//img.uscri.be/pth/2f452d83f56fa683a477d96ca6b306c576ecc31c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 18,30 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Voyages

De
304 pages
Quand un scientifique pénètre dans le monde de la politique, il ne peut s'empêcher de l'étudier comme il étudie la nature, et ce qu'il découvre est étrange. Pourquoi les femmes et les hommes politiques se conduisent-ils de façon si curieuse ? Pourquoi, par exemple, utilisent-ils la langue de bois qui semble tant déplaire à leurs auditeurs et non le langage de la raison ? Pourquoi les impôts augmentent-ils ?
La recherche de réponses à ces questions, et à d'autres analogues est à l'origine de ce livre.
Voir plus Voir moins

Collection Ouverture philosophique dirigée par Dominique Chateau et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou. .. polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions
Mahamadé SA V ADOGO, Philosophie et histoire, 2003.

Roland ERNOULD, Quatre approches de la magie, 2003. Philippe MENGUE, Deleuze et la question de la démocratie, 2003.

Voyages
Aux confins de la démocratie
(Un mathématicien chez les politiques)

2003 ISBN: 2-7475-4035-9

@ L'Harmattan,

Michel Zisman

Voyages
Aux confins de la démocratie

(Un mathématicien

chez les politiques)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Avant-propos

Pendant 17 ans, de 1978 à 1995, j'ai eu le privilège de côtoyer de nombreux acteurs du monde politique, de l'Yonne pour la plupart, pour certains d'envergure nationale. Lorsque, après de longues hésitations, je me suis décidé à adhérer à un parti politique, le Parti Républicain qui venait d'être créé par Jean-Pierre Soisson, je pensais y exercer un rôle d'expert ou de conseiller comme la plupart des hauts fonctionnaires qui s'engagent en politique. Mais, hasard ou conséquence logique de la conception interne des partis centristes français, je m'y suis retrouvé comme militant. Aujourd'hui, vingt ans plus tard, je ne regrette pas cette orientation qui m'a permis, naturellement, sans réelle volonté de ma part, de regarder le monde politique au sein duquel j'ai vécu, de l'intérieur, ou plutôt du bas vers le haut, puis de l'observer pour essayer de le comprendre. Mes "voyages" au sein des rouages profonds de la République m'ont fait découvrir d'étranges dysfonctionnements, de dangereuses dérives. Plus précisément, "découvrir" n'est pas le verbe exact puisque je n'ai fait que m'apercevoir de l'existence de phénomènes décrits et analysés depuis longtemps. C'est dans son tOIne 1 de De la Délnocratie en Anlérique publié en 1835 qu'Alexis de Tocqueville découvre réellement les vices inhérents aux principes mêmes de la démocratie, et de ce fait universels et intemporels, qu'il n'est donc pas étonnant de voir fleurir encore aujourd'hui. Les dangers des idées populistes, de l'influence réductrice du concept d'égalité faisant passer au second plan celui de liberté pourtant fondamental sont toujours d'actualité. Tocqueville décrit une nation jeune aux habitants dotés d'une énergie inépuisable et farouche qui, ayant rompu avec les habitudes politiques

Avant-propos

ancestrales européennes, vit naturellement sous le régime naissant de la démocratie importée d'Angleterre. Mes voyages sont moins exotiques, entre Paris et Auxerre, au sein d'une démocratie fatiguée. Une démocratie angoissée par la disparition des idéologies politiques les plus puissantes qui laisse orphelins des justifications sur mesure et de la pensée progralnlnée les citoyens que nous SOlnmes.Subitement rêves et utopies ont disparu de l'horizon politique, nous laissant face à la seule raison. Mais la raison effraie, et la disparition des espérances dont elles se sont bercées conduit des âmes à errer à la recherche de nouvelles idoles à adorer, à la recherche de passions primaires à assouvir. Par peur ou par haine de l'intelligence, des homInes et des femmes, simples citoyens ou personnages importants parmi ceux qui nous gouvernent, donnent l'impression de chercher à régresser vers les siècles obscurs. Ainsi nous enfonçons-nous tous dans la médiocrité. Est-ce vraiment inéluctable?

