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Traités sur l'éducation

160 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296302129
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PLUTARQUE
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TRAITES SUR L'EDUCATION

Collection «Éducation et Philosophie»
La collection Education et Philosophie a pour objet les problèmes généraux touchant à la formation des hommes. Elle cherche à en élucider les conditions et les données. Réfléchissant de manière critique aux principes et aux finalités qui en déterminent le parcours, cette collection touche tous ceux qui, de près ou de loin, s'interrogent sur le sens des pratiques éducatives et la valeur des théories qui les soustendent. Nous adressant aussi bien à l'éducateur qu'à l'historien, au philosophe qu'au médecin, au psychologue qu'au sociologue, nous ne saurions nous enfermer dans quelque discours de spécialiste. Notre seul souci reste d'abord d'attirer l'attention de tous ceux qui entretiennent des rapports plus ou moins étroits avec l'éducation sur les questions d'ordre général, sans préférence ni parti pris. La juxtaposition infinie de domaines sans liens tend à s'affirmer de plus en plus dans le domaine éducatif. Comment cet amalgame de disciplines isolées pourrait-il constituer un savoir? La coexistence de connaissances disparates ne fait pas une discipline nouvelle. Face à cette diversité, il a semblé tout d'abord urgent et utile d'aborder le fait éducatif à partir d'une rétlexion à la fois générale et synthétique. Il fallait en priorité regrouper les idées d'instruction, de formation, d'animation, d'institution, d'enseignement, etc., sous celle d'éducation, sans privilège ni exclusion puisque c'est autour d'elle que tentent de s'articuler les m1,lltiples activités éducatives dans leur diversité parfois contlictueIIe.

Déjà paru : Bernard JoUbert, Platon. L'ascèse éducative et l'intérêt de l'âme, 1994. Jean Lombard, Aristote. Politique et éducation,1994.

PLUTARQUE

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TRAITES SUR L'EDUCATION
INTRODUCTION ET TRADUCTION Danièle HOUPERT-MERLY

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

<9L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3212-3

à Jean-Marc

INTRODUCTION

Des trois traités sut l'éducation attribués à Plutarque, le premier, L'éducation des enfants, n'est sans doute pas de lui. Son authenticité a été mise en doute très tôt, dès 1559, par Muret, et Wyttenbach, en 1820, a apporté à cette thèse des éléments qui semblent décisifs: le style ne correspond pas à celui des autres traités, ni par le vocabulaire, ni par la longueur de la phrase; les idées elles-mêmes sont parfois en contradiction avec celles du reste de l' œuvre: le célèbre passage sur la pédérastie en est un exemple. Et même lorsque les divergences ne sont pas aussi flagrantes, des variantes importantes apparaissent dans le traitement des thèmes. Depuis la critique de Wyttenbach, le caractère apocryphe de ce traité n'a plus jamais été sérieusement contesté. Pourtant, il semble certain que cet ouvrage date de l'époque de Plutarque, comme le montrent des rapprochements avec des œuvres de Quintilien et de Tacite. Peut-être même est-ce un traité composé à partir des notes éparses de Plutarque, ce qui expliquerait des similitudes avec d'autres Moralia. Dès lors, pourquoi en publier une traduction sous le nom de Plutarque? Pour la raison essentielle que ce traité a été pendant des siècles connu sous ce nom, et que c'est sous ce nom qu'il a exercé un attrait considérable sur la pensée éducative occidentale. Sans doute parce que c'est le seul ouvrage complet de l'Antiquité entièrement consacré à l'éducation, il a joui pendant la Renaissance d'une faveur toute particulière. Alors qu'Amyot en publie sa célèbre traduction en français en 1572 sous le titre Comment il faut nourrir les enfants, ce n'est pas moins de dix traductions en latin qui paraissent entre 1471 et 1598 I dans des éditions séparées, à quoi s'ajoutent
1. Les traductions latines sont de Guarinus Veronensis (1471), Metzler (1537), Herrn. Rayanus (1560), Suffridus Petrus (1561), Franciscus 9

