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Phonologie et phonétique : forme et substance

De
464 pages
La phonologie et la phonétique abordent dans des perspectives complémentaires la forme sonore du langage humain. En 2003 fut organisée sous l'égide du CNRS une école thématique visant à permettre à des phonologues et des phonéticiens de mettre leurs connaissances en commun et de faire émerger des problématiques de recherche nouvelles. Ce manuel s'inscrit dans la suite de cette école, et il présente de manière synthétique un certain nombre de théories, de modèles et de méthodes employés aujourd'hui en phonologie et en phonétique. L'accent est placé sur les problèmes, la démarche méthodologique et les principaux résultats obtenus davantage que sur les aspects plus techniques. Dans une première partie, et après une présentation détaillée de l'Alphabet Phonétique International, le manuel offre un panorama des objets et des niveaux d'analyse possibles de la forme sonore. Dans la deuxième partie sont exposés quelques-uns des cadres théoriques aujourd'hui représentatifs en phonologie et en phonétique. La troisième partie présente différents domaines dans lesquels les propositions théoriques et les résultats établis par les phonologues et les phonéticiens ont donné lieu à des applications. L'ouvrage s'adresse en premier lieu aux étudiants, chercheurs et enseignants non spécialistes. Il leur offrira une présentation de niveau avancé à l'interface entre phonologie et phonétique et une ouverture vers de nouvelles pistes de travail.
Chapitre 1. Introduction -S. WAUQUIER-GRAVELINES, N. NGUYEN, J. DURAND. Chapitre 2. La phonétique classique : l'Association Phonétique Internationale et son alphabet -J. DURAND. OBJETS ET NIVEAUX D'ANALYSE DE LA FORME SONORE. Chapitre 3. Les primitives phonologiques : des traits distinctifs aux éléments -J. DURAND. Chapitre 4. Autour de la syllabe : les constituants prosodiques mineurs en phonologie -L. LABRUNE. Chapitre 5. Éléments de prosodie -A. DI CRISTO. Chapitre 6. Interface phonologie/syntaxe : des domaines phonologiques à l'organisation de la Grammaire -E. DELAIS-ROUSSARIE. MODÈLES EN PHONÉTIQUE ET PHONOLOGIE. Chapitre 7. La Phonologie Déclarative - J.-P. ANGOUJARD. Chapitre 8. Des règles aux contraintes : quelques aspects de la théorie de l'optimalité -C. LYCHE. Chapitre 9. La Phonologie de Laboratoire : notions de bases et applications -M. D'IMPERIO. Chapitre 10. La phonologie articulatoire : une introduction -C. FOUGERON. Chapitre 11. Approches cognitives de la phonologie -B. LAKS. DOMAINES D'APPLICATION. Chapitre 12. Acquisition et développement phonologiques -S. WAUQUIER-GRAVELINES. Chapitre 13. Invariants et variabilité en phonétique -C. MEUNIER. Chapitre 14. Phonologie et pathologie -V. REY. Chapitre 15. Les états émotionnels et la prosodie : paradigmes, modèles, paramètres -G. CAELEN-HAUMONT. Chapitre 16. Perception de la parole -N. NGUYEN. Annexes. L'alphabet phonétique international.
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COGNITIO N
ET TRAITEMENT
DE L'INFORMATION
Informatio n - Commande - Communication
Phonologie
et phonétique
forme et substance
sous la direction de
Noël Nguyen
Sophie Wauquier-Gravelines
Jacques Durand
Lavoisier LISTE DES OUVRAGES DU TRAITÉ IC2
(au 30 juin 2005)
Série INFORMATIQUE ET SYSTÈMES D’INFORMATIONS
sous la direction de Jean-Charles Pomerol
Bases de données et Internet: Modèles, langages et système,
DOUCET Anne et JOMIER Geneviève
Calcul et arithmétique des ordinateurs,
BAJARD Jean-Claude et MULLER Jean-Michel
Flexibilité et robustesse en ordonnancement,
BILLAUT Jean-Charles, MOUKRIM Aziz et SANLAVILLE Eric
Gestion des données multimédia, MOSTEFAOUI Ahmed, PRÉTEUX Françoise,
LECUIRE Vincent et MOUREAUX Jean-Marie
Gestion dynamique des connaissances industrielles,
EYNARD Benoît, LOMBARD Muriel, MATTA Nada et RENAUD Jean
Informatique musicale, PACHET François et BRIOT Jean-Pierre
Informatique pour l’analyse du transcriptome,
BOULICAUT Jean-François et GANDRILLON Olivier
Ingénierie des langues, PIERREL Jean-Marie
Ingénierie des systèmes d’information,
CAUVET Corine et ROSENTHAL-SABROUX Camille
Ingéniérie et capitalisation des connaissances,
ZACKLAD Manuel et GRUNDSTEIN Michel
Interaction homme-machine pour les SI 1 & 2, KOLSKI Christophe
La parole : des modèles cognitifs aux machines communicantes,
ESCUDIER Pierre et SCHWARTZ Jean-Luc
Les réseaux de Petri : modèles fondamentaux, DIAZ Michel
Logique floue, principes, aide à la décision,
BOUCHON-MEUNIER Bernadette et MARSALA Christophe
Management des connaissances: modèles d’entreprise et applications,
ZACKLAD Manuel et GRUNDSTEIN Michel
Optimisation approchée en recherche opérationnelle,
TEGHEM Jacques et PIRLOT MarcII Liste des ouvrages du TRAITÉ IC2 (au 30 juin 2005)
Optimisation combinatoire 1 & 2, PASCHOS Vangelis Th.
Ordonnancement pour l’informatique parallèle,
MOUKRIM Aziz et PICOULEAU Christophe
Paradigmes et enjeux de l’informatique,
BIDOIT Nicole, FARINAS DEL CERRO Luis, FDIDA Serge et VALLÉ Brigitte
Principes et architecture des systèmes multi-agents,
BRIOT Jean-Pierre et DEMAZEAU Yves
Résolution de problèmes de RO par les métaheuristiques,
PIRLOT Marc et TEGHEM Jacques
Traitement automatique du langage parlé 1 & 2, MARIANI Joseph
Traitement de données complexes et commande en logique floue,
BOUCHON-MEUNIER Bernadette et MARSALA Christophe
Vérification et mise en œuvre des réseaux de Petri, DIAZ Michel
Série MANAGEMENT ET GESTION DES STICS
sous la direction de Jean-Marie Doublet
Enseignement ouvert et à distance : épistémologie et usages,
SALEH Imad et BOUYAHI Soufiane
Les bibliothèques numériques, PAPY Fabrice
L’innovation à l’ère des réseaux
CHRISTOFOL Hervé, RICHIR Simon et SAMIER Henry
Piloter le changement avec les cybertechnologies, SAADOUN Mélissa
Série RÉSEAUX ET TÉLÉCOMS
sous la direction de Guy Pujolle
Contrôle dans les réseaux IP, PUJOLLE Guy
Ingénierie des protocoles et qualité de service, CAVALLI Ana
Intelligence dans les réseaux, GAÏTI Dominique
Les évolutions du monde IP, PUJOLLE Guy
Les réseaux radiomobiles, LAGRANGE Xavier
Les systèmes radiomobiles reconfigurables, VIVIER Guillaume
L’internet ambiant, PUJOLLE GuyListe des ouvrages du TRAITÉ IC2 (au 30 juin 2005) III
Méthodes exactes d’analyse de performance des réseaux,
FDIDA Serge et Hébuterne Gérard
Méthodes heuristiques d’analyse de performance des réseaux,
FDIDA Ser
Multicast multimédia sur Internet, BENSLIMANE Abderrahim
Principes et évolution de l’UMTS, LAGRANGE Xavier
Réseaux ATM, ROLIN Pierre
Réseaux sans fil et mobiles, AL AGHA Khaldoun
Sécurité des réseaux et systèmes répartis, DESWARTE Yves et MÉ Ludovic
Standards pour la gestion des réseaux et des services,
FESTOR Olivier et SCHAFF André
Systèmes multimédias communicants, DABBOUS Walid
Série SYSTÈMES AUTOMATISÉS
sous la direction de Claude Foulard
Algèbre et analyse pour l’automatique, RICHARD Jean-Pierre
Analyse des systèmes linéaires, de LARMINAT Philippe
Analyse et modélisation des robots manipulateurs, DOMBRE Etienne
Applications non manufacturières de la robotique, DAUCHEZ Pierre
Assistance technique au handicap, PRUSKI Alain
Automatique des bioprocédés, DOCHAIN Denis
Automatique et procédés chimiques: modélisation, estimation, cristallisoirs,
CORRIOU Jean-Pierre
Automatique pour la gestion des ressources en eau,
GEORGES Didier et LITRICO Xavier
Commande adaptative et applications, LOZANO Rogelio et TAOUTAOU Damia
Commande de procédés chimiques, réacteurs et colonnes de distillation,
CORRIOU Jean-Pierre
Commande des moteurs asynchrones 1 & 2, CANUDAS DE WIT Carlos
Commande des robots manipulateurs, KHALIL Wisama
Commande des systèmes linéaires, de LARMINAT Philippe
Commande floue 1& 2, FOULLOY Laurent, GALICHET Sylvie et TITLI André
Commandes non linéaires,
LAMNABHI-LAGARRIGUE Françoise et ROUCHON PierreIV Liste des ouvrages du TRAITÉ IC2 (au 30 juin 2005)
Conception des commandes robustes, BERNUSSOU Jacques et OUSTALOUP Alain
Contrôle-commande de la voiture, GISSINGER Gérard et LE FORT-PIAT Nadine
Identification des systèmes, LANDAU Ioan Doré et BESANÇON-VODA Alina
Identification et commande adaptative, LOZANO Rogielo et TAOUTAOU Damia
La microrobotique, BOURJAULT Alain et CHAILLET Nicolas
La robotique mobile, LAUMOND Jean-Paul
La voiture intelligente, GISSINGER Gérard et LE FORT-PIAT Nadine
Les bond graphs, DAUPHIN-TANGUY Geneviève
Les procédés agroalimentaires 1 & 2,
BOILLEREAUX Lionel et FLAUS Jean-Marie
Mathématiques pour les systèmes dynamiques, RICHARD Jean-Pierre
Mesure et instrumentation 1 & 2, PLACKO Dominique
Modèles et raisonnements qualitatifs,
TRAVÉ-MASSUYÈS Louise et DAGUE Philippe
Outils d’analyse pour l’automatique, BARRAUD Alain
Systèmes dynamiques hybrides, ZAYTOON Janan
Systèmes non linéaires,
LAMNABHI-LAGARRIGUE Françoise et ROUCHON Pierre
Téléopération et réalité virtuelle, KHEDDAR Abderrahmane et COIFFET Philippe
Téléopération et télérobotique, COIFFET Philippe et KHEDDAR Abderrahmane
Série PRODUCTIQUE
sous la direction de Claude Foulard
Automatique et statistiques pour le diagnostic, DUBUISSON Bernard
Diagnostic, intelligence artificielle et reconnaissance des formes,
DUBUISSON Bernard
CAO et simulation en mécanique, CHEDMAIL Patrick
Evaluation des performances des systèmes de production, TAHON Christian
Fabrication assistée par ordinateur, BERNARD Alain
Fondements du pilotage des systèmes de production,
PUJO Patrick et KIEFFER Jean-Paul
Gestion de production : fonctions, techniques et outils,
ERSCHLER Jacques et GRABOT Bernard
Indicateurs de performance, BONNEFOUS Chantal et COURTOIS AlainListe des ouvrages du TRAITÉ IC2 (au 30 juin 2005) V
La qualité : démarche, méthodes et outils, CHERFI Zohra
Maîtrise des risques et sûreté de fonctionnement des systèmes de production,
NIEL Eric et CRAYE Etienne
Maîtrise et organisation des flux industriels,
CAMPAGNE Jean-Pierre et BURLAT Patrick
Méthodes du pilotage des systèmes de production,
PUJO Patrick et KIEFFER Jean-Paul
Ordonnancement de la production, LOPEZ Pierre et ROUBELLAT François
Organisation et gestion de la production, ERSCHLER Jacques et GRABOT Bernard
Performance industrielle et gestion des flux,
BURLAT Patrick et CAMPAGNE Jean-Pierre
Série TRAITEMENT DU SIGNAL ET DE L’IMAGE
sous la direction de Françis Castanié et Henri Maître
Analyse de signaux bidimensionnels, GARELLO René
Analyse des données, GOVAERT Gérard
Analyse spectrale, CASTANIÉ Francis
Approche bayésienne pour les problèmes inverses, IDIER Jérôme
Codage de canal : des bases théoriques aux turbocodes, GLAVIEUX Alain
Compression et codage des images et des vidéos,
BARLAUD Michel et LABIT Claude
Décision dans le plan temps fréquence, MARTIN Nadine et DONCARLI Christian
Décision et reconnaissance des formes en signal, LENGELLÉ Régis
Fusion d’informations en traitement du signal et des images, BLOCH Isabelle
Images de profondeur, GALLICE Jean
La tomographie : fondements mathématiques, imagerie microscopique et imagerie
industrielle, GRANGEAT Pierre
La tomographie médicale : imagerie morphologique et imagerie fonctionnelle,
GRANGEAT Pierre
Le traitement des images, MAÎTRE Henri
Les ondelettes et leurs applications,
MISITI Michel, MISITI Yves, OPPENHEIM Georges et POGGI Jean-Michel
Les systèmes de vision, JOLION Jean-Michel
Lois d’échelle, fractales et ondelettes 1 & 2,
ABRY Patrice, GONÇALVÈS Paulo et LÉVY VÉHEL JacquesVI Liste des ouvrages du TRAITÉ IC2 (au 30 juin 2005)
Méthodes et architectures pour le TSI en temps réel, DEMIGNY Didier
Perception visuelle par imagerie vidéo, DHOME Michel
Signal et télécoms, LOUBATON Philippe
Signaux aléatoires, GUGLIELMI Michel
Synthèse de filtres numériques en traitement du signal et des images,
NAJIM Mohamed
Tatouage de documents audiovisuels numériques,
DAVOINE Franck et PATEUX Stéphane
Temps-fréquence : concepts et outils, HLAWATSCH Franz et AUGER François
Traitement des images de RSO, MAÎTRE Henri
Série COGNITION ET TRAITEMENT DE L’INFORMATION
sous la direction de Jean-Marie Pierrel
Interpréter en contexte, CORBLIN Françis et GARDENT Claire
Les hypermédias : conception et réalisation, SALEH Imad
Sémantique et corpus, CONDAMINES Anne
Symétries : symétries et asymétries du vivant, SIKSOU Maryse
Sommaire détaillé de chaque ouvrage du traité MIM sur les sites :
www.lavoisier.fr
www.hermes-science.comPhonologie et phonétique© LAVOISIER, 2005
LAVOISIER
11, rue Lavoisier
75008 Paris
www.lavoisier.fr
www.hermes-science.com
ISBN 2-7462-1091-6
Tous les noms de sociétés ou de produits cités dans cet ouvrage sont utilisés à des fins
d’identification et sont des marques de leurs détenteurs respectifs.
Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5, d'une
part, que les "copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non
destinées à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations
dans un but d'exemple et d'illustration, "toute représentation ou reproduction intégrale, ou
partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est
illicite" (article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce
soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du
Code de la propriété intellectuelle.Phonologie
et phonétique
forme et substance
sous la direction de
Noël Nguyen
Sophie Wauquier-Gravelines
Jacques DurandIl a été tiré de cet ouvrage
30 exemplaires hors commerce réservés
aux membres du comité scientifique,
aux auteurs et à l’éditeur
numérotés de 1 à 30Phonologie et phonétique
sous la direction de Noël Nguyen, Sophie Wauquier-Gravelines
et Jacques Durand
fait partie de la série COGNITION ET TRAITEMENT DE L’INFORMATION
dirigée par Jean-Marie Pierrel
TRAITÉ IC2 INFORMATION – COMMANDE – COMMUNICATION
sous la direction scientifique de Bernard Dubuisson
Le traité Information, Commande, Communication répond au besoin
de disposer d'un ensemble complet des connaissances et méthodes
nécessaires à la maîtrise des systèmes technologiques.
Conçu volontairement dans un esprit d'échange disciplinaire, le traité IC2
est l'état de l'art dans les domaines suivants retenus par le comité
scientifique :
Réseaux et télécoms
Traitement du signal et de l'image
Informatique et systèmes d'information
Systèmes automatisés et productique
Management et gestion des STICS
Cognition et traitement de l’information
Chaque ouvrage présente aussi bien les aspects fondamentaux
qu'expérimentaux. Une classification des différents articles contenus
dans chacun, une bibliographie et un index détaillé orientent le lecteur
vers ses points d'intérêt immédiats : celui-ci dispose ainsi d'un guide pour
ses réflexions ou pour ses choix.
Les savoirs, théories et méthodes rassemblés dans chaque ouvrage ont
été choisis pour leur pertinence dans l'avancée des connaissances ou pour
la qualité des résultats obtenus dans le cas d'expérimentations réelles.Liste des auteurs
Jean-Pierre ANGOUJARD
Département de Sciences du Langage
Université de Nantes
Geneviève CAELEN-HAUMONT
Laboratoire Parole et Langage
CNRS-Université de Provence
Aix-en-Provence
Elisabeth DELAIS-ROUSSARIE
LLF
CNRS-Université de Paris VII
Albert DI CRISTO
Laboratoire Parole et Langage
CNRS-Université de Provence
Aix-en-Provence
Mariapaola D’IMPERIO
Aix-en-Provence
Jacques DURAND
Equipe de Recherche en Syntaxe et Sémantique
CNRS
Université de Toulouse-Le Mirail
Cécile FOUGERON
Laboratoire de Phonétique et Phonologie
CNRS-Université de Paris III
Laurence LABRUNE
Département des Sciences du langage
Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3
Bernard LAKS
Laboratoire MoDyCo
CNRS-Université de Paris XChantal LYCHE
Klassisk og Romansk Institutt
Université d’Oslo
Norvège
Christine MEUNIER
Laboratoire Parole et Langage
CNRS-Université de Provence
Aix-en-Provence
Noël NGUYEN
Aix-en-Provence
Véronique REY
Laboratoire Parole et Langage
CNRS-Université de Provence
Aix-en-Provence
Sophie WAUQUIER-GRAVELINES
Département de Sciences du Langage
Université de NantesTable des matières
Chapitre 1. Introduction................................. 17
Sophie WAUQUIER-GRAVELINES, Noël NGUYEN et Jacques DURAND
1.1. Phonétique et phonologie : des disciplines en interface ........... 17
1.2. Un manuel en français .............................. 18
1.3. Présentation des chapitres ............................ 19
1.3.1. Outils communs : l’API .......................... 19
1.3.2. 1ère partie : objets et niveaux d’analyse de la forme sonore .... 20
1.3.3. 2ème partie : modèles en phonétique et phonologie.......... 21
1.3.4. 3ème partie : domaines d’application .................. 23
Chapitre 2. La phonétique classique : l’Association Phonétique
Internationale et son alphabet ............................. 25
Jacques DURAND
2.1. Introduction..................................... 25
2.2. Brève histoire de l’API et de son alphabet .................. 26
2.3. Le Handbook of the International Phonetic Association [IPA 99] .... 31
2.3.1. Les consonnes (pulmonaires) (angl. (pulmonic) consonants) .... 32
2.3.1.1. Mode d’articulation (angl. manner of articulation)....... 35
2.3.1.2. Lieu d’articulation (angl. place of articulation) ........ 36
2.3.2. Les consonnes non pulmonaires ..................... 41
2.3.2.1. Les éjectives (angl. ejectives) et les injectives (angl. implosives). 41
2.3.2.2. Les clics (angl. click) ........................ 42
2.3.3. Autres symboles .............................. 43
2.3.4. Les voyelles (angl. Vowels) 44
2.3.5. Diacritiques ................................. 51
2.3.6. Suprasegmentaux 51
2.3.7. Transcription et extensions récentes de l’API ............. 55
2.4. Conclusion ..................................... 56
2.5. Bibliographie .................................... 57