8

Introduction

Poignées de main

Dans quelques jours, la campagne électorale1 sera officiellement ouverte. Aujourd'hui c'est le Premier Ministre et non le candidat à la Présidence qui est à Auxerre, invité par le Conseil Général à un grand déjeuner républicain, de ceux qu'aimait tant la Troisième République aux notables ventripotents. Combien sommes-nous venus, à l'invitation d'Henri de Raincourt, écouter Edouard Balladur et nous régaler aux frais du contribuable ? Cinq ou six cents, peut-être plus. Tout ce que l'Yonne compte de notables de droite est là, réparti selon les affinités de chacun en petites tables de dix; il y a même quelques élus socialistes venus juste pour voir, ce qui suffit à gâcher le plaisir d'autres élus qui ne comprennent pas ce que la gauche vient faire à cette fête de la droite. Mon cousin René Magny qui a été conseiller municipal d'un petit village de l'Yonne pendant plus de vingt ans racontait qu'à l'issue des conseils, lui et ses collègues se rendaient dans l'unique café pour boire un verre entre alnis avant de retourner dans leur ferme. Un jour que le conseil avait duré plus longtemps qu'à l'ordinaire, ils eurent faim et commandèrent aussi un sandwich, au grand dam d'une vieille paysanne persuadée, à tort bien sûr, que ces agapes seraient à la charge du budget communal, autrelnent dit payées par ses impôts:

-

Non seulentent ils buvons, mais ils mangeons maintenant!

protesta-t-elle.

1 Celle de 1995

Poignées

de main

Dans cette belle salle du Parc des Expositions tout neuf, tout le monde mange et boit sans état d'âme: les vieilles paysannes sont loin. D'ailleurs le Conseil Général n'est pas très connu hors du monde politique, et il est plus perçu COlnmesource de financement que comme prélevant des impôts; alors qu'ilnporte... Bien entendu le déjeuner n'est qu'un prétexte, le but de la réunion est essentiellement politique. Les orateurs sont conviés à un exercice de style délicat: ne pas aborder le sujet des élections présidentielles, tout en préparant la campagne. La plupart des hommes politiques de l'Yonne, du centre droit à la droite, avec Henri de Raincourt, Jean Chamant, Philippe Auberger, ont choisi le camp d'Edouard Balladur. Pour moi la campagne électorale qui s'annonce, c'est un peu, une fois de plus, Paris contre le reste de la France, l'impétuosité sans lendemain contre la réflexion. Curieusement nous savons depuis quelques jours que Jean-Pierre Soisson hier encore proche de François Mitten"and s'est prononcé en faveur de Jacques Chirac. Aujourd'hui, à en croire certains journalistes selon lesquels Mitterrand souhaitait avoir Chirac comme successeur, cette prise de position est peut-être plus compréhensible. À moins que, à l'origine de son choix, il n'y ait qu'une ancienne amitié entre élèves de l'ENA. Je dois d'ailleurs avouer, autant le faire dès maintenant, que malgré 17 années passées près de JPS, je n'ai pas réussi à comprendre s'il est conduit par un fil conducteur cohérent, ou s'il se laisse à chaque instant guider par son intuition. Il n'y aura, comme prévu, aucune révélation au cours des discours que la salle écoute sagement. Mais sitôt les discours finis, la salle moins sage aborde plus directement les jeux de la politique. Quelques leaders locaux serpentent entre les tables à la recherche des maires de leur canton, bonne occasion de serrer quelques

10

Introduction

mains, d'aborder dans un même élan les problèlnes de clocher et les perspectives nationales toutes proches. À quelques tables de la mienne, je vois, et j'entends surtout Gérard Bourgoin. Où qu'il se trouve et en toute circonstance, Gérard Bourgoin parle haut et fort, très nl'as-tu-vll et fier de l'être. C'est ce personnage un peu familier, plus grossier que populaire, qu'il cherche à imposer dans le département: il a d'ailleurs raison puisque ce personnage lui sied naturellement comme un gant d'une part, et puisque d'autre part l'expérience a montré, avec Bernard Tapie, qu'en mélangeant fausse gouaillerie, étalage de fortune et prétention infinie on peut devenir Ininistre. Gérard Bourgoin est ambitieux; son siège de Conseiller Général ne lui suffit pas. L'histoire de cet industriel est exemplaire. Il lui a suffi d'une génération pour transformer la boucherie paternelle en une entreprise qui est l'un des leaders mondiaux du marché de la volaille: il a si bien réussi que les journalistes ont tendance Inaintenant à rabaisser son point de départ pour davantage glorifier encore son ascension. Gérard Bourgoin aime piloter son avion à réaction, il est bon pilote, et bon connaisseur des infrastructures exigées pour la sécurité des aérodromes modernes: c'est d'ailleurs sur son conseil qu'a été équipé l'aérodrome d'Auxerre-Branche, après que les comlnissions compétentes aient repoussé les propositions frileuses de la Chambre de Comlnerce. Cet avion est un outil de travail, et aussi un atout destiné à itnpressionner le petit monde de la politique mais aussi le plus gros gibier. Ainsi Jean-Pierre Soisson ne dédaignait-il pas de se rendre dans sa propriété en Corse dans l'avion de son ami Gérard Bourgoin2, Le voici qui se lève de table pour semer la bonne parole. Parmi tous ces amis de Balladur, il va défendre Chirac. Il a deux raisons
2

Il était aussi impressionné

par l'un de ses conseillers propriétaire d'une Porsche.

