Voltaire et les voyages de la raison

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De tous les écrivains du XVIIIe siècle, Voltaire est certainement celui qui a pris le plus de plaisir à convier la raison au voyage. A tel point qu'il donne parfois l'apparence de déraisonner : voyages cosmiques, voyages surnaturels, voyages au pays de nulle part, voyages dans le passé comme dans l'avenir. On y rencontre pêle-mêle Descartes, Locke, des Hurons, Leibniz, des Chinois, Pascal ou les habitants de Sirius...
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782296259980
Nombre de pages : 257
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Ouverture philosophique Collection dirigée parAlineCaillet,DominiqueChateau et BrunoPéquignot
Unecollection d'ouvrages quise propose d'accueillirdes travaux originaux sansexclusive d'écolesoudethématiques. Ils'agitde favoriserla confrontation derecherchesetdes réflexions qu'elles soientle faitde philosophes "professionnels"ou non.On n'yconfondradoncpaslaphilosophieavecune discipline académique;elle est réputée être le faitdetousceux qu'habite la passion de penser,qu'ils soientprofesseursde philosophie,scialistes des scienceshumaines,socialesounaturelles, ou… polisseursde verresde lunettesastronomiques.
Dernièresparutions
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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN :978-2-296-12256-7 EAN :9782296122567
A Maria Volpato, che viaggia.
Liste des abréviations
M.:Œuvres complètes de Voltaire, éd. Louis Moland, Paris, Garnier, 1877-1885, ici abrégé avec la lettre M., suivie du numéro du tome et de la page.
V.F.:Œuvres complètes de Voltaire/Complete Works of Voltaire, Ox-ford, Voltaire Foundation, 1968 -, ici abrégé en V.F., suivi du nu-méro du volume.
D: abréviation utilisée par Theodore Besterman dans son édition défi-nitive (=D) de la Correspondance de Voltaire pour indiquer chaque lettre.Correspondence and Related Documents, Voltaire Founda-tion, Oxford, 1968 – 1977.
SVEC:Studies on Voltaire and the Eighteenth Century(Oxford).
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et mé-tiers, par une société de gens de lettres. Mis en ordre et publié par M. Diderot, et quant à la partie mathématique par M. D’Alembert, Paris, 1751-1780 (Stuttgart, éd. facs. Bad Cannstatt, Fromman Holzboog, 1966-1988), ici abrégé enEncyclopédie.
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Préface
Si « la faculté de voir et de penser » caractérise les philosophes, la notion de « voyage philosophique » reste néanmoins obscure. Bougain-ville a-t-il raison ou tort de stigmatiser la paresse, la superbe et le dog-matisme des songeurs de cabinet ? L’objet de Silvia Mattei est de répondre à cette question, en comparant le voyage empiriquement ac-compli et le pur voyage de l’esprit. Tous deux font signe vers le voyage de « notre vie » qu’évoque Dante à l’orée deLa Divine Comédie: voyage imaginaire que le poète-philosophe construit avec des mots pour seule ressource.
Nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura, che la diritta via era smarrita.
Au milieu du chemin de notre vie, Je me retrouvai par une forêt obscure, 1 Car la voie droite était perdue.