10 Phonologie et phonétique
PREMIERE PARTIE. OBJETS ET NIVEAUX D’ANALYSE
DE LA FORME SONORE................................... 61
Chapitre 3. Les primitives phonologiques : des traits distinctifs
aux éléments......................................... 63
Jacques DURAND
3.1. Introduction..................................... 63
3.2. Phonèmes et traits distinctifs de Troubetzkoy à Chomsky et Halle .... 64
3.2.1. L’apport de Troubetzkoy ......................... 65
3.2.2. Jakobson : du relativisme à l’universalisme .............. 67
3.2.3. Le cadre phonétique de SPE ....................... 70
3.3. L’explosion post-SPE .............................. 74
3.3.1. Structure suprasegmentale et traits phonologiques .......... 74
3.3.2. Géométrie des traits ............................ 75
3.3.3. Théorie des éléments ........................... 81
3.4. Traits, phonologie, phonétique et théorie de l’optimalité .......... 85
3.5. Conclusion ..................................... 87
3.6. Bibliographie .................................... 89
Chapitre 4. Autour de la syllabe : les constituants prosodiques
mineurs en phonologie .................................. 95
Laurence LABRUNE
4.1. La syllabe ...................................... 96
4.1.1. Critères de définition de la syllabe ................... 96
4.1.2. Structure de la syllabe .......................... 101
4.2. La more 104
4.3. Le pied....................................... 108
4.4. Le mot prosodique (ou mot phonologique) ................ 110
4.5. Les rapports hiérarchiques entre les domaines prosodiques
et l’articulation avec le niveau mélodique .................... 111
4.6. Remarques conclusives ............................ 113
4.7. Bibliographie ................................... 114
Chapitre 5. Éléments de prosodie .......................... 117
Albert DI CRISTO
5.1. De la quiddité de la prosodie 119
5.1.1. Les systèmes prosodiques et leurs champs d’application...... 119
5.1.2. Niveaux d’analyse de la prosodie ................... 120
5.1.3. Polysémie du terme suprasegmental .................. 122






