Il

Poignées de main

pour cela. La première est politique; s'il veut conquérir le siège de sénateur, tenu par Jean Chamant ou celui de député tenu par Philippe Auberger, qui tous deux soutiennent Edouard Balladur, il a intérêt à montrer sa différence, et à choisir l'autre candidat de la droite. La deuxième est politique, ou plutôt absence de politique. En France, la plupart des élus, du haut en bas de l'échelle, sont des fonctionnaires\ sauf dans les petites COl11munesurales. Lorsqu'un r industriel est attiré par la vie publique, à plus forte raison lorsque c'est un industriel ayant réussi à constituer un grand groupe reconnu sur le plan mondial, la tentation est forte pour les démocrates de saluer cette vocation susceptible d'apporter idées et comportements nouveaux dans un milieu qui en a grand besoin. Les démocrates constatent malheureusement souvent qu'en fait d'idées neuves et de comportements nouveaux, les parvenus ne savent développer qu'un unique thème que l'on peut résumer ainsi: -Puisque j'ai su faire prospérer si bien nl.espropres affaires, je saurai jaire prospérer celles de la collectivité.

L'argument est d'autant plus fallacieux qu'en général il provient non pas d'hommes ayant réussi grâce à de nouvelles techniques ou inventions, ou à une innovation dans le domaine des relations humaines dans leurs entreprises, ou en matière d'emploi, mais au contraire d'anciens chasseurs à l'affût d'entreprises en difficulté, victimes de la concurrence engendrée par les lois du marché. En quoi la pratique des grands fauves de la jungle du capitalisme sauvage est-elle utile pour gouverner la France selon le socialisme mou de la gauche d'aujourd'hui ou le capitalisme social de la droite?

3 Sur les fonctionnaires et la vie politique, confer Max Weber, Politik ais Beruf, in Le Savant et le Politique, Collection 10/18 p.129. 12

Introduction

À tous les maux dont souffre déjà la vie politique française, m'as-tu-vu des affaires et un surcroît d'incompétence l'apparence de la connaissance du monde réel. Gérard Bourgoin est maintenant ]' intelToger : camouflé

le

ajoute donc la brutalité de certaines pratiques du monde sous

près de notre table et je peux

Z : C'est notre aveuglement qui est la cause de nos fautes de conduite, cet aveug lelnent qui consiste à s' inlaginer que l'on sait ce que l'on ne sait pas. B : Où voulez-vous en venir en parlant ainsi? Z : Lorsque, je suppose, nous projetons quelque entreprise, n' estce pas quand nous croyons connaître ce que nous entreprenons? B : Oui. Z : Mais en vérité quand on ne croit pas la connaître, on confie à d'autres l'entreprise? B : COlnlnent ne le ferait-on donc pas? Z : Ainsi ceux qui peuvent comlnettre le plus de fautes ne sont ni

ceux qui savent ni ceux qui connaissent leur ignorance, mais ceux
qui ne savent pas et qui s'Ünaginent savoir. B : Oui ce sont bien eux. Z : N'est-ce pas par conséquent B : Oui. Z : Et n'est-ce pas quand il concerne tantes que cet aveuglement honteux? B : Oui de beaucoup! Z : Les choses les plus Ï1nportantes ne sont-elles pas celles qui concernent l'art de gouverner notre pays? B : J'en suis persuadé! les choses les plus imporet est au plus haut degré lnalfaisant cet aveuglement qui est cause de leurs erreurs, et qui constitue l'ignorance digne de blâlne?

13

Poignées de main Z : N'est-ce donc pas en ce donlaine qu'il est le plus nécessaire de connaître vrainlent son art au lieu de seulement imaginer qu'on le connaît? B : Bien évidelnl"nent. Z : Mais alors qui vous a ap/Jris l'art de gouverner la France, vous qui prétendez aux plus hautes fonctions?
4

Si ce dialogue avait réellement eu lieu, Bourgoin aurait pu me répondre qu'après leurs longues études, les élèves de l'ENA. et ceux de Polytechnique n~ont pas démontré davantage leurs aptitudes à exercer cet art difficile... Quoi qu'il en soit à propos de ces questions classiques et anciennes sur l'art de gouvernef, sur la possibilité d'apprendre cet art ou de l'enseigner, il est clair que ceux que je range sous le nom générique de ln'as-tu-vu sont aux antipodes de l'action réfléchie, de la politique à long terme préconisée par un Raymond Barre ou un Édouard Balladur. Par contre ils sont naturellelnent séduits par un discours à base de promesses, où la force de l'affirmation tient lieu de démonstration, où l'intérêt immédiat étouffe les perspectives Après avoir été séduit par Jacques Chirac, Gérard Bourgoin se retournera deux ans plus tard, en 1997 lors de la campagne électorale qui a suivi la dissolution de l'Assemblée Nationale, vers Alain Madelin. Il deviendra, après la défaite de la droite à ces élections, l'un des membres du bureau de Démocratie Libérale, le nouveau parti que ce dernier a créé pour remplacer le feu Parti Républicain fondé en 1977 par Jean-Pierre Soisson à l'instigation du jeune Président de la République Valéry Giscard d'Estaing. Entre temps Gérard Bourgoin aura subi deux défaites:

