 7, e 7,en conservant leμεтέχεɩν de H.-S. contre leἔχоɩ de leursAddenda. Dans le traité 40 (II, 1),au chapitre 7, ligne 8,en lisantαὐχμηρòνἔχεɩνтεκαìau lieu duαὐχμηρòν ἔχεɩνδεκαì deseditiomaioretminor,et contrele[ἔχоɩδέ]καì deleursAddenda. Dans le traité 40 (II, 1),au chapitre 7, ligne 24,en lisantπʋρòςδὲоʋδεтέρωνavec H.-S.au lieu du πʋρòςδὲоʋδεтέρоνdeleursAddenda. Dans letraité 41 (IV, 6),auchapitre1, ligne19,en lisantоὐδὲтῆνcommelemanuscrit Ret nonоὐδὲ Ƭῷ,avec l'editiominoret tous les manuscrits à laseuleexception deR, ni non plusоὐδέπωretenupar H.-S., à lasuitedeJ. Igal. Dans letraité 41 (IV, 6),auchapitre1, ligne24,en lisantπῶςsuivant lacorrection deFicin,aulieudu оὓтωςretenupar H.-S. Dans letraité 41 (IV, 6),auchapitre1, ligne37,en conservant lepremierκαì, supprimé par Kirchhoff et H.-S, mais maintenupar Igalet Armstrong. Dans letraité 41 (IV, 6),auchapitre2, ligne23,en lisantνоῦςcommeTheileret Harder,aulieude νоῦνretenupar H.-S. Dans letraité 41 (IV, 6),auchapitre3, ligne64,en conservantπоλλάκɩς, supprimé par H.-S.
Luc Brisson, Jean-Fraois Pradeau.
TRAITÉ 38 (VI, 7)
Comment la multiplicité des idées s'est établie et sur le Bien
Présentation, traduction et notes par Francesco Fronterotta
NOTICE
Dans celong traité, letrente-huitièmedans l'ordrechronologiqueétabli par Porphyre, qui luiattribue comme titreComment la multiplicité des idées s'est établieet sur le Bien, Plotinexamine d'abord la question durapport dedeux multiplicités, cellequi caractériselesobjets sensibleset cellequel'on trouve au niveau de l'Intellectet dans l'intelligible,avant de considérerensuite cette multiplicité intelligible dans son rapportau Bien, c'est-à-dire à l'Un quiest le principe premier de la réalité. Le titre du traité indiquebien ces différentes questions, puisqu'il s'agit précisément decomprendrecomment l'Intellectet la pluralité intelligible, puis l'âmeet les choses sensibles proviennent de( l'Un en reprenantun sujet notammentabordé dans les traités 7 (V, 4),Comment vient dupremier cequiestaprès lepremieret sur l'Un,et 11 (V, 2),Sur la générationet le rang des choses qui sontaprès le premier),en montrant comment ce chemin peut être parcouru à rebours,en remontant désormais depuis le sensible,où se trouvetouteâmequi habiteun corps, vers l'intelligiblejusqu'à l'Un (un sujetabordé,entreautres, par le traité 10 (V, 1),Sur les trois hypostases quiont rang de principes). Comme souvent chez Plotin,une telleentreprisedemandeuneffort particulierafin dedéterminer,autant quefairesepeut, lanatureet les qualités duprincipepremier,et celadans lamesureoù ilest nécessairededonner desexplicationset des indications, quand bien mêmeincomplèteset métaphoriques, susceptibles d'aider les âmes individuelles dans laremontéevers leur principe(un thèmedéveloppé dans letraité 9 (VI, 9),Sur leBienoul'Un). Le traité 32 (V, 5), quiapour titreSur l'Intellectet queles intelligibles nesont pas hors del'Intellect,et sur leBien,et qui n'est pas éloigné chronologiquement dutraité 38, mêledéjà ces trois lignes derecherche indissociableset indispensables pour quientend mettreen pratique l'enseignement philosophique du maître. Parce qu'il reprend dans leur détailet sous tous leursaspects ces questions philosophiques, déterminantes dans lapenséedePlotin, cetraité serévèled'unedifficulté remarquable. Lalangueenest difficile : la grammaireet la syntaxe sont souvent incertaines, le langageobscur, le déploiement des arguments souvent denseau point de devenir incompréhensible.On peut toutefois distinguer dans ce traité trois parties qui sont presquedemêmelongueur : les chapitres 1 à 14 sont consacrés à l'analysedu rapportentre le sensibleet l'intelligible, puis à la structureet à la nature de l'Intellect,alors que les chapitres 15 à 30abordent laquestion duBien, considéréen relationavec,oupourainsi diredupoint de vuedeses « produits », pourautant qu'ilest sourceetobjet deleur désir ; les chapitres 31 à 42 portent enfin sur leBienen lui-mêmeet par lui-même,et s'efforcent d'en déterminer, sur lemodedelanégation, laalité propreet lafonction.