Table des matières 11
5.2. Panorama des approches linguistiques de la prosodie........... 123
5.2.1. Les approches linéaires ......................... 123
5.2.1.1. Les approches non-superpositionnelles ............ 123
5.2.1.2. Les approches superpositionnelles ............... 127
5.2.2. Les approches non-linéaires (pluri- ou multi-linéaires)....... 128
5.2.2.1. La théorie métrique ........................ 129
5.2.2.2. L’approche autosegmentale de la prosodie .......... 137
5.2.2.3. Questions en débat de l’approche autosegmentale :
représentation de la (d’une) composante orthogonale
et problématique de l’alignement ..................... 148
5.2.3. La phonologie des domaines/constituants prosodiques....... 150
5.3. Bibliographie ................................... 153
Chapitre 6. Interface phonologie/syntaxe : des domaines phonologiques à
l’organisation de la Grammaire ........................... 159
Elisabeth DELAIS-ROUSSARIE
6.1. Introduction.................................... 159
6.2. Interface Phonologie/Syntaxe et Phonologie générative linéaire .... 162
6.2.1. L’interface phonologie/syntaxe dans la phonologie générative
standard (SPE) ................................. 162
6.2.2. Formalisation de phénomènes post-lexicaux : le cas de la liaison 163
6.2.2.1. Les fondements de l’analyse ................... 164
6.2.2.2. La liaison dans la conversation familière............ 164
6.2.3. Interface phonologie-syntaxe et les symboles frontières ...... 165
6.3. La Phonologie prosodique : principes fondamentaux et règles d’interface
( mapping rules ) ................................. 166
6.3.1. La hiérarchie prosodique ........................ 166
6.3.2. Le syntagme phonologique : des règles de formation aux règles
d’interface ..................................... 169
6.3.2.1. L’approche relationnelle ..................... 170
6.3.2.2. L’approche End-Based ...................... 172
6.3.2.3. L’approche « configurationnelle » ou « Arboreal mapping » . 174
6.4. Vers d’autres conceptions de l’interface phonologie/syntaxe ...... 175
6.4.1. Le sens des liens entre les modules phonologique et syntaxique . 176
6.4.2. La validité cognitive et phonétique des constituants prosodiques 177
6.4.3. Les approches directes ou la remise en cause d’une structure
prosodique autonome .............................. 178
6.5. Conclusion .................................... 180
6.6. Bibliographie ................................... 181



















12 Phonologie et phonétique
DEUXIEME PARTIE. MODELES EN PHONETIQUE
ET PHONOLOGIE...................................... 185
Chapitre 7. La Phonologie Déclarative ....................... 187
Jean-Pierre ANGOUJARD
7.1. Introduction.................................... 187
7.2. Une analyse exemplaire : le radical du verbe [ktíb] ............ 188
7.3. Une représentation unique ........................... 190
7.4. Des représentations « contraintes » ..................... 191
7.5. Les structures de traits ............................. 193
7.6. Les « mutations » consonantiques ...................... 195
7.6.1. Présentation ................................ 195
7.6.2. Une analyse déclarative ......................... 197
7.7. Les successions de schwas en français ................... 200
7.8. Conclusion .................................... 204
7.9. Bibliographie ................................... 205
Chapitre 8. Des règles aux contraintes : quelques aspects de la théorie
de l’optimalité....................................... 209
Chantal LYCHE
8.1. Introduction 209
8.2. Rappel historique ................................ 210
8.2.1. Le modèle SPE .............................. 210
8.2.2. La phonologie naturelle et la théorie de la marque ......... 213
8.3. OT, quelques principes de bases ....................... 214
8.3.1. Les contraintes 214
8.3.2. Marque et fidélité ............................ 216
8.3.3. Architecture et fonctionnement du modèle .............. 217
8.3.4. Le lexique ................................. 219
8.4. Les voyelles moyennes 222
8.5. La mise en verlan ................................ 226
8.6. Questions et réflexions ............................. 233
8.7. Conclusion .................................... 236
8.8. Bibliographie ................................... 237
Chapitre 9. La Phonologie de Laboratoire : notions de bases
et applications....................................... 241
Mariapaola D’IMPERIO
9.1. Phonétique et phonologie : une approche intégrée ............ 241
9.1.1. La Phonologie de Laboratoire : qui et quoi ? 241






















Table des matières 13
9.1.2. Spécificités de la démarche scientifique de la phonologie
de laboratoire par rapport à d’autres approches phonologiques ..... 243
9.1.3. Un peu d’histoire ............................. 246
9.1.4. Interface phonétique/phonologie : quelques remarques ...... 249
9.2. Notes sur l’approche autosegmentale-métrique de l’intonation ..... 251
9.2.1. La notion de cible tonale et son alignement dans la spécification
phonologique de l’intonation .......................... 254
9.2.2. Alignement tonal et contraste linguistique : contraintes lexicales
pragmatiques et phonologiques ........................ 256
9.2.3. Détermination des catégories tonales : un exemple ......... 257
9.3. Conclusion .................................... 260
9.4. Bibliographie ................................... 260
Chapitre 10. La phonologie articulatoire : une introduction ......... 265
Cécile FOUGERON
10.1. Principes généraux ............................... 266
10.1.1. Nature et fonction des primitives phonologiques :
une seule et même unité pour la description du contraste
phonologique et description de l’action articulatoire .......... 266
10.1.1.1. Nature et fonction des primitives ............... 266
10.1.1.2. Relation entre composantes phonologique et phonétique . 267
10.1.2. Définition et propriétés des Gestes articulatoires ......... 268
10.1.3. Coordination entre les gestes ..................... 271
10.2. Arguments et données en faveur d’une représentation phonologique
sous forme de Gestes ................................ 274
10.2.1. Les phénomènes de compensation .................. 274
10.2.2. Les erreurs de production ....................... 275
10.3. Modélisation des contrastes lexicaux, des régularités phonologiques
et des variantes de production ........................... 276
10.3.1. Oppositions phonologiques : contrastes lexicaux et systèmes
phonologiques................................... 276
10.3.2. Coordination et cohésion structurelle entre les Gestes .... 279
10.3.3. Variantes de production ........................ 281
10.3.3.1. Chevauchement entre Gestes ne partageant pas les mêmes
variables du conduit ............................. 282
10.3.3.2. Chevauchement entre Gestes partageant les mêmes
variables du conduit 285
10.3.3.3. Modification de la magnitude des Gestes .......... 286
10.4. Conclusion 286
10.5. Bibliographie .................................. 287






















14 Phonologie et phonétique
Chapitre 11. Approches cognitives de la phonologie............... 291
Bernard LAKS
11.1. Langage et cognition ............................. 291
11.1.1. Le langage : fenêtre sur le fonctionnement de l’esprit humain . 293
11.1.2. Structuralisme et générativisme : la question du réalisme cognitif . 295
11.1.3. Réalisme et cartésianisme ....................... 297
11.2. Un test accentuel................................ 298
11.2.1. L’épreuve ................................. 299
11.2.2. Le paradigme symbolique : le cognitivisme classique ..... 301
11.2.2.1. Les modèles compositionnels ................. 301
11.2.2.2. L’analyse accentuelle dans le cadre du modèle de [HAL 87] . 302
11.2.2.3. Les modèles autosegmentaux 305
11.2.2.4. L’analyse accentuelle dans le cadre du modèle de [LAK 97b] 306
11.2.3. Le paradigme subsymbolique ..................... 309
11.2.3.1. Les modèles connexionnistes .................... 310
11.2.3.2. La phonologie harmonique et les modèles MDL ........ 313
11.3. Conclusion ................................... 318
11.4. Bibliographie .................................. 319
TROISIEME PARTIE. DOMAINES D’APPLICATION .................. 323
Chapitre 12. Acquisition et développement phonologiques .......... 325
Sophie WAUQUIER-GRAVELINES
12.1. Introduction 325
12.2. Modèles de l’ontogenèse phonologique, travaux, résultats ....... 328
12.2.1. Le paradigme behaviouriste ...................... 329
12.2.2. Le paradigme structuraliste : la question de la marque ...... 330
12.2.3. Le paradigme génératif ........................ 332
12.2.3.1. La grammaire générative et l’hypothèse d’une innéité
représentationnelle ............................. 332
12.2.3.2. Discussion et problèmes .................... 333
12.2.3.3. Modèles et travaux dans le cadre génératif ......... 334
12.2.4. Les modèles psycholinguistiques de perception/compréhension 337
12.2.5. Les modèles phonétiques et perceptifs émergents 338
12.2.6. Les modèles cognitifs constructivistes ............... 339
12.3. Quelles conclusions ? ............................. 341
12.3.1. Inné ou acquis ? 341
12.3.2. Sur la spécificité des facultés linguistiques ............. 341
12.3.3. Production/perception, quelles données ? .............. 342
12.3.4. Vers des modèles mixtes et des études typologiques ....... 344
12.4. Bibliographie .................................. 345





















Table des matières 15
Chapitre 13. Invariants et variabilité en phonétique .............. 349
Christine MEUNIER
13.1. Introduction ................................... 349
13.1.1. Distinguer la forme de la substance ................. 350
13.1.2. Parler, de l’intention communicative à l’articulation des sons . 351
13.2. De la recherche des invariants à la prise en compte de la variabilité . 352
13.2.1. La recherche d’un invariant physique ................ 352
13.2.2. La perception catégorielle ....................... 353
13.2.3. L’unité de perception .......................... 354
13.2.4. Au-delà de l’invariant ......................... 355
13.3. Variabilité et catégorisation 356
13.4. Décrire les variations de la parole ..................... 358
13.4.1. Quelques questions liées à l’étude de la variabilité ........ 358
13.4.1.1. Un degré zéro de la variabilité ? ................ 358
13.4.1.2. Le coût perceptif de variations ................. 359
13.4.2. Les sources de variation ........................ 360
13.4.2.1. Coarticulation et assimilation 360
13.4.2.2. Caractéristiques du locuteur .................. 361
13.4.2.3. Situations de parole ....................... 362
13.4.2.4. Variabilité dialectale 362
13.4.2.5. Variantes sociales 363
13.5. Perspectives pour l’étude de la variabilité de la parole.......... 364
13.5.1. Formes de variation qualitatives et quantitatives 364
13.5.2. Sources de variation structurelles et conjoncturelles ....... 365
13.5.2.1. Facteurs structurels 366
13.5.2.2. Facteurs conjoncturels ...................... 368
13.6. Conclusions et perspectives ......................... 369
13.7. Bibliographie .................................. 370
Chapitre 14. Phonologie et pathologie ....................... 375
Véronique REY
14.1. Modélisation et Pathologie .......................... 375
14.1.1. L’approche anatomique et holistique ................ 375
14.1.2. Les premières propositions linguistiques .............. 378
14.1.3. La neuropsychologie cognitive .................... 381
14.1.4. L’apport de la neuro-imagerie cérébrale............... 384
14.2. Perturbation phonologiques dans les pathologies du langage :
approches contemporaines.............................. 387
14.2.1. L’aphasie, un cas d’école ....................... 387
14.2.2. Le cas clinique : mise en évidence des procédures linguistiques . . 388
14.2.3. De l’analyse phonologique des erreurs en pathologie du langage
à la compréhension de l’atteinte fonctionnelle responsable des erreurs . . . 390
14.3. Conclusion ................................... 393
14.4. Bibliographie .................................. 394

























16 Phonologie et phonétique
Chapitre 15. Les états émotionnels et la prosodie : paradigmes, modèles,
paramètres ........................................ 397
Geneviève CAELEN-HAUMONT
15.1. Introduction .................................. 397
15.2. Les paradigmes actuels sur les états émotionnels ............ 399
15.2.1. A la suite de Darwin, le paradigme universaliste .......... 400
15.2.2. La prééminence du culturel et le constructivisme social ..... 401
15.2.3. Le paradigme cognitiviste ....................... 401
15.3. Précisions, définitions, repères........................ 403
15.4. La parole affective ............................... 404
15.4.1. A la recherche des caractéristiques prosodiques objectivables
des émotions.................................... 405
15.4.2. La prosodie des états émotionnels .................. 405
15.4.2.1. Prosodie émotionnelle et cerveau ............... 406
15.4.2.2. Prosodie et états émotionnels ................. 407
15.5. Conclusion ................................... 419
15.6. Bibliographie .................................. 420
Chapitre 16. Perception de la parole ........................ 425
Noël NGUYEN
16.1. Introduction 425
16.2. L’identification phonémique 426
16.2.1. La perception catégorielle ....................... 427
16.2.2. La structure interne des catégories phonémiques.......... 430
16.2.3. Des frontières aux prototypes ..................... 431
16.2.4. Effets de contexte dans l’identification phonémique ....... 432
16.3. Forme et fonction des représentations phonétiques
et phonologiques dans le traitement de la parole................. 434
16.3.1. Unités perceptives de base ...................... 434
16.3.2. Représentations lexicales ....................... 436
16.4. Bibliographie .................................. 442
Annexes. L’alphabet phonétique international.................. 449
Index des langues .................................... 451
Index thématique 453

