4

D'après Platon Alcibiade 117-118
14

5 Par exemple dans Max Weber, op cil.

Introduction

-aux sénatoriales de Septembre 1995 il est battu par Serge Franchis -un homme atypique du milieu politique, peu médiatisé mais efficace- qui a fait sa carrière politique dans l'ombre de JPS, qui a abandonné cette ombre depuis, sans chercher ailleurs une autre lumière. -aux législatives il s'attaque au député sortant, Philippe Auberger, un RPR libéral qui a soutenu Balladur, à l'époque rapporteur général du budget à l'Assemblée Nationale et, qui plus est, brillant polytechnicien et homme de goût: tout le contraire de Bourgoin qui sera à son grand étonnement largement battu. Les hommes politiques manquent cruellement d'imagination. Lorsque François Mitterrand a offert un ministère à Bernard Tapie une grande gueule qui a investi dans le football et qui nage dans le fric, il lui a demandé de s'occuper de la jeunesse et de l'emploi. Alain Madelin propose de Inême à Gérard Bourgoin de s'occuper de la jeunesse et de l'emploi dans son nouveau parti6. Cette coïncidence ngest pas fortuite: j'y reviendraF. Gérard Bourgoin, donc, s'approche. Deux jours plus tôt il a invité son grand ami Fidel Castro à Chablis. Que Cuba soit un débouché intéressant pour l'alitnentation française est une chose, et qu'un industriel déclare, alors qu'il prétend jouer un rôle ilnportant dans la politique de son pays, que l'un des derniers dictateurs staliniens encore au pouvoir est son ami, en est une autre. J'imagine leur poignée de Inain, la main de Castro poisseuse du sang du peuple Cubain dans celle de Bourgoin qui a fait fortune en lllultipliant les usines à tuer des poulets: dans la moitié de l'usine, on les nour-

6

Gérard Bourgoin a longtemps sponsorisé l' AlA, le club de football bien connu
où nous suivrons les

d'Auxerre dont il a d'ailleurs été vice-président. 7 Confer 2èmcpartie, chap.3, Le sport comlne enjeu politique, aventures plus récentes de Gérard Bourgoin. 15

Poignées de main

rit avec des farines fabriquées dans l'autre moitié avec les restes non comestibles des poulets de la génération précédente. Bientôt il sera devant moi et Ine tendra la main; la tentation est forte de lui refuser la mienne, et de me garder pur.

...

Peu après 1958 et le retour au pouvoir du Général de Gaulle, obnubilés par le souvenir de Louis Napoléon Bonaparte ou du Général Boulanger, quelques jeunes élèves de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm aimaient défiler sur les ChampsÉlysées en traînant une girafe de bois sur roulettes et coiffée d'un képi orné de deux étoiles: ils appelaient cela lutter pour la défense de la République et étaient très fiers de leur courage. À cette époque déjà reculée les traditions universitaires n'étaient pas encore détruites par la tornade de mai-juin 1968, et le grand bal annuel organisé par les élèves de l'École était un des moments marquants de la vie estudiantine. En 1959 le Général de Gaulle vint en personne inaugurer le bal. Depuis leur création, l'an III de la République, l'École Normale Supérieure et l'École Polytechnique sont les deux écoles les plus prestigieuses de la France, les plus aptes à former de nouvelles élites, à combler, le teInps d'une génération, l'espace qui sépare la France populaire de ses plus grands savants, écrivains, ou politiques8. Le geste du Général de Gaulle a valeur de symbole; il signifie que la nouvelle république encore naissante est consciente de la valeur de l'École, qu'il sait qu'elle a un rôle important à jouer, à la fois de par sa vocation à former les professeurs de lycées dont la France va bientôt avoir besoin comIne conséquence de l'allongement de la scolarité de 14 à 16 ans que décidera le Gou-

8

Voici quelques exemples: Raytnond Aron, Victor Cousin, Laurent Fabius, Jean
Jean Jaurès, Alain Juppé, Paul Langevin, 16 Paul Painlevé, Louis Pas-

Giraudoux,

teur, Alain Peyrefitte, Georges Pon1pidou, Jean-Paul Satire.