.

des traductions de l'ensemble des Moralia. L'influence sera à la hauteur de l'engouement et se fera sentir chez des auteurs majeurs, comme Erasme ou Montaigne, et même au dix-huitième siècle, chez Jean-Jacques Rousseau. Le thème de ce premier traité est clairement signalé dès le premier paragraphe: « Que peut-on dire sur l'éducation des enfants? Par quels 2 En moyens parviennent-ils à des conduites vertueuses?» suivant l'ordre chronologique, l'auteur va tenter de définir les règles à respecter et les comportements à adopter pour parvenir à l'objectif fixé. Rien ne semble échapper à son esprit vigilant, depuis le choix de la mère et le moment de la conception jusqu'au mariage, après quoi on considère le jeune comme éduqué. Deux grandes périodes sont plus spécialement envisagées: celle où l'enfant fréquente 1'« école primaire» et où il est donc entre les mains du pédagogue et du grammaticus, et celle de 1'« enseignement supérieur» où il apprendra la philosophie, couronnement de son éducation. Ceci sans négliger la part de l'éducation familiale, qui est l'occasion de réfléchir sur les méthodes employées. Le deuxième ouvrage, L'art de lire la poésie, est une sorte de « livre du maître» pour la lecture des œuvres poétiques. Répertoire d'éléments les plus hétéroclites, ce recueil tend à montrer que si les qualités littéraires d'un texte poétique sont toujours condamnables, on peut cependant étudier ces œuvres comme une propédeutique à la philosophie. Pour ce faire, Plutarque n'hésite pas à proposer parfois des explications dignes de la casuistique, ou encore à rectifier les textes pour qu'ils aillent dans'le sens voulu. Mais à côté de ces pratiques que la critique moderne condamne, on trouve des passages attachants par le souci de l'auteur d'allier son goût pour les grandes œuvres du passé et sa préoccupation constante de la philosophie. Aux jeunes d'essayer, avec l'aide de leurs maîtres, d'y parvenir eux aussi!

2.

Fabricius (1563), Petrus Rivander (1572), Guil. Plantius (1574), Johannes Cherponbus (1581), Marcus Beumler (1583), Théodorus Vietor (1598). L'éducation des enfants, ~ 1.

10

Le troisième traité, L'art d'écouter, s'adresse, lui, à un public étudiant, à qui il propose la méthode indispensable pour mener à bien des études philosophiques. Nécessaire, cette méthode n'est cependant pas suffisante et ne saurait constituer qu'un point de départ. Aucune doctrine, aucune référence philosophique ne seront présentées. Il s'agit plutôt ici d'examiner les règles de savoir-vivre du bon étudiant, des
remarques les plus matérielles

-

comment

et quand applaudir

- aux plus intimes - dans quel état d'esprit écouter les conférenciers. Ce bref résumé des trois ouvrages montre la variété des thèmes abordés. D'un traité très général, comme le premier, on passe à deux recueils sur des sujets plus limités, mais qui permettent d'aborder des moments essentiels dans la formation du jeune Grec. Pourtant, derrière cette diversité apparente, se cache une pensée cohérente. Pouvoir et nécessité de l'éducation Un jour où les Lacédémoniens s'étaient réunis, Lycurgue, le célèbre législateur, « fit venir deux chiens et les lâcha, après avoir déposé devant eux, entre les deux, un plat et un lièvre. L'un se précipita sur le lièvre, l'autre bondit sur le plat. » Mais quel sens cela pouvait avoir, et dans quel but il montrait ces chiens, les Lacédémoniens ne le comprenaient pas. C'est alors que Lycurgue leur expliqua: ces deux chiens étaient nés de mêmes parents, mais il les avait élevés de manière opposée; de l'un il avait fait un gourmand et un vorace, l'autre il l'avait rendu capable de pister et de chasser 3. Tel est le pouvoir de l'éducation. Cette importance accordée à l'acquis par rapport à l'inné est une des idées maîtresses de Plutarque. Trois éléments, en effet, constituent l'éducation: la nature, la raison et l'habitude 4. Sur le premier, l'homme ne peut rien: il y a des
3. 4.
L'éducation des enfants, ~ 4. Cette triade n'est d'ailleurs pas particulière à Plutarque; c'est même, à son époque, devenu un lieu commun, que l'on retrouve chez ses contemporains, Tacite (Dialogue des orateurs 29) et Quintilien (Institution, 1.1.8 sqq). Mais l'origine doit être recherchée beaucoup plus haut, sans que l'on puisse avec certitude l'attribuer à telle ou telle philosophie. Il