Chapitre 1
Introduction
1.1. Phonétique et phonologie : des disciplines en interface
La phonologie, la phonétique et leurs applications en psycholinguistique enten
due au sens large (traitement perception/production chez l’adulte, acquisition, étude
des pathologies) ont pour objectif d’aborder dans des perspectives complémentaires
la forme sonore du langage humain dans ses diverses manifestations normales et pa
thologiques. Une division institutionnelle a longtemps existé entre les communautés
de chercheurs travaillant dans ces différents domaines et issus par conséquent de tra
ditions de formation différentes (phonétique expérimentale, linguistique théorique ou
psychologie).
Par ailleurs, la somme des connaissances, les impératifs théoriques et méthodo
logiques, la conception de l’empirie observable et des modèles qu’on peut en faire
nécessitent obligatoirement un partage des tâches et une spécialisation des objectifs
scientifiques que s’assigne chacune de ces disciplines, si elle veut avancer des propo
sitions réalistes et falsifiables dans des modèles cohérents.
Pour autant, ceci n’empêche pas les chercheurs travaillant dans chacun de ces do
maines de s’ouvrir aux découvertes de leurs voisins afin d’en éclairer leur propre pra
tique de recherche. Or, les occasions pour les communautés travaillant sur différentes
conceptions de la forme sonore, de se rencontrer et de mener des recherches en com
mun sont encore rares.
Chapitre rédigé par Sophie WAUQUIER-GRAVELINES, Noël NGUYEN et Jacques DURAND.18 Phonologie et phonétique
Cette division qui revêt aujourd’hui un caractère artificiel, risque de favoriser le
repli pour chacune des disciplines concernées et fait obstacle à l’avancée des connais
sances dans notre domaine. Par ailleurs, elle entrave la formation de jeunes chercheurs
sensibilisés aux diverses dimensions que peut revêtir leur objet d’études, et à l’apport
théorique et méthodologique que constituent les autres disciplines travaillant sur le
même objet. L’idée que la mise en commun de compétences et de conceptions diffé
rentes de la dimension sonore du langage est essentielle fait d’ailleurs progressivement
son chemin. De même, l’idée que la constitution de problématiques mettant en inter-
face forme et substance permet de faire émerger des pistes de recherche nouvelles
s’impose peu à peu. En France, des efforts ont été récemment entrepris pour établir
des liens nouveaux entre phonologie, phonétique et psycholinguistique, notamment à
travers la création du GDR 1954 « Phonologie » et l’organisation de colloques annuels
rassemblant des chercheurs venant de ces divers horizons.
Une école thématique visant à rassembler phonologues, phonéticiens et psycholin
guistes a été organisée dans cet esprit du 7 au 11 avril 2003 sur l’île de Porquerolles.
Cette école avait pour but le recueil et la mise à disposition des chercheurs intéres
sés d’un ensemble de ressources documentaires sur papier et sous forme électronique,
avec la création d’archives électroniques accessibles sur le Web. Elle était destinée à
accueillir des chercheurs d’horizons divers : CNRS, enseignants chercheurs universi
taires et doctorants (sciences de la parole et du langage, psycholinguistique, traitement
automatique de la parole et du langage). Le programme de travail s’est présenté sous
la forme d’une série d’exposés et d’ateliers destinés à informer les participants sur les
tendances récentes en phonologie et en phonétique. Les participants étaient en outre
également invités à présenter leurs derniers travaux sous la forme de communications
affichées. Un mini symposium sur le thème « forme et substance » a été organisé à
la fin de l’école. Cette école a connu un vif succès auprès des participants et a reçu
une évaluation très positive du CNRS. Ceci nous a donc encouragés à mener à bien, le
projet élaboré dès cette École de Pâques en 2003, de publication d’un manuel de pho
nologie et de phonétique en français rassemblant les contributions (cours et ateliers)
de cette semaine de travail à Porquerolles.
1.2. Un manuel en français
Cet ouvrage a donc été conçu comme un manuel visant à présenter un certain
nombre de cadres théoriques, de problématiques ainsi qu’à rendre accessibles les mé
thodologies utilisées par ces différents courants de la phonologie et de la phonétique.
Nous avons conscience de ne pas avoir agi avec un souci d’exhaustivité. Nous
n’avons donc pas réuni et présenté en détail, chapitre par chapitre, tous les cadres théo
riques, travaux, avancées, actuellement vivaces et productifs dans les divers domaines
d’études de la forme sonore. L’École de Pâques dont ce manuel est le reflet, dans leIntroduction 19
format qu’elle imposait, ne nous en donnait pas l’opportunité et n’avait pas vocation
à proposer une formation très avancée et exhaustive en phonologie et phonétique.
Nous avons néanmoins demandé aux auteurs de chaque chapitre de rédiger, autant
que faire se peut, une présentation synthétique et avancée du domaine représenté, ne
privilégiant pas des analyses trop techniques mais mettant plutôt en évidence les pro
blématiques, méthodes et dynamiques de travail et les principaux résultats obtenus.
Nous pensons donc n’avoir exclu aucune approche en particulier et nous souhaitons
que cette présentation permette au lecteur, qu’il soit étudiant, chercheur ou enseignant
chercheur non spécialisé dans le domaine concerné de s’informer à un niveau avancé
et de disposer d’une première présentation dûment référencée qui lui permettra ensuite
d’approfondir la question s’il le souhaite pour ses cours ou sa propre recherche.
Le manuel est organisé de la manière suivante.
Après une présentation détaillée de l’API, outil commun à tous les chercheurs
travaillant en phonétique et phonologie, nous avons retenu la division ci après :
Une première partie regroupant les chapitres 3 à 6 inclus présentera les diffé
rents objets phonétiques et phonologiques disponibles dans la parole ainsi que les
niveaux d’analyse possibles de la forme sonore, allant des primitives phonologiques
aux constituants les plus larges interfaçant avec la syntaxe.
Une deuxième partie constituée des chapitres 7 à 11 inclus présente de manière
non exhaustive un certain nombre de cadres théoriques en phonétique et phonologie
proposant des réponses différentes au problème de l’articulation forme / subtance ainsi
qu’à la question récurrente dans nos disciplines du « modèle de la réalité et de la réalité
du modèle ».
Enfin une troisième partie réunit les chapitres 12 à 16 inclus, autour des domaines
où peuvent s’appliquer de manière pertinente les propositions et les résultats actuels
de la phonétique et phonologie : acquisition, pathologie, perception, etc.
1.3. Présentation des chapitres
1.3.1. Outils communs : l’API
Au chapitre 2, Jacques Durand offre une introduction à la phonétique classique
à partir du système descriptif et notationnel de l’Association Phonétique Internatio
nale (API). Comme l’auteur le souligne, les spécialistes de phonétique et de phono
logie maîtrisent tous un ensemble relativement homogène de concepts techniques et
sont capables d’utiliser divers systèmes de notation dans leurs échanges scientifiques.
Cependant, termes et symboles sont le plus souvent tenus pour acquis et rarement20 Phonologie et phonétique
discutés. La fonction de ce chapitre est de fournir au lecteur la plupart des concepts
fondamentaux de ce qu’on appelle l’API.
Cette notation de l’API est sans doute la plus répandue dans le monde de la phoné
tique et de la phonologie et l’utilisateur qui en connaît les principes peut généralement
passer à d’autres systèmes sans trop de difficultés. J. Durand explique tout d’abord
quels principes et quelles conventions sous tendent l’Alphabet phonétique internatio
nal. Il explore ensuite en détail les symboles de l’API et les positions ou manœuvres
articulatoires censées leur correspondre. La lecture de ce chapitre qui couvre la pho
nétique du segmental au prosodique devrait donc constituer une clé d’accès utile pour
la consultation des autres chapitres de cet ouvrage.
1.3.2. 1ère partie : objets et niveaux d’analyse de la forme sonore
Au chapitre suivant, J. Durand passe à la notion de trait distinctif et interroge
les propositions considérant les traits distinctifs comme les primitives ultimes des re
présentations phonologiques. Après avoir discuté les nombreuses questions que sou
lève ce point de vue pour le phonologue soucieux de décrire le fonctionnement des
langues du monde, l’auteur retient pour y répondre la stratégie suivante. Il examine
tout d’abord les solutions proposées par Troubetzkoy, Jakobson, puis Chomsky et
Halle dans leur ouvrage princeps de 1968 The Sound Pattern of English (SPE). Il
montre comment de nombreuses interrogations soulevées après 1968 sont déjà pré
sentes en filigrane dans ces travaux classiques. Il explore alors les réponses proposées
dans la tradition post SPE aux questions portant sur la nature des traits distinctifs. Il
montre comment l’adoption d’une hiérarchie prosodique et de structures multidimen
sionnelles a permis l’émergence de théories de traits plus restreintes mais aussi plus
structurées (voir la géométrie des traits). Il souligne également l’intérêt de primitives
unaires (ou monovalentes) comme la théorie des éléments adoptée par la Phonologie
de gouvernement ou la phonologie de dépendance. Il se penche finalement sur la re
lation entre phonétique et dans la théorie de l’optimalité (OT, Optimality
Theory), et en montre les conséquences pour une théorie des traits.
Laurence Labrune, dans le chapitre suivant, présente, autour de la syllabe, les
autres constituants prosodiques en interface avec la phonologie, c’est à dire la more,
le pied et le mot prosodique, ainsi que l’articulation de la composante prosodique
avec la composante mélodique dans un modèle de la phonologie conçue comme pluri
linéaire. L’auteur passe en revue les critères physiologiques, acoustiques, graphiques,
métriques, psycholinguistiques, et enfin, phonologiques, utilisés pour caractériser la
nature et la fonction de la syllabe. Des exemples tirés de langues diverses sont em
ployés pour illustrer le rôle de la syllabe, puis celui de la more, du pied et du mot
prosodique dans la phonologie, et pour mettre en évidence les propriétés qui motivent
la reconnaissance de ces unités, propriétés dont toute théorie phonologique doit être à
même de rendre compte.Introduction 21
Le chapitre « Éléments de prosodie », rédigé par Albert Di Cristo, présente et
discute des problématiques qui concernent l’analyse de la prosodie envisagée sous
l’angle de la phonétique et de la phonologie. Ce chapitre s’articule en deux parties.
Dans la première partie l’auteur expose un ensemble de notions de base qui se rap
portent à la nature des systèmes prosodiques, aux niveaux d’analyse de la prosodie et
à sa matérialité. La seconde partie, qui occupe la majeure partie du chapitre, présente
un panorama des approches linguistiques contemporaines marquantes de la prosodie.
Cette présentation passe successivement en revue les approches linéaires tradition
nelles (superpositionnelles et non superpositionnelles) et les approches non linéaires
(c.à.d. multi linéaires) de la prosodie. En ce qui concerne ces dernières, l’auteur s’at
tache particulièrement à exposer les fondements théoriques et les appareils formels
de la théorie métrique et de la théorie autosegmentale. La dernière section de la se
conde partie aborde la question de la phonologie des domaines ou des constituants
prosodiques.
Cette question est également l’objet du chapitre suivant, écrit par Élisabeth Delais
Roussarie. L’auteur y aborde plus particulièrement la question de la nature des liens
entre la phonologie et la syntaxe et présente les outils théoriques les plus appropriés
à la formalisation des relations complexes qu’entretiennent les composants phonolo
giques et syntaxiques de la grammaire. Après avoir présenté successivement les ré
ponses apportées par la phonologie « SPE » puis par la « phonologie prosodique »
et avoir montré les apories de ces modélisations privilégiant une orientation unila
térale (la syntaxe conditionnant la phonologie) de l’interface phono syntaxique, elle
s’interroge sur le fondement et la pertinence cognitives des constituants proposés et
montre comment ces questions ont amené à une « approche » directe des relations
entre phonologie et syntaxe que Delais Roussarie présente de façon succincte.
1.3.3. 2ème partie : modèles en phonétique et phonologie
La question du rapport entre forme et substance est au cœur du chapitre rédigé par
Jean Pierre Angoujard. Récusant la réponse dualiste proposée par la tradition rationa
liste générative et qui suppose l’existence d’une représentation de surface (phonétique)
et d’une représentation sous jacente (phonologique) mises en relation par des proces
sus dérivationnels généralement formulés par des règles ordonnées, l’auteur présente
le cadre de la phonologie dite déclarative, et propose une approche monostratale des
phénomènes phonologiques, formulée en contraintes. La phonologie déclarative pos
tule en effet que toute séquence phonique interprétée correspond à une représentation
unique qui est elle même la somme des représentations partielles (ou contraintes) im
pliquées dans la séquence. L’analyse de divers phénomènes phonologiques en arabe
maghrébin, breton et français illustre la présentation du cadre théorique.
Le chapitre suivant présente la Théorie de l’Optimalité (OT), qui, comme la pho
nologie déclarative, est un modèle en contraintes dont la logique vise également à22 Phonologie et phonétique
dépasser les apories formulées par des modèles utilisant des règles dérivationnelles.
Chantal Lyche le rappelle dans un premier temps qui résume la genèse du cadre OT.
Elle présente ensuite les principes de base sur lesquels repose le modèle (richesse de
la base, contraintes de marque et de fidélité) ainsi que son architecture et son fonc
tionnement (activation, concurrence et relations de dominance entre les contraintes,
« optimalité de l’output »). Cette présentation du modèle est illustrée par des analyses
sur les voyelles moyennes et sur la verlanisation en français.
Mariapaola D’Imperio présente l’ensemble des travaux récemment rassemblés sous
le terme de phonologie de laboratoire. Ces recherches visent à promouvoir la dé
marche expérimentale en phonologie, en employant des méthodes empruntées pour
une partie d’entre elles aux sciences physiques, aux sciences de la vie, et à la psycho
logie expérimentale. L’auteur expose comment la phonologie de laboratoire a entrepris
de repenser la division traditionnellement établie entre phonologie et phonétique, en
rejetant notamment l’idée selon laquelle les représentations phonologiques revêtent
nécessairement un caractère symbolique et discret. Ces considérations théoriques sont
illustrées par des exemples que l’auteur tire de différentes études récentes sur l’into
nation, en présentant en particulier un aperçu de ses propres travaux sur l’alignement
tonal dans l’italien de Naples.
La phonologie articulatoire, développée par Browman et Goldstein au milieu des
années 1980, constitue sans doute l’un des courants théoriques les plus proéminents au
sein de la phonologie de laboratoire. Le chapitre rédigé par Cécile Fougeron est consa
cré à la présentation de cette théorie. Dans ce cadre, les unités phonologiques de base,
ou primitives, sont formées par des « Gestes articulatoires » qui, contrairement aux
primitives proposées dans d’autres théories phonologiques, possèdent une dimension
temporelle intrinsèque, et qui se présentent sous la même forme que les mouvements
accomplis par les différents articulateurs dans la réalisation du plan moteur. L’un des
éléments essentiels en phonologie articulatoire concerne les relations de coordination
qui s’établissent entre gestes au sein de ce que les tenants de la théorie appellent les
« partitions gestuelles ». L’auteur montre notamment comment la phonologie articula
toire entreprend d’expliquer l’ensemble des variations observables dans la production
d’un mot ou d’une séquence de mots, par le biais de la coordination entre gestes et de
l’amplitude des gestes.
Enfin, le chapitre rédigé par Bernard Laks est centré sur un autre problème fon
damental, celui des relations entre phonologie et cognition. L’auteur commence par
traiter de ce problème dans une perspective historique, en situant la place attribuée
à la cognition dans la linguistique structurale et dans la grammaire générative, pour
mettre ensuite celle ci en perspective avec les théories cognitivistes les plus récentes.
L’auteur se penche ensuite sur les principaux systèmes accentuels pour montrer en
quoi ces systèmes forment un domaine permettant de tester différentes approches cog
nitivistes, à travers les modèles phonologiques accentuels qui en sont le produit : mo
dèles symboliques compositionnels et autosegmentaux, modèles subsymboliques deIntroduction 23
type connexionniste. L’auteur présente notamment un aperçu de la phonologie harmo
nique et des modèles dynamiques linéaires, et souligne que ces modèles constituent
une alternative au paradigme cognitiviste classique, en permettant d’analyser des phé
nomènes linguistiques de haut niveau comme des dynamiques énergétiques interpré
tables dans les termes d’une architecture neuronalement plausible.
1.3.4. 3ème partie : domaines d’application
L’acquisition est un domaine d’études jeune, recelant encore de très nombreuses
inconnues et nécessitant obligatoirement la théorisation de la contribution simultanée
de la phonétique, la phonologie et la psycholinguistique. Sophie Wauquier Gravelines
illustre ce point dans le chapitre consacré à l’acquisition et au développement phono
logique. Après avoir présenté les principaux points de rupture théoriques qui jalonnent
le champ des phénomènes observés en acquisition (part d’innéité des représentations
et procédures impliquées dans l’émergence de la phonologie, degré de spécificité
des processus maturationnels impliqués, décalage production, perception), l’auteur
montre comment divers modèles théoriques apportent des propositions théoriques,
données et méthodes qui permettent de répondre au moins en partie à ces questions.
Les relations qui s’établissent entre phonétique et phonologie sont abordées sous
un angle différent, à travers le problème de la variabilité et des invariants, dans le cha
pitre suivant rédigé par Christine Meunier. L’auteur présente un panorama des travaux
dont le but a été de dégager des invariants acoustiques et perceptifs relatifs à différents
contrastes phonologiques. Les processus employés dans l’identification des sons de
la parole sont mis en relation avec la catégorisation des formes sensorielles dans ses
aspects les plus généraux. L’auteur présente également un inventaire des différentes
sources de variabilité susceptibles d’entrer en jeu dans la communication parlée. Dans
la dernière partie, l’auteur ouvre différentes pistes de recherche théoriques et méthodo
logiques fondées sur l’hypothèse selon laquelle la variabilité est inhérente à la parole.
Bien qu’elle ne constitue pas nécessairement un objet d’étude privilégié depuis très
longtemps par la phonologie et la phonétique, l’expression des états émotionnels dans
le langage parlé est un phénomène universel qui participe de manière fondamentale
à la communication humaine. Geneviève Caelen Haumont retrace rapidement les di
verses conceptions philosophiques qui depuis l’Antiquité ont rendu compte de l’exis
tence et de la manifestation des émotions chez les humains. Puis elle montre comment
eà partir du XX siècle, diverses approches articulées à la psychologie, la sociologie, la
psychanalyse, et la neuro physiologie, ont proposé une analyse de la parole émotion
nelle et affective et tout particulièrement de la prosodie qui en est l’un des vecteurs
essentiels.
L’étude des pathologies de la parole et de la langue constitue un autre domaine
d’application nécessitant largement l’apport de la phonétique et de la phonologie. Le24 Phonologie et phonétique
chapitre proposé par Véronique Rey montre comment les approches neurologiques
et linguistiques s’éclairent réciproquement, les analyses neurolinguistiques
et psycholinguistiques interpellent et enrichissent les analyses phonologiques et quels
sont les acquis dans le domaine de la pathologie. Après avoir retracé l’évolution de la
conception du « fait pathologique » (hypothèses localisationnistes puis associatives et
holistiques), l’auteur montre comment celui ci est devenu peu à peu un sujet d’études
linguistique inspirant des renouvellements théoriques mettant en évidence la dimen
sion également fonctionnelle des troubles. Enfin, l’auteur présente un certain nombre
de travaux illustrant l’intérêt du recours à des cadres théoriques et hypothèses linguis
tiques pour rendre compte de la variété et de la complexité des données pathologiques.
Le dernier chapitre, rédigé par Noël Nguyen, a pour objectif de donner un aperçu
général des recherches sur la perception de la parole, dans leur relation avec la phoné
tique et la phonologie. L’auteur commence par exposer les travaux visant à explorer les
processus employés dans l’identification des phonèmes. Il aborde ensuite les questions
relatives à la forme et à la fonction des représentations phonétiques et phonologiques
dans le traitement de la parole. Cette présentation est centrée sur la distinction que l’on
établit aujourd’hui entre modèles abstractionnistes, dans lesquels l’auditeur associe à
chaque mot une représentation phonologique abstraite et indépendante des caractéris
tiques individuelles du locuteur, et modèles à exemplaires, selon lesquels l’auditeur se
représente mots et constructions grammaticales de manière concrète et détaillée, sous
la forme de listes d’exemplaires.
Au terme de ce préambule, nous souhaitons exprimer des remerciements au CNRS
et à l’Université de Provence pour leur soutien financier, ainsi qu’au laboratoire Pa
role et Langage (CNRS & Université de Provence), pour son assistance administrative,
technique et matérielle. Nous remercions également tous les participants à l’École thé
matique de phonologie et de phonétique pour les nombreuses discussions engagées à
cette occasion et dont le présent ouvrage a fortement bénéficié. Tous nos remercie
ments vont enfin à Isabelle Marlien, pour ses relectures nombreuses et attentives, et
pour le soin et la rigueur apportés à la préparation du document final.Chapitre 2
La phonétique classique : l’Association
Phonétique Internationale et son alphabet
2.1. Introduction
Toute personne curieuse de comprendre la phonétique et la phonologie modernes
1doit maîtriser un ensemble de concepts de base qui sont partagés par les praticiens .
Même les spécialistes de la parole les plus iconoclastes envers les notions héritées
de la tradition ont une idée relativement précise de ce qu’on entend habituellement
par phonème, allophone, mode d’articulation (plosive, fricative, etc.), lieu
d’articulation (dental, alvéolaire, etc.), phonation, trait distinctif, ton ou syllabe, pour
nous en tenir à quelques exemples. Par ailleurs, tous les experts maîtrisent plusieurs
systèmes de notation des sons qui constituent des protocoles relativement stables
sous-tendant les échanges scientifiques. Dans ce chapitre, nous essayerons de fournir
au lecteur non averti quelques-uns des concepts fondamentaux de ce qu’on peut
appeler la phonétique classique, à savoir le cadre descriptif qu’offre l’Association
Phonétique Internationale (API, angl. IPA International Phonetic Association). Le
terme API est ambigu car il désigne non seulement l’association en question mais
aussi l’Alphabet phonétique international. Cette ambiguïté n’est pas gênante car le
contexte clarifie habituellement le sens voulu. La notation de l’API est sans doute la