Introduction

vemement au cours de cette mêlne année 1959, et au moyen de sa tradition à être le Inoule d?où jaillissent les savants qui contribuent à la gloire de notre pays. Peut-être le Général compte-t-il sur l'École pour être l'un des moteurs qui entraîneront la France vers la modernité. Concrètement, en peu d'années, le budget de l'Éducation Nationale passera de 4,5 % à 18 % du budget annuel de la France. Dans les lycées et les universités les créations de postes se multiplient année après année, la nouvelle République réalisant ce que la quatrièlne n'avait osé imaginer dans ses rêves les plus fous. Bien loin de recevoir l'approbation des représentants syndicaux et des politiques au sein de l'Éducation Nationale, cette citadelle de la gauche, ces mesures attisent au contraire leur hostilité et leur haine, tout progrès étant ilnmédiatement jugé insuffisant, et freiné, sinon annulé en fait, par des réformes pédagogiques rétrogrades sous couvert de modernité9. Tel est un peu l'esprit qui se répand parmi les jeunes élèves de l'ENS en cette fin des années 50 et qui petit à petit se transformera au cours de l'année 1968 en véritable terrorisme sous l'influence de Beno Lévy à la tête du groupe maoïste du Quartier Latin avant de devenir le secrétaire de Jean-Paul Sartre. Ce n'est que bien plus tard, grâce à l'intelligence de George Poitou, Directeur de l'École depuis 1981 jusqu'à sa mort en 1989, que la situation redeviendra vraiment normale. C'est en tout cas dans cette atmosphère que baigne A***D*** l'un des traîneurs de girafe, en ce début du bal de l'année 1959. À cette époque A***D*** est l'un des jeunes espoirs de la mathématique française. Cela se sait dans le petit cercle savant gravitant autour de l'ENS et de l'Institut Henri PoincarélO,et
9 confer 1èrepartie, chap. 1, Une leçon de démocratie. 10ENS: c'est l'École Nonnale Supérieure. L'IHP, l'Institut Henri Poincaré, par Émile Borel est l'un des hauts lieux de la recherche en mathématiques 17

fondé et en

Poignées

de main

qui se retrouve tous les lundis après-lnidi dans la "salle E ou F" au premier étage de l'ENS pour assister au Sénlinaire Cartan, et tous les mercredis à 17 heures pour participer au thé des mathénlaticiens à l'IHP. De ce fait son geste aura aussi valeur de symbole comme si son autorité naissante en mathématiques impliquait la justesse de ses appréciations politiques, une confusion extrêmement courante, à la base même de l'int1uence néfaste de l'intelligentsia1}française. Le Général de Gaulle pénètre donc dans la salle de bal et A***D***, chargé d'accueillir les personnalités, refuse de lui serrer la main. Dans ses Mémoires, Jean-François Revel, qui tout comme moi n'a pas assisté à l'événement, relate ce fait, citant Louis Althusser, de façon légèrement différente, mais le fond reste le même. Lorsque l'on sait le sens de l'État du Général et son attachement à une certaine symbolique de la grandeur de la France, on imagine facilelnent combien il a été blessé par un tel geste, non point tant par sa signification imlnédiate -c'était l'acte d'un immature12mais par ce qu'il sous-entend d'hostilité et d'incompréhension de la part de la jeunesse intelligente de notre pays dans laquelle a priori il mettait son espoir. Ce qui est remarquable, c'est que la politique de développelnent de l'Éducation et de la Recherche n'a pas souffert, semble-t-il, de cet imbécile affront, alors que pendant le même temps la gauche et ses "intellectuels", professeurs et étuphysique théorique. Il fut inauguré en 1928 en présence de Rayn10nd Poincaré, Président. du conseil des Ministres, et de Paul Doumer, Président du Sénat. 11"Le mot est d'origine allemande, slavisé par les polonais, mais ce sont les russes qui lui ont donné sa fortune mondiale" Alain Besançon Les origines intellectuelles du léninisme, Calmann-Lévy 1977, chapitre VI, p. 99. La connotation de ce mot est plutôt péjorative.
12

Les choses ont bien changé: aujourd'hui, il est membre correspondant de
18

l'Académie des Sciences.

Introduction

diants, creusaient chaque jour davantage le fossé qui les séparaient de la France moderne, jusqu'en mai 1968 où leurs idées rétrogrades et mortifères éclatèrent au grand jour. Je me souviens de ln' être prolnis à cette époque, étant moimême un assidu du Séminaire Cartan, et, comme A***D***, parfois chargé d'y présenter un exposé, de ne jamais refuser une main tendue, comlne pour racheter l'attitude outrageante de Inon condisciple. Le temps est venu de tenir cette promesse, et de reléguer les actions difficiles à justifier lorsque l'on réfléchit tant soit peu, parmi les fantasmes inavouables.

...