Lagénération dusensibleet lemodèleintelligible: causalité del'Intellectet raisonnement démiurgique
La question de la génération du sensibleet du rapport de dépendance du sensiblel'int à elligible suscite, pour tout lecteur duTiméedePlaton,un certain nombredequestions. Lapremièred'entreelles, en termes dedifficultéet d'importance,est celledel'interprétation, littéraleoumétaphorique, delafigure du démiurge comme de la fonction démiurgiquel à aquelle Platona recours pourexpliquer la constitution dukosmós sensible. C'est le point de départ que prend Plotin dans le premier chapitre du traité : les réalités sensibleset les vivantsont-ils été produits commeils l'ont été parcequeledieuqui les aproduits savait à l'avancecequiallait leurarriver dans leurexistencesensible? Il n'est pas possibleen effet d'avoir recours ici àunesortedeprincipede« sélection naturelle»,en imaginant queles vivants possèdent les caractéristiques qui leur sont nécessaires pour vivre parce qu'ils lesontacquises pour éviter d'êtrec éliminés omme certains de leursancêtresauxquels ces caractéristiques manquaient. L'hypothèse d'un savoir divin, d'un raisonnementet d'une prévision concernant le destin des vivants sensibles,entraîne parailleurs des difficultés qui ne sont pas moins redoutables. Si le dieua donné la sensationaux âmes qui devaient descendre de l'intelligible dans le devenir, pour qu'elles puissent s'en servir lorsqu'elles seraient dansun corps, les deux possibilités suivantes doiventalors être prisesen considération : (1) ledieuleuradonnéen mêmetemps lesorganes des senset lafaculté desentir, cequi implique que les âmes,avant de descendre dans le devenir, n'étaient pas des âmes de plein droit puisqu'elles manquaient de quelque chose, à savoir desorganes des sens ;ou bien (2) le dieu leura donnéaprès coup lesorganes des sens pour qu'elles puissent mettreenœuvrelafaculté desentir qu'elles possédaient déjà, cequi impliquerait cettefois queles âmes,avant mêmededescendredans ledevenir, étaient par nature does de facultés sensibles,et donc que la descente dans le deveniret dans le mal faisait partie de leur nature. Face à ce dilemme, dont les deux branches présentent des conséquences
paradoxales qui risquent decompromettrelacohérenceet lacompréhension duTimée, Plotin se trouve forcé derenoncer àuneinterprétation littéraledurécit cosmologiquedudialogueplatonicien : commela plupart des lecteurset des commentateurs qui l'ont précédé, iloptepouruneinterprétation métaphorique duTimée,en défendantune lecture qui refuse d'admettre l'action d'un dieu qui mettraitenœuvreun raisonnement providentiel pouragir dans le sensible :en réalité, soutient Plotin, « notreunivers ne résultepas d'un raisonnement » (chapitre1, lignes 1 à 21). Resteà comprendre, sans contredirelerécit platonicien,ouplusexactementen saisissant sasignification véritable, pourquoiet comment les vivants, et les réalités sensibles dans leurensemble,ont été produits d'une certaine manièreet conformément à certaines caractéristiques, mêmesi cen'est pas à lasuited'un raisonnementet d'uneprévision portant sur leurexistencedans ledevenir. Une première réponsec à ette question résulte d'une réflexion sur la natureet le sens de ce qu'on appelle« raisonnement »et « prévision », car ces deux notions désignent desactionsaccompliesen vue de faireadvenir quelque choseouau contraire pour l'éviter. Ainsi, raisonnementet prévision sont indispensables à laviedes êtres sensibles, à notreviequi sedérouledans ledevenir, justement parceque ledeveniradmet mouvementet changement, succession d'événementset rapport decauseàeffet, cequi explique pourquoi,en raisonnantouen prévoyant, il nousest possible d'intervenir dans la suite des événements pour rechercher ce que nous considérons comme désirableet fuir ce que nous craignons. Cela n'est pas possible dans l'intelligible, car les réalités s'y trouvent indépendantes de l'espaceet