Chapitre rédigé par Jacques DURAND.
1. Je remercie pour leurs commentaires et leurs encouragements Sylvain Detey, Julien
Eychenne, Elsa Gomez-Imbert, Chantal Lyche, Noël Nguyen, Marc Plénat, Véronique Rey,
Franck Sajous, Jean-Michel Tarrier, Gabor Turcsan, Nathalie Vallée, ainsi que les nombreux
étudiants qui m’ont aidé par leurs interrogations.26 Phonologie et phonétique
plus répandue dans le monde de la phonétique et de la phonologie et l’utilisateur qui
en connaît les principes peut en général passer à d’autres systèmes sans trop de
2difficultés . Les notions de base de l’API sont décrites de façon détaillée dans le
Handbook of the International Phonetic Association : A Guide to the Use of the
International Phonetic Association ([IPA 99], abrégé ci-après en Handbook), publié
en 1999. Même si notre présentation ne saurait se substituer à une lecture de cet
ouvrage, nous tenterons de présenter en raccourci les concepts les plus
fondamentaux de l’API après en avoir brossé un bref portrait historique. Pour suivre
cet article, il est essentiel d’avoir devant les yeux le tableau complet des symboles
de l’API qui est reproduit ici en anglais et en français en annexe. On ne trouvera pas
dans ce chapitre de critique de l’API dont le système soulève ici et là des difficultés
(voir Durand, ce volume, pour quelques remarques du point de vue de la théorie des
traits distinctifs et Fougeron, ce volume, pour une perspective articulatoire
dynamique).
2.2. Brève histoire de l’API et de son alphabet
L’Association Phonétique Internationale trouve ses origines dans une association
créée en 1886 en France sous l’impulsion de Paul Passy et qui s’appelait Dhi
3Fonètik Tîcherz’ Asóciécon (FTA) . Elle regroupait au départ des professeurs de
langues vivantes qui trouvaient la théorie phonétique et les transcriptions
phonétiques essentielles pour l’enseignement. La même année, l’association créait
une revue Dhi Fonètic Tîtcer (The Phonetic Teacher), qui devint Le maître
phonétique en 1889, sous la direction de Passy et dont tous les articles étaient
rédigés en transcription phonétique. En 1897, l’association prit le nom d’Association
Phonétique Internationale dont la langue officielle était le français. C’est seulement
en 1970 que la publication en transcription phonétique est abandonnée et que
l’anglais est adopté comme langue officielle de l’association. Le Maître Phonétique
se transforme alors en Journal of the International Phonetic Association (JIPA).
Dès la création de l’API, un besoin pressant se fit sentir en faveur d’une
symbolisation phonétique uniforme. L’idée d’un alphabet applicable à toutes les
elangues n’était guère nouvelle à la fin du XIX siècle. Dans la tradition occidentale,
divers alphabets visant à décrire les sons du langage avaient déjà été proposés
(Abercrombie, ch. 7 [ABE 67]). Le premier alphabet adopté dans l’API s’appuyait
sur l’alphabet de 1847 de Pitman et Ellis avec quelques révisions faites en 1887. En
1888, une nouvelle version de l’Alphabet Phonétique International fut publiée avec
un ensemble de principes guidant l’emploi des symboles [IPA 99 : 196]. Ces