Un autre souvenir me revient en mémoire dans la salle bruissante des conversations janvier Jacques à Paris: des invités du Conseil Général, ce jour de Inon stage dans une classe de seétaient astreints du professeur de leur futur 1952 où je sortais du Lycée Louis le Grand, rue Saintj'y effectuais

conde. À l'époque tous les candidats à l'agrégation à un tel stage in situ; sous la direction bienveillante titulaire de la classe, ils s'initiaient aux arcanes

métier. J'étais heureux et gai ce jour-là car, pour la première fois, le professeur ln' avait confié la responsabilité de corriger le problème hebdomadaire que remettaient alors les élèves, et leurs copies gonflaient la poche de ma "canadienne", une veste de forte toile doublée intérieurement d'une peau de mouton, souvenir de la guerre mais encore en usage les jours d'hiver quelques années après sa fin. Au lieu de rentrer directement je fis un détour par la Sorbonne, empruntant le couloir des Sciences, juste en face de la sortie du lycée. Ce fut une erreur. Sortant par la Cour de la Sorbonne, côté Faculté des Lettres, je me trouvai subitelnent sempiternelle l'indifférence manifestation nisée par les étudiants communistes, au milieu de la orgacontre la guerre du Viêt-Naln,

mini bataille opposant, dans

générale, les habitués à la police du quartier. Avant 19

Poignées de main

d'avoir bien cOlnpris ce qui m'arrivait, je me suis trouvé d'abord dans la cage du cOlnmissariat de police du Ve AITondissement puis au dépôt de la prison du Châtelet, un très beau bâtiment de style Renaissance, mais dont l'architecture n'était pas ce qui m'impressionna ce soir-là. La nouveauté pour moi, c'étaient mes compagnons de misère. Nous étions une bonne vingtaine, enfermés dans une grande salle dans l'attente de passer devant le juge d'instruction le lendemain matin. Il y avait là un proxénète gouailleur droit sorti d'un film de Prévert et Carné, quelques petits voleurs, un cambrioleur pris sur le fait, le revolver à la main, tout ce beau monde ayant perdu son arrogance coutumière et évaluant tristement, en spécialistes, la longueur probable de leur nouvelle détention. Il y.avait aussi un jeune garçon pâle, petit et maigre, l'air particulièrement malheureux, ne ressemblant pas du tout à un voyou et dont la présence en ce lieu ne cessait de In'intriguer. Aussi est-ce près de lui que je choisis de m'étendre (par terre car il n'y avait pas de Inatelas) pour dormir pendant cette étrange nuit. Les gendarmes qui me conduisirent le lendelnain auprès du juge me racontèrent son histoire. Appelé avec sa classe d'âge à faire son service militaire, cet esprit faible ne put supporter la séparation d'avec son amie; entraîné par quelques délinquants déjà confirmés, il déserta en leur compagnie et, après quelques Inenus larcins, se retrouva à Paris où il rejoignit, délnuni d'argent, sa chère compagne. Tous deux décidèrent de cambrioler la vieille mercière de leur quartier. Aussitôt dit aussitôt fait; les voici devant la vieille qui ne se laisse pas faire; affolés ils la tuent à coups de marteau et vident le tiroir-caisse de ses quelques francs, puis ils vont au restaurant et puis ils vont au cinéma. La police les arrêta une heure plus tard au domicile de la jeune femme.
20

Introduction

Totalelnent inconscient de l'horreur de son crime, le jeune assassin, l'air aussi doux que la veille, n'avait de pensées que pour celle qu'il aimait; avec des mots simples il cherchait à me faire comprendre, lorsque je suis revenu dans la salle commune, son angoisse à l'idée de peut-être ne plus jamais la revoir. Je crois bien me souvenir qu'en le quittant quelques heures plus tard, je lui ai sen"éla main. y a-t-il un moyen simple de définir la distance entre les hommes? Telle est la question qu'a dû se poser Laurent Schwartz13qui paraît-il est à l'origine de la définition suivante. Disons que deux personnes qui se sont serré la main au Inoins une fois de leur vie sont à la distance 1 l'un de l'autre. Deux personnes qui ne se sont jamais serré la main, mais à distance 1 d'une même troisième sont à distance 2 l'une de l'autre, et ainsi de suite. Le telnps de toutes ces réflexions, Gérard Bourgoin est enfin devant notre table où il ne connaît personne: il serre distraitement nos mains, dit quelques banalités, et disparaît. Je suis donc à distance 1 de Bourgoin et à distance 2 de Fidel Castro. Or Castro a été invité par Tito à de nOlnbreuses réunions des pays non alignés et lui a serré la main. Ma distance à Broz Tito est donc égale à 3, et ma distance à d'innolnbrables chefs d'états du tiers-monde, sinistres dictateurs pour la plupart, est inférieure ou égale à 4.
Encore. un ancien de l'ENS de la rue d'Ulm, qui reçut la médaille Fields (l'équivalent du prix Nobel pour les mathématiques, oubliées par Nobel pour des raisons obscures) en 1950 pour sa découverte des distri.butions. Il réforma profondément le programme de l'enseignement des tnathématiques à l'École Polytechnique dont il fut professeur de 1959 à 1960 et de 1963 à 1983. Il est surtout connu du grand public pour son engagement politique résolument à gauche et sa défense des grandes causes humanitaires. 21
13

...

