Puzzle

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De ces vies de gens ordinaires, dont rien ne survit à leur disparition et qui n'auront jamais de biographes, celui qui les a côtoyés et aimés ne doit-il pas tenter d'extraire les pièces du puzzle qui permettent de reconstituer cet univers de bonheur des années insouciantes de l'enfance et de l'adolescence, au temps de l'innocence ? Mais est-ce bien leurs vies qui nous préoccupe ? Ce puzzle n'est-il pas d'abord le nôtre, celui de la reconstruction d'un monde dont nous avons besoin pour nous enraciner dans une continuité humaine, et que nous enjolivons au risque de le transformer en un monde virtuel ? Il n'est peut être pas inutile de chercher à établir, au-delà de leurs croyances et pratiques religieuses des liens avec ces philosophes.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 121
EAN13 : 9782304008524
Nombre de pages : 229
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Titre
Puzzle
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Titre C. Gerald
Puzzle Les miettes de mémoire
Essai
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00852-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304008524 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00853-1 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304008531 (livre numérique)
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Longtemps j’ai cru que ce monde-là durerait toujours. Les années de bonheur sont celles de l’enfance et de l’adolescence si l’insouciance n’est brisée par les mauvais démons qui se ca-chent derrière ceux qu’on aime. Elle m’a quitté avec les premières disparitions - j’avais vingt sept ans - celles de Marie et de Marthe. La fin du vert paradis est dans cette brisure qui se produit entre les enfants et leurs grands-parents lorsque ceux-ci disparaissent, sans toutefois qu’elle soit vécue sur le moment comme telle tant les appétences de la vie sont grandes chez les jeunes pousses qui n’en ressentent souvent qu’un léger frisson, frisson qui se transformera, plus tard beaucoup plus tard, en une véritable douleur que ni les souvenirs ni les distractions de l’âge mûr n’effaceront, mais qui au contraire grandira avec le temps pour occuper une place de plus en plus importante dans la conscience, comme l’eau d’un fleuve paisible se transforme en torrents qui débordent, rompent les digues et inondent la plaine. Quand mes pensées se portent vers ceux là qui furent ma famille, ce temps passé me sub-
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merge, écrase le présent, rend dérisoire le futur. Il a fallu des dizaines d’années, sinon d’oubli du moins d’occultation, pour que ce monde dispa-ru revienne en me frappant, comme un boome-rang, sans me laisser aucune échappatoire, me mettant enfin face à ceux qui m’avaient amené au monde tout au long de mes premières an-nées puis de l’adolescence ; comme dans un tête à tête avec moi-même ma mémoire les ramène, non hélas pour de nouvelles rencontres, mais pour que je témoigne de ce qu’ils furent à tra-vers ce que j’ai vécu avec eux. Aristote a, le premier, mis en lumière cette fonction de la conscience – cette sensitivité première – qui garde une activité propre, alors que les sens sont inactifs par rapport à l’objet considéré, pour produire rêves et souvenirs - la mémoire est activée aussi par l’inconscient. Cet effort est lié à la vie organique profonde, si bien qu’il peut se poursuivre dans l’inconscient ; mais lorsqu’il refait surface, il est bien difficile de contrarier le processus de façon consciente. On peut aussi choisir de le poursuivre volontai-rement pour retrouver les pièces d’un puzzle, les empreintes de pensées (empreintes refoulées ou non, mais à jamais gravées, non effaçables, et dont l’accès peut se faire non seulement in-dépendamment de la volonté du sujet, mais en-core contre sa volonté). Cette activation volon-taire de la mémoire, Epicure n’en a-t-il pas fait
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