2. Un ouvrage essentiel pour la notation phonétique est Pullum et Ladusaw [PUL 96].
3. On trouvera des éléments pour une histoire de l’API dans l’Appendice 4 du Handbook
[IPA 99 : 194-197]. Voir aussi MacMahon [MAC 86] et les références que fournit ce dernier.La phonétique classique 27
principes étaient au nombre de six et expliquent encore les pratiques contemporaines
de la transcription. Nous les présentons dans leur formulation traditionnelle avant de
les ré-analyser de façon plus technique.
L’Alphabet phonétique international : les six principes de 1888
(1) Il doit y avoir un signe séparé pour chaque son distinctif ; c’est-à-dire chaque
son qui peut changer le sens d’un mot si on l’emploie à la place d’un autre son de la
même langue.
(2) Quand on trouve un son identique dans plusieurs langues, on utilisera le
même signe pour toutes. Cela s’applique aussi aux nuances de sons proches les unes
des autres.
(3) L’alphabet sera autant que possible composé de lettres ordinaires de
l’alphabet latin, en restreignant autant que possible l’utilisation de nouvelles lettres.
(4) L’usage international décidera de la valeur à assigner aux caractères latins.
(5) Les nouvelles lettres devront suggérer les sons qu’elles représentent par
ressemblance aux lettres déjà existantes.
(6) On évitera les signes diacritiques, car ils sont incommodes pour la lecture et
l’écriture.
Ces principes méritent d’être étiquetés et commentés car, dans l’ensemble, ils
font partie de toutes les réformes ultérieures. Les étiquettes employées ci-après sont
les miennes.
(1), réexprimé en termes modernes, est le principe phonémique. Ainsi, dans la
mesure où certaines variétés de français opposent les voyelles des mots si, ces, sais,
sa, sot, sou, su, ceux, la notation devra fournir des symboles permettant de les
différencier : soit en API /si se s sa so su sy sø/ . Une transcription qui note les
phonèmes est mise entre barres obliques / /. Interprété plus largement, un alphabet
phonétique adéquat doit fournir les signes nécessaires pour noter les oppositions
phonémiques attestées dans les langues du monde.
(2) est le principe de similitude : des sons semblables ont une représentation
semblable. Si on rencontre des ‘r’ antérieurs dits roulés (apicale vibrante) dans
plusieurs langues, on les transcrira tous par le même signe : [r]. En élargissant ce
principe à des familles de sons, on remarquera que les voyelles ouvertes non
labialisées du type ‘A’ ont des formes similaires : soit [a æ ] dans le tableau de
l’API. Le symbole [a], qui est un ‘a’ minuscule typographique standard, dénote un
‘A’ antérieur ouvert non arrondi. Le [], qui est un [a] renversé, désigne un ‘A’
centralisé entre ouvert et mi-ouvert. Le [æ] qui combine les voyelles écrites <a> et
<e> désigne un son phonétiquement à mi-chemin entre [a] et un []. Enfin, pour
dénoter un ‘A’ postérieur ouvert non arrondi, l’API nous offre le symbole [] qui est
un ‘a’ manuscrit.
28 Phonologie et phonétique
(3) est le principe latin : les caractères latins forment la base du système. Ainsi le
symbole [u] désigne une voyelle postérieure fermée arrondie (fr. <ou>) comme c’est
le cas en latin, en italien ou en espagnol (ex. luna « lune »). Divers systèmes
graphiques modernes basés sur l’alphabet latin (qui n’incluait pas <j>, <v> et <w>)
comportent 26 lettres minuscules sous leur forme d’imprimerie : <a, b, c, d, e, f, g, h,
i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z>, encore qu’il y ait des variations selon la
police utilisée. L’API fait usage de tous ces symboles sauf <g> car le symbole API
correct pour une consonne vélaire voisée est []. Cet ensemble n’est évidemment
pas suffisant pour exprimer toutes les oppositions phonémiques attestées dans les
langues du monde. Il est enrichi par diverses techniques que nous résumerons ici :
(a) certaines lettres latines majuscules, mais ramenées à la taille de minuscules,
sont intégrées au système. Ainsi, le I majuscule fournit par rapetissement le symbole
[] qui désigne une voyelle antérieure non arrondie, à mi-chemin entre fermé et mi-
fermé et légèrement centralisée comme celle de l’anglais bit.
(b) certaines lettres sont calquées sur une écriture manuscrite : par exemple [].
(c) certaines lettres latines sont modifiées à l’aide de diacritiques (dont plusieurs
sont déjà employés dans l’orthographe de diverses langues occidentales mais pas
nécessairement avec la même valeur). Par exemple, le c cédille [] ne désigne pas un
[s] comme en français mais une fricative palatale non voisée (allemand ich) ;
l’apostrophe employé après une consonne, [p’ t’ k’ s’], désigne des sons de type
éjectif (voir infra).
(d) certaines lettres latines sont modifiées au moyen de rotations diverses : par
exemple, en renversant un <v> on obtient le symbole [] qui désigne une voyelle
mi-ouverte, arrière et non arrondie.
(e) dans certains cas rares, on a recours à des digraphes mais sans séparation :
par exemple [æ] ou [œ].
(f) certains symboles sont empruntés à d’autres alphabets. Les lettres grecques <β γ
ε θ χ> légèrement redessinées constituent la source des symboles API [
].
(g) certaines lettres sont inventées pour les besoins de la cause. Par exemple, le
symbole [], qui désigne une voyelle mi-ouverte centrale et arrondie. Ce type de
solution est cependant relativement exceptionnel dans l’API.
Le choix des lettres de l’alphabet latin s’oppose à deux autres stratégies adoptées
dans d’autres systèmes de transcription à vocation universelle : les systèmes
analphabétiques (non alphabétiques) et les systèmes iconiques. Un système
analphabétique vise à noter directement les paramètres impliqués dans la production
des sons. De même qu’en chimie la composition de l’eau s’exprime par la formule
H 0, on pourrait, pour prendre un exemple simplifié, proposer de noter un [k] par la2
formule V/L où le V indique l’articulateur passif (le voile du palais), la barre oblique
une fermeture complète et le L l’articulateur actif (la langue). L’absence de signe
pour le voisement indiquerait que le son est non voisé. De tels systèmes avaient été
e
mis en avant bien avant le XIX siècle mais c’est à Jespersen [JES 89] qu’on doit laLa phonétique classique 29
proposition la plus détaillée dans ce domaine. Ces systèmes sont équivalents à une
notation en termes de traits distinctifs (voir Durand, ce volume) et peuvent
s’appliquer aussi bien à la description des phonèmes que des allophones (voir Pike
[PIK 43 : 155-156] pour un exemple détaillé). Ils sont néanmoins très lourds à
manier en dehors d’une description scientifique et ont le défaut de devoir être
révisés dès que la description des sons subit une modification à la lumière des
progrès de la théorie phonétique. Les systèmes dits iconiques offrent quant à eux des
symboles qui visent à représenter la réalité des articulations. L’exemple le plus
connu est l’ouvrage au titre révélateur d’Alexander Melville Bell [BEL 67] : Visible
Speech : The Science of Universal Alphabetics ; or Self-interpreting Physiological
Letters, for the Writing of all Languages in One Alphabet. Il y a dans l’API actuel
quelques rares exemples qu’on peut considérer comme iconiques. Le premier est le
symbole pour un clic bilabial qui ressemble aux lèvres fermées qu’implique sa
production. Le deuxième exemple est fourni par la représentation des tons comme,
par exemple, le symbole pour une mélodie descendante où il faut repérer la ligne
« descendante » par rapport à la verticale qui sert de ligne de référence. Les
systèmes iconiques n’ont pas eu plus de succès que les systèmes analphabétiques.
Les symboles sont difficiles à mémoriser ; souvent discutables (par ex. ) et exigent
des combinaisons aussi complexes que les systèmes analphabétiques. La
représentation d’articulations complexes par des images abstraites de la réalité et
donc largement arbitraires ne présente guère d’avantage par rapport aux caractères
latins dont la diffusion est désormais quasi universelle. « De toute manière »,
comme le note Abercrombie, « dès qu’on a appris une telle notation, les symboles
perdent leur nature iconique pour le lecteur expérimenté et fonctionnent exactement
comme les lettres de l’alphabet traditionnel » [ABE 67 : 120].
(4) est le principe international : la valeur de base des symboles (par exemple,
[p b]) est déterminée par l’usage international, à savoir les réalisations les plus
typiques dans de nombreuses langues occidentales qui emploient l’alphabet latin.
« Ainsi », pour citer l’Exposé des principes de l’Association phonétique internationale
de 1910, « on prend z pour le premier son de notre mot zèle, contrairement à l’usage
allemand, italien, espagnol… mais on prend j pour le premier son de notre mot yole,
malgré l’usage français, mais conformément à l’usage allemand, hollandais, italien,
scandinave. » (p. 6).
(5) est le principe d’iconicité : les nouvelles lettres suggèrent les sons par
ressemblance aux lettres existantes (mais pas en relation à la réalité phonétique
4comme nous l’avons constaté plus haut). Soit le son vocalique employé en anglais
dans un mot comme top. Sa qualité est celle d’un ‘A’ postérieur, [], prononcé avec