Poignées de main En 1986, alors qu'il était encore dans l'opposition, Jean-Pierre Soisson invita à Auxerre le Président Mitterrand à l'occasion de la commémoration du centième anniversaire de la mort du grand saet un discret siégé vant et homme politique auxerrois Paul Bert. C'était pour lui à la fois un geste politique dans la tradition républicaine hommage Président rendu à l'ancienne de la République amitié unissant son père et le futur Française qui avaient longtemps

sur les mêlnes bancs, du temps où ce dernier était encore membre de l'UDSR14. Au cours des cérémonies, j'ai eu l'honneur de serrer la main du Président: me voici à distance 3 d'Adolf Hitler! Z <-> M <-> P <-> H En effet Mitterrand a selTé la main du Maréchal Pétain dont il a été le secrétaire d'État aux prisonniers en 1940 et Pétain a serré la main de Hitler à Montoire: lorsque j'ai raconté cela à JPS plusieurs années plus tard, il a eu un haut-le-cœur. mon beau-frère, ciPierre Hervé, a sollicité -à En 1957 ou 58, de celuil'instigation

et obtenu une entrevue du Général de Gaulle. Ainsi non seu-

lement je suis à distance 2 du Général, mais à distance 3 de Joseph Staline et à distance 4 de Mao Tsé Toung. Que de mains en général sanglantes, que de Inorts, que de guerres dissimulées en filigrane sous de paisibles anecdotes, apparaissent en pleine lumière à l'évocation de quelques noms! Mais telle n'est pas l'impression révèle l'arithmétique que je voudrais laisser en cet instant. Ce que précédente, c'est l'apparente proximité du chaque lecteur

monde réel et du monde politique, car probablement

trouver~ sans peine qu'il est à une distance très faible des grands et des moyens de ce monde. Mais cette proxilnité n'est qu'illusoire. Le monde politique est proche du nôtre à la façon dont sont pro14

Union démocratique et socialiste de la Résistance. Petit parti de droite lnodérée 22

sous la quatrième République.

Introduction

ches les mondes parallèles de la science-fiction. Comme dans ces romans, il est difficile de passer de l'un dans l'autre, et les deux sont régis par des règles et des usages différents. Je suis entré dans le monde universitaire par la grande porte, au moins autant poussé et encouragé par mes professeurs puis mes collègues que par un désir ou une ambition personnels: agrégation, CNRS, Université, un cursus c~assique. J'ai connu le monde politique autrement, y débutant comme simple militant: la porte est terriblement étroite.

23

Première partie

Promenades en touriste

Chapitre 1
À la frontière du monde politique en 1968-69

Rêves de printemps Le 26 mai 1968 mon collègue Pierre Salnuel du département de mathématiques de la Faculté des Sciences de Paris -la section scientifique de la vieille Sorbonne- me téléphone peu avant dîner. Il est co-auteur avec Oscar Zariski du très célèbre COlnmutative Algebra publié en 1960 et qui fut longtemps le livre de chevet de tous les algébristes du monde. Il est aussi l'un des melnbres de Bourbaki : un groupe de grands Inathélnaticiens publiant sous ce pseudonyme un Traité de Mathén1.atiques monulnental et organisant trois fois par an le Sélninaire Bourbaki où les conférenciers apportent les derniers résultats mathématiques importants qui viennent d'être découverts partout dans le monde. Mais ce n'est pas pour parler mathématiques qu'il m'appelle. L'heure est grave; dans la rue les événements se précipitent; dans les états-majors politiques il n'est question que de savoir COlnment récupérer cette fonnidable énergie dépensée en vain. Plusieurs leaders de, gauche viennent d'appeler à une grande Inanifestation au stade Charlety. Pierre Mendès France, souhaitant rencontrer quelques personnes d'horizons divers, a chargé l'un de ses amis d'organiser une petite réunion dans un appartement parisien et

Promenades en touriste Pierre Samuel me propose de l'y accompagner, enthousiasme. En ce printemps 1968, Pierre Mendès France est encore une des grandes figures du monde politique, la plus grande, probablement, parmi les hommes issus de la 3e ou de la 4e République. Il est le premier, après la seconde guerre mondiale, à prôner la rigueur financière et la clarté dans la communication entre l'exécutif et le peuple Français. Sa tentative de rénovation du Parti Radical suscitera une ultime vague d'espoir parlni ceux qui croyaient pouvoir sauver la 4c République de l'implosion inexorable plus ou moins programlnée dans sa Constitution. Mais surtout PMF avait été l'homme du pari, celui qui en cent jours avait su sortir la France du conflit indochinois. Avec le retour du Général de Gaulle en 1958, et l'avènement de la 5e République, rière, et sa marginalisation. nants événements débutera le déclin de sa carce que je fais avec

J'étais curieux de savoir comment il réagissait devant les étonque nous vivions, une caricature de révolution maintenue finalement dans des limites presque acceptables grâce à la sagesse du Général et à la fermeté de son Premier Ministre, Georges Pompidou. talon légèrelnent militaires. Pierre Mendès France était assis parmi nous, le bas de son pansur un fauteuil assez bas, les jambes allongées; Nous étions très peu nombreux,

relevé laissait voir des bottines noires presque une dizaine peut-être.