du temps,exemptes de devenir, de mouvementet de changement, dansune simultanéité parfaiteoùelles n'existent pas lesunes «avant »ou«après » lesautres, ni lesunes «en vertu»ou«en vue» desautres, carunenécessité éternellefait quetout êtreintelligibleest toujours cequ'ilestet qu'il n'est rien d'autre, de sorte que sa réalité propre, sa raison d'êtreet sonexistence coïncident. Ilest clair que, dans ce contexte, raisonnementet prévision sont non seulement impossibles, mais mêmeinutiles, car làoù rien « n'advient » à proprement parler,etoù,au contraire, tout «est », il n'ya rien à prévoir, rien sur quoi raisonner. Si, dans l'intelligible, tous les êtresexistent sur ce mode, comme totalitéaccomplieet exhaustive, c'est, conformément àunargumentaristotélicien selon lequel tout être intelligibleesten mêmetemps cequ'ilest, son « quoi » (tò hóti),et sacause, son « pourquoi » (tò dióti),et celaparceque les réalités intelligibles ne se trouvent pas,on vient de le rappeler, dans la successionet dans la séparation commeles corps sensibles. Dans l'intelligible, « toutesten tout »,oumieux, conformément à lacélèbreformulequePlotinemprunteà Anaxagore, « toutestensemble» (homoû pân). Il s'ensuit que, dans l'intelligible, si toutest déjà, rien nepeut êtreajouté : laformeintelligibleaenelle-mêmetout ce qu'elledonneà lachosesensiblequ'elleinforme,et lachosesensibleneseraquecequ'elleareçudela formeintelligiblequi l'ainformée. Lanotion mêmede« génération »oude« production » dusensible doit tenir compte du fait que rien de nouveau n'est proprement «engendré »oupr « oduit » dans le sensible, car lesensiblen'est quelareproduction del'intelligibleàun niveauinférieur. Il s'ensuit quetout ce qui se manifeste dans le sensibleexisted déjà ans l'intelligible, ce quiapporteune réponse à la question dedépart : cen'est pasun dieuqui,aumoyen duraisonnementoudelaprévision,adonnéaux êtres sensibles leurs propriétés, car ces propriétésexistaient déjà dans l'intelligible, dans la totalité de l'Intellectet dans l'unité dechaqueformeintelligiblequiest lacausedechaquegenred'êtres sensibles. Aussi faut-il comprendrelerapport causalentrel'intelligibleet lesensiblesous laformed'uneprésence ou d'uneapparition de l'ordre intelligibleau niveau du sensible,et non sous celle d'unacte productif accompli parunagent ; voilà quiexige que l'on interprète led récit uTimée de Platon commeune métaphore,un mythequi représentedans letemps cequi,en fait, concernel'éternité (chapitres 1, ligne 21, à 3, ligne22). Si l'onacceptecetteprémisse, poepar Plotinaudébut dutraité,on peut répondreainsi à laquestion desavoir pourquoiet comment lasensationaété donnéeaux vivants sensibles : ces vivants étaient déjà dotés delasensation dans l'intelligible, mêmesi celapeut paraîtreétrange. Dans l'intelligible,eneffet, rien n'est sensibleni nepeut êtrepeupar les sens : comment dès lors lafaculté desentiret lasensation peuvent-elles s'y trouver ? La réponsec à ette nouvelle questionexige que l'on ne considère pas les choses sensibles dansuneperspectivearistotélicienne, commedes composés d'uneformeintelligibleet d'une matière sensible, parexemple l'homme quiest composé d'âmeet corps. Car si tel était le cas, l'intelligibleet le sensible resteraient des domaines de réalité indépendants l'un de l'autre. La difficulté est leeen revanche si l'onaccepte la doctrine plotinienne deslógoi, qui permet de passer d'un dualismeontologique, qui reconnaît l'irréductibilité dusensiblepar rapport à l'intelligible, àun véritable monisme, suivant lequel la forme intelligible contient déjàenelle-même ce qu'elle deviendra dans le sensible, desortequec'estelle-mêmequi, pourainsi dire, produitoufaitapparaîtreles choses sensibles. Par suite, les formes intelligibles, quiexistent dans l'unité del'Intellect,ontun rôleà jouerauniveaude l'âmeet delaalité sensible, dans lamesureoù l'âmeagit sur lesensibleen lui donnant safigureet sa