Le poème de Dante commencein medias res, « au milieu » et non pas au début de notre vie. Rien de l’autobiographie vulgaire : le vérita-ble voyage humain s’installe d’emblée dans les choses. Il ne s’ouvre pas sur une trouvaille le long d’un chemin clair et rectiligne, mais sur la ren-contre angoissée avec soi-même à travers le labyrinthe du dessaisisse-ment et de l’égarement (smarrimento). Avec Voltaire, cependant, il nous faut commencer par un voyage em-pirique : celui qu’il entreprend en Angleterre et qui donne lieu au « re-portage philosophique » que constituent lesLettres philosophiquesde l’aveu même de leur auteur. « Apprendre à penser », tel est le projet de Voltaire. Or, « penser » a un sens bien précis au pays de l’empirisme. Pensare, fréquentatif dependere, « laisser pendre les plateaux d’une ba-lance », signifie d’abord observer en provoquant l’observation. Penser prend ensuite son second sens : réfléchir et méditer, en se détachant de l’impression actuelle pour la prévoir, la comparer, la situer. Un troisième sens s’impose enfin : celui de « croire » et « juger », car la pensée dé-bouche normalement sur l’action, dont elle constitue le ressort privilé-gié. Ce premier voyage dans la patrie de Bacon, de Locke et de Hume pose la question de l’empirisme appliqué. Si l’esprit n’est au commen-cement qu’une table rase, les « matériaux » de nos pensées proviennent
1 Dante,Inferno, I, v. 1-3, trad. Jacqueline Risset, Paris, GF Flammarion, 1985, p. 47.
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moins des objets eux-mêmes que de l’expérience, c’est-à-dire des « ob-servations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur les-2 quelles nous réfléchissons nous-mêmes » . L’esprit ressemble à une 3 « chambre noire » , où viennent se peindre les images des choses, mais hors de laquelle nous ne savons rien du monde. Empirie dérive du grec peiraoqui signifie « se mesurer avec, traverser ». Aussi bien, comme le remarque Ernesto Grassi, Aristote n’attribuait guère l’empirie aux ani-4 maux . Le problème n’est pas de répéter que toutes nos connaissances proviennent des sens, mais de comprendre comment elles en proviennent par le truchement du langage. Les Anglais appellentimportce que nous appelons « sens » ou « signification » : l’usage de ce terme nous rend sensible au transfert, ou au voyage que constitue l’opération de donation de sens. Il y a chez Voltaire un second voyage empirique : celui de Voltaire en Prusse (1750-53), dont André Magnan vient de restituer le récit à tra-5 vers les lettres d’amour à Madame Denis :L’Affaire Paméla. Mais Sil-via Mattei s’intéresse surtout aux voyages cosmiques ou aux « voyages renversés », selon la belle expression de Jacques Goimard. Le com-mentaire qu’elle donne deMicromégas(publié en 1752, mais écrit en 1739) situe Voltaire dans ses rapports à Newton, Maupertuis, Fontenelle et même Algarotti. Rien de plus drôle que les passages consacrés à l’in-compréhensible : on entend résonner les rires homériques du Saturnien et du Sirien, stupéfaits de ce que « les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand » et on s’étonne encore du livre blanc et in-compréhensible remis par Jazrad à Zadig. La réflexion sur la providence, et les hommes qui en constituent les « marionnettes », se trouve parfai-tement amorcée. La troisième partie du livre de Silvia Mattei, intitulée « Voyages phi-losophiques », commence par une étude de l’instabilité de la condition humaine. Voltaire se réfère souvent à l’Arioste et son véritable problème est de « couper les amarres avec l’Absolu ». Si, cependant, Pangloss ap-paraît dansCandidecomme une caricature de Leibniz, Martin l’est de Bayle. Silvia Mattei aurait pu citer la formule de Deleuze : « Voltaire, il avait raison, Voltaire ; il avait une exigence de philosophie qui n’était évidemment pas remplie par Leibniz, notamment du point de vue poli-
2 e Locke,Essai philosophique sur l’entendement humain, 4 édition, trad. Coste, 1700, Vrin, 1972, II, 1. 3 Ibidem, II, 11. 4 Ernesto Grassi,Reisen ohne Anzukommen, Rüegger AG, Chur/ Zürich, 1982, trad. Ita-lienne de Cristina de Santis,Viaggiare ed errare, Naples, La città del sole, 1999. 5 Voltaire,L’affaire Paméla, Lettres de Monsieur de Voltaire à Madame Denis, de Berlin, présentées par André Magnan, Paris, éd. Paris-Méditerranée, 2004.
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