Seul un lycéen d'une classe terlninale demeure encore dans mon souvenir, parmi les présents à cette réunion. Quelques jours auparavant Marco Schutzenberger expliquait à qui voulait l'entendre, de Jussieu, que nous sur le parvis entre deux tours de l'université

n'avions encore rien vu ; les étudiants, disait-il, étaient, malgré les apparences, trop embourgeoisés, trop théoriciens pour être vraiment dangereux; lnais bientôt les lycéens, plus jeunes, plus neufs, 28

À la,frontière du nlonde politique plus bruts viendraient les rejoindre ou plutôt les remplacer: tout

serait alors à craindre. Comme il avait raison! souvent raison, ce mathématicien mission par l'OMS en Indonésie, de la combinatoire Samuel Eilenberg,

Il avait d'ailleurs

qui fut aussi médecin, envoyé en avant de devenir l'un des pères théorique française. Avec fondateur de la théorie des

et de l'informatique il publia l'article

automates et avec Noam Chomsky un article fondamental pour la linguistique via les grammaires formelles. Ce soir-là nous avons devant nous un lycéen fanatique, au discours glaçant. Sa haine stupide de la société dont il est issu et sa vision utopique et stéréotypée de celle qu'il voulait lui substituer avaient de quoi effrayer par leur mélange de vagues bribes de vocabulaire d'incommensurable taine jeunesse nIr. Il réagit en homlne d'État. Je retrouvai devant moi celui qui avait réussi à imposer les accords de Genève, celui dont la vision de la situation réelle de la France dans les années qui ont suivi la fin de la guerre s'était traduite par une politique audacieuse qui lui avait permis de dynalniser partiellement une opinion française fatiguée, avant que le Général de Gaulle n'apporte sa contribution décisive au renouveau de notre pays. Pierre Mendes France fit ]' éloge de la démocratie et de la tolérance, et donc des élections, et du respect de la chose votée dans des conditions garantissant le libre choix de chacun. Je me pris à rêver à un rapprochement possible, une fois les troubles terminés, entre ce grand homme de la gauche et ceux qui détenaient ment discordantes. le pouvoir. Quelques mois auparatotalequand vant les positions des uns et des autres étaient évidemment Mais devant un grand bouleverselnent, 29 ignorance, et de violence PMF était donc aux premières révolutionnaire, à peine contenue. comprenait son ave-

loges pour voir comment une cer-

inculte issue de la bourgeoisie

Promenades en touriste

seules les valeurs essentielles surnagent, les hommes s'aperçoivent l'espace d'un court instant qu'ils sont d'accord sur l'essentiel. Bien entendu je n'ai jamais douté de l'issue de la révolte de Inai 1968, qui entièrement négative et superficielle ne pouvait que s'effriter petit à petit jusqu'au retour à la situation normale, pourvu que le pouvoir conserve un minimum de fermeté et de bon sens. Mais je pensais que l'après 68 serait difficile et que l'apport de forces nouvelles, d'une pensée peut-être plus intellectuelle, aiderait à la recomposition du paysage politique, aux relations entre le pouvoir et le pays. Dans cette perspective, un retour de PMF à la politique active après une longue opposition stérile aurait pu être bénéfique. Le lendemain Pierre Mendès France participa, sans toutefois prendre la parole, au Ineeting de Charlet y, où François Mitterrand se dit prêt à gouverner la France et demanda au Président de la République régulièrement élu de démissionner sous la pression de la rue, apportant ainsi son accord tacite à la "chienlit", contredisant dans les faits sa noble position de la veille, et s'enfonçant depuis chaque jour davantage dans le passé et l'oubli. La politique, si elle est un art, est un art difficile; il semble que les hommes les plus libres ne sont libres qu'à deIni. Les partis auxquels ils appartiennent, les événements auxquels ils sont soumis imposent leurs contraintes, et les hOlnmes seuls sont impuissants.

Le magnétisme des grands Le temps s'est écoulé; Maurice Couve de Murville a été nommé Premier Ministre, Edgar Faure peaufine une loi d'orientation catastrophique pour l'université française et Georges Pompidou, remercié pour avoir fermement maintenu le cap pen30