Utøya : de Laurent Obertone

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Une critique du second livre de Laurent Obertone : Utøya, publié chez RING.

Publié le : jeudi 24 octobre 2013
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Utøya :
de Laurent Obertone
Une critique de Thibault Rieutort
Utøya de Laurent Obertone
AprèsL
 Une critique de Thibault Rieutort pour BIOS
a France Orange Mécanique, Laurent Obertone
poursuit son investigation sur la violence contemporaine.
Alors que dans son premier livre, il s’attaquait au problème de
la violence d’un point de vu “macroscopique”,Utøya se
concentre au contraire sur un fait, spectaculaire. Il s'agit d'un
sujet des plus périlleux à traiter, tant la décharge émotionnelle
d'un tel événement est forte en ces temps de toute puissance
de l'image, de l'affect, et de l'attendrissement pour les
victimes.
Aujourd’hui, pour comprendre Anders Behring Breivik et ce
qui s’est passé sur Utøya, il faut passer par Laurent Obertone.
A moins d’être au plus près de l’enquête, le grand public n’a
pas d’autre source équivalente sur le sujet pour saisir le
cheminement qui conduit un homme banal au premier abord
à commettre l’un des plus grands attentats de l’Europe depuis
la Seconde Guerre mondiale.
Utøya de Laurent Obertone
 Une critique de Thibault Rieutort pour BIOS
Les lectures superficielles sur le travail d’Obertone
Avant le livre d’Obertone, il y avait bien eu l’Eloge littéraire
d’Anders Breivik par Richard Millet, mais franchement, je
n’avais trouvé aucun intérêt à ces pages. Maintenant, je
nourris une grande insatisfaction par rapport à la plupart des
commentateurs du livre d’Obertone car ils se sont arrêtés à
une lecture morale et superficielle d’un travail de recherche
beaucoup plus profond. Il n’y a pas chez eux d’analyse
politique et philosophique, mais seulement une condamnation
morale d’un “monstre” réduit à ses obsessions sans qu’elles
soient décortiquées. Le présent texte est une petite
contribution pour étudier le phénomène Breivik dans une
perspective politique et philosophique, dans la mesure où l’on
s’intéressera à l’articulation de son argumentation ainsi qu’à
ses failles qui nous semble apparaître. Mais combien auront
publiquement les capacités et le courage de poser le fond
des problèmes soulevés en même temps que les débris du
Utøya de Laurent Obertone
 Une critique de Thibault Rieutort pour BIOS
quartier des ministères d’Oslo ? Le multiculturalisme,
l’immigration de masse, la colonisation de l’Europe par des
allogènes, la disparition ethnique de l’homme européen, le
désarmement moral d’une Europe qui a choisit de se laisser
mourir parce qu’elle ne croit plus en elle et en sa force vitale,
voilà les questions urgentes et tragiques qui retentissent à
chaque détonations de Breivik. Il y a eu 77 morts en Norvège
le 22 juillet 2011, le prix à payer peut-être pour Breivik afin
d’alerter les Européens de leur suicide imminent. Des millions
d’autres vies sont encore en péril si un changement radical
n’intervient pas avant l’effondrement et la guerre civile.
Utøya de Laurent Obertone
Aller à la chose même
 Une critique de Thibault Rieutort pour BIOS
Ceux qui veulent aller au fond des choses à propos des
évènements du 22 juillet 2011 en Norvège empruntent un
chemin périlleux, qu’il s’agisse de l’auteur ou bien ceux qui
feront l’effort de le comprendre. Pour Laurent Obertone, l'un
de ces risques est celui du procès d'intention : Les bonnes
âmes, innombrables en ces temps éclairés, et qui occupent
l'espace public, d'une si écrasante majorité qu'ils n'ont
souvent pas de contradicteurs, demanderont : « Que pense
vraiment Monsieur Obertone en son for intérieur de Breivik,
de son acte abominable et de ses motivations » ? Ils auront
avec lui le ton dur, accusatoire, de celui suspecté de
promouvoir l’individu dont il endosse le temps d’une enquête
et d’un récit la personnalité, le système de valeur et les
névroses. Ils diront : « Vous êtes complaisants. Cela vous fait
plaisir de dire toutes ces horreurs à sa place ».
Utøya de Laurent Obertone
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Voici notre problème : Comment parler sérieusement de
l’Utøya de Laurent Obertone, toucher au phénomène, aller à la
chose même, en tirer toutes les conséquences, sans risquer
d’être cloué au pilori ? Les différentes lectures qui ont été
faites d’Utøya sont conformistes, soit que leurs auteurs
craignent pour leur réputation, soit qu’ils soient vraiment
convaincus de leurs propos. Le résultat est le même : on n’ose
pas parler du fond des problèmes que Breivik par son acte a
éclairé d’une lumière crue.