êtres doués et d'autres qui le sont moins; la nature n'est pas équitable. En revanche, sur les deux derniers éléments, l'homme peut beaucoup. C'est lui qui développe la raison, par le biais de l'enseignement: le professeur, comme l'agriculteur, travaille de toutes ses compétences un matériau livré par la nature. Mais, ce faisant, il le transforme et l'enrichit d'une rationalité qui n'existait pas, sinon à l'état de virtualité. Reste ensuite à exercer cet acquis par une pratique rigoureuse, par une habitude prolongée avec laquelle se confondra la personnalité de l'individu. La part de l'homme est donc essentielle dans l'éducation et elle s'exprime dans un vocabulaire varié: ponos, le travail, épiméleia, le soin, askésis, la pratique, mélétè, l'entraînement; si les deux premiers tennes montrent le caractère volontaire et astreignant de l'acte, les deux derniers insistent sur l'aspect à la fois répétitif et orienté, puisque ce sont les tennes employés habituellement pour les exercices physiques et militaires. De toute activité de l'homme, subsistent des marques tangibles: le développement des natures chétives, le domptage des bêtes sauvages ou la bonification des terres par exemple. Bien d'autres phénomènes, les pierres creusées par la chute de gouttes d'eau, les roues des chars façonnées au tour, les bâtons recourbés des comédiens, montrent «tout le pouvoir de l'application et du travail ». Impossible de revenir en arrière, de retourner à l'état initial: «les roues ne sauraient, quoiqu'il arrive, reprendre leur fonne droite initiale (...) et les bâtons recourbés des comédiens, il est impossible de les redresser.» «L'élément contre nature, par son travail, est devenu plus fort que les éléments naturels ». C'est dire, là comme dans le domaine de l'éducation, que l'acquis l'emporte sur l'inné, comme le montrait l'expérience de Lycurgue. «Si vous croyez que des êtres peu doués sont incapables, quand ils ont la chance de recevoir une éducation soigneusement orientée vers la vertu, d'amender, autant que faire se peut, la faiblesse de leur âme, sachez que vous vous trompez lourdement, complètement même» 5. S'il fallait un contre-exemple pour justifier la nécessité de l'éducation, il suffirait de regarder ces jeunes négligés par leur père: devenus adultes, ils se détournent de la vie saine et
5. L'éducation des enfants, ~ 4. 12

régulière et se plongent dans des plaisirs déréglés et serviles 6. « Les uns attirent des flatteurs et des parasites (...), d'autres rachètent des courtisanes ou des prostituées (...), d'autres se ruinent en bonne chère (...), d'autres se laissent aller aux jeux de dés et aux fêtes (...); d'autres enfin s'adonnent à des vies encore plus scandaleuses ». Éduquer, et surtout bien éduquer, s'impose donc. Et c'est d'autant plus nécessaire qu'au deuxième siècle après J.-C., pour les hommes de culture grecque tout au moins, la justification de l'existence est à trouver dans l'individu, et non plus dans la cité, comme c'était le cas à l'époque classique, en Grèce, ou dans les débuts de l'histoire romaine. L'État n'est plus la norme de la pensée et de la culture; la cité n'est plus qu'une «petite patrie », comme le dit si joliment Plutarque à propos de Chéronée 7. C'est l'individu qui devient à luimême sa raison d'être.