4. À moins d’une contre-indication, les prononciations anglaises décrites ici sont basées sur le
Standard Southern British English, encore appelé Received Pronunciation ou BBC English.
Nos transcriptions phonémiques de cet accent s’alignent sur le dictionnaire de prononciation
de Wells [WEL 00].30 Phonologie et phonétique
un léger arrondissement des lèvres. On emploiera donc un [] qui a subi une rotation
o
de 180 : []. Ce principe rejoint de fait le principe 2.
(6) est le principe unitarien : toutes choses égales par ailleurs, on évite les
diacritiques pour noter des différences distinctives. Par exemple, si une langue
oppose un [e] mi-fermé et un [e] mi-ouvert, on préfère les symboles du type /e/ vs.
// à l’utilisation de la lettre <e> modifiée par des diacritiques (par exemple /é/ vs. /è/
ou /e / vs. /e /). Ce principe n’est qu’une recommandation car, si on l’interprétait
littéralement, il faudrait multiplier les symboles atomiques pour noter toutes les
oppositions phonémiques dans les langues du monde. Or on sait que certains types
d’opposition impliquent systématiquement l’utilisation de diacritiques dans l’API :
par exemple, les voyelles nasales sont exprimées par un tilde (ex. fr. bain /b / vs.
baie /b /). L’emploi de diacritiques n’est évidemment pas exclu par l’API pour noter
les allophones des phonèmes. Bien au contraire, une des fonctions de la notation de
l’API est de permettre de décrire les principaux allophones des phonèmes dans les
langues du monde. Par convention, une transcription phonétique est mise entre
crochets carrés. Par exemple, le mot anglais pal pourra être transcrit /pæl/
phonémiquement mais phonétiquement on le notera [p æl ] où le diacritique ‘h’
exprime l’aspiration de la plosive [p] et le ‘l’ traversé par un tilde est une latérale
vélarisée (produite avec une élévation de l’arrière de la langue vers le palais mou).
e
Les principes énoncés ci-dessus sont respectés depuis la fin du XIX siècle.
Jusqu’à relativement récemment, la principale source d’information concernant les
symboles et leur usage était un petit fascicule publié en 1949, jamais réédité et
difficile à obtenir : les Principles of the International Phonetic Association [IPA 49].
Même si l’API révisait de temps à autre ses symboles, l’absence d’un ouvrage de
référence par l’API se faisait cruellement sentir. En 1999, un nouveau manuel de
l’API a été publié : le Handbook of the International Phonetic Association, ci-après
Handbook ou [IPA 99]. Cet ouvrage est le résultat de nombreuses années de
discussion et de débat. En particulier, le nouveau tableau des symboles (voir annexe)
est le point d’aboutissement d’une réunion de l’API à Kiel en 1989, avec diverses
modifications mineures approuvées par le conseil de l’API entre 1989 et 1996. Le
Handbook représente un grand pas en avant par rapport aux Principles : la
présentation est plus fouillée et fait une place à la dimension acoustique ; vingt-neuf
langues sont sommairement analysées dans le cadre de l’API tout en incluant une
transcription phonémique du passage traditionnel « La bise et le soleil » ; un codage
informatique est offert aux utilisateurs ; et il est enfin proposé un ensemble de
symboles permettant de décrire des traits « paralinguistiques » (par exemple, parole
rapide ou lente) ou « pathologiques » (par exemple, les phénomènes auxquels sont
confrontés phoniatres et orthophonistes).
La phonétique classique 31
2.3. Le Handbook of the International Phonetic Association [IPA 99]
Le nouveau manuel de l’API s’aligne sur les grands principes définis plus haut.
Il y est rappelé ([IPA 99 : 3-4]) que :
1- Il y a des aspects de la parole qui sont pertinents du point de vue linguistique
et d’autres non (par exemple, la qualité personnelle de la voix).
2- On peut en partie représenter la parole comme une séquence de sons discrets
ou « segments ».
3- Il est utile de diviser les segments en deux catégories majeures : les consonnes
et les voyelles.
4- La description phonétique des consonnes et des voyelles peut se faire par
référence à leur production et leurs caractéristiques acoustiques.
5- En plus des segments, il existe un certain nombre d’aspects
« suprasegmentaux » de la parole, comme l’accentuation et l’intonation, qu’il faut
représenter indépendamment des segments.
Le Handbook reconnaît que la distinction entre pertinent et non-pertinent du
point de vue linguistique peut se heurter à des difficultés mais qu’elle est
opérationnelle en pratique. L’API définit par exemple des symboles qui permettent
de distinguer les trois variantes de la séquence [termino] en espagnol – à savoir,
[ termino ] « terme », [termino] « je termine » [termi no ] « il/elle termina » – mais il ne
fournit pas de symbole permettant de dire d’un énoncé qu’il a été « prononcé
rapidement avec une voix mâle, profonde et rauque » (mais voir l’Extension de
l’API p. 186-192 du Handbook). La deuxième hypothèse, concernant la
segmentation de la parole, soulève des problèmes épineux. Qu’on puisse représenter
la parole sous forme de séquence de segments ne fait aucun doute : c’est
précisément ce que permettent tous les systèmes d’écriture alphabétique du monde.
Pourtant, l’observation des mouvements des articulateurs et des représentations
acoustiques de la parole comme les spectrogrammes ne révèle pas d’éléments
discrets qui s’enchaîneraient comme les perles d’un collier. Ici, le Handbook note
qu’on peut néanmoins retrouver les segments derrière le continuum articulatoire ou
acoustique, en partie sur la base de critères phonologiques (les oppositions possibles
à tel point de la chaîne), et en partie sur des critères théoriques (par exemple, un
modèle articulatoire s’appuyant sur la notion de cible). Ainsi, on peut interpréter le
geste articulatoire dans la production d’une plosive dentale (par ex. [t] dans [ete])
comme un ensemble de transitions autour de la cible que constitue le contact entre la
pointe ou la lame de la langue et les gencives ou alvéoles supérieures.
Les autres hypothèses énoncées ci-dessus nous préoccuperont ci-après. Dans la
mesure où une étude détaillée du Handbook exigerait de nombreux développements,
c’est à partir du nouveau tableau global de l’API, l’outil central que nous fournit
[IPA 99], que sera faite la présentation de ce chapitre. L’approche adoptée par l’API32 Phonologie et phonétique
depuis sa création favorise une évolution plutôt qu’une révolution. Le tableau,
comme les Principles de 1949, contient une classification des consonnes et des
voyelles sur le modèle traditionnel, mais il inclut aussi une liste de consonnes dites
non-pulmonaires (qui n’utilisent pas l’air chassé des poumons, par exemple les
clics), un ensemble de symboles consonantiques supplémentaires, une liste de
symboles ayant trait à des phénomènes suprasegmentaux et, finalement, un
ensemble de diacritiques liés à l’articulation ou à la phonation. Dans la mesure du
possible la tradition a été respectée et le lecteur qui connaît bien le jeu de symboles
que fournit [IPA 49], et les révisions ultérieures, n’aura aucune difficulté avec le
5système actuel .
Les conventions de l’API sont fondées sur une division entre le niveau segmental
et le niveau suprasegmental. Le niveau segmental est celui qui correspond aux
phonèmes et à leurs allophones. Le niveau suprasegmental correspond à
l’accentuation, l’organisation rythmique des énoncés (syllabe, pied, groupe
intonatif), aux tons et à l’intonation. Nous commencerons par le niveau segmental.
[IPA 99] opère une première division entre voyelles et consonnes. Cette division
pose évidemment des problèmes. En effet, en général, les termes de voyelle et de
consonne recouvrent deux réalités différentes : la qualité du son ou sa position à
l’intérieur des syllabes. L’API ne s’engage pas dans ce débat. Elle considère qu’une
opposition entre « voyelles » (sons produits avec une articulation relativement
ouverte) et « consonnes » (sons produits avec une fermeture ou une constriction
marquée) est en pratique opérationnelle.
2.3.1. Les consonnes (pulmonaires) (angl. (pulmonic) consonants)
Les consonnes sont divisées en deux grandes catégories : les sons pulmonaires et
non-pulmonaires. Les consonnes dites pulmonaires utilisent l’air chassé des
poumons. Les poumons constituent ce que nous appellerons l’initiateur et, puisque
le flux d’air sort, il sera décrit comme égressif.
La classification des consonnes s’effectue sur une base articulatoire en termes de
mode et de lieu (ou point) d’articulation. On préférera ici le terme « lieu
d’articulation » dans la mesure où ce qui est désigné est une zone articulatoire et non
un point au sens précis du terme. Le mode recouvre le type de geste articulatoire :
observe-t-on, par exemple, une fermeture complète du chenal expiratoire et le
blocage des fosses nasales (plosive) ou une fermeture accompagnée d’un
abaissement du voile du palais (nasale) ? Les classes retenues et décrites plus bas

5. Antérieurement, on trouve deux éditions des Principes de l’API en français en 1900 et
1905 (voir [MAC 86]).La phonétique classique 33
sont plosive, nasale, vibrante, battue, fricative, fricative latérale, approximante et
approximante latérale. Le lieu d’articulation, en revanche, situe le geste articulatoire
sur un continuum allant des lèvres à la glotte. Les classes retenues sont bilabiale,
labio-dentale, dentale+alvéolaire+postalvéolaire, rétroflexe, palatale, vélaire,
uvulaire, pharyngale, glottale. Le cadre API est fondé sur la supposition suivante :
chaque lieu d’articulation est essentiellement « passif ». Toute consonne est le
résultat d’un geste de l’articulateur « actif » qui se situe en face de l’articulateur
« passif ». Ainsi, une consonne alvéolaire est produite par la pointe ou la lame de la
langue, une palatale est produite par la partie avant du dos de la langue, une vélaire
par la partie arrière du dos de la langue et ainsi de suite. Il faut noter que la théorie
des articulateurs « actifs » et « passifs » simplifie la réalité phonétique. Dans le cas
des vibrantes uvulaires, par exemple, on observe sans aucun doute une rétraction et
une légère élévation du dos de la langue mais la luette se met également en position
de vibration et est donc active.
À la double classification en termes de mode et de lieu d’articulation vient se
superposer l’opposition voisé/non voisé (= sonore/sourd dans une autre terminologie
tout aussi adéquate) : par convention dans le tableau de l’API les non voisées sont à
gauche et les voisées à droite (exemple [p b]). On rappellera que le voisement
désigne la vibration des cordes vocales et que le non voisement désigne l’absence de
vibration des cordes vocales.
On remarquera que le tableau de l’API indique l’impossibilité de certains sons en
hachurant une case (ou une partie de case). Par exemple, le coup de glotte []
comporte une case ombrée à sa droite. En effet, [] n’a pas de partenaire voisé car on
ne saurait simultanément maintenir les cordes vocales accolées pour un coup de
glotte et faire alterner les ouvertures et fermetures rapides qui caractérisent les sons
voisés. De même, la case ombrée correspondant à l’intersection vélaire+vibrante
(velar+trill) dénote l’articulation impossible d’une vibrante vélaire : le dos de la
langue n’est pas suffisamment mobile ou flexible pour les battements rapides
qu’exige une vibrante. Enfin, l’absence de sons dans les cases non ombrées
correspond à deux autres types de situation : soit le son existe mais l’API n’offre pas
de symbole atomique pour le désigner ; soit le son n’est pas attesté ou son
impossibilité n’a pas été démontrée. Prenons comme exemple du premier cas de
figure les nasales. Ces dernières peuvent être non voisées non seulement
allophoniquement (comme dans l’anglais sneeze) mais aussi phonémiquement
comme en birman. Plutôt que d’inventer un nouveau symbole pour chaque nasale
non voisée, l’API exprime de telles oppositions par un diacritique. Le petit cercle
qui dénote le non voisement est normalement placé en dessous du symbole
désignant la nasale : par exemple, en birman /na/ « douleur » vs. /n a/ « narine »
([LAD 71 : 11]). En revanche, la case vide pour la catégorie « plosive labiodentale »
correspond à une situation plus incertaine car il y a débat sur l’existence de
véritables occlusives pour ce lieu d’articulation. La difficulté est la suivante : pour34 Phonologie et phonétique
former une plosive, il faut bloquer la colonne d’air chassée des poumons ; or les
dents ne constituent pas chez beaucoup de personnes une barrière suffisamment
étanche pour garantir une fermeture totale. On a néanmoins signalé de tels sons dans
des langues d’Afrique du sud comme le zoulou ou le tonga (voir la discussion
qu’offrent Ladefoged & Maddieson [LAD 96 : 17-18]).
Avant d’examiner en détail le mode d’articulation et le lieu d’articulation, il
semble utile de rappeler que la classification de l’API représente une abstraction de
la réalité articulatoire. Une plosive alvéolaire non voisée comme le [t] de l’anglais
ne se réduit pas à un contact entre la lame de la langue et les alvéoles comme le
suggère la coupe sagittale dans la fig.2.1 ci-dessous [CRU 94 : 150]. On doit en
même temps coller les bords de la langue contre les dents supérieures des deux côtés
de la cavité buccale afin de former une fermeture hermétique définitoire des
6plosives. C’est bien ce que démontre le palatogramme à droite :
Figure 2.1. Plosive alvéolaire : coupe sagittale (à g.) et palatogramme (à dr.).
Interprété littéralement, le système de l’API est un type de classification
phonologique en paramètres distinctifs. On suppose en effet que ce qui sépare les
plosives les unes des autres est la localisation du blocage central entre un
articulateur actif et un articulateur passif. Les manœuvres supplémentaires pour