Appréciation toute personnelle peut-être mais Laurent
Obertone est pour moi l'un des très rares auteurs
contemporains dont la lecture me procure un réel plaisir. Il est
capable dans son écriture de produire des effets cinglants et
ravageurs, par sa maîtrise des subtilités de la langue, en usant
de son sens de l'ironie… Il faut le dire : Obertone raconte bien
Breivik. Par son mode de narration, il devient Breivik.
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Il ne parle pas de lui mais pour lui, par procuration. Il est
Platon qui met en scène Socrate dans les dialogues de
jeunesse. Cette usage de la première personne du singulier est
le propre du récit, pas de l’analyse du “traité”.
Bien qu’Obertone s’appuie à partir de sources écrites,
enregistrées, son livre fonctionne sur le principe dynamique
de l’oralité, où Breivik a la parole, ainsi que ses contradicteurs.
C’est une différence majeure avec La France Orange
Mécanique où les choses sont posées, analysées, avec une
thèse proposée.
Dans La France Orange Mécanique, Obertone était un
anthropologue avec une méthode scientifique. Avec Utøya,
tout en conservant la rigueur de la méthode d’enquête, il est
vraiment devenu écrivain en gagnant en subjectivité.
Maintenant, les répères sont plus mouvants. Ici, quand vient le
Utøya de Laurent Obertone
temps du récit, celui qui
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parle peut décider de taire certaines
choses dans son message. Le locuteur sait quand il faut se
taire. Moi-même, aurais-je dû le faire en certains endroits par
prudence ? Savez-vous si je l’ai fait ?
Ainsi l'ai-je ressenti, il y a dans la lecture d'Utøya des effets qui
rappellent Battle Royale et Fight Club (les livres, pas les films).
Battle Royale dans la première partie de l’ouvrage, à mesure
où Breivik progresse dans son épopée mortelle sur l’île. Face à
lui, des jeunes gens qui jamais de leur vie n’auraient imaginé
connaître pareille situation, dans un endroit où ils se croyaient
en sécurité. Fight Club aussi, de façon diffuse dans le livre, à
mesure qu’on découvre les petits trucs d’Anders Breivik pour
fabriquer sa bombe, se procurer des armes, préparer sa
révolution.
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Anders, la morale et les autres
Anders Breivik a l’immense mérite de révéler l’hypocrisie de
la morale moderne. Les sociétés occidentales acceptent sans
mal de produire de la violence et des méchants virtuels à
travers la culture de masse véhiculée par le cinéma, les jeux-
vidéos, les séries télévisées. Il est permis d’aimer les
personnages méchants quand ils manifestent leur force et leur
pouvoir mais cette même morale moderne a pour horreur que
cette violence et ces méchants se manifestent concrètement
dans la société, que le désir inavoué de violence engendre
réellement la violence. Breivik veut le pouvoir, la puissance,
les femmes, la célébrité, la postérité, soit tout ce qui est
promu, encouragé par la morale moderne mais condamné à
partir du moment où l’on triche sur les moyens pour y arriver.
Maintenant qu’il a tué, sa détention dans une prison haut de
gamme pour de très longues années est le plus parfait bras
d’honneur qu’il puisse adresser aux progressistes qu’il
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déteste. Il peut leur dire : « J’ai tué vos enfants, et à cause de
vos principes, vous n’allez pas me tuer mais me garder en vie,
prendre soin de moi pour très longtemps, car vous êtes
prisonniers de votre humanisme, fiers de vos valeurs ».
A bien des égards, Breivik est l’enfant non désiré de la morale
moderne progressiste. Breivik, son œuvre (Breivik pouvant se
confondre avec son œuvre), est l’enfant de notre modernité.
Son œuvre est la réaction violente à un système de valeur avec
lequel il est entré en contradiction tout en étant radicalement
ancré dans son époque. Un système de valeur qu’il méprise
donc, tout en baignant dedans, et dont il a incorporé des pans
entiers. Comme tout le monde, il compose avec son temps.
Ainsi, Breivik est-il dépositaire d’une culture hip-hop, du tag,
des séries américaines et des jeux vidéos.
Mais Breivik a renoncé à une vie sociale. Il avait pourtant du
talent pour s’adapter. Il a été capable de gagner beaucoup
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d’argent rapidement en profitant de la mondialisation (cf: sa
société de confection de faux diplômes vers l’étranger). Il a
profité de cette mondialisation, cette même mondialisation
qui importe des millions d’allogènes en Europe. Il a bénéficié
des avantages de la Norvège, pays riche à haut niveau de
revenus par habitant, qui pourrait bien crever de sa
prospérité quand trop d’immigrés pauvres arriveront à ses
portes, suppliant de partager cette insolente abondance.
Les failles de Breivik
La super-catégorie fourre-tout des marxistes est très confuse
chez Breivik. Elle est pourtant centrale dans son univers
mental. Cette monomanie pour le marxisme, ou ce qu’il
assimile à du marxisme, lui fait perdre de vue que le
capitalisme qu’il affectionne pour son “darwinisme” et sa
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