FINALITÉ ET OBJECTIFS DE L'ÉDUCATION

Finalité de l'éducation: former l'homme dans l'enfant Il est normal que Plutarque, qui est professeur, soit convaincu de la nécessité de l'éducation. Mais il ne s'agit pas seulement chez lui de réaction corporatiste; l'observation de l'enfance le pousse aussi dans cette voie. Sans doute n'insistet-il pas sur l'originalité de l'enfant, mais quelques remarques éparses montrent qu'il n'en méconnaît pas les caractéristiques essentielles. Faire de Plutarque un fin psychologue serait pourtant excessif, dans la mesure où son analyse repose sur un seul constat, qui est la faiblesse de l'enfant.
6. 7.
Ibid., ~ 7. On connaît ce passage célèbre de la Vie de Démosthène, 2,2, où Plutarque livre une des rares confidences personnelles de son œuvre: « Pour moi, j'habite une petite ville, et je me plais à y demeurer pour qu'elle ne devienne pas encore plus petite. » Pour tout ce paragraphe, cf H.t. Marrou, Histoire de ['éducation dans ['antiquité, Seuil, 1948; l'éducation hellénistique, pp.. 154-155. 13

Physiquement, c'est une évidence de dire que la faiblesse est inhérente à l'âge. Les enfants sont des êtres pour ainsi dire incomplets, mal finis, qui ne parviendront à terme que grâce aux soins de leur entourage. C'est pourquoi l'allaitement maternel est tellement utile: il apporte l'aliment idéal pour le développement du bébé. C'est pourquoi aussi «les membres des enfants doivent être modelés dès la naissance pour qu'ils grandissent droits et sans défauts» 8. Encore une image illustrant la faiblesse physique de l'enfant, celle des tuteurs à placer à côté des jeunes plants 9, et Plutarque ne s'attarde pas davantage sur cet aspect, qui du reste relève traditionnellement de la trophè, de l'élevage, plutôt que de l'éducation proprement dite. La faiblesse morale est beaucoup plus inquiétante, d'autant que, à la différence de la faiblesse physique, elle semble croître avec l'âge. «Qui ne sait, en effet, que les bêtises des enfants sont bénignes et tout à fait guérissables? Ainsi, par exemple, l'insolence envers les pédagogues, le mensonge ou la désobéissance envers les maîtres. Mais les fautes des jeunes gens sont souvent énormes et graves: orgies, vols au détriment de la famille, jeux, fêtes, boissons, aventures avec des jeunes filles, séductions de femmes mariées» JO.Car, par manque d'éducation, les jeunes gens cèdent à «des maîtres plus pénibles que les précepteurs et les pédagogues de l'enfance, à savoir les passions, comme si elles étaient libérées de leurs chaînes» Il. Plus que l'enfant, l'adolescent et le jeune sont donc la proie de désirs; ils bondissent sans frein et ne ménagent pas leurs plaisirs. La force intellectuelle, enfin, est chez les enfants inexistante. Mais leur esprit est réceptif à tous les apports, bons ou mauvais. Il faut donc être très vigilant. « Judicieusement, me semble-t-il, le divin Platon conseille aux nourrices de ne pas raconter n'importe quel conte aux très jeunes pour éviter que leurs âmes ne se remplissent dès le début de sottise et de corruption» 12. Cette faiblesse de l'intelligence se manifeste du reste chez les jeunes qui n'ont
8. 9. 10. Il. 12. L'éducation des enfants, ~ 3. Ibid., ~ 7. Ibid., ~ 16. L'art d'écouter, ~ 1. L'éducation des enfants, ~ 5.
14

pas

reçu

d'éducation

par nombre

de préjugés

et d'idées

reçues. Ils « acceptent sans réserves des passages (...) graves, »
comme par exemple: « Quel que soit son courage, un homme devient esclave Quand il prend conscience des fautes de son père ou de sa mère» 13.

Les jeunes prennent souvent à leur compte des jugements tout faits. Le professeur devra donc lutter contre cette tendance: « le jeune que nous amenons à lire des poèmes doit être débarrassé, en ce qui concerne ces beaux et grands noms, des opinions selon lesquelles il s'agirait d'hommes sages et justes, de rois éminents, de modèles de vertu et de droiture achevées» 14. L'esprit de l'enfant et du jeune, incapable encore de réflexion personnelle, reproduit les idées formulées dans son entourage. Intellectuellement, comme aussi moralement et physiquement, l'enfant est faible, mais d'une faiblesse qui n'est pas définitive, puisqu'une caractéristique essentielle de l'enfant est sa malléabilité. C'est dans cette idée que l'éducation trouve sa raison d'être; l'enfant est perfectible et le sera d'autant plus que l'éducation qu'il recevra sera plus précoce: «Les jeunes sont malléables et souples; dans leurs âmes tendres encore, les leçons entrent bien. Au contraire, tout ce qui est dur s'assouplit difficilement. De même que les cachets s'impriment dans les cires quand elles sont tendres, de même les connaissances se gravent dans les âmes des toutpetits» 15. On voit bien que lorsque Plutarque s'intéresse à l'enfant, ce n'est pas tant pour l'originalité qu'il présente en lui-même que pour les espoirs qu'il peut susciter dans l'avenir. Ce qu'il voit en l'enfant, c'est l'adulte qu'il deviendra. L'éducation vise à transformer un être faible par nature en un homme accompli. L'instrument de cette métamorphose sera la raison, ce qui n'a rien de surprenant dans la mesure où elle est une donnée
13. L'art de lire la poésie,. ~ 9. 14. Ibid. 15. L'éducation des enfants, ~ 5.
15

spécifique de l'homme: « il y a deux éléments essentiels entre tous dans la nature humaine: l'esprit et le raisonnement» 16. Si les animaux peuvent surpasser les humains par leur force physique, l'homme seul est doué de raison. La raison, ce « guide divin », est la part du dieu en nous, ce qui nous permet de nous élever et de nous réaliser: « suivre la divinité et obéir à la raison (sont) une même chose ». Le fonctionnement de la raison n'est pas explicitement décrit, mais il apparaît au travers des conseils donnés, particulièrement dans L'art de lire la poésie. De façon générale, la raison est une faculté combinatoire; partant d'éléments donnés, l'esprit fonctionne par rapprochements. Le premier type de rapprochements, celui sur lequel Plutarque insiste le plus, consiste à associer des éléments en fonction de leur ressemblance ou, au contraire, de leur différence. Le jeune est invité, par exemple, à examiner un texte pour y trouver le passage qui va confirmer, nuancer ou infirmer une citation incriminée. Ce passage peut être très proche; par exemple, dans la phrase introductive d'un discours, Homère loue le personnage qu'il fait parler: « Aussitôt il tint ce discours doux comme le miel et plein de profit» 17.Mais il arrive aussi qu'il faille chercher plus loin: «toutes les paroles inconvenantes, quand elles ne sont pas immédiatement infirmées, doivent être contrebalancées par des propos contraires tenus ailleurs par les mêmes auteurs» 18. Par élargissement progressif, on quittera le corpus d'un auteur, si c'est nécessaire: «il n'est pas mauvais de leur opposer des déclarations d'autres écrivains renommés» 19. Ces rapprochements fondés ou sur la similitude ou sur l'opposition reposent en fait sur une analyse de données. L'ensemble des œuvres est considéré comme un tout, dont les parties entretiennent entre elles des liens étroits. Par une observation vigilante, l'esprit cherche à découvrir ces relations

16. Ibid., ~ 8. 17. La supériorité de rhomme sur l'animal est un «topos» stoïcien. De plus, E.G. Berry (The De liberis educandis ofpseudo-PLutarch) a signalé des occurrences de ce thème chez Xénophon (Économique, 13, 6-9 ; Mem 14, 9 à 14). 18. L'art de lire Lapoésie. ~ 4. 19. Ibid. 16