6. Un palatogramme indique les parties de la langue qui ont été en contact avec le palais. On
l’obtient à l’aide d’un palais artificiel. Les palais artificiels modernes contiennent des
électrodes qui permettent d’obtenir une visualisation des points de contact entre la langue et le
palais. C’est pourquoi on parle désormais d’électropalatographie. Cette technique présente
l’avantage de permettre d’étudier la dynamique temporelle de ces points de contact (voir
Fougeron, ce volume).La phonétique classique 35
s’assurer que ce blocage est hermétique sont traitées comme des ajustements
automatiques sans véritable pertinence pour la définition du son.
2.3.1.1. Mode d’articulation (angl. manner of articulation)
a) Plosive (angl. plosive)
On désigne du terme de plosive (on disait autrefois explosive) un son non nasal
produit par la fermeture complète et momentanée du chenal expiratoire résultant du
contact entre deux articulateurs. La production d’une plosive exige une phase de
compression à l’arrière du point d’articulation qui ne peut s’effectuer que lorsque le
voile du palais est relevé. Le terme de plosive n’est pas identique à celui d’occlusive
qu’on utilise souvent dans la tradition française. En effet, le terme « occlusif » est
plus large puisqu’il peut également s’appliquer aux consonnes nasales. Les
phonèmes du français et de l’anglais transcrits /p b t d k / ont normalement une
réalisation plosive.
b) Nasale (angl. nasal)
Une consonne nasale est produite par une fermeture du chenal buccal
accompagnée d’un abaissement du voile du palais permettant à l’air de s’échapper
librement par les fosses nasales. Certaines variétés de français ont quatre consonnes
nasales (dont la dernière est un phonème marginal attesté dans le suffixe -ing et
quelques mots rares) : /m/ (mon), /n/ (non), // (gnon), // (parking).
c) Vibrante (angl. trill)
Lorsque le flux d’air provenant des poumons crée des battements répétés d’un
articulateur, on décrit le son produit comme une vibrante (on dit aussi « roulée »).
Dans le tableau de l’API, une vibrante peut être produite par le jeu des lèvres ([]),
de la pointe de la langue ([r]) ou de la luette []. La vibrante dentale ou alvéolaire
[r], qui a sans doute fait partie de la norme en français standard jusqu’au
eXIX siècle, a désormais été supplantée par un son uvulaire. Ce dernier est vibrant
[] chez certains locuteurs.
d) Battue (angl. tap ou flap)
Un son battu est réalisé avec un battement unique et très rapide d’un articulateur
actif qui frappe un articulateur passif. Le ‘r’ simple de l’espagnol pero est une battue
voisée ([]) qui s’oppose à la vibrante ([r]) : [peo] pero (mais) vs. [pero] perro
(chien). Dans certains contextes, l’anglais américain neutralise l’opposition /t/-/d/ au
moyen d’une battue : ex. patty, paddy = [pæ i ] (ou [pæ ]). L’API permet d’opposer
les « taps » et les « flaps » mais la distinction entre ces deux catégories de sons très
brefs est relativement complexe et tient au mouvement ballistique en jeu (voir [LAD
96 : 231]).36 Phonologie et phonétique
e) Fricative (angl. fricative)
Une consonne fricative est caractérisée par un resserrement du chenal buccal qui
produit sur le plan auditif une impression de friction due à l’écoulement turbulent du
flux d’air (par ex. [f] vs. [v] en français). On préférera ici le terme de fricative à ceux
de spirante ou de constrictive qui n’ont pas toujours la même dénotation chez tous
les auteurs. En examinant le tableau de l’API on constatera qu’il est possible de
produire des fricatives depuis les lèvres jusqu’au pharynx.
f) Fricative latérale (angl. lateral fricative)
Une fricative latérale est un son qui combine le mécanisme de production d’une
latérale (voir la définition des approximantes latérales plus bas) avec de la friction.
Les symboles API pour la fricative latérale sont [] (non voisé) et [] (voisé). Le []
est attesté en gallois où il s’écrit -ll- (par exemple Llanelli).
g) Approximante (angl. approximant)
Les approximantes sont des consonnes produites par approximation des
articulateurs de manière à ne pas produire de friction (du moins lorsqu’elles sont
voisées). Ces segments sont en fait difficiles à distinguer des voyelles. Ainsi, dans
beaucoup de langues, ce qui est transcrit par [j] est tout simplement un [i] non
syllabique. Dans l’API, les approximantes regroupent désormais des sons qui étaient
traditionnellement classés comme des continues sans friction (frictionless
continuants) et des semi-voyelles.
h) Approximante latérale (angl. lateral approximant)
Une consonne latérale est produite par une fermeture centrale (par exemple
contact entre la pointe de la langue et les gencives ou les alvéoles pour le [l]
français) avec un abaissement simultané d’un (ou des deux) côté(s) de la langue
permettant à l’air de s’échapper librement. Le son [l] est une approximante dans la
mesure où l’écoulement de l’air se réalise sans bruit de friction.
2.3.1.2. Lieu d’articulation (angl. place of articulation)
a) Bilabial (angl. bilabial)
Une consonne bilabiale est produite par une approximation, une constriction ou
un contact au niveau des lèvres. Les plosives bilabiales sont [p b], la nasale [m], la
vibrante [] et les fricatives [ ] (lettres grecques phi et beta modifiées). La] est le son que l’on transcrit habituellement « brrr » en français et qui
s’emploie pour exprimer une sensation de froid ou de peur. Ce son est distinctif dans
certaines langues (en kele, langue bantoue, [m uen ] fruit). En ewe, langue parlée au
Ghana, on observe des oppositions entre fricatives bilabiales et fricatives
labiodentales :
[é! à] « il polissait » [éfà] « il avait froid »
["" ] « la langue ewe » [ v ] « deux »
(1) Oppositions de type labial en ewe.La phonétique classique 37
En dehors de telles oppositions phonémiques, les fricatives bilabiales sont
attestées dans diverses langues comme allophones de plosives. Ainsi en espagnol, le
phonème /b/ est réalisé comme [] entre deux voyelles (lobo « loup » /lobo/ →
[lo o ]). Il en est de même en occitan et dans certains types de français méridional.
En anglais, Brown [BRO 90 : 79] note l’emploi de [ ] comme formes affaiblies de
/p b/ dans des exemples comme les suivants : political /p l t k l / → [ l t kl ],
we’ve been /wivbin/ → [w v n ]. Dans certains cas, les [ ] que l’on peut observer
ne sont pas véritablement des fricatives mais plutôt des approximantes. L’API
n’offre pas une case particulière pour des approximantes bilabiales. Si on veut
différencier une approximante bilabiale d’une fricative, il faut utiliser le diacritique
« [ ] » qui est habituellement utilisé pour indiquer l’abaissement des voyelles : ainsi
[] dénote une approximante bilabiale et [%] une approximante dentale.
b) Labiodental (angl. labiodental)
Les consonnes labiodentales sont produites par une approximation, une
constriction ou un contact entre la lèvre inférieure et les dents supérieures. Les
quatre symboles fournis dans le tableau de l’API sont : [ f v ]. La nasale [&] est
rarement utilisée comme phonème (mais voir Paulian [PAU 75] qui signale l’emploi
distinctif de ce son en kukuya, langue teke du Congo, où il s’oppose à la nasale
bilabiale [m]). Dans diverses langues, le son [&] est le résultat de coarticulation
entre une consonne nasale et le lieu d’articulation de la consonne labiodentale
suivante : [f v]. En anglais, par exemple, le mot nymph est typiquement prononcé
[n f ]. Les sons [f v] sont attestés dans de très nombreuses langues (fr. fa vs. va,
angl. fat vs. vat). Enfin, le symbole ['] désigne une approximante labiodentale
produite en rapprochant la lèvre inférieure des dents supérieures mais sans créer de
friction. En urhobo (parlé au Nigéria), il existe une opposition entre ['] et [v] :
[e va ] « monitor lizards » vs. [e a ] « divination » [LAD 96 : 324]. Le son ['] est
parfaitement attesté comme réalisation du phonème /)/ de l’anglais (ex. rain
prononcé [ e n ] au lieu de [)e n ]). Traditionnellement limitée à une prononciation
« public school », cette réalisation gagnerait du terrain dans diverses régions de
l’Angleterre.
c) Dental/Alvéolaire/Post-alvéolaire (angl. dental/alveolar/postalveolar)
Ce lieu d’articulation est assez large comme le soulignent les trois étiquettes
retenues. En dehors des fricatives et en laissant de côté le voisement, un seul
symbole est offert par l’API pour chaque mode d’articulation dans cette zone, à
savoir : plosive [t/d], nasale [n], vibrante [r], battue [], fricative latérale [ / ],
approximante [)], latérale [l]. L’explication de ce choix est que peu de langues
offrent de véritables oppositions entre une dentale et/ou une alvéolaire et/ou une
postalvéolaire. Néanmoins, la présence de trois jeux de symboles dans la case des
fricatives [ ] vs. [s z] vs. [ ] démontre que des oppositions faisant appel à ces
sous-zones sont possibles. On peut donc se poser la question de savoir comment
noter la différence (phonémique ou phonétique) entre une consonne dentale et une
alvéolaire ou entre une alvéolaire et une post-alvéolaire. C’est ici qu’